TRADUCTION DU BREF MULTA PRÆCLARE
GBÉQOmE XVI, PAPE,
Pour mémoire élernelle de la chose,
Déclare beaucoup de choses sur Vinslitution des vicariats apostoliques établie aux Indes orientales, et sur d'autres constitutions apostoliques révoquées à ce sujet.
Les pontifes romains, nos prédécesseurs, prirent un grand nombre d’admirables mesures, ainsi que les y obligeaient leurs fonctions apostoliques pour favoriser 1’ex.tension de la religion catholique dans les très-vastes régions des Indes orientales. Mais le grand éloignement qui sépare ces régions du siège apostolique, la longueur des voyages et les difficultés des lieux, rendaient fort difficile la culture de cette partie étendue de la vigne du Seigneur ; les pontifes romains prouvèrent surtout leur sollicitude en sanctionnant par leur autorité ce qui, en différents temps et en diverses circonstances, fut reconnu comme utile à la religion parmi ces peuples, et en ordonnant que cela fût soigneusement observé.
Nous ne rappellerons pas ici la sollicitude constante avec laquelle le saint-siège veilla à ce qu'il y eût partout, dans ces contrées, des prêtres pour remplir les devoirs du ministère sacré; nous ne parlerons pas non plus de la singulière facilité et bénignité dont nos prédécesseurs firent preuve lorsque, pour ne pas retarder les progrès de la religion catholique dans ces lieux, ils firent des concessions presque innombrables, et
condescendirent à ce qu'on agit envers ces peuples avec plus de relâchement que ne le permettaient les dispositions des canons et d'une discipline sévère. Nous rappellerons seulement les faits qui prouvent les nobles sentiments de reconnaissance dont les pontifes romains furent animés envers ceux qui, par leurs œuvres, rendirent des services à la religion dans ces lieux.
Le patronage accordé par le siège apostolique aux rois très- fidèles de Portugal, et d’après lequel le choix des évêques de plusieurs des diocèses de ces régions était remis à leur nomination, prouve d'une manière éclatante ce que nous venons d’avancer. Car, comme la piété et la munificence de ces princes avaient puissamment contribué à ce que divers évêchés pussent être établis dans ces immenses districts, nos prédécesseurs, désireux de témoigner la gratitude que leur inspiraient ces mérites, accordèrent à ces rois le droit de nommer des évêques capables auxquels le saintsiège conférerait le gouvernement de ces diocèses. Cependant, en concédant ce privilège, le siège apostolique veilla à ce que ces sièges épiscopaux ne pussent vaquer longtemps, à ce que ces régions eussent facilement de bons évêques, et à ce que ces prélats trouvassent des subsides qui fussent en rapport avec leur dignité. Toutefois il arriva, à la suite des vicissitudes des temps, que ce qui avait été jadis utile à la religion en ces contrées ne put plus rester dans les conditions que les édits de nos prédécesseurs, rendus sous l’empire de circonstances tout à fait différentes, avaient ordonné de maintenir.
Souvent, tandis que nous étions à la tête du conseil
de la propagande, nous dûmes peser la gravité des raisons qui prouvaient qu'il était nécessaire que le siège apostolique vint au secours de la religion ébranlée dans les régions immenses qui forment la plus grande partie de la très-vaste péninsule du Gange, et qu'il y modifiât la forme du gouvernement ecclésiastique de manière à assurer à la religion une existence florissante. Nous savions que ces régions étaient comprises dans les limites des diocèses de Cranganor, de Cochin et de Méliapour ou San-Thomé. Il était également à notre connaissance que nos prédécesseurs avaient accordé aux rois très -fidèles de Portugal le patronage de ces diocèses et le privilège d'y nommer les évêques. Car ces choses sont contenues dans les lettres apostoliques de Paul IV, d'heureuse mémoire, du 4 février de l'an 1557, qui commencent par les mots Pro excellenti et par lesquelles ce pape établit le diocèse de Cochin ; — Item, dans celles de Clément VIll, du 4 août 1600, commençant par : In supremo, et de Paul V, du 6 février 1616, commençant par : Alias postqmm, et érigeant l'archevêché de Cranganor; et enfin, dans le décret apostolique de Paul V du 9 janvier 1606, par lequel l’évêché de Méliapour ou San-Thomé a été formé. Nous ne négligeâmes pas, dès ce temps, de faire, en vue du progrès et de l'avantage de la religion, tous les efforts que permettaient les circonstances.
Mais après que, malgré notre indignité, nous eûmes été élevé à la chaire de Saint-Pierre, nous avons été excité bien plus fréquemment, et par les appels les plus graves et les plus dignes d'être pris en considération, à porter secours à la religion, qui courait de grands
dangers parmi ccs peuples. Préoccupé de ces choses et pensant aux devoirs sur lesquels doit s'étendre la sollicitude apostolique, nous avons été conduit à établir, par nos lettres apostoliques du 18 avril 1834, commençant par les mots Latissimi terrarum traetwt, un vicaire apostolique dépendant du saint-siège seul et chargé de gouverner la ville populeuse de Calcutta et sa préfecture politique. Mais, comme il s’est trouvé des personnes qui résistèrent à la juridiction du vicaire apostolique par nous institué, et qui soutenaient qu'il n'était pas besoin d’obéir à nos lettres apostoliques, parce qu’elles ne dérogeaient pas, avec mention expresse, aux choses que Paul V avait décrétées, le 9 janvier 1606, relativement aux limites de la juridiction de l’évêque de Méliapour ou San-Thomé, nous ôtâmes tout prétexte à cette dissension par un autre bref apostolique du quatrième jour d’août 1835, commençant par Commissi nobis, et nous éclaircîmes plusieurs points qui pouvaient contribuer à affermir davantage l’autorité du vicaire apostolique du Bengale. Les mêmes motifs nous ont amené à établir un autre vicaire apostolique à Madras par nos lettres du vingt-cinquième jour d’avril 1834, commençant par Ex debito pastoralùs. Et c'est encore pour cela que, le 23 décembre 1836, nous publiâmes un autre bref apostolique commençant par les mots Ex mnnere pastoralü, et par lequel nou.s confiâmes le gouvernement de la très-vaste île de Ceylon à un vicaire apostolique par nous institué. C’est également pour cette raison que, désirant pourvoir aux nécessités de la religion parmi les peuples fixés dans la partie de la Péninsule qui s’étend à l’orient de la chaîne
des Ghates, depuis le fleuve Chovery jusqu'au cap Comorin, et comprenant les royaumes de Madurë, de Tanjore, de Marava et de Mayssour, nous les avons soumis, par notre congrégation de propaganda Fide, le 3 juin 1837, à titre provisoire, aux soins et à la juridiction de notre vénérable frère Clément, évêque de Drusipare, vicaire apostolique de la côte de Coromandel, jusqu’au temps où le saint-siège en décidera autrement.
Nous pensons avoir satisfait aux besoins de la religion dans une grande partie de la Péninsule hindoustanique par tout ce que nous avons statué jusqu’à présent touchant ces régions. Mais, outre les lieux qui ont • été livrés au gouvernement des vicaires apostoliques, il est encore, dans cette partie du monde, des contrées au bien spirituel desquelles nous sommes obligé de pourvoir, et qui sont situées dans les limites des diocèses de Cranganor, de Cochin et de Méliapour ou Saint- Thomas. Nous savons que la discipline ecclésiastique, les mœurs des peuples et la foi catholique, ont souffert un grand dommage dans ces lieux, qui, depuis longtemps, manquent de pasteurs, et il nous est connu que, sous le prétexte de préserver et de conserver les droits de ces diocèses, de grands abus existent, qu’on résiste aux vicaires apostoliques établis par le siège apostolique, qu’on attaque leur autorité et qu’on s'efforce d’exciter un schisme pernicieux. Nous sentons parfaitement que, d’après la charge que Dieu nous a confiée de succéder à saint Pierre, nous sommes tenus de prendre soin de l’Église, même dans les parties les plus éloignées du monde, et d’ordonner ce qui nous semble
propre à faire faire des progrès à la religion en quelque lieu que ce soit.
Ayant donc consulté à ce sujet si grave nos vénérables frères, les cardinaux de la sainte Église romaine, préposés aux affaires de la propagation de la foi, examiné leur opinion et considéré avec maturité tout ce qui a rapport à ce dont nous nous occupons, nous avons jugé, dans la plénitude de la puissance apostolique, de décider ce qui suit :
Nous ordonnons que, provisoirement et jusqu’à ce que le siège apostolique statue différemment, toutes les régions qui sont contenues dans les limites du diocèse de Méliapour ou Saint-Thomas, et qui jusqu’à présent n’ont été confiées à aucun vicaire apostolique, soient unies au vicariat apostolique de Madras, et nous remettons la juridiction et toute l’autorité ecclésiastique et spirituelle, dans ces régions, à notre vénérable frère Daniel, évêque de Salda et vicaire apostolique de Madras, et à ses successeurs. Quant aux régions contenues dans les limites des diocèses de Cranganor et deCochin, et qui ne sont encore soumises à aucun vicaire apostolique, elles seront unies, de la môme manière, au vicariat apostolique établi sur la côte de Malabar, et dont le siège se trouve dans la ville de Verapoli ; et la juridiction, ainsi que toute l'autorité spirituelle et ecclésiastique, dans ces contrées, appartiendront à notre vénérable frère François Xavier, évêque d’Amadia, vicaire apostolique établi à Verapoli, et à ses successeurs. Et, afin que la région deMalacca, située au delà du Gange, ne soit pas privée non plus des fruits de notre sollicitude apostolique, et que nous avisions à la prospérité
6t aux progrès de la religion dans cette région, nous soumettons ces pays, au même titre provisoire, à la juridiction de notre vénérable frère Frédéric Cao, évêque de Zamora, vicaire apostolique d’Âva et Pégu.
Nous déclarons que, pour ce qui touche au gouvernement ecclésiastique et spirituel des contrées ci-dessus nommées, les vicaires apostoliques mentionnés dépendent uniquement et directement de nous et d u siège a postoliquc, et que seuls ils doivent être considérés par tous comme véritables ordinaires de ces régions, que tous sont tenus de leur obéir et de recevoir d’eux la juridiction ecclésiastique et les pouvoirs. Nous dérogeons donc aux lettres apostoliques, ci-dessus mentionnées, de nos prédécesseurs, et relatives à l'érection et aux limites des • diocèses de Cranganor, de Cochin et Méliapour ou Saint- Thomas; de même nous dérogeons aux lettres publiées par Paul IV le 4 février 1557, commençant par Pro excellenti, et relatives à l’érection de l’évêché de Malacca; et, de plus, nous dérogeons aussi aux lettres apostoliques de notre prédécesseur, Paul IV, d’heureuse mémoire, du 4 février 1557, commençant par Etsi sancta, et relatives à l’érection de l’archevêché deGoa; de telle sorte que l’archevêque de Goa ne puisse exercer à l’avenir aucune juridiction, à quelque titre que ce soit, même tout à fait exceptionnel, dans les régions dont nous nous occupons.
Ayant statué ces choses pour les raisons indiquées, , nous pensons avoir pourvu entièrement au bon gouvernement de la religion dans ces contrées, et nous avons l’espérance certaine que Dieu tout-puissant et tout miséricordieux, bénissant notre dessein, toutes ces
choses contribueront grandement à l'accroissement de rÉglise. Nous avons la confiance qu’on obéira à nos décrets avec toute la soumission due à notre dignité , car, en la personne de Pierre, nous avons reçu de Dieu le pouvoir de paître, de diriger et de gouverner l’Église universelle. Nous ne doutons pas, enfin, que ceux qui ont résisté jusqu’à présent à notre volonté ne reviennent à de meilleurs conseils, et qu’à l’avenir ils ne soient étrangers de tous leurs cœurs au terrible mal du schisme.
Car, outre que les catholiques, quelles que soient leurs fonctions, sont obligés d’obéir à saint Pierre parlant par notre bouche, nous sommes convaincus qu’ils comprennent maintenant que tout ce qu’ils ont avancé pour défendre leurs dissidences ne peut en aucune façon excuser leur résistance. Car il est connu de tous qu’en accordant aux rois trés-fidéles de Portugal le droit de patronage, jamais le saint-siège n’a voulu établir un obstacle qui dût l’empêcher de pourvoir aux besoins de la religion dans ces pays, ni de statuer ce qu’exigerait, suivant les temps et les circonstances, le salut du peuple chrétien.
Nous pensons aussi que ces catholiques voient combien les temps auxquels ce privilège a été donné et observé étaient différents des circonstances actuelles. Nous estimons qu’ils comprennent que les régions auxcjuelles nous nous efforçons de procurer des avantages ne sont plus soumises à leur ancien régime politique, régime pendant lequel il était facile aux rois de Portugal d’exercer leur patronage ; mais qu’ elles ont passé sous la domination d'un monarque très-puissant dont le
gouvernement et les institutions ne supportent pas l’ancien état des choses. Cela nous est démontré.
Enfin, nous rappelons que, malgré ta concession du patronage, les pontifes romains, nos prédécesseurs, ont cru devoir détacher, à plusieurs reprises, quelques provinces des diocèses qu'embrassait le privilège, et qu’usant de leur droit, ils y ont établi des vicaires apostoliques, pour le bien de la religion ; nous avons la confiance que ceux qui ont résisté jusqu’à présent comprendront facilement d’après cela qu’ils doivent prendre garde, et qu’en s’opposant, sous prétexte de patronage, à nos décrets portés pour l’état présent des choses, ils montreraient clairement qu’ils n’avaient d’autre motif de dissidence que leur propre disposition à désobéir. Nous ordonnons que ces présentes lettres soient fermes, valides, efficaces, et qu’elles aient leur plein et entier effet de la part de ceux à qui il appartient et appartiendra à l’avenir de les faire exécuter. Nonobstant toutes dispositions contraires.
Donné à Rome à Saint-Pierre, sous l’anneau du pêcheur, le vingt-quatrième jour d’avril 1838, la huitième année de notre pontificat.
E. Gard, de Gregorio.
NOMINATION DE MONSEIGNEUR JOSEPH DE SYLVA Y TORHÊS A l’archevêché de GOA (|843).
Vénérable frère,
Sans doute, vous avez déjà connaissance du consistoire célébré par nous le i6 de juin, et dans lequel nous avons donné de nouveaux pasteurs à plusieurs églises vacantes, en commençant par la célèbre église de Goa, située dans les Indes orientales, appartenant au Portugal, et pour laquelle noos vous avons désigné, vénérable frère. Vous recevrez aussi nos lettres apostoli(|ues sous le sceau de plomb, dont nous commandons la publication immédiate, et qui sont relatives à votre propre nomination, à la consécration épiscopale dûment reçue, tout rximme au sacré Pallium, qui doit vous être présenté, conformément à nos ordres, en votre qualité de prélat métropolitain. Nos pensées se sont portées sur la situation dans laquelle se trouve cette église, et sur les lourdes calamités qui l’ont affligée pendant le temps de sa vacance prolongée ; désirant écarter les difficultés qui pouvaient vous empêcher d’en prendre tout de suite l'administration, nous vous avons envoyé d’autres lettres, signées le jour ci-dessus mentionné , sous l'anneau du pêcheur , et par lesquelles nous avons octroyé, comme faveur spéciale, qu’aussitôt après les avoir reçues vous pourriez user librement et pleinement de la juridiction qui vous est
donnée ; nous primes soin également de vous faire envoyer, sans délai, lesdites lettres. Maintenant nous vous écrivons la présente pour vous donner une preuve nouvelle de notre affection pour vous, confiant en Dieu, que vous veillerez toujours, eide tout votre pouvoir, sur le troupeau remis à vos soins, et qu’en aucune façon vous ne vous écarterez de l’obéissance due aux sacrés canons, à nos décrets et à ceux du siège apostolique. Car nous avons sous les yeux les preuves des sentiments respectueux que vous avez voués à l’Eglise romaine ; vous les avez manifestés dans votre lettre datée du 17 mars, et cette lettre s’accorde avec («lies que nous avons reçues de notre bien-aimé fils François Capaccini, notre internonce et délégué apostolique à Lisbonne, lequel, entre autre autres choses, fait mention spéciale delà déclaration, plusieurs fois répétée, par laquelle vous nous assurez que vous avez fermement résolu en votre esprit de ne jamais exercer d’autre autorité que celle qui pourra vous être accordée par nous. Tout ceci est conforme à ce que nous avons établi dans les lettres apostoliques données sous l’anneau du pêcheur, en date du 24 avril de l’an 1 838, dont le commencement est : Multaprædare, et aux autres décrets postérieurement publiés, ou qui pourraient être publiés, relativement à l’administration des affaires catholiques, dans différentes contrées, où, vu les changements produits par le temps, l’archevêque de Goa ne pourrait pourvoir facilement ni suffisamment au bien des âmes. En ordonnant ces choses , nous n’avons certainement eu en vue que le salut et l'accroissement du troupeau du Seigneur, et malheur à nous, si nous négligions de
donner toute aide spirituelle possible à une partie quelconque de ce troupeau placée dans des circonstances malheureuses, en quelque lieu que ce soit. G* est pourquoi, tout en louant comme ils le méritent vos sentiments relatifs à ce qui cause notre sollicitude, nous ne pouvons nous empêcher de vous exhorter en Dieu de ne jamais cesser d’agir en ce sens, sous quelque rapport que ce soit. Ainsi vous ferez toujours, en toutes choses, ce que doit faire un pasteur, n'ayant de souci que de la gloire de Dieu et du bien-être spirituel du troupeau bien- aimé ; et plaçant toutes ses espérances dans le Seigneur, le prince des pasteurs, qui supporte toutes choses par la puissance de sa parole, et qui promet une inilétrissable couronne de gloire aux ouvriers sacrés qui , par sa grâce , persistent diligemment dans le service de sa vigne. En même temps, bien qu’indigne, nous ne cesserons de le supplier do vous multiplier ses dons favorables, à vous, et au clergé et au peuple que nous confions à vos soins. Finalement, et comme preuve de notre bon vouloir, nous vous accordons avec amour et de tout notre cœur, à vous, vénérable frère et à eux, notre bénédiction apostolique.
Donné à Rome, à Sainte-Marie-Majeure, le 8 juillet de l’an 1843, dans la treizième année de notre pontificat.
Grégoire XVI, pape.
MONITOIRE DE GRÉGOIRE XVI A l’aRCHEVÊQ'JE , A l’oCCASIOS DE SA DÉSOBÉISSANCE, EN 18A5.
Au Vénérable frère Joseph de Sylva y Torrès, archevêque
de Coa.