‹ Histoire du schisme portugais dans les IndesChapitre 2 sur 34 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ÉTABMSSEIIENTS FÜRTUGAIS. — MISSIONS. — DROIT DE PATRONAGE. SAINT FRA.NXflIS XAVIER.

. Dans le cours du quinzième siècle, les Portugais découvrirent les îles de Madère, les Açores, le ca|» Vert, la Guinée et le Congo,, et en prirent possesion. Kn 1497, ils doublèrent le cap de Bonne-Espérance, et se rendirent successivement maîtres des Maldives, deCeylan, d’Ormus, Sumatra, Goa, Malacca, et- de vastes régions situées dans le continent asiatique.

Le Portugal fut ainsi la pa'mière puissance euro péenne qui domina dans les Indes orientales, et pendant longtemps il y exerça seul rautorilé.

fi‘clait une voie nouvelle que Dieu ouvrait aü sainl-siége pour l’extension de l’Évangile ; les papes ne la négligèrent pas , ils dotèrent la couronne de Portugal de grands privilèges. L’intérêt de la religion le leur commandait.

Martin V, Eugène IV, Nicolas V, Calixte III, Sixte IV, Innocent VIII et Alexandre VI lui concédèrent, par des bulles successives, le domaine temporel de tous les pays enlevés aux infidèles, ou qui le seraient à l’avenir. L’obligation attachée à cette magnifique donation était de faire évangéliser les régions nouvellement acquises. La bulle d’Alexandre VI, du 12 mai 1493, en particulier, s’exprime, à ce sujet , en termes parfaitement clairs et précis. « Nous vous ordonnons, — dit-elle, — au nom de la sainte obéissance, d’envoyer dans les terres fermes et les iles mentionnées, des hommes probes, craignant Dieu, habiles et capables d’instruire les habitants desdits beux dans la foi catholique et les bonnes mœurs. »

Un autre décret du même pape, portant la date dü 26. mars 1500, renouvelle ces mêmes dispositions^ Dans tes bulles des différents pape^ qUe nous venons de citer, il n’est encore nullcmenl parlé d’un

droit de patronage reconnu aux rois de Portugal. Il ne s’agit, nous le répétons, que de domaine temporel. Il est question, pour la première fois, du patronage dam la bulle de Léon X, Dum fidei constantiam, du 9 juin 1514, et dans celle du même pape, du 31 mars 1516. Le souverain pontife déclare que toutes les églises situées dans les pays conquis et possédés, ou qui seront conquis et possédés à l’avenir par le Portugal, appartiennent à l’ordre du Christ et il accorde le patronage desdites églises aux rois de Portugal, en leur qualité d’administrateurs perpétuels de cet ordre*.

La couronne remplit les obligations que le saintsiège lui avait imposées. Les rois éprouvaient le vif désir de faire fleurir la vraie religion dans leurs nouvelles possessions. Ils y envoyèrent des missionnaires. Les premiers qui s’y rendirent appartenaient à l’ordre de Saint-François , et avaient à leur tête un évêque revêtu dti c.araclère de vicaire apostolique.

'■ Fondé pur le roi Denis au commenreinent du quator/ièine siècle.

* Ils en devinrent grands maîtres lorsque, par sa bulle Præclara charùsimi, du i janvier 1551, Jules III unit à perpétuité les trois ordres militaires du Christ, de Saint- Jacques et de Saint-Benoit à la couronne de Portugal.

Cédant plus tard aux instances des princes , les souverains pontifes consentirent à établir, dans les pays conquis, des évêchés, à charge pour la couronne de les fonder, de les doter, de les maintenir conformément aux sacrés canons.

Le siège de (îoa fut institué le premier. Don Alphonse d’Alhuqiierque, surnommé le Grand , avait enlevé, en 1510, aux infidèles, cette vaste cité, bâtie quelque quarante ans auparavant par les Maures. Goa était devenue dès lors la capitale des Indes et la ville la plus commerçante de l’Orient.

Paul III, par sa bulle Æqmm reputamus, du 3 novembre 1534, y établit un évêché suffragant de la métropole de Funchal. Les conditions qu’il y mit étaient les suivantes :

« Les limites du nouveau diocèse s’étendront du cap de Bonne-Espérance aux confins de la Chine; — les revenus seront assignés à l’évêque et au chapitre par le roi de Portugal ; — le droit de patronage de l’évêché et de tous les bénéfices du diocèse appartiendront, à titre de fondation et de dotation, aux souverains portugais, en leur qualité d’administrateurs perpétuels des fonds appartenant tà l’ordre du Christ.

Paul III accordait donc formellement le droit de patronage ; il renouvela ses dispositions par sa constitution Romani pontificis, publiée le 8 juin 1559, et il y aj(|uta cinq conditions, à l’observation «lesquelles le roi s’obligea, à savoir :

1® Le roi maintiendra, conservera, entretiendra et réparera la cathédrale de Gon et toutes les autres églises et chapelles de la ville et du diocèse. 11 sera

chargé de même de l'entretien des monastères, lieux

(le dévotion, etc.

2“ Il procurera à tous les lieux ci-dessus désignés les ornements, calices et objets nécessaires , pour y célébrer le culte divin avec la majesté requise.

5° 11 assurera des salaires annuels et convenables aux recteurs, vicaires, chapelains, prêtres, clercs, en un mot à toutes les personnes chargées de l’administration du culte dans la ville et dans le diocèse de Goa.

4° 11 bâtira, dotera et fera desservir les* nouvelles paroisses, églises, chapelles, etc., qui devront être érigées dans la ville et le diocèse, conformément aux besoins du temps. >

5° Les concessions et dotations faites aux églises et autres lieux pieux , dans la ville et le diocèse de

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Goa, le nombre des recteurs et de leurs vicaires, et le montant de leurs appointements, ne seront pas modifiés sans le consentement de l’évèque de Goa.

Cependant, malgré les mesures adoptées par le saint-siège, malgré le zèle avec lequel la cour de Portugal protégeait et défendait la religion , en dépit , enfin , des efforts soutenus des missionnaires, la foi faisait fort peu de progrès.

Les Franciscains , loin de pouvoir s’occuper, sur une vaste échelle, de la conversion des habitants du pays, ne pan'enaient pas même à contenir les Portugais dans le devoir. Corrompus par les délices de l’Asie, par le commerce avec les infidèles et par le désordre qui accompagne habituellement la conquête, ces derniers vivaient dans un dérèglement de mœurs complet, et plutôt en idolâtres qu’en chrétiens. Suivant une relation authentique envoyée au roi .lean III , « chacun avait autant de concubines qu’il voulait, et les tenait toutes chez lui en qualité de légitimes épouses... La justice se vendait dans les tribunaux, et les crimes les plus énormes n’étaient pas punis, quand les criminels avaient de quoi corrompre leurs juges. Toutes les voies étaient permises pour amasser de l’argent, quelque iniques qu’elles fussent: l’u-

sure surtout se pratiquait publiquement. On comptait pour rien un assassinai, et on s’en vantait comme d’une belle action.

« Le nouvel évêque de Goa avait beau menacer de la colère du ciel et fulminer des excommunications pour arrêter ces débordements , les cœurs étaient si endurcis , qu’on se moquait des menaces et des analbèmes de l’Eglise... L’usage de la confession et de la communion était en quelque sorte aboli *. »

Quant aux Indiens nouvellement convertis, ils étaient en petit nombre, et, comme on ne leur donnait ni bons exemples ni instructions sufGsantes, la plupart retournaient bientôt à leurs anciennes superstitions. Si, par aventure , il s’en trouvait quelqu'un qui restât fidèle, il se voyait aussitôt en butte à la persécution des mabométans, qui étaient maîtres d’une partie des côtes et fort riches , et il ne trouvait aucun appui auprès des gouverneurs et des magistrats portugais.

Les Gentils , enfin, menaient le genre de vie le plus abomidable. Ils adoraient en général le démon

* Vie de saint François-Xavier, du P, Bouhours S. J., 1. 1, 1. n, p. 52, 53.

sous une figure impudique et lui rendaient une culte infâme. — Il en était qui changeaient de dieu tous les jours; la première créature qu’ils rencontraient le matin devenait l’objet do leur adoration, fùt-ceun chien ou un pourceau; ils lui faisaient de sanglants sacrifices; — souvent les pères égorgeaient leurs propres enfants en l’honneur de leurs idoles.

Les cho.ses changèrent de face après l’arrivée de saint François-Xavier aux Indes. Il y fut envoyé par les soins du roi Jean III , et débarqua à Goa le 6 mai 1542, après un voyage de treize mois. — Xavier se lia aussitôt d’une amitié étroite avec l’évèque, don Juan d’Albuquerque, religieux franciscain, et, à partir de ce moment, ces deux hommes illustres n’entreprirent rien sans se consulter réciproquement. Ce bon accord rendit d’incalculables services à l’exaltation de la foi et au salut des âmes.

Xavier s’attacha d’abord à faire revivre l’esprit chrétien et les mœurs parcqi les Portugais de Goa. Il commença par les enfants et la jeunesse, pensant qiœ, s’ils étaient formés aux exercices de la vertu, on verrait en peu de temps le christianisme renaître dans la ville.

Le succès répondit à ses espérances.

Alors le saint apîttre fit des prédications publiques, et , pour être entendu de tous , il adopta un langage barbare, sorte de portugais grossier qui avait cours parmi les naturels du pays. L’esprit de Dieu reposait sur saint François-Xavier : l’efTet de ses discours fut prodigieux. Les pécheurs les plus scandaleux se convertirent les premiers ; leur exemple fut bientôt suivi : jour et nuit la foule assiégeait les tribunaux de la pénitence. On vit alors se rompre les faux contrats et les conventions usuraires ; les concubines furent épousées on chassées, chacun se hâta de restituer le bien mal acquis ; nobles cl négociants mirent tous leurs soins à bien régler leurs maisons et à en bannir le vice; chaque jour Xavier recevait des sommes considérables destinées à être distribuées aux malheureux et à l’entretien des hôpitaux et des prisons. En un mot, l’aspect de Goa avait complètement changé.

Le saint, après avoir #%tabli ainsi la foi et redressé les mœurs dans la capitale, accueillit la proposition que lui fit Michel Va/, vicaire général des Indes, d’aller porter les lumières de l’Évangile à la côte de la Pêcherie, située tà l’extrémité sud-est de la Péninsule, à une distance de plus de cent cinquante lieues.

Les Paravas, habitants de cette côte, venaient d’être affranchis dn joug des Sarrasins, leurs oppresseurs, par les Portugais ; ils s’étaient adressés à ces derniers d'après le conseil de Jean Crucius, chrétien indigène, auquel le roi de Portugal avait conféré le titre de chevalier. — En reconnaissance du service qui leur avait été rendu, ils reçurent avec bienveillance le missionnaire chrétien. Saint François- Xavier travailla à la conversion de ce peuple avec un zèle incomparable. Des miracles éclatants marquèrent son entrée dans cette nouvelle carrière, 11 ne put rester que fort peu de temps parmi les Paravas ; mais quelques mois lui suffirent pour les amener tous dans le giron de l’Eglise, et, malgré le manque de prêtres et les mille difficultés contre lesquelles la chrétienté des Indes est obligée de lutter, la semence répandue par le compagnon de saint Ignace fructifie encore de nos jours.

De la côte de la Pêcherie, Xavier passa aux centrées soumises aux Portugais. Il alla prêcher sur la côte de Travancor, qui est remplie de villages sur une étendue d’environ trente lieues, à partir du cap Comorin. Tout le pays devint chrétien en fort peu de temps ; plus de quarante églises, dans lesquelles le

-se-

vrai Dieu était servi et adoré par de ferventes chrétientés , s'élevèrent sur cette plage plongée naguère dans les ténèbres de l'idolâtrie.

L’histoire des travaux apostoliques de saint François-Xavier est connue; nous n’avons donc pas à nous en occuper davantage. Ou sait que, voyant un champ si vaste ouvert devant lui, et tant de peuples disposés à embrasser la vérité, il écrivit souvent en Europe pour demander de nouveaux aides ; ils lui furent envoyés. Étant supérieur général des missions de l’Inde, il disposait, comme il le jugeait à propos, des compagnons qui lui arrivaient , et il les employait à étendre et à consolider l’œuvre qu’il avait si merveilleusement commencée. Il s’attachait surtout aux pays qu’il trouvait disposés à recevoir la parole de Dieu , et il reconnaissait avec une admirable sagacité quels étaient ceux envers lesquels le Seigneur voulait exercer sa miséricorde.

Il n’y avait eu d’abord que des missionnaires portugais aux Indes; mais, peu à peu, les missions se multiplièrent, et les besoins augmentèrent dans une si énorme proportion, que le Portugal se trouva hors d’état d’envoyer le nombre d'ouvriers nécessaires. Le saint-siège vint à son aide et lui procura

des apôtres pour les Indes , la Chine, le Japon et les îles adjacentes. La compagnie de Jésus se distingua particulièrement dans ces glorieux travaux ; elle s’associa , dans l'occasion, les indigènes, et trouva dans le pays même de précieuses recrues. Les compagnons et les successeurs de saint François-Xavier marchèrent sur ses traces, ils se répandirent dans toute la contrée et y établirent diverses missioBs qui restèrent florissantes jusqu’à l’époque de la destruction de la compagnie; beaucoup d'entre eux scellèrent de leur sang la doctrine qu’ils avaient prêchée, et moururent martyrs *.

‘ Il ressort des rapports les plus authentiques et les plus incontestables qu’aux temps des jésuites il y avait trois millions de catholiques aux Indes, et qu'aujourd'hui leur nombre total ne s'élève qu'à un million. La négligeuce excessive et la rapacité du clergé goanais ont fait retomber des villages entiers dans le paganisme.

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