LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME
plutôt aux curés des paroisses dans les limites desquelles les néophytes demeurent ? Après l'étude et la discussion de nombreux mémoires, la Sacrée Congrégation se prononça en faveur des curés de paroisses, sauf la disposition du Rituel romain qui réserve à l’évêque le baptème solennel des adultes (27 sept. 1687). La controverse présenta un dernier incident. À la demande du curé de la cathédrale et du prieur de l’Archiconfrérie de la Doctrine chrétienne, le vicaire général de Naples rendit un décret qui défendit aux curés de la ville et du diocèse de baptiser les infidèles, à moins d’en avoir demandé au préalable la permission et d’avoir obtenu un certificat du chanoine-prieur de l'Archiconfrérie de la Doctrine chrétienne, attestant que les néophytes connaissaient suffisamment le catéchisme et pouvaient licitement recevoir le baptème; attestation qui devrait être donnée sous la foi du serment et par écrit, sous peine de suspense. Les curés de la ville et du diocèse portèrent plainte à la Sacrée Congrégation du Concile contre un décret qui semblait rendre illusoires les décisions du Saint-Siège. La Sacrée Congrégation ne voulut pas que les curés fussent obligés de demander la permission de baptiser les infidèles, mais elle autorisa le certificat du prieur de la Doctrine chrétienne, relatif à l'instruction catéchistique et à l'aptitude des néophytes (tr).
Tous les privilèges baptismaux disparaissent quand une église est interdite, à moins d’une réserve spéciale à ce sujet. Saint Nicolas de Flue ne put être baptisé à Sachslen, le lieu de sa naissance, parce que l'église était interdite en raison d’un homicide qui venait d'y être commis. On fut obligé de le porter à Kerns, où une inscription des fonts baptismaux rappelle cette circonstance.
Quand une église monastique était en même temps paroissiale, comme celle de Saint-Euverte d'Orléans, elle jouissait de plein droit de l'exercice baptismal. En dehors de cette coïncidence, il y eut un certain nombre d’églises conventuelles munies de fonts baptismaux,
soit parce qu’elles avaient été originairement paroissiales, soit en vertu d’un privilège spécial accordé par l’'Évêque du diocèse ou par le souverain Pontife. En Orient, il y a encore aujourd’hui des fonts dans la plupart des monastères et il y en avait jadis dans ceux qui suivaient la règle de saint Pacôme, comme à Tabenne, dans la haute Égypte. Jean Moschus, qui vivait au vu‘siècle, nous parle des baptêmes qu’on administrait au monastère de Penthucula ou Pontecla. Nous lisons
Ps
(1) Analect. 8e série, p. 1572.
dans la Vie de saint Euthyme (1) qu'après avoir converti beaucoup d’Arabes, il fit construire dans son monastère une petite piscine pour leur administrer le baptème. En Occident, on conférait ce sacrement à Saint-Alban de Mayence, à Saint-Pierre de Preuilly et à Sainte-Croix de Bordeaux. C’est dans son monastère de Saint-Quentin de Péronne que le vénérable Godefroy baptisa saint Geoffroy, le futur évêque d'Amiens. Léon X accorda le droit baptismal à à l’église des Carmes de Viterbe, située dans un quartier qui, alors, était assez éloigné des principales églises de la ville. Souvent ce privilège monastique était limité, soit pour le temps, soit pour la catégorie des sujets. À l’abbaye de la Chaise-Dieu, c'était le samedi saint seulement qu’on pouvait baptiser les enfants nobles des environs (2). Au xvin® siècle, certains monastères baptisaient exclusivement les enfants de leurs fermiers. A la collégiale de Saint-Florent de Roye, on ne baptisait que les premiers-nés des familles nobles (3).
Les empiètements des abbayes sur les droits paroissiaux étaient sévèrement réprimés par les évêques et aussi par les règlements généraux des Ordres religieux. Un décret édicté par le Chapitre général des Cisterciens, en 1186, suspend temporairement et condamne au jeûne au pain et à l'eau, pendant six vendredis, tout abbé qui se serait ingéré de baptiser dans son église (4).
Au xv° siècle, on voyait des fonts dans beaucoup d’églises collégiales. Ainsi à Orléans, il y en avait à Saint-Aignan, à Saint-Pierre-en- Pont et à Saint-Pierre-Puellier (5). On en voitencore aujourd’hui dans diverses églises monastiques d'Italie, comme à Torcello, près Venise; à Grotta-Ferrata, près de Rome, etc.
S’il était interdit de baptiser dans des églises qui ne possédaient point, par droit commun ou par privilège, la faculté d’administrer le sacrement, à plus forte raison le fut-il toujours de baptiser dans des églises occupées par des hérétiques. Démétrius ayant demandé à saint Théodore Studite si l’on pouvait y recourir en l'absence de toute autre, celui-ci répondit (6) que, si c’est un crime d’entrer dans les églises des hérétiques, c'en serait un bien plus grand d'y administrer un sacre-
1) Bolland., 20 jun., n° 25,
2) Bertrandus, Lib. trip. mirac. S. Roberti, dist. 1, n° 23. 5) J. Corblet, Descript. des églises de Roye, p. 13.
) D. Martène, De ant. eccl. rit. 1. I, c. 1, art. 2.
) Moléon, Voyage lit., p. 212.
6) Migne, Patr, gr., t. CXIX, col. 1666.