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LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME

eau miraculeuse il baptisa saint Processe, saint Martinien et cinquante-sept autres prisonniers de l’un et de l’autre sexe.

A Saint-Laurent de la Source, on voit, dans l'antique prison qui se trouve au-dessous de l’église, la source qu'y fit jaillir saint Laurent pour baptiser saint Romain et saint Hippolyte.

Ce n’est point seulement dans les prisons, c’est jusque sur l’échafaud qu’on a parfois baptisé les condamnés.

En voici un exemple que nous empruntons aux Annales de la Propagation de la Foi (1860). « Le vendredi 21 mai 1852, le Père Bermingham, missionnaire en Amérique, tomba tout à coup sur une population pour assister à la pendaison d’un nègre, condamné pour avoir tué sa femme. Une idée vient aussitôt au prêtre: peut-être le malheureux n’avait-il pas été baptisé. Stimulé par cette pensée, le bon Père presse l'allure de son cheval, et il arrive au pied du gibet au moment où le schériff, seul sur la bascule de l’échafaud avec le condamné, procède à la lecture de la sentence : l’homme de Dieu demande la permission d’entretenir pendant quelques instants le pauvre nègre qui va mourir ; et, sur l'autorisation pleine de charité du schériff, le dialogue suivant s'engage sur le seuil de l’Éternité : « N’appartenez-vous à aucune église? — Non, répond le meurtrier. — Avez-vous jamais été baptisé? — Non, que je sache. — Apprenez donc, reprend le prêtre, que Notre-Seigneur Jésus-Christ est mort pour les pécheurs, et qu'il pardonna même au voleur repentant qui expirait à côté de lui sur la croix. Vous allez dans un instant paraître devant Dieu. Voulezvous entrer dans le Paradis comme le bon larron ? — Je le veux, répond le nègre avec empressement. — Pour cela, il faut être baptisé. — Je veux le baptême. — Mais il faut que vous détestiez sincèrement vos péchés, afin d’être digne de recevoir ce sacrement. — Je les déteste du fond du cœur, » dit le patient; et un torrent de pleurs inonde son visage. Le schériff raconte alors au Père Bermingham que le malheureux esclave a montré du repentir aussitôt après la perpétration de son crime, qu’il s’est livré lui-même à la justice, et a été condamné sur son propre témoignage.

« Il s’agit maintenant de se procurer quelques gouttes d’eau pour régénérer le condamné ; mais on est dans une campagne aride et loin de toute habitation. Enfin, une vieille femme, venue pour vendre du pain d'épice, donne un peu d’eau dans un gobelet de fer blanc, et nous espérons que, selon la promesse divine, ce verre d’eau n’aura pas été sans récompense.

« Mettez-vous à genoux, dit le missionnaire au pénitent qui porte déjà le nœud fatal autour du cou, et croyez qu'il y a un Dieu en trois personnes divines : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et que le Père aura pitié de vous et vous pardonnera, par l’intercession du Fils, si vous vous repentez sincèrement. Répétez après moi, l'acte de contrition que je vais réciter, et laissez votre cœur s’élever au ciel pour implorer le pardon du Seigneur, pendant que vos lèvres déclareront votre pénitence.

« Le nègre prononce alors l’acte de contrition à haute voix; le prêtre verse l’eau purifiante sur le front du Catéchumène; le bonnet du supplice est aussitôt rabattu sur son visage pour en cacher les contorsions, et la trappe disparaît sous les pieds du nouveau chrétien, qui est lancé dans l'Éternité en s'écriant : « O Jésus !.. ayez pitié de moil.….. »

ARTICLE III

Des maisons particulières

Pendant les quatre premiers siècles, dans les localités où sévissait la persécution, le sacrement de la Régénération fut souvent conféré dans des maisons particulières. Saul fut baptisé par Ananie dans la maison de Jude; le centurion Corneille le fut à Césarée, dans sa propre maison, convertie plus tard en église. Il était facile de changer en bassins baptismaux les piscines thermales des riches habitations ; cette destination religieuse fut donnée à ceux de Novatus, frère de sainte Praxède, à ceux du sénateur Pudens, à ceux de sainte Cécile où le pape Urbain baptisa plus de quatre cents Catéchumènes. Il est rapporté dans la Vie de saint Apollinaire, évêque de Ravenne, qu’il baptisait dans les maisons des particuliers. Au rv° siècle, Hillel, patriarche des juifs à Tibériade, ne voulant pas ébruiter sa conversion au Christianisme, fit prier un évêque du voisinage de venir le baptiser, en se présentant comme médecin : il reçut le sacrement en prenant un bain qui, pour ses familiers, ne paraissait être que l’exécution d’une ordonnance médicale.

Quand la conversion de Constantin permit d’ériger des baptistères

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