LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÉME IE
Il arrivait souvent que, pendant les offices, on s’asseyait ou on montait sur les fonts. C’est pour prévenir cette inconvenance que les Synodes prescrivent, tantôt de les entourer d’une balustrade protectrice (1), tantôt de garnir le couvercle de clous ou de pointes de fer (2). Dans certaines églises, non munies de chapelles latérales, on a pris parfois de singuliers moyens de protéger les fonts; en voici deux que nous avons constatés dans un récent voyage : à Chambon-sur-Voueize (Creuse), les fonts sont complètement renfermés dans un grand coffre en bois; dans une autre église romane, à Saint-Sulpice-Laurière (Haute-Vienne), ils sont placés dans une niche creusée dans le mur méridional de la nef, et clos par une porte de fer ajourée.
Le x° concile de Bénévent veut que le ciborium pyramidal des fonts soit revêtu intérieurement d’une étoffe rouge. Plus tard on prescrivit la couleur blanche. Les statuts d'Angers (1654) se contentent d’un dais de toile blanche. Quant aux fonts eux-mêmes, ils doivent être revêtus d’un conopée, c’est-à-dire d’une housse d’étoffe blanche qui les abrite contre la poussière (3). Saint Charles Borromée exige de la soie; mais comme la Sacrée Congrégation des Rites autorise la laine et le coton pour le conopée des tabernacles, on peut en conclure qu’à plus forte raison celui des fonts peut être revêtu de ces étoffes. Ordinairement le conopée, ouvert de haut en bas, descend jusqu’au bas de la cuve ; il est bordé d’un galon et frangé à la partie supérieure.
Quand les fonts ne sont point partagés en deux compartiments, dont l'un, percé d’un orifice, est destiné à recevoir l’eau qui découle de la tête de l'enfant, il doit y avoir une piscine (les Grecs l’appellent Ox\asoudov), c'est-à-dire une fosse d’une certaine profondeur, revêtue de maçonnerie, couverte d’une plaque en marbre ou en pierre de taille, de figure ronde ou ovale, munie d’un anneau pour la soulever et percée d’un orifice par le milieu. Outre l’eau qui a servi au baptême, on y jette les cendres provenant des étoupes imprégnées de saintes huiles et en général les choses réduites ou non en cendres, qui ne peuvent plus servir au culte et qu’on veut soustraire à tout usage profane.
La chapelle des fonts doit être munie d’une armoire destinée à renfermer le vase du Saint Chrême, celui de l’huile des Catéchumènes,
(1) IVe Conc. de Milan; Conc. d'Aix (1583).
(2) Ordon, syn. du dioc. de Grenoble, 1690.
(3) La couleur varie au moyen âge. On lit dans un inventaire de N.-D. de Térouanne
(1422) : « tem un bleu drap à oiseaux d’or est maintenant sur les fons pour couverte. » Bull. de la Soc. des ant. de Morinie, 1858, p. 533.)
celui du sel, le Rituel, et le chrémeau qu’on prête aux pauvres. Sur la porte, parfois sculptée, de cette armoire, on lit souvent cette inscription: Olea Sancta. Quand les fonts sont abrités par un couvercle pyramidal, divers conciles demandent qu'on y pratique une niche, fermant à clé, pour y placer commodément les objets dont nous venons de parler. |
Jadis, on y conservait aussi un vase spécial rempli d’eau baptismale, pour les cas où on allait ondoyer à domicile; ce vase ne devait être employé à aucun autre usage. L’eau qui avait servi pour ces baptêmes devait être aussitôt jetée au feu.
Tous les Rituels recommandent de représenter dans la chapelle des fonts le baptême de Notre-Seigneur. Celui de Lodève (1744) engage à y figurer l’Esprit-Saint sous la forme d’une colombe. En quelques églises d'Allemagne, nous avons remarqué dans diverses chapelles baptismales, des tableaux représentant ces paroles du Christ: Larssez venir à mot les petits enfants. En Italie, où ces sanctuaires sont richement décorés de peintures, on y voit aussi Notre-Seigneur apprenant à Nicodème la nécessité pour l’homme de renaître de l’eau et du Saint- Esprit; Jésus-Christ ordonnant à ses onze apôtres d’évangéliser et dé baptiser les nations ; les baptêmes du Centenier, de Constantin et d’autres personnages célèbres.
Malgré toutes les prescriptions des Conciles et des Synodes, les fonts sont souvent restés négligés, et, en 1750, nous entendons M£' de La Motte dire dans un Avis synodal: « Les fonts baptismaux sont souvent dans un état peu convenable. Comme il y en a peu qui soient fermés par des balustrades, et qu’ils ne sont ordinairement recouverts que d’une planche, les femmes y font asseoir leurs enfants, et y déposent, ainsi que les hommes, ce qui les embarrasse, comme sur des tables communes. Nous ne cessons d’ordonner partout, mais avec peu de succès, que les fonts baptismaux qui ne sont pas entièrement séparés par une balustrade, aient des couvercles faits en forme de pyramide, en sorte que rien ne puisse y être posé. Nous voulons que, de plus, ils soient couverts d’un tapis décent, puisque, après les autels, nous n'avons rien de plus respectable (1). »
(1) Mioland, Actes de l'Église d'Amiens, t. IL, p. 455.