LIVRE, XT: — DES LIEUX DU BAPTÈME IOI
phages ou les baignoires antiques dont ils ont l'aspect; le plus souvent, ils ont pour supports quatre petits piliers carrés cylindriques ou octogones ; 1l n’est pas rare qu’ils soient postérieurs aux fonts; 2° fonts en forme de cuve, le plus souvent ronds, quelquefois ovales. La courbe concave de l’intérieur se fait légèrement sentir au dehors. Quelquesuns sont décorés de bas-relicfs et de colonnes cantonnées; 3° fonts monopédiculés, composés d’un réservoir hémisphérique reposant sur un fût cylindrique, trapu, à base carrée. L’extérieur du bassin conserve parfois la forme ronde, mais le plus ordinairement il s’encadre dans une table quadrangulaire, rarement pentagone ou hexagone, deu l’épaisseur forme sur chaque face une frise, tantôt lisse, t2nt0t ornée de moulures, tantôt décorée de sujets en bas-rclief; 4° les fonts pédiculés composés ont de plus que les précédents quatre colonnes Fi à chapiteaux qui sup- M (e + AN) D) portent les angles de la sa table. Ces cuves à cinq colonnes, très répandues en France et en Angleterre, sont très rares en Belgique, où l’on n’en cite que trois ou quatre exemples ; 5° fonts à caryatides, composés d’une coupe hémisphérique que des caryatides supportent, soit sur leurs reins, soit avec leurs mains. Ces fonts se remarquent surtout en Bretagne, où ils ont été presque toujours convertis en bénitiers.
Comme on fit considérablement de fonts dans le cours du xu° siècle et que leur matière solide et résistante leur assurait une longue durée, on n’eut à en ériger, aux époques postérieures, que pour les nouvelles églises qu’on construisait et pour les paroisses qui acquéraient le privilège baptismal. Dans diverses provinces, et surtout dans le midi de la France, le style roman fut conservé pour les fonts pendant la première moitié du x siècle, comme cela eut également lieu pour les
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Fonts à caryatides de Dinan.
vitraux peints. Les arts accessoires de l'architecture se (Hola bien sur elle, mais avec une certaine lenteur, — rôle habituel de I imitation, — surtout dans les campagnes où les tailleurs de pierre pouvaient rester quelque peu étrangers aux modifications de Part architectural. C’est là un fait dont on ne tient pas assez compte dans Pappréciation de l’âge des fonts baptismaux, et nous sommes persuadé qu’en te jugeant uniquement par leurs décorations, on les vieillit souvent d’un demi-siècle. a Deux modifications importantes apparaissent au xinI° siècle et même temps que les cuves circulaires qui se maintiennent traditionnel lement, on en voit beaucoup d’autres affecter, pour l'extérieur de leur réservoir, la forme octogonale, et parfois même pour l'intérieur. D'un autre côté, le cintre est remplacé par l'arc aigu dans l'ornementation
Mr.
Sainte-Marie de Chignac (Dordogne).
des faces latérales de la cuve, ainsi que dans la liaison des piliers ou des colonnettes qui la supportent. Les frises sont garnies de feuillages mêlés à des têtes humaines ; l’ornementation consiste surtout en panneaux composés de rosaces, de trilobes et de frontons aigus.
Le xrv° siècle conserve les mêmes formes que l’époque précédente, mais les cuves cylindriques et les fonts pédiculés à colonnes auxiliaires deviennent de plus en plus rares. Dans ces derniers, les colonnettes ne sont plus détachées, elles adhèrent au support central. Ce qui domine, ce sont des fonts monopédiculés dont le calice octogone repose sur un
pédicule de même forme, ayant aussi une base à huit pans. Les faces du support central sont ordinairement décorées d’arcades, de fenêtres simulées, de feuillages et de diverses moulures.
Au xv° siècle et pendant la première moitié du xvi°, les cuves cylindriques deviennent encore plus rares. La forme octogone domine presque exclusivement, surtout en Angleterre, et pour les cuves sans support central, et pour les fonts pédiculés, accompagnés ou non de quatre supports auxiliaires de forme prismatique, ordinairement agrémentés de broderies flamboyantes. On trouve tout à la fois des fonts d’une grande simplicité et d’autres d’une richesse excessive, où s’étalent luxueusement les décorations de cette époque. L'intérieur de la cuve, souvent caliciforme et octogone, est divisé en deux compartiments pour faciliter le baptème d’infusion.
Parmi les formes très variées et même fantaisistes de la Renaissance, ce sont toujours les fonts pédiculés octogones qui sont les plus nombreux; la cuve est tantôt caliciforme, tantôt hémisphérique; le pédicule est cylindrique ou quadrangulaire; parfois c'est une vasque coquette portant une urne. La circonférence de la cuve est décorée de rinceaux, de broderies, d’oves, d’armoiries, de médaillons, de panneaux encadrant des bas-reliefs. La Renaissance, de même que les premiers âges chrétiens, appropria parfois à l'usage baptismal d’anciens sarcophages ou de vieux chapiteaux qu’on creusa en cuvette à leur sommet.
Les siècles modernes évasèrent de plus en plus la coupe, ordinairement ovale, et en diminuèrent la profondeur. Leur support à renflements est tantôt cylindrique et tantôt quadrangulaire. Beaucoup de nos cuves baptismales ne sont que de grands et vulgaires bénitiers.
C’est principalement au xvin siècle qu’on remplaça par de simples trappes les couvercles en pyramide, qui eux-mêmes s'étaient substitués aux baldaquins primitifs. Le profond respect qu’on avait pour le sacrement de la régénération avait fait couvrir les fonts baptismaux d’une espèce de ciborium, analogue à ceux des autels. Cet édicule se changea ensuite en dôme ou en pyramide, soutenus l’un et l’autre par quatre, six ou huit colonnes. On trouve, en Angleterre et en Bretagne, de curieux exemples de cette décoration monumentale que la Renaissance remit parfois en honneur, en construisant autour de la cuve un petit temple grec à colonnade. Mais le système le plus usité au moyen âge pour abriter et embellir les fonts, était celui des couvercles mobiles
Fonts de Caudebec.
adhérents à la cuve. Bien qu’il y en ait eu dès le xu° siècle (ils portaient alors le nom de custodes), nous n’en connaissons point, en France, d’antérieur au xv° siècle. D'abord en forme de tourelle, ils devinrent de plus en plus pyramidaux et atteignirent jusqu’à 2 ou 3 mètres de hauteur. Ces pyramides élancées sont décorées de pinacles ou de clochetons; leurs angles sont ornés de feuilles grimpantes. Le sommet est terminé par une croix, un bouquet de feuilles ou une statue de saint Jean. La Renaissance diminua leur ampleur exagérée; le xviu* siècle les aplatit d’une façon disgracieuse.
Selon la masse plus ou moins lourde du couvercle, on recourait à divers moyens pour le faire mouvoir ; tantôt c'était un cercle de fer qui le maintenait pendant la cérémonie du baptème en dehors de son point d'appui ordinaire ; tantôt il était soutenu par deux barres de fer qui allaient s’attacher à un pivot fixé à un mur voisin ; tantôt encore on l’élevait au-dessus des fonts avec une corde suspendue à la voûte, et l’on recourait aux différentes combinaisons du levier, du contrepoids et de la poulie. En face de ces embarras, il est arrivé plus d’une fois qu’on a renoncé à faire mouvoir ces lourds couronne-
ments; alors, on pratiqua dans leur base une petite porte par laquelle on puise l’eau, et l’on baptise en dehors de la cuve, ce qui n’est nullement conforme aux règles ecclésiastiques. M. le chanoine Van Drival qui, par ses sages conseils (1), a contribué à la restauration liturgique des fonts dans le diocèse d'Arras, s'élève avec raison contre ces énormes couvercles qu’on ne peut soulever qu’avec des engins dont la présence est déplacée dans les églises; il demande qu’on en revienne à l'antique cibortum où au dôme des âges primitifs.
Dans l’article que nous consacrerons à la description spéciale d’un
(1) Rev. de l'Art chrét., t. II, p. 215.