‹ Histoire du saint suaire de CadouinChapitre 5 sur 18 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Gomment le scdnt Suaire e»C venu il Cadlouln*

Deu» potenti nwnme Te protegit «ud ignibus. Ut t3 perenni nomine Nostru eanamus laudibus.

Par sa tonte paissaoce, Dieu tou protégea des aleiatef da feu, afin

Î|ae noas chantions sans cesse tos onanges.

(Hymne du Paint Suaire de Gadoain).

lie monastère de Gadouin possédait autrefois des documents et des titres anciens qui établissaient rhistoire et Tauthenticité du saint Suaire. Un tableau, racontant aux pèlerins Tinvention et le transport de cette vénérable relique en Périgord, fut placé dans Téglise en 1135, et y demeura exposé plus de cinq cents ans (7). En voici Iç récit qui se trouve dans rhistoire publiée par les religieux» en 1644.

f Après TAscension du Fils de Dieu, un juif converti à la foi chrétienne, déroba le Suaire de la tête de Notre Seigneur Jésus-Christ, et le conserva toute sa vie avec affluence de richesses. Étant sur le point de mourir, il fil deux parts de son héritage, et interrogea ses enfants pour savoir qui prendrait le Suaire, et qui aurait les richesses. L'aîné préféra l'argent, et en peu de temps il fut réduit à une extrême pauvreté; le plus jeune prit le Suaire, et avec la foi il accrut sa fortune. Ses descendants fidèles le gardèrent jusqu'à la septième génération. II passa ensuite entre les mains des juifs infidèles, qui, l'ayant gardé avec respect, devinrent aussi très-riches et le furent longtemps» Mais après beaucoup de discussions et de débats entre les chrétiens et les juifs, les premiers» prétendant que le Suaire leur appartenait comme héritiers de Jésus-Christ^ les autres le revendiquant comme un héritage de leurs pères, ils eurent eofin recours à Mahuvias, roi des Sarrasins, comme à le^ juge. Celui-ci ayant fait allumer ua grand bûcbcir^ pria Jésus-Christ de vouloir lui-même décider le procès, puisqu'il avait bien voulu porter 8^^ sa ti^^e ce Suaire sacré pour le aysilut des siens. Le Suaire est jeté dans le feu, mais voilà quMl s^envQle prompt(iment bien au-dessus dos ftamsae9 cI*q4i* ,aprte avpir

voltigé assez longtemps comme en se jouant, il desoend enOn à la vue de tous et va se poser lentement Mitre l6ft mains d'un chrétien perdu dans la foule. Tous aloi-s levèrent les mains vers le ciel et après 8'ètre humiliés et prosternés en terre, ils le portent &à triomphe dans la ville de Jérusalem en chantant des cantiques de louange et enlin le déposent avec respect dans les armoires de l'Eglise (8). »

Ce premier récit est tiré du vénérable Bède, qui le fit sur 1* relation d'Arculphe ; Le Suaire, ajouteiA\, avait huit pieds de longueur; il fut vu et baisé par notre frère Arculphe, qui en a rendu témoignage (9).

Après rhistoîre de son invention vient celle de son transport dans le Périgord^

« Adhémar de Monteil, évèque du Puy et légat du saint Siège dans la première croisade, rencontra le saint Suaire à Antioche, où on l'avait porté avec beaucoup d'autres reliques pour le soustraie aux profanations des Musulmans, qui étaient maîtres de la ville sainte, il en fit 1 acquisition en 1098 ; mais, étant sur le point d être enlevé par la maladie qui fît mourir tant de guerriers, il remit son trésor à un prêtre de gon église. Ce prêtre se hâta de s'embarquer ; frappé à mort kii aussi pendant la traversée, il laissa son dépôt

à un ecclésiastique attaché à sa personne et originaire des environs de Cadouin. Celui-ci, rentré en Périgord» cacha le Suaire avec son histoire dans une église dont 11 faisait le service et qui était voisine de Cadouin. Fort peu de temps après^ en l'absence du prêtre, un violent incendie consuma le village et l'église ; mais le saint Suaire, déposé dans un coffret près de Fautel, demeura intact. Les religieux, qui depuis pev habitaient Cadouin, apprirent cette merveille : ils accoururent et l'emportèrent dans leur monastère. C'était en 1 année 1117. Mais le prêtre étant de retour, et n*ayant point retrouvé son précieux trésor, vint chez les moines pour le recouvrer. Ceux-ci ne voulant pas le céder, il les supplia très-humblement de le recevoir au milieu d*eux^ afîn de rester toute sa vie le gardien de la relique qu'il avait eu en sa possession (10). »

11 mourut à Cadouin et fut enterré sous le pavé de la chapelle de Sainte Madeleine, non loin du Suaire qu'il avait tant chéri (11).

Entre autres résultats précieux^ les croisades va^ lurent à TOccident un grand nombre de saintes reliques, dont il est fait mention dans Thistoire de TEglise. Le Périgord en particulier leur dût son saint Suaire, et conmie le remarque le père Dupuy»

— alla mort de Tévèque Âdhémar revint au profit spirituel et bonheur de cette province.

Si on voulait savoir comment et en quel lieu fut gardé le saint Suaire depuis la Résurrection de Jésus- Christ jusqu'au septième siècle^ où il fut sauvé des flammes, il suffirait de remarquer qu'au rapport de saint Athanase, deux ans avant que les Romains se fussent emparés de Jérusalem, les fidèles avertis par des révélations célestes sortirent en grand nombre de la ville et se retirèrent en d'autres provinces, emportant avec eux les saintes reliques et aut)*es objets précieux ; que plus tard, au témoignage d'Eusèbe^ «ous l'empire de Trajan, ils y retournèrent. En l'année 636, les Mahomélans entrèrent dans la cité sainte, mais elle ne se rendit qu'à la condition, faile par l'évoque Sophronius, que les chrétiens pourraient y exercer librement leur religion. En effet, dit Baronius (an 6/i3), les fidèles gardèrent leurs églises et les pèlerins y venaient de toutes parts. Le saint Suaire fut donc fidèlement gardé et on put suivre «ans peine les détails de son histoire.

Enfin, depuis qu'il fut sauvé miraculeusement des flammes^ sous le roi Mahuvias, jusqu'à la première croisade, où il fut acheté par l'évèque Adhémar, nous avons quatre siècles. Que devint le saint Suaire pen-

dant ce temps? Nous savons que les chrétiens de Jérusalem le gardèrent dans une église ; plus tard il fut transférera Antioche^ et il faut admettre que ce fût vers l'an 1000^ au temps où les fidèles étaient affligés par les Mahométàns, qui en haine de la religion dé* truisireni l'église du Saint-Sépulcre (12). La tradition du saint Suaire dût se conserver avec soin puisque l'évêque Adhémar le reconnut, se le procura et ne voulut le confier qu'à sa mort à un prôlre de son église, qui à son tour, comme nous l'avons dit^ le

légua, avec son histoire, à un ecclésiastique du Périgord.

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