LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÊME O
d’archéologues ont-ils sur ce point suivi l'initiative prise par M. de Caumont.
Par là même que les fonts se sont substitués aux baptistères, on leur a longtemps conservé ce nom. Les Grecs disent encore aujourd’hui Barrioraprov, les Italiens Baftisterio, et quelques archéologues français, comme l’abbé Cochet, désignent toujours les cuves baptismales sous le nom de Baptistères. C’est par la même raison que les fonts, au moyen âge, portent les mêmes noms que les baptistères et spécialement ceux d’Alveum, Balneum, Concha, Labrum, Lavacra, Piscina, Tinctorium, xolu6pa, atxkn, etc. Prudence et les Alexandrinsles appellent Jordanus,
pour rappeler linstitution du sacrement, expression qui a été conservée par la plupart des Chrétiens d'Orient. En raison de leur forme primitive de tonneau, les fonts sont nommés Dolium baptisandi dans les Actes de saint Udairic. L'expression Cuve baplismale est toute moderne ; aussi est-elle absente du Dictionnaire de Trévoux et de celui de Richelet.
On dit, en italien et en portugais, fonte; en espagnol, fuente ou pila ; en anglais, font; en allemand, Zaufstein (pierre de baptème) ; en russe, koupel. |
La locution familière éenir quelqu'un sur les fonts signifie : l’entretenir en détail ou le questionner minutieusement ; c’est une allusion aux interrogations que le prêtre adresse au Catéchumène qu’il va baptiser.
ARTICLE II
Matière et forme des fonts
Pour fabriquer les fonts, on a employé le bois, la pierre, le grès, le granit, l’ardoise, le marbre, le porphyre, l'argent, la fonte de bronze, le cuivre, le laiton, l’étain, le plomb, la porcelaine, etc.
Il existe fort peu de cuves antérieures au xr siècle, d’où lon peut conclure que, dans la plupart des églises baptismales, surtout dans celles des campagnes, on se servait de cuves en bois. C'est dans un récipient de ce genre que le pape saint Caïus baptisa saint
Claudius (1) ; ce sont ces vases que les conciles défendent de transporter hors de l’église (2). Les peintures et les ivoires du moyen âge représentent souvent de: véritables cuviers én bois n’ayant d'autre décoration que la draperie qui les entoure. Le souvenir de ces dolia; car on les appelait ainsi, s’est perpétué dans la forme de certains fonts en pierre ou en marbre qui, comme ceux de Perpignan, ont l’aspect d’un tonneau cerclé. Les Statuts d'Hincmar, publiés en 852, disent que les paroisses qui ne peuvent faire la dépense d’une cuve en pierre doivent user d’un vase convenable qui ne servira qu’à cette destination. Au moyen âge, quelques églises pauvres restèrent dans l'impossibilité de se conformer aux prescriptions des conciles, qui exigent que les fonts soient faits en pierre ou en toute autre matière dure. À Montfort-sur-Rille (Eure), ce n’est qu’en 1755 que les fonts en.bois furent remplacés par une cuve en pierre (3).
Au x siècle, saint Edmond de Cantorbéry ordonne (4) queles fonts sacrés soient en pieïre; mais, ajoute-t-il, en cas de péril, on peut baptiser les enfants dans un vaisseau de bois, vaisseau qu’on devra brûler aussitôt après l'administration du sacrement.
Les Conciles et les Rituels ont prévu le cas où la pierre des cuves serait trop poreuse et facilement pénétrable à l’eau; ils recommandent alors de revêtir l’intérieur de feuilles de plomb ou de cuivre étamé. C’est ce qu'on fait généralement aujourd’hui pour éviter les infiltrations d’eau.
Dans les anciens fonts, c'est la pierre qui domine en France, en Angleterre, en Allemagne ; le granit, en Bretagne; le marbre, en Italie et dans le midi de la France. C’est surtout dans le nord de l'Europe qu'on rencontre des cuves en bronze; il y avait de célèbres fabriques de fonte monumentale à Dinan, à Bouvigne, à Tournai. Les fonts en plomb étaient jadis assez nombreux en France et en Allemagne ; mais, comme ils s'endommageaient plus facilement que la pierre, on en mit beaucoup à la réforme ; d’autres furent détruits dans le saccagement des églises, pendant les guerres de religion, ou bien furent proscrits par ee Mono du goût, plus CHERS pousEte que les révolutions politiques.
Les fondeurs et les potiers d’étain qui, du xr° au xvr° siècle, fbri-
(1) Super She ligneum. (Boll., 18 febr., Act. S. Claud., c.-rr, n° 11.) (2) Concil. Ilerdense, can. vu.
(3) Bull. mon., 3e série, t. [,-p. 500.
(4) Constit., ë x. Cf. Conc. Wirgon., c. v.