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LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÊME

d'une cuvette en pierre de taille, de forme ovale ou ronde, ayant environ 1 mètre de circonférence et percée au milieu d’un orifice d'écoulement.

Le plus ordinairement, on se contenta de diviser intérieurement la cuve en deux parties, au moyen d’une cloison de pierre ou de métal ; le premier compartiment fait l'office de l’ancienne cuve-réservoir et contient l’eau baptismale ; le second, percé d’un trou, sert de piscine d'écoulement. Les anciennes cuves à immersion ont été souvent appropriées à l’infusion. Alors, on les a doublées intérieurement de plaques de métal avec une cloison au milieu, ce qui donne un compartiment pour la piscine, compartiment qui se trouve placé du côté où était l'ouverture d'écoulement de l’ancienne cuve.

Cette séparation des fonts en deux compartiments, l’un rempli d’eau bénite, l’autre vide dans lequel on plaçait l'enfant, avait surtout pour but d’obvier à certains inconvénients qui pouvaient souiller l’eau baptismale. Le cas était prévu au xu° siècle, et des vers mnémotechniques publiés par Me Barbier de Montault dans la Revue de l'Art chrétien (t. XVIII, p. 22), ont soin de spécifier quand il faut vider les fonts, par respect pour le sacrement (1). Des procès-verbaux de visite épiscopale dans le diocèse de Troyes (1526), publiés dans la Revue des Sociétés savantes (2), ne peuvent laisser aucun doute sur le motif de propreté qui a inspiré cette division en deux compartiments (3).

Considérés sous le rapport du plan, les fonts sont carrés, oblongs, circulaires, ovales, pentagones, hexagones, octogones ou en forme de croix, c’est-à-dire qu’ils se sont pour ainsi dire moulés sur les diverses formes architecturales des anciens baptistères. D’autres raisons ont

(1) Infans in fontem si stercoret, ejice fontem. Si mittat in hanc urinam, quæstio non est.

(2) Ve série, t. IL, p. 477.

(3) On lit dans le procès-verbal de la visite épiscopale faite à Saint-Remy de Troyes, en 1526 : « Receptaculam aquæ benedictæ est bipartitum, ita ut baptizandi infantes possent mijere in alterum latus, aqua benedicta vacuum. » — Même observation dans un procès-verbal de la visite épiscopale faite cette même année à Sainte-Madeleine de Troyes: « Nullo tamen intermedio sejungitur aut separatur vas sacram aquam continens. Quapropter injunctum fuit ut fiat separatio mediatim, sacram a vacuo distinguens, ne infantes baptizandi exponant lotium aut urinam vel aliquid fedius in aquam baptismalem, » En 1527, à Saint-Denis de Troyes, on constate l’usage d’un vase spécial qui dispense de la séparation des fonts. « Est crater seu discus in quo Suscipitur lotium seu urina baptizandorum infantium, si forte egerent: quapropter intermedio seu separatione non indigent ipsi fontes. » Ces trois textes démontrent bien qu’au xvie siècle dans le diocèse de Troyes, les enfants étaient entièrement nus pour recevoir l’ablution

baptismale.

pu faire adopter ces divers plans. La forme carrée rappelle le bassin de l’implurium des maisons romaines, premier type des cuves baptismales ; la forme oblongue figure le tombeau, et par conséquent, l’ensevelissement mystique du baptisé dont parlent saint Paul (Rom. vi, 4) et tous les Pères; la forme cylindrique, la plus ordinaire, rappelle la cuve en bois des premiers siècles; la forme hexagone convient parfaitement aux fonts, qui restituent l’homme dans sa perfection primitive, puisque le nombre six est celui des jours de la création et par conséquent de la perfection où était le monde avant le péché originel. Quant au plan octogone, nous avons signalé sa convenance en parlant des baptistères. Les fonts disposés en croix sont fort rares; telle est, extérieurement et intérieurement, une cuve baptismale du xu° ou x1u° siècle, reléguée aujourd’hui dans un jardin de maison particulière, à Soissons (r).

Les premiers siècles du Christianisme empruntèrent au Paganisme des sarcophages, des baignoires, des chapiteaux dont on creusa le tailloir, et des vases de toutes formes, pour les métamorphoser en cuves baptismales. Le moyen âge ne fit point difficulté d'appliquer au même usage, des bassins provenant de la Perse, de la Syrie et de l'Arabie. Guillaume d'Orange, dans une chanson de geste des xr°-xn° siècles, dit en parlant du baptême de Renouerd :

D Un A EUR Fonts latins oblongs.

Isnelement fist un fonz aprester

En une cuve qui fu de marbre cler,

Qui vint d’Arrabe en Orenge par mer.

El fonxz le metent: quant l’on fet enx entrer Se ?l baptisa li vesques À y mer.

Laissons de côté ces fonts exceptionnels, pour ne nous occuper que de ceux dont la destination primitive a été baptismale, et voyons quelles ont été leurs évolutions de formes depuis le x° siècle jusqu’à nos Jours.

Pendant la période romane, qui s'étend du x° siècle au commencement du xin*, on voit cinq principaux types de fonts : 1° les fonts tabulaires à réservoir rectangle, dont les angles sont souvent arrondis -

arfois ces fl i di P onts reposent immédiatement sur le sol, comme les sarco-

(1) Mém. de la Soc. arch. de Soissons, t. 1, p. 56.

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