CHAPITRE IV
l^es voyages du saint Suaire.
PençriMri volait ubicumfi$m commodum reperisset.
Il Yûalut' paA6Pr partout' otr iF pparriMt repaDdre ses grâces.
(Jud:xVlr. g.)'
Pènegrihata est dfebus muliiêi
11 Ybyag«a de lon^s jourM>
(iv.Reg. viii, 2.)
Notre Suaire ne reposa pas toujours en paix dans la belle église que les moioes lui avaient bâtie. Dieu Bl&rmit q^'il fut souvent dé[^acé et ses voyagçs. aug7 mentèrent sa gloire : partout les peuples s'ogenouiFlèrent devant lui ; de grandes contestations s'élevèrent au sujet de sa possession ; les villes et lès monastères, lès Papes et lés roir voyaient' etï Ibl* Utt* nhge très-pré'ciéux et trè's-sacré, qu'il' ne fallait pSJS ctnafôndi-e avec une étôfle vulèaire.
0n connaît les déSordï'es que lés vièissitudérs'dîé'ïéf gueiTCprod&iôi^iït'en^Pitmî:©' pendatHlv XIV^'sWî^
cle . Le comté du Périgord en ressentit tous les déchirements ; c'était le temps de la domination étrangère. Les Anglais, à peu près maîtres du pays, montrèrent une grande vénération pour le saint Suaire et plusieurs fois ils voulurent s'en emparer pour le transporter en Angleterre (2/i). L'Abbé de Cadouin, Bertrand Dumoulin, informé du complot et considérant eocoie le malheureux schisme qui dévorait l'Eglise, crut devoir emporter la précieuse relique pour la mettre en un lieu plus sûr. S'en étant donc emparé secrètement, à l'insu même de sa communauté, il la transféra dans la ville de Toulouse qui était en r obédience du Pape, de l'Eglise et au Roi, dit la chronique (25). Il la déposa dans l'église du Taur ; mais pour maintenir en même temps dans cette résidence la possession du saint Suaire à son abbaye de Gidouin, il eut soin de s'établir lui-même avec ses religieux, près de l'église où il l'avait déposée. Ce transfert eu lieu en 1392.
La dévotion publique éclata bientôt en pieuses démonstrations. Ecoutons l'annaliste de Toulouse : — t Le saint Suaire fut reçu avec une joie incroyable. Le jour de la fête de saint Simon et saint Jude (28 octobre), il fut porté solennellement en processioa par l'archevêque de cette ville, Pierre de Saint-Mar-
— 23 -^ liai, assisté de neuf autres prélats, avec le concours de plus de trente mille personnes. Après la procession, il fut montré au penpie dans une chapelle qu'on avait nouve'lement bâtie et de là transféré dans celle du Taur, où I on voit encore huit Capitouls à genoux peints sur la muraille, qui est derrière le matlreaulel, et dans laquelle on avait pratiqué une petite armoire pour l'y placer (26).
Lorsqu on apprit en Périgord que le saint Suaire était à Toulouse, les populations sémurent, et l'évèque de Pérignenx fit d'énergiques réclamations : il s'unit à rinstitut de Citeaux pour intenter un procès à Bertrand Dumoulin et au chapitre de S. Sernin 4e Toulouse, qui possédait l'Eglise du Taur. L'affaire fut porîée à la cour du Pape et à celle du Roi, à Avignon et à Paris. Il y eut plusieurs ambassades de part et d'autre, et le procès resta longtemps en litige, dit Beitrandi. Pour le moment les choses durent rester ce qu'elles étaient, sous certaines clauses ou coniitions (27). Toulouse garda donc le saint ^aire et l'entoura des plus grands honneurs. La ville lui fît présent d un coffre d'argeut orné de cristal : les habitants donnèrent des luminaires, des ornements : ils firent des legs et des donations, et Charles VII voulut qu en honneur et révérence du
uiini Sumre ces hieos demenrasoeDi ^rniQNii, déMés à Dieu et exempts de toute charge. OeUe pakett^ irople est de l'an i/i43 (23'.
Cependant le oliapitre général de ï'Orén ûeÇitaaux ne perdait pas de vue la vénérable relH|«re. Il (urionna en vertu de lobéissance et soua peioe 4e déposition à 1 al>bé de Cadouîn d'e»tret<»ir devant le saint Suaire quatre religieux pour faire comio» dur aage 1 olOce divin (29). Le prêtre qjui Tavait porté 4e lX)rient a'avait jamais voulu le quitter : 1 Ordfe 0Q Cileaux ln>ita cette touchante fidélité, et UQéjrit^ #081 le titre de Gardien da saint Smire, que l<lû%tpîre iui a conservé (oO)»
Notre Suaire qe devait pas sVr^t^r à ToulousQ e |1 vint jusqu'à Parij« £a 139Q, Cliarlec^ Yl, liyant eu de nouveaux accès dç folie, voulue le Sfénérer et obtenir ainsi quQlqpe soulageipent ; ^ jpanda donc à son connétable» Louis de Saucerre^ ^ le taire porter à P^ri^. la^ Toulousain^ ne vour toient pas le permettre et il ftdlui une promesft^ (qrmelle que le saint Suaire reviendrait à Toulouse «i^itOt que le roi aurait accompli ses (}évotioj9ti^ Paur plus de sOreté Tarcbevéque, Ts^bbé de Cadou|i^ (^ quelques notables de la viUr voulurent Taccqioipiiligper en personne. L'bistoriej;i (te Cliaiie^ Vi no)^
TâpoBU qvie le roi lit une neuvaine et assista toua ^s jQvrs à la messe devi^Dt la relique : mais comme il n'obtiot pa» un graQ4 soulagerayeni, les religieux la reprirent et la portèrent dans Téglise de^ j^rnardins^ on ell^ demeura exposée un mois à I4 déyotioo et à la libéralité d^s fidèles pèlerins, qnî y . «^coururent et Tenrichirent de leurs oiïrandcs (31)^ ï^ saint Suaire rentra h Toulouse le jpur de saint 4ndré, 30 novembre de la même année. Le clergé et 1^ habitants sortirent de la ville pour le recevoir et il j eut un concours prodigieux. Ce concours se produisit aussi d^ns les bourgs et les villages où il fiassait, Dm opérant partout un très grand nombre de miracles en son honneur.
En perdant son 3uaire, Gadouin avait perdu sa fplend^ur.: T Abbaye était tombée dans une grande Presse et une extjcéme pauvreté (32). Quand VAt ^pijtaioe fut délivrée des Anglais et pacifiée, les relir ijmxsi songèrent à reprendre pofisession de leuir iplique. Dom Pierre de Gaing envoya à Toulouse ^ptelques moines sous prétexte d'étudier, mais ave$ Qji^re d'employer toute leur industrie pour arriver è ^ dessein. Us firent mouler des clefs, semblables, k filles dont les Capitouls fermaient le saint Suaire^ et sur ces moules on façonna d'autres clefs au
moyen desquelles ils iVnlevèrent et le rapportèrent àCadouin (33). La nouvelle de fccn arrivée réjouît grandement le Périgord, mais les Toulousains poussèrent des cris de plainte et se kâtt rent d'envoyer des députés à Charles VU. Le roi ordonna tout d'abord en son conseil privé que le saint Suaire resterait à Gadouin. On craignit que la ville de Toulouse ne le fit enlever de force, et pour éviter ce conflit, les religieux le transportèrent secrètement dans une autre abbaye de leur Ordre, à Obasine, près de Tulle, en Limousin ; i!s le confièrent aux mains de Pierre de Combort, évêque d'Evreux et administrateur perpétuel de ce monastère^ qui prcmit Folennellement de le rendre quand il en serait requis. Malgré ces promesses, il fallut plus tard pour l'obienir. recourir au roi, et l'ordonnance qui le rendait à Cadouin porte que, pour plus grande sûreté de ce précieux trésor, il serait mis dans un cofre à trois clefs, dont Tune serait gardée par Tévéque de Périgueux, l'autre par l'Abbé de Cadouin et la troisième par le Sénéchal du Périgord. Ce ne fut que le 10 juin 1463, après sept années d'absence, que le saint Suaire revint à Gadouin ; encore fallut-il laisser à Obasine le sacré Bandeau* jusqu'à la mort de lévi'que d'Evreox
(•) Le sacré Bandeau Tint à Gadocin arec le saint Soaire et
(3û). L'abbé Dora Pierre de Gaing voyait ses désîr» accomplis ; il mourut heureux et voulut être déposé à côté du prêtre péifgouidin qui avait apporté de l'Orient la sainte relique (35).
Les Toulousains ne perdirent pas sitôt Tespoir d'en redevenir possesseurs. Ils s'adressèrent à Louis XI pour lui demander l'observation des clauses et conditions autrefois stipulées avec l'Ordre de Citeaux. Ils représentaient que même pour rhon-' neur de la France, il était expédient qu'une n ligue si renommée dans l'Europe et visitée de tant d'étrangers, fut conservée dam une ville célèbre comme Tou' huse et non nas dans un désert (36). Plaidée d'abord au parlement de Toulouse, évoquée ensuite à celui de Paris, l'alTaire se termina en faveur de Gadouin, qui devait garder la relique à perpétuité.
Mentionnons un autre voyage de notre Suaire ; Poitiers le posséda un moment dans ses murs. Le roi Louis XI, se trouvant dans celte ville, voulut le voir et le vénérer : il manda donc à l'Abbé et aux religieux de Gadouin de le lui apporter. Ils obéirent
l'accompagna tonjonrr. C'était nne pièce de lin dont se servirent les Juif* pour voïIït les yeux du Sauveur an temps île la Pa»- •ioD, quand ils le fmppaient en lui disaut : Prophétise ; dit-MUS qui fa frappé, il n'en re^te qu'une bien petite partie.
et, aprè& qt^ le Rot eut saiisfait sa dévotiOD,i lisait nfifortèrent éans leur monaslèm (37).
QiéouiB* reprit alorasa' spJendeor passai; fabi^ baye voyait revenir les joui*s de 8a> gloire : on li l'appelait plus que le monastère ou^Tabbaye' du saint $M«ire; Sur la demande de^religieu» fVavee le con«* eours des Eta4»du Périgord; le Roi avait- permis' de prélever un impôt pour réparer le monastô*^;. aussi en fort peu de temps tout fut changé! ; Ifégiisrse^^t remplie et décorée d'ornements, de pièces* d'argen*tode, de lampes et de chandeliers. Les pèlerins yt venaient» non- seulement du voisinage, nudfr Meore du Languedoc, du Bordelais, de la Sain^ longe, du Limousin, de TAiivergne, duBouid)Oiiiiais^ au Poitou et du fietry (08).
Malheureusement, cet éclat dura peu; le XVI^ sÉèr* Ole élait proche ei Thérésie de Calvin sdlaii aivom des influences désastreuses* Eneflet, lè protestântisme^i çpfei'porlft hN flamme sur tant de monumenisf^bcréa^ Marnait ouvertement le culte des reli(|ue»à GaWni ftmsoqiua Ab la* pluralité des Suaires (39).. Le^nâni»» tre Ck)stabadie attaqua de front celui de Gadouin dans un livre imprimé à Genève. La dévotion se refh)id!t,, Ibb^ pèlerinages se convertirent en /Cotres er marchiêi Gadouin tomba en commende (l\0), Ëbfln lès liugue^
ûots s'en rendirent maîtres et le possédèrent pendant plus de soixante ans ; les moines furent dispersés, l'office divin interrompu, le sanctuaire profané, la Confrérie suspendue oi les trésors pillés. Le saint Suaire quitta de nouveau son saint asile et des mains pieuses le portèrent au château de Montferrand, appartenant à la maison de Biron, où il demeura caché plusieurs années (/il).
Quand 1 orage fut passé, il rentra dans sa pacifique demeure (Ziâ). Comme celui dont il couvrit la dépouille sacrée, il fut, on vient de le voir, errant et honoré, aimé et poujsulvi : il a eu des jours de gloire et des jours de deuil. Sa place néanmoins a été belle dans les annales de lEglise et dans celles 4e Ja France. Elle eut été plus considérable encore, siukt documeJits qui le x^oncernent ne fussent restés manuscrits et .enfouis dans une obscure province. Gadouin devait ^tre «a demeure ; ce lieu silencieux et désert, perdu dans une gorge profonde, était bien choisi pour être le tombeau vivant d'une relique de tÊûwmA du dRiti é& Ditn.