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LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÊME

D’après les Calvinistes, le baptème étant avant tout une réception solennelle dans le sein de l’Église, il faut qu’il se fasse en présence de mn l'assemblée des fidèles : c’est la prescription formelle exprimée par le mn premier article des Ordonnances de Genève en 1561 ; aussi Muscule, hs surintendant de Berne, crut-il devoir défendre de baptiser un autre jour M que le dimanche, au prêche. Le pasteur Samuel Habert jugea cette loi … susceptible d'interprétation et baptisa pendant la nuit un enfant qui se trouvait en danger de mort. Accusé aussitôt de révolte et d’hérésie, il fut traduit devant le Sénat et, après une discussion à laquelle prirent part Th. de Bèze et plusieurs ministres de Berne et de Zurich, Habert fut condamné et privé de sa charge (r).

Le synode de Breda, en août 1692, fit cette déclaration : « Selon notre discipline, le synode de Dordrecht et la pratique constante de nos églises, les enfants ne doivent être baptisez qu'aux jours et aux heures ordinaires des exercices publics de la religion et les églises qui y contreviendroient seroient censurées. » C'était une réponse indirecte aux efforts de Jurieu pour faire admettre que les enfants doivent être baptisés en tout temps et en tous lieux, quand ils sont en péril de mort. L'ouvrage anonyme qu'il avait publié en 1675 sur cette question (2) agita beaucoup les églises réformées de France, et surtout de Hollande, et donna lieu à de vives controverses auxquelles prirent une … grande part Saurin, Claude, Witsius, Isarn et Leidekker.

En général, les Calvinistes tolèrent le baptême à domicile pour ceux de leurs coreligionnaires qui se trouvent chez des nations où il n'y a point de temple protestant. Après la révocation de l’édit de Nantes, les «. réformés de France furent loin de se soumettre tous à l’obligation de faire baptiser leurs enfants dans les églises catholiques. Dans le Midi, et surtout en Guyenne, ils se réunissaient dans des locaux spéciaux où se faisaient les baptèmes et les mariages. L'arrêt du Parlement de Bordeaux, en date du 1° novembre 1757, n’empêcha point ces infractions, qui devinrent de plus en plus fréquentes aux approches de la Révolution (3). Les Presbytériens n’admettent pas que le baptême puisse être administré hors du temple, et ils condamnent le baptême domestique, autorisé en certains cas par la liturgie de l’Église officielle d’Angle-

terre (4).

(1) Rescius, De Atheismis evangelic.

(2) Lettre d’un théologien sur léficace du Baptème. Sedan, 1673. (3) Gilbert des Voisins, Mémoires, etc., p. 30.

(4) Sparow, Rationale anglic., p. 194.

En Grèce, le baptême se fait le plus ordinairement dans les maisons. On a soin d'y décorer le mieux qu’on peut la plus belle pièce, où les gens d'église apportent le kolymbithra, des cierges, des vases d'huile et les habits sacerdotaux dont le ministre doit se revêtir.

En Russie, la règle est bien de baptiser à l’église, mais on s’en dispense facilement quand l'enfant est de faible constitution, lorsque l’église est éloignée ou qu’il fait grand froid. Chez les classes populaires, on se garde bien de baptiser l’enfant dans la chambre où :1l est né, car elle est réputée souillée par les couches de la mère. Un autre appartement est transformé en chapelle, et l’on y porte toutes les images saintes qui décorent d'ordinaire les autres pièces; on allume trois cierges et l’on prépare un verre d’eau de source. Le pope arrive en chantant un psaume, précédé d’un enfant de chœur qui balance devant lui l’encensoir, et suivi de son diacre et de son lecteur, tenant chacun un bouquet à la main (1).

Les Coptes croient que le baptême ne peut jamais être conféré que dans lPéglise. S'il est impossible d’y transporter un enfant en danger de mort, le prêtre se rend au logis maternel; mais au lieu de conférer le sacrement, il se borne à réciter quelques prières, à oindre six fois l'enfant d’huile sainte, à recevoir la triple profession de foi du parrain et de la marraine, gt se retire ensuite après avoir béni l'assistance. L'enfant est alors considéré comme assuré du bonheur du Ciel, car un canon de l’Église copte dit à ce sujet : « Si l’enfant vient à mourir après la dernière onction et même après la première, l’onction lui tient lieu de baptême (2). »

ARTICLE IV

®ratoires privés et chapelles castrales

Lorsque, durant les premiers siècles, quelques maisons romaines furent métamorphosées en oratoires pour les Chrétiens, les grandes assemblées pour les offices et la prédication durent avoir lieu dans la

(1) Dixon, la Russie libre, p. 303.

(2) Boll., t. V Jun., Append. ad Patriarch. Alex., sect. 3, n. 194.

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