CHAPITRE III
EXTENSION OU OROIT DE PATRONAGE. — PREMiIrES NisiNTEI.LIGENCKS.
La couronne de Portugal , fidèle à ses engagelucnls, avait rendu d’éminents services à la i-eligion. Son influence et sa puissance avaient produit d'hcureu.\ résultats ; les secours promis par le gouvernement ne s’étaient pas fait attendre. Les papes s'en montrèrent profondément reconnaissants; ils récompensèrent magnifiquement les rois en les dotant de nouveaux privilèges.
l.>e droit de patronage fut étendu. Ici il est nécessaire de préciser les faits.
L’immense espace compris entre le a«p de Bonne-
So •—
Ëspérance et la Chine ne pouvait être gouverné par le seul évêque de Goa. Paul IV. par trois constitutions publiées le 4 février 1557, divisa cet énorme diocèse en trois, à savoir : celui de Goa , auquel il conféra la dignité métropolitaine, et ceux deCochin et de Malacca, suffragants du précédent. Le pape concéda en même temps au roi de Portugal « le patronat des trois sièges et de tous les bénéfices qui y existent ou qui y serout fondés et dotés à V avenir par ce prince ou ses successeurs. 11 fut stipulé que la dotation des deux nouveaux évêchés serait prise sur les revenus des villes de Cochin et de Malacca, qui dépendaient de la couronne de Portugal.
Les successeurs de Paul IV firent plus encore.
En 1575, Grégoire XIII établit l evêché de Macao, qui embrasse la Chine et le Japon , et le déclare suflragant du siège de Goa* Le souverain pontife donne le droit de patronage de ce diocèse et des bénéfices qui en dépendent au roi Sébastien et à ses successeurs , à la condition expresse que les rois fourniront tous les secours nécessaires aux évêques et aux missionnaires de ces vastes contrées, et que nommément ils pourvoiront sans délai à Télection de nouveaux candidats pour les sièges qui viendront
à vaquer : une clause entièrement nouvelle est ajoutée à la concession conditionnelle faite par le pape à la couronne de Portugal. Grégoire XllI déclare que personne, fût-ce le siège apostolique, ne pourra déroger au droit de patronage tel qu’il est concédé aux rois, sans le consentement formel du souverain régnant * .
Cette même clause se retrouve posterieurement toutes les fois qu’un nouvel évêché est établi dans les contrées qui nous occupent , mais toujours aussi il est stipulé que le droit de patronage de la couronne de Portugal* existe à la condition de fonder et doter .
Le cas se présente quatre fois encore.
Le 19 février 1588, Sixte V détache le Japon de l’évêché de Macao par un décret consistorial, constitue lediocese deFunai, et le déclare suffragant de Goa.
L’archevêque Nestorien d’Angomale étant mort,
‘ Nous revifindrons à cette clause lorsque nous nous occuperons des prétentions actuelles de la couronne de Portugal.
* On sait qu'après la mort du roi Sébastien le Portugal fut soumis pendant soixante ans à la domination espagnole. Durant cet intervalle, les rois d'Espagne furent aussi rois de Portugal. C’est pourquoi nous employons simplement l’expression couronne de Portugal, sans établir une distinction inutile à l’intelligence du récit.
Clément VIII, par sa constitution /n supremo, du 4 août 1600, change cet archevêché en évêché, le fait doter par le roi de Portugal (c’était alors Philippe III d’Espagne ) , et le réunit à la province de (ioa.
Paul V, par décret consistorial du 9 février 1606, sépare en deux le diocèse de Cochin , et institue à Méliapour un nouvel évêché, suffragant de Goa.
Alexandre VIII, cédant aux instances du Portugal, scinde le vaste diocèse de Macao par ses constitutions Romanus pontifex et Romani pontificis, du 10 avril 1690, forme les deux évêchés nouveaux de PékingetNanking, et les déclare dépendants de la métropole de Goa ; — comme les précédents, ils sont soumis au patronage portugais, au même titre [un- (lationis et dotationis, et avec la clause de Grégoire XIII.
Toutes ces concessions sont autant de preuves de la bienveillance du saint-siège envers la cour de Lisbonne , et de l’espérance qu’avaient les papes de trouver toujours de zélés défenseurs de la religion dans les rois très-fidèles.
Malheureusement il n’y eut pas réciprocité de bons
procédés ; nous aurons bientôt occasion de nous en
— oô —
convaincre. La protection que le Portugal accorda à l’Église ne resta pas désintéressée, et peu à peu elle fut contre-balancée par de nombreux et graves inconvénients. — ü’après ledroitde patronage tel qu’on voulut le comprendre à Lisbonne, aucun évêque ne pouvait être nommé aux sièges existants que sur la présentation du roi ; aucun nouveau siège ne pouvait être érigé sans la participation et le consentement de ce prince; il fallait sa permission pour qu’un missionnaire européen ou un délégué de Rome pût se rendre aux Indes ou en Chine ; son approbation était nécessaire pour donner force de loi aux bulles et aux brefs des papes ; en un mot , on prétendait former, en faveur du Portugal , un véritable monopole des missions orientales, et ces pouvoirs exhorbitants devaient durer, dans toute leur plénitude, jusqu’à la consommation des siècles.
Ces folles prétentions devinrent la cause foncière et réelle de la rupture des bons rapports entre les cours de Rome et de Lisbonne ; mais des causes insignifiantes en apparence l’amenèrent et la préparèrent de longue main.
Il nous faut reprendre ici les choses d’un peu plus haut.
Grégoire XIII avait livré, en 1585, les missions du Japon, de la Chine, etc., aux Pères jésuites, en récompense de leurs éminents services. — Il permit, à la vérité , à d’autres missionnaires d’aller évangéliser CCS contrées ; mais ce fut en vertu d’exceptions spéciales.
Cependant, les conversions se multipliant de jour en jour, le besoin d’un plus grand nombre d’ouvriers se fit sentir. Clément VIII jugea nécessaire de déroger à la bulle de Grégoire XIII, et il ouvrit l’Orient à diverses autres corporations religieuses Le Portugal ne s’opposa pas à l’exécution des mesures ordonnées par le saint-siège, seulement il demanda que tous les missionnaires fussent obligés de s’embarquer à Lisbonne et de passer par Goa, capitale de ses possessions orientales , résidence du primat , siège de l'inquisition et des supérieurs des diflérents ordres religieux établis dans ces lointaines contrées. — C’était (orcer tous les sujets étrangers qui entraient dans les missions de l’Inde à renoncer, en quelque sorte , à leur nationalité, pour prendre la qualité de Portugais ; une telle condition devait nécessairement diminuer le nombre des vocations chez les autres peuples ; — mais à côté de cela il y avait
quelque chose de fondé, d’équitable peut-être, dans l’exigence du Portugal ; cette puissance était alors la seule qui fût établie dans les Indes, et capable d’y soutenir la religion ; il était naturel qu’elle fût jalouse d’y conserver son autorité et d’empêcher des nations rivales d’y établir leur pouvoir et leur influence au moyen de missions qui leur appartiendraient. Cédant à ces considérations , Clément VIII obtempéra à la demande du roi de Portugal , et défendit à tous les missionnaires de se rendre aux Indes par une voie différente de celle de Lisbonne et Goa. Le souverain pontife espérait d’ailleurs que, par cette concession, il procurerait aux missionnaires des facilités pour leur voyage, et leur assurerait une énergique protection pendant leurs travaux apostoliques. Le contraire arriva. La condescendance du pape n’eut d’autre résultat que de livrer les missionnaires étrangers à d’insupportables vexations. On ne les leur épargna guère à Lisbonne; ce fut bien pis encore à Goa. Le clergé dégénéré de cette ville ne ressemblait plus au clergé du temps des Xavier et des Albuquerque; nous en parlerons avec plus de détail au chapitre suivant. Plus passionné que la cour de Lisbonne elle- même pour le droit de
patronage, parce que son intérêt et sa vanité y trouvaient leur compte, il persécuta en toute occasion les nouveaux arrivants de la façon la plus odieuse, les traitant d’intrus, d’émissaires d’une puissance
étrangère, qui venaient empiéter sur leurs droits et
diminuer leurs revenus. — Bien que les clercs de Goa fussent en nombre infiniment trop petit pour faire face au travail des missions, — travail dont, au reste, ils n’avaient plus guère de souci, — ils accusaient les missionnaires, qui venaient pour évangéliser les païens, de porter la faux dans la moisson d’autrui ; ils se considéraient comme propriétaires du pays et de ses habitants, en vertu du droit de patronage, comme ayant seuls le pouvoir d’y agir et d’y commander.
Paul V, informé de ce qui se passait , crut devoir déroger à la bulle de Clément. Il permit aux missionnaires apostoliques de se rendre à leur destination par la voie qu’ils jugeraient la meilleure,, et il défendit à qui que ce fût de s’opposer à leur passage. Ces dispositions ne remédièrent pas au mal, le clergé de Goa avait pris l’habitude de considérer comme non avenus les ordres qui ne lui plaisaient pas ; il persista donc è susciter aux ouvriers évangé-
liqucs lies difficultés sans nombre. Son acharnement éclata surtout après que Grégoire XV eut fondé, en 1622, la célèbre congrégation De jn'opayonda fide. 11 eut recours aux moyens les plus indignes pour expulser des Indes les missionnaires envoyés par Rome, auxquels il se flattait follement d’imprimer un stigmate en leur donnant le nom dérisoire de propagandistes.
Les choses en vinrent au point que Clément X renouvela (1675), sous peine d’excommunication, les prescriptions de Paul V ; — on ne lui obéit pas davantage, les tracasseries et les persécutions ne se ralentirent pas.
Du reste, ces difficultés n’étaient pas les seules avec lesquelles le saint-siège eut à lutter en Orient. La couronne de Portugal et ses employés civils et ecclésiastiques lui en avaient suscité, depuis quelque temps déjà, d’autres encore.
Nous allons les faire connaître. — Lorsque Alexandre \1I, considérant l’extension que la chrétienté prenait en Chine, avait voulu y fonder des évêchés dans la seconde moitié du dix-septième siècle, et les détacher de l’immense diocèse de Macao, le roi de Portugal s’y était opposé au nom de son droit depa-
tronage. Alexandre tourna la difficulté : au lieu de nommer des évêques, il envoya en Chine des vicaires apostoliques , investis d’une juridiction extraordinaire, et chargés d’administrer, au nom du pontife romain, une partie dudit diocèse. Le roi n’osa pas protester contre cette mesure : la raison, l’équité, la religion, ne lui permirent pas de manifester le mécontentement qui existait peut-être au fond de son cœur ; — le droit du saint-siège était évident, le vicaire de Jésus-Christ remplissait le premier de ses devoirs en procurant des moyens de salut à un pays abandonné et plongé dans les ténèbres de l’idolâtrie.
Clément IX, Clément X et Innocent XI , successeurs immédiats d’Alexandre VU, imitèrent son exemple.
Ces mesures, toutefois, devinrent bientôt insuffisantes , car le nombre des fidèles augmentait prodigieusement en Chine. Alors Alexandre VIII fonda les deux évêchés de Nanking et de Péking, et, ainsi que nous l’avons rapporté précédemment, il en accorda le patronage à la couronne de Portugal aux conditions habituelles.
Innocent XII, successeur d’Alexandre, détacha
quelques provinces de ces diocèses iniininienl trop vastes, et continua à en confier l’administration à des vicaires apostoliques.
A cette occasion, la colère de la cour de Portugal, mal déguisée depuis longtemps , éclata enfin. Elle accusa aigrement le pape de violer les droits du patronage royal et les nombreuses constitutions pontificales qui l’avaient établi et reconnu , — constitutions auxquelles il ne pouvait être dérogé sans le consentement formellement exprimé de la couronne.
Nous examinerons, dans une autre partie de ce travail, la validité de l’accusation ; pour le moment, il nous suffit de l’avoir rapportée.
Innocent XII ne tint aucun compte de la protestation royale, il répondit qu’il avait reçu de Jésus- Christ le droit inaliénable d’envoyer ses vicaires partout où il le jugeait à propos, et qu’il continuerait à l’exercer, à l’instar de ses prédécesseurs, en dépit des oppositions et des obstacles. Par le bref du 6 août 1696, il défendit péremptoirement à l’archevêque de (loa et aux évêques portugais d’exercer leur juridiction dans les vicariats apostoliques.
CIIVPITUK IV.
DKUAÜE.NCE DU CI.EKué DE I.UA. — SUITE DES DÉ.MÈI.ÉS AVEC LE SAIST-SIÉÜE.
Il est temps de donner sur le clergé de Goa les détails que nous avons annoncés dans notre précédent chapitre. Nos renseignements sont puisés aux sources les plus certaines , et nous n’avons admis aucune accusation qui ne nous ait été clairement démontrée.
f.cs ecclésiastiques de Goa, depuis ceux du rang le [ilus élevé jusqu’aux plus infimes, avaient perdu l’esprit de leur état dès la fin du seizième siècle. Un efl'royable relâchement s’était introduit dans l’église de la métropole de l’Orient, le peuple s’était hâté d’i-
miter les exemples que lui avaient donnés d'indignes guides spirituels, et on semblait près de retomber dans le paganisme.
Un bref d’Alexandre VU, daté de l’année 1658, nous fait juger de la grandeur du mal par la série des reproches qu’il adresse aux prévaricateurs.
Voici les faits articulés dans ce bref :
1“ Le clergé oblige les pauvres à travailler à la construction des églises sans leur donner aucun salaire.
2® Ce même clergé, .au lieu d’avoir recours à des moyens moraux et convenables pour attirer l’enfance et la jeunessç aux instructions religieuses, les force à venir en les maltraitant et en leur distribuant des coups de bâton.
3“ Les ecclésiastiques admettent aux écoles publiques, ou en refusent l’entrée , par pur caprice et sans aucun motif raisonnable.
4“ L’on ne permet pas aux convertis d’embrasser la vie religieuse.
5° La prédication, la confession et l’administralion des sacrements sont interdits au clergé indigène, à ceux mêmes de ses membres qui réunissent toutes les conditions requises ; — il en résulte que
des milliors de personnes sont privées de la possibilité de s'approcher des sacrements.
6“ On refuse la communion aux pauvres, souvent même à leur lit de mort.
T Les catéchumènes sont baptisés sans recevoir d’abord l’instruction relifçieuse nécessaire, et étant encore à moitié païens.
8° Les conversions sont le fruit , tantôt de promesses fallacieuses, tantôt des vexations et de la violence.
9® On permet à des païens de sacrifier dans les églises chrétiennes.
10® On refuse la sépulture aux pauvres, à moins que quelqu’un ne paye leur enterrement.
11® La prédication est excessivement rare, et lorsqu’elle se fait, c’est en langue portugaise, que la ma- . jorité de l’auditoire ne comprend pas.
12® Le clergé se mêle des affaires politiques.
Alexandre VII ordonna en vain qu’on portât remède sur-le-champ aux déplorables abus qu’il signalait. — Son successeur, Clément IX, donna des injonctions semblables en 1669; ce fut également sans le moindre succès.
Les missionnaires et les vicaires apostoliques, au
moyen desquels le saint-siège espérait combattre le mal et en arrêter les progrès, étaient reçus de la manière la plus indigne et se voyaient traités d'intrus par le clergé indo-portugais, ainsi que nous le disions au chapitre précédent. Jamais, cependant, la pensée n'était venue aux papes qu’en procurant des pasteurs à des congrégations nouvelles dépourvues de prêtres et en envoyant leurs délégués dans les lieux soumis au patronage du Portugal, ils violaient les privilèges de cette couronne. — Ils donnèrent tous leurs soins au rétablissement de l’harmonie. Les circonstances et une saine politique exigeaient que le clergé de ces contrées éloignées fût composé, en partie de Portugais, en partie de missionnaires directement envoyés par Rome. Pour prévenir toute possibilité de conflit entre ces deux éléments, les souverains pontifes soumirent tous les missionnaires apostoliques à la juridiction de leurs vicaires.
Mais les tentatives des papes échouèrent. — Le clergé de Goa refusa opiniâtrement de reconnaître à d’autres qu’à son primat et à ses évêques le pouvoir dont il prétendait leur conserver le monopole ; il résista aux ordres du saint-siège et s’acharna
à persécutor de toutes fîiçons les missionnaires qui, dociles aux ordres des papes, ne voulaient pas se soumettre tà la juridiction du métropolitain. Une lutte opiniâtre, qui jamais ne s’est ralentie, et dont les païens eux-mêmes se sont scandalisés, s’engagea. A partir de ce temps l’histoire des chrétientés orientales a toujours présenté le désolant spectacle des désordres et des excès qu’enfantent la haine et la jalousie.
Il n’est pas hors de propos de citer ici quelques faits à l’appui de ce que nous avançons.
Un missionnaire apostolique était chargé de la direction d’une nombreuse chrétienté à Camhay, dans le voisinage des possessions portugaises. Il fut expulsé sous un faux prétexte d’hérésie, emprisonné à Macao, et jeté, après cinq mois de détention, dans les cachots de l’inquisition de Goa.
D’autres missionnaires éprouvèrent le même sort.
Enfin l’insolence du primai et de ses créatures ne connut plus de homes, on en vint à exiger que l’évêque de Bérite, vicaire apostolique en Gochinchine, exhibât son diplôme. Le prélat s’y refusa, parce qu’il n’était ni sujet du roi de l’orlugal, ni envoyé dans les domaines de ce prince ; aussitôt l’inquisition le
h 'tjt .
déclara rebelle, defoi suspecte, etdéfendit, sous peine d’excommunication, à tous les chrétiens d'avoir aucune relation avec lui ou avec ses missionnaires. — Pour comprendre la portée de ce fait, il ne faut pas oublier que le saint-siège, lorsqu’il délègue des vicaires apostoliques, les munit de deux documents authentiques, à savoir : d’une attestation déclarant qu’ils sont envoyés dans tel ou tel pays ou mission, et d’un diplôme indiquant leur juridiction et leiii-s facultés. L’attestation sert pendant le voyage et se présente aux autorités légitimes, le diplôme n’est produit que lorsque celui qui le porte est arrivé à sa destination. — De plus, nous ne devons pas perdre de vue que les délégués pontificaux jouissent, dans l’Eglise catholique, des prérogatives reconnues aux ambassadeurs dans le monde politique; or, lorsqu'un ambassadeur traverse un pays, pour se rendre à la cour vers laquelle il est envoyé, il suffit qu’il exhibe ses passe-ports, et on ne pourrait le forcer à présenter .ses lettres de créance sans manquer à toutes les règles du droit des gens. — Cette injure inouïe était précisément celle que le chapitre et l’inquisition de (îoa faisaient au souverain pontife en la personne de son délégué.
(élément X, qui occupail alors la chaire de Saint- Pierre, la ressentit vivement. 11 adressa, le 10 novembre 1673, à l’archevêque et aux chanoines de la métropole, un bref dans lequel il réprouvait avec énergie tout ce qu’on avait osé faire contre l’évêque de Bérite ; il y stigmatisait de même les vexations infinies dont les missionnaires avaient été l’objet ; — il voulait croire, ajoutait-il, qu’on avait agi plutôt par ignorance que par désobéissance contre son autorité, — et il défendait, sous les peint's les plus sévères, qu’à l’avenir ou se permit d’exeicer aucun acte de juridiction envers les vicairi's apostoliques et leurs prêtres , lesquels devaient être traités avec les égards dus à des personnes dépendant immédiatement du saint-siége
Le pape renouvela ses injonctions dans plusieurs brefs subséquents.
Malgré des décrets aussi solennels, émanés de la plus auguste des autorités, les ecclésiastiques portugais ne se rendirent pas Les évêques persistèrent dans leur prétention d’exercer la juridiction dans les pays confiés à la direction des vicaires apostoli-
‘ Voy. Pièces justificatives, N®t, le bref de r.lémetit X.
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ques, loi*s même que ces pays ne se trouvaient point compris dans les domaines de la couronne de Portugal. Quant à l’archevêque, se voyant soutenu par le vice- roi, il crut qu’en sa qualité de primat de l'Orient, il pouvait, à l’instar des patriarches de Constantinople, faire la loi à tout le monde, sans se soumettre au contrôle de personne.
l'n grand désordre dans les missions fut le premier résultat d»‘ ces oppositions et de ces tracasseries. Quelques-uns des missionnaires employés dans les vicariats apostoliques, effrayés par les menaces de l’archevêque et de ses créatures, ou gagnés par leurs promesses, se soumirent à la juridiction du primat ; il y en eut d’autres qui acc»‘ptèrent les fonctions de vicaires généraux et de visiteurs que leur conférèrent les Ordinaires portugais. Alors on vit s’élever autel contre autel, et la confusion fut à son comble. D’ailleui’s on devait s’y attendre, car il en est toujours ainsii loi’squ’on résiste à Rome, centre de la catholicité, et pierre fondamentale de l’Égli.se de Jésus-Christ. 11 devint impossible aux vicaires apostoliques de gouverner les missions et de faire respecter leur autorité.
Clément X tenta encore, en 1673, un nouvel el-
fort pour rétablir Tunion et la régularité. Il interdit, par un bref, et sous peine d'excommunication, à qui que ce fût, de recevoir du métropolitain ou des évêques portugais des lettres conférant la qualité de vicaire général, de visiteur, ou investissant d’une juridiction quelconque dans les lieux confiés à la direction des vicaires apostoliques.
(!]e bref fut déclaré faux et apocryphe par farcbevêque de Goa et ses suffragants ; le scandale s’étendit de jour en jour. Nous n’en pouvons i*ap* porter 'ici tous les détails, ce serait une longue et triste histoire, qui, au surplus, ne rentre pas dans le cadre de notre travail.
Ce que nous avons dit suffit pour donner la clef de ce qui se passa au moment où le roi de Portugal protesta contre l’envoi que fit Innocent XII de ses délégués dans certaines provinces du Céleste Empire — L’archevêque et ses suffragants, sûrs de l’appui de la couronne, ne manquèrent pas de profiter de la circonstance. Ils se hâtèrent d’expédier leurs prêtres les plus affidés dans les districts confiés aux soins des vicaires,
* Voy. la fin du précédent chapitre.
afin de défendre aux peuples d’obéir aux représentants du successeur de saint Pierre; — s’arrogeant un pouvoir illimité, oubliant tous leurs devoirs, méprisant tous les principes et tous les droits, ils poussèrent la frénésie jusqu’à prononcer des sentences formelles d’excommunication contre plusieurs des envoyés du saint-siège.