CHAPITRE: IV
Des fonts baptismaux
C’est seulement vers la fin du vin‘ siècle qu’on cessa, en France, de construire ces baptistères isolés, qu’on devait continuer d'ériger en Italie, dans les localités importantes, durant tout le cours du moyen âge. Ailleurs, au vini° et au 1x° siècle, le baptistère devient une chapelle de l'église ; on la dédie à saint Jean-Baptiste et l’on y place les fonts destinés à l’immersion des enfants. Mais, comme nous l'avons dit, ce fut d'abord le privilège exclusif des églises matrices qui portaient le nom de T'ituli ou Plebes. La rareté des fonts antérieurs au xr° siècle nous prouve qu'avant cette époque il y avait peu de monuments fixes et qu’on se servait de cuves portatives, ordinairement en bois. Dans les localités où se trouvaient des ruines de monuments païens, surtout en Italie et dans le midi de la France, on convertit souvent en fonts baptismaux d’antiques sarcophages ou des baignoires de thermes.
Le plus grand nombre des anciens fonts ont disparu. Ils ont été expulsés des églises par les xvn° et xvir° siècles, qui les ont remplacés par des urnes, bien souvent insignifiantes, rappelant beaucoup trop la forme d’un plat à barbe. Combien ne rencontre-t-on pas d'anciennes cuves baptismales dans les jardins, comme à Wissembourg (Alsace); dans des presbytères où ils servent d’auge, comme à Mutzig (Alsace); et surtout dans des musées, comme à Amiens, à Caen, à Bruxelles, à Mayence, à Strasbourg, etc. Dans divers Congrès scientifiques, M. de Caumont a attiré l'attention des archéologues et des ecclésiastiques sur ceux de ces vénérables monuments qui sont relégués hors de l’église, et a demandé avec raison qu'on les rendit, autant que possible, à leur ancienne destination (1). Un certain nombre d’entre eux ont été sauvés de la destruction par l'affectation qu’on en a faite à l'usage de bénitier.
(1) Bullet. mon., Ire série, t. VIL, p. 631 ; t. VIIL, p. 317.
Il en est ainsi à Saint-Fargeau (Yonne) et dans un certain nombre d’églises de Bretagne.
Dans les cinq articles suivants, nous nous occuperons successivement : 1° des noms donnés aux fonts baptismaux; 2° de leur matière, de leur forme et de leur ornementation; 3° de leur emplacement dans les églises; 4° des prescriptions liturgiques relatives aux fonts; 5° enfin, nous donnerons quelques notes historiques et descriptives sur un certain nombre de fonts baptismaux conservés ou disparus.
ARTICLE I
Des noms des fonts baptismaux
Tout le monde sait que les fonts sont de grands vaisseaux dans lesquels on conserve l’eau destinée à baptiser. M. Littré les a donc fort mal définis en disant : « Vaisseau où l’on reçoit l’eau qui tombe pendant l'administration du baptême, » ce qui ne s’applique qu’à la piscine; l'expression fons rappelle les fontaines ou les cours d’eau qui servirent primitivement aux ablutions baptismales ; on y ajoute parfois un qualificatif: Fons sacer, Fons lustralis, Fontes baptismatis.
Bien que l’Académie française ait déclaré que le mot Fonts est ua substantif masculin pluriel, il est certain que Fons, Fonz, Funz, comme on écrivait au moyen âge, était alors un substantif féminin ayant un singulier. Cet abrégé de Fontaine a conservé son genre dans les noms propres d'hommes et de lieux où il figure aujourd’hui. « Mais pourquoi dit-on Fonts baptismaux ? se demande M. Génin (r). C’est là ce qui a trompé l’Académie. En voici la raison : Baptismal, comme venant d'un adjectif latin en 1s, baptismalis, n’a qu’une terminaison pour les deux genres. Fonts baptismaux est aussi bien du féminin que Lettres royaux, Marchandises loyaulx, Vierge royau. » Quoi qu'il en soit, l'erreur est consommée, et nous doutons fort qu’on reféminise jamais le mot Fonts ; jusqu'ici l'audace grammaticale s’est bornée à lui restituer son singulier et encore bien peu
(1) Des Variat. du lang, fr., 382.