‹ Histoire du saint suaire de CadouinChapitre 6 sur 18 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Hommages noiiil>reux^ et éclatante rendus au saint Suaire*

Ave, Syndo speeiosa»

Bégaie Sudariunif Quo quievit pretiosa Veri Régis omnium Christi caro gratiosa; Laus, salas et gaudxum»

Sahity linceul précieux, Soaire rojal, où reposa la chair 4if ioe ^ immaculée du vrai Roi du monde, jioaaq^ à youd, notre saint et notre joie.

(Antienne d'un ancien offioe da 8t Saairede Gadoain.)

Noos avons à dérouler dans ce chapitre les nombreux triomphes de notre sainte relique ; nous y verrons les rois et les peuples travailler ensemble à aa glorification.

Il faut parler d^abord de la beUe église bâtie en

son honneur. Lorsque le saint Suaire fut porté à Gadouin, dit Tarde, c'était seulement un petit monastère de moines blancs qui vivaient d'aumônes sous l'autorité de 1 évèque diocésain. En 1106, ce prélat leur accorda l'église de la Salvctat pou^ la posséder à parpétuité et elle devint plustard Téglise paroissiale de Gadouin. Neuf ans après, en 1115, ils furent reçus dans Tordre de Cileaux. L'abbaye de Pontigny envoya une colonie de leligieux à Gadouin et se Taffilia. Les moines se mirent à l'œuvre en 1118 pour la construction de l'église ; elle fut très-solennellement consacrée en llôZi par les évèques de Périgueux, d'Agen et d'Angoulême, en présence de onze Abbés. Dédiée à la très-sainte Mère de Dieu^ protégée par elle et abritant le Suaire de son Fils, elle était doublement vénérable. Elle a bravé les siècles et les révolutions; elle est debout sous nos yeux et nous pouvons l'admirer encore. Très-remarquable par son architecture qui est en plein cintre, elle a la corniche en damier, qui se retrouve dans toutes les églises romanes. La voûte seule est en ogive primitive. Des voyageurs venus de Jérusalem ont aflSrmé qu'elle rappelait, par quelques lignes^ l'église du Saint-Sépulcre. Le chœur est parfait et les enroulements en feuillage des cinq croisées qui Téclah^nt sont d'une grande délicatesse.

A la voûte de ce chœur se trouve une admirable peinture : c'est une fresque représentant la résurrection de Jésus-Gbrist ; à la sortie du tombeau de'ix anges lui présentent des encensoirs d'or : elle est sur un fond d'azur (13). Â côté de Téglisi est le clottre intérieur du monastère, vrai bijou de la renaissance, malheureusement dégradé dans la partie du couchant. Tous les détails du trône de Tabbé se rapportent à la passion de Jésus-Christ (14).

Dieu seul connaît le mouvement qui s'est produit autour du saint Suaire Lui seul peut savoir les prié- ' res, les soupirs des fidèles, le nombre et les pas des pèlerins, les miracles opérés et les témoignages de piété laissés dans l'abbaye. Les anciens historiens se plaignent du naufrage qui a englouti les riches traditions de Cadouin. Ce qui en est resté en donne néanmoins une idée.

Quatorze souverains pontifes ont consacré par leur» bulles la dévotion à notre saint Suaire. On cite Clément iri, Innocent m, Alexandre IV, Bon^'face VIII^ Urbain V, Grégoire XI, Innocent VIII, Clément VII, Mes U, Paul III, Léon X et Alexandre VI (15) ; il feut y ajouter Pie IX. L'objet de ces bulles est d'exciter en toutes manières la piété des fidèles à honorer la sainte relique de Cadoum. Elles accordent

à l'abbaye toutes sortes de privilèges et de faveurs ; elles la prennent sous la protection spéciale du saint Siège apo?tolique ; elles engagent les rois et les seigneurs à la favoriser et à l'enrichir. Enfin elles affirment Taulhenticité du saint Suaire et attestent qu'il opère chaque jour les plus grands prodiges.

Les archevêques et les évoques témoignèrent aussi leur religion pour le saint Suaire ; ils venaient à Cadouin en grand nombre et faisaient eux-mêmes les ostensions au peuple; ils autorisaient dans leurs diocèses les quêtes pour la Confrérie et fondaient dans l'abbaye des messes quotidiennes pour le repos de leur àrae, comme le firent Jean de Mareiill, évêque d'Uzès et Godefroy d'Estissac, évêque de Maillezais, le premier en 1/483 et l'autre en 15!i2. Deux évêques dePérigueux, Guillaume d'Auberoche, auXII® siècle, et Raymond d'Auberoche, à la fin du XIIP, lui firent de grandes largesses (16).

La tradition affirme que saint Bernard a visité Gadouin. II passa à Bergerac, à Sarlat, à Cahors, et dans une de ses lettres il parle de Tabbaye (17).

Lés rois rivalisèrent de zèle avec les Papes et les évêques. Plusieurs vinrent d'Angleterre et d'Aragon, Un roi de France et un Pape d'Avignon s'étant rencontrés à Périgueux^ allèrent jusqu^à Cadouin pour y

véaérer le salart Suaire dont on disait taét âe nerveilles (19).

,Le4 rois d'Angleterre, au temjis où ils occupiifenl la Guienne. prirent Tabbaye sous leur spéciale protection, lui donnèrent de grands biens et des privilèges nombreux. Les rois de France avaient octroyé exemption de tailles et autres immunités au bourg de Cadou n ; ils y établirent un marché loiites les semaines et plusieurs foires dans Tannée pour rendre plus célèbre rotfice divin qu on y faisait jour et nuit ; ils donnèrent à Fabbaye les revenus nécessaires pour l'eftirelien de soixante nouveaux religieux .

£n l'année 12^0, saint Louis^ accompagné de ses enfants et des princes de son Royaume, avrnt de s^embarquer à Aigues-Mortes pour la dernière croi^ sade, pa sa en Périgord et vint à Cadouin; après av)oir accompli ses dévotions envers Jésus-Christ et sm) saint Suaire, il y fit plusieurs libéralités (i9)i Chapes y, €ha>r1es VI et Charles Y H s'Intéressèrent à te relique. Louis XI ne manqua pas de lui rendre sed devoirs; il fll de grands présents au monas« lèfé, M âoKJorda de nouveaux privilèges et donna qutttré tttfttfl livres tonmoîs dé rente annuelle et' perpétuelle pour une messe haute, qu'on y chanM ferait lowrte jêurs pour lui et ses aieux et pour

ses successeurs sur le trône. Cette donation fut à sa sollicitation confirmée par la cour de l\ome (20). Le roi Louis XII^ par une patente de Tan 1501, accorde aux religieux de Cadouin la faculté et le droit de recueillir partout les offrandes des fidèles en Vhonneur et révérence du précieux saint Suaire de Notre- Seigneur Jésus-Chrùtt»

Les reines montrèrent aussi leur zèle : E'éonore d'Aquitaine, épouse de Louis-le-Jeune, visita Tabbaye et fit une donation qui aida à bitir Téglise ; elle fut regardée comme fondatrice. Lts épouses de Charles VII et de Charles VIII furent dévotes au saint Suaire ; la dernière donna un drap d'or d'un grand prix sur lequel on retendait aux jours des ostensions. Une reine d'Aragon donna des chasubles ornées de ses armes.

Quant aux seigneurs qui ont favorisé Cadouin et honoré le saint Suaire, ils sont innombrables. Leur» générosités furent si grandes et si nombreuses que Tabbaye prit des développements considérables et en moins de vingt ans elle fonda sept autres monastères, qu'on appelait les filles de Cadouin (21). La fécondité si remarquable d'une petite abbaye périgourdine» qui étonnait Innocent III, s'explique par la présence du saint Suaire, qui lui donnait une Importance ex-

ceptionnelle. On offrait à 1 église des ornements précieux et des vases en ai-gent pour reafermi r la saîate relique Ëymeric de Gontaut, fils de Simon de Montfort, en ofTril un d*or pur et à celte occasion le Chapitre générai de Giteaux, en 1230^ ordonna que ce coffre d'or servirait toujours et exclusivement à garder le saint Suaire (2'i).

Mais les sommités sociales n*étaient pas seules à s'incliner ainsi devant ce linge sacré ^ le peuple y accourait en foules nombreuses. Il y venait non seuletjent de toutes les provinces de France, mais encore de TAIlemagne, de 1 Italie, de l'Angleterre et de TEspagne. L'affluence était telle qu*on dut bâtir un hôpital pour les pauvres et plus de soixante maisons pour les étrangers. Ils y arrivaient par multitudes, y priaient pour eux et pour les leurs, déposaient le poids de leurs péchés, recevaient les saints sacrements de l'Eglise et revenaient au pays natal joyeux et consolés. D eu seul et ses anges ont connu les émotiims saintes des âmes des pauvres, leurs dévotions et les modestes oflrardes qu'ils laissaient, souvent plus précieuses que celles des riches et des puissants.

Cette dévotion brilla d'une grande splendeur pendant quatre cents ans et fut une des plus célèbres

^20 déTOtioas de Tunivers. Si des ;téiaoigoeg«8 >8i (nom* bnux et ei éclatants ne forment pas une preuve ipé» remptoite en faveur de Tauthenticité du saint Softiii^ quelle relique pourrait-on désoiiQais exposera lanè- «ération publique ?

Cependant nous avons d'autres témoignages «ttcore^ et avant d'aller plus loin nous pouvons répéter ees paroles d'un vieux chroniqueur : Cadouin isH/un Ueu de singulière dévotion, renorumé par toute h France et même en plusieurs endroits de la. chrétienté, pour. les précieuses reliques d*un 4/es Sûmes. de mtfCfi Sauveur (23) .

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