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LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME

voyageurs (1) le démentent sur ce point, comme en bien d’autres; mais malheureusement ils ne donnent que des renseignements très vagues sur la forme de ces vases.

Ecypre. — Chez les Coptes, un chapiteau antique, grossièrement creusé, sert parfois de cuve baptismale; mais le plus souvent c’est un large vase en terre qui, pour la circonstance, est porté dans quelque coin de l’église (2).

Tunisie. — Quelques antiquaires ont considéré comme une urne baptismale un vase en plomb trouvé à Carthage et qui figurait dans la section tunisienne de l'Exposition universelle de 1867. Mais l’inscription grecque de ce vase, empruntée à Isaïe (xur, 3) : Puisez l'eau avec joie, qu’on rencontre également sur divers bénitiers antiques, nous fait croire, comme à MM. de Rossi (3) et de Guilhermy (4), que ce curieux monument du 1v° ou v° siècle a eu cette même destination.

Asie. — En Syrie, il y a un bassin de pierre au milieu de l’église, parfois près de la porte, mais le plus souvent près de l'autel, du côté de l’Épitre, de façon à ce que le prêtre, en baptisant, soit tourné du côté de l'Orient.

En Mingrélie, un baquet ou tout autre vase en bois sert de cuve baptismale (5).

(1) Le P. Lubo, Relat. hist. d’'Abyssinie, p. 317. (2) J. Marcel, l'Égypte moderne, p. 118.

(3) Bull. d'arch., nov. 1867.

(4) Inscription de la France, t. II, p. 484.

(5) Chardin, Voyage en Perse, t. I, p.80.

CHAPITRERT

De quelques lieux exceptionnels du baptème

Nous avons vu dans les chapitres précédents que les cours d’eau, les baptistères et les églises munies de fonts ont été successivement les lieux ordinaires consacrés à l'administration du baptême ; mais la nécessité des temps, des circonstances particulières, des dispenses légitimes, et aussi des abus tolérés ou proscrits, ont créé pour le baptême un certain nombre de lieux exceptionnels; ce qui nous amène à parler, sous ce point de vue, des catacombes, des prisons, des maisons particulières, des oratoires privés et des chapelles castrales.

ARTICLE I

Des Catacombhes

Pendant les siècles de persécution, et jusqu’à la conversion de Constantin, on baptisa dans les Catacombes comme le témoignent ces vers de Prudence :

Hic duo purpureum Domini pro nomine cæsi Martyrium pulchra morte tulere viri ; Hic etiam liquido fluit indulgentia fonte Ac veteres maculas diluit amne novo fr).

Dans les anciens guides de pèlerinage, le cimetière d'Ostrien, embranchement de celui de Sainte-Agnès, est appelé Catacombe près

(1) Peristeph. symb. vu.

des sources de saint Pierre, Catacombe où saint Pierre baptisait, Fontaine de saint Pierre. On y a trouvé des traces de la fontaine souterraine où saint Libère, d'après ses Actes, baptisa quatre mille douze personnes (1). En 1877, a été découverte la chambre où était conservée la Chaire de saint Pierre dont nous célébrons la fête au 18 janvier. C'est là ou près de là que devait être la fontaine où Pierre baptisait.

A Sainte-Marie z7 Via lata, au Corso, on montre dans la crypte de Saint-Martial le puits où saint Pierre et saint Paul puisaient de l’eau pour baptiser les Catéchumènes.

Le cimetière de Pontien, au Vatican, doit son nom au jeune paralytique qu'y baptisa le prêtre Eusèbe et qui recouvra alors l’usage de ses membres, vers l’an 250. Convertis par ce miracle, Adrias et Paulina y furent aussi baptisés par le pape saint Étienne (2). On voit encore aujourd’hui, à côté de la sépulture des martyrs persans, saint Abdon et saint Sennen, un bassin carré, creusé dans le tuf, ayant 1 mètre de profondeur sur 1" 40 cent. de diamètre, où l’on descend par un escalier de dix marches. Du fond même du bassin, sur le mur qui fait face à l'escalier, s'élève, peinte à fresque, une croix diamantée d’où sortent des roses. Le pied baigne dans la vasque qu’alimente encore aujourd’hui le ruisseau souterrain dont le niveau s’élève et s’abaisse avec celui du Tibre. Rien ne pouvait mieux exprimer que c’est la croix, c'est-à-dire la Passion du Sauveur, qui a communiqué à l’eau la vertu d'effacer le péché originel. Les autres peintures, qui paraissent également remonter au v° siècle, représentent le baptême de Notre-Seigneur où l’on remarque un ange nimbé; deux figures du Sauveur dont l’une est colossale ; Jésus-Christ couronnant les deux martyrs persans (3). La profondeur du réservoir aurait pu difficilement suffire pour l’immersion totale des adultes, et nous devons supposer qu’on la complétait par l’infusion.

En 1848, le Père Marchi a découvert un autre baptistère dans la basilique du cimetière souterrain de Saint-Hermès.

Dans les cryptes de Priscille et de Calliste, l’eau était amenée par des conduits dans des citernes qui existent encore aujourd’hui; il y avait des puits dans les cimetières de Prétextat et de Sainte-Hélène; on a trouvé une source naturelle dans la crypte récemment découverte

(1) Aringhi, Rom. subt., t. I, p. 224; Panvin., Concil., t. I, c. 11. (2) Baronius, ann. 250.

(3) D’Agincourt, Archit., t. IV, p. 63 ; Perret, t. IT, pl. 50 et suiv.; Marchi, pl. 42.

T. Il. DE

de Saint-Alexandre. Dans la crypte de saint Pancrace, sous l’église de ce nom, se trouve la source d’eau vive où baptisait saint Félix [°", martyrisé en 273. Dans la crypte de l’église des Saints Côme et Damien, au Forum, on voit aussi la source où baptisait le pape saint Félix II, retiré dans cet asile, en l’an 360, pour se soustraire aux persécutions des Ariens. C’est dans un souterrain de la ville de Gabies (aujourd’hui Gallicano), que le pape saint Xiste baptisa saint Céréal (1). Il est vraisemblable qu’à l’époque où cessa l’usage d’administrer le baptême dans les catacombes, on a dû combler un certain nombre de bassins qui n'étaient plus suffisamment alimentés par les sources, et où crou-

pissaient des eaux dormantes.

ARTICLENIT

Des prisons

Les Annales hagiographiques nous fournissent un certain nombre d'exemples de baptêmes accomplis dans des prisons. La plus célèbre, assurément, est la prison Mamertine où, par dévotion, on boit encore de l’eau de la source miraculeuse que saint Pierre et saint Paul firent jaillir du sol pour baptiser leurs geôliers convertis, saint Processe et saint Martinien. Enfermé dans ce cachot, avec saint Paul, par l’ordre de Néron, saint Pierre y opérait de tels prodiges que deux des principaux soldats chargés de sa garde, Processe et Martinien, résolurent de se faire chrétiens : « Il y a déjà neuf mois, dirent-ils aux Apôtres, que nous vous tenons dans cette prison par ordre de l'Empereur : comme il y a beaucoup d'apparence qu’il ne pense plus à vous, vous pouvez donc vous en aller où 1l vous plaira ; mais nous vous demandons une grâce avant que vous sortiez, c’est que vous nous confériez le baptême au nom de Celui par la vertu duquel vous faites de si grands prodiges. » Les autres prisonniers ayant adressé les mêmes supplications aux Apôtres, saint Pierre, après s'être assuré qu'ils croyaient aux principaux mystères, fit jaillir une fontaine par un signe de croix qu’il traça sur la roche Tarpéienne où était située la prison, et avec cette

(1) Boll., 10 jun., Act. SS. Getulii, n. 4.

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