CHAPITRE VIII
MKSfBES AIHirTÉES PAR SA SAINTETÉ PIE IX. A 1,' OCCASION- DU SCHISME DK OOA.
Sa Sainteté Pie JX hérita de la sollicitude que son auguste prédécesseur avait portée aux chrétientés des Indes, et, dès son avènement au pontificat suprême, il chercha à porter remède aux maux qui désolaient l’Eglise dans ces pays lointains.
Les douloureux événements qui marquèrent les premières années du règne de notre très-saint Père, ne ralentirent point son zèle. Foret'; par une horde de brigands et par une populace fanatisée de fuir ses Etats et de chercher un asile dans les domaines d’un noble et catholique prince voisin, il ne perdit pas
di; vue, un seul instiint, les intérêts spirituels d’une des portions les plus éloignées du troupeau dont Jésus-Christ lui a confié la garde; et, pendant son exil à Gaëte, il continua à agir pour mettre un terme au désordre.
Pie IX chargea son internonce en Portugal d’obtenir de la cour de Lisbonne le rappel de Joseph de Sylva y Torrès. Après de longues négociations, il fut convenu que ce prélat quitterait les Indes, qu’il serait transféré de l’église de Goa à quelque église métropolitaine mpartibus infidelium, que, revenant sans retard à Lisbonne, il obtiendrait provisoirement les fonctions de commissaire Bullæ cruc'iutœ, et que, de plus, il serait constitué coadjuteur et futur successeur de l’archevêque de Braga, après avoir adressé toutefois au saint-père des lettres attestant ^ ses regrets de sa conduite passée, sa soumission et son obéissance future au siège apostolique. H fut stipulé également que, pour prévenir les dissensions ultérieures lorsqu’on mettrait un nouveau prélat à la tête de l’église de Goa, les limites dans lesquelles il pourrait exercer son autorité seraient déterminées dans les actes apostoliques qui lui conféreraient ses fonctions archiépiscopales.
En effet, Joseph de Sylva fut transféré de l’église de Goa à rarchevéclié de Palinyre, in partibns infideinim, au consistoire tenu à Gaëte le 22 décembre 1848; dès le mois suivant il reçut sa nomination de commissaire Buüœ cruciatœ, et bientôt après il n;vint en Portugal.
(Icpendant ce ne fut (ju’au consistoire secret du 17 février 1851 que le saint-père fit connaître son dessein de donner le nouvel archevêque de Palmyre comme coadjuteur et futur successeur à l’archevêque de llraga. Il exposa dans une allocution * le but et le résultat des démarches de son envoyé à Lisbonne. Dans ce discours remarquable, le souverain pontife rappelle les événements (jui se sont passes dans les Indes, la nomination de Joseph de Sylva y Torrès à ' l’archevêché de Goa ; ses promesses à Grégoire XVI, ses infidélités, sa conduite coupable et la nécessité de l’éloigner d’un lieu où sa présence avait ranimé le schisme.
« 11 est agréable à notre cœur, vénérables frèies, ajoute Sa Sainteté, de pouvoir vous annoncer que l’archevêque de Palmyre nous a donné telle satis-
‘ Voy. Pièces jiistiticatives, ii (>.
faction, que nous devons croire que, par la grâce de Dieu, il est revenu sincèrement à de meilleurs desseins. Car nous avons reçu de lui des letlres datées du 18 novembre de l’année dernière, tcdles qu'on devait les attendre d’un homme qui déteste ses loris, désireux de tenir une meilleure conduite à l’avenir, et jaloux de nous prouver constamment, par ses actions, son adhésion et son obéissance. Ces lettres seront mises sous vos yeux; vous lirez aussi la réponse que nous y avons faite, et dans laquelle nous n’avons pas manqué de lui exposer nos sentiments sans aucune réserve*. »
Les faits mentionnes dans l'allocution du pape étaient de notoriété publique, il n’y avait pas moyen d’élever de contestation à ce sujet ; le gouvernement portugais n’osa pas réclamer, mais les partisans du schisme ne se tinrent pas tranquilles pour cela.
On fit paraître à Lisbonne un pamphlet intitulé : Memoria sobre a allocuçao di santissime Padre; à la vérité, cet écrit n’était revêtu d’aucune approbation. d’aucun caractère d’authenticité ; il n’en était pas moins destiné à favoriser le désordre et à en-
' Voj. Pièces justiticatives, n“ 7 et 8.
tretuiiir le trouble daus les esprits. Il fut répandu à profusion en Portugal, et réimprimé à Goa , avec accompagnement d'un appendice.
Gc pamphlet déclare que l’allocution fait tort au Portugal, et qu’elle viole sans justes motifs le droit de patronage. Suivant l’auteur du Memoria, ce droit n’est pas une grâce accordée par le saint-siège, c’est un contrat qui ne peut être rompu que du consrmtemeiit des der parties qui l’ont conclu, il affirme également que le domaine temporel n’est pas la condition essentielle du patronage, puis il passe eu revue les bulles et les décrets anciens qui ont investi les rois très-lîdèles de leur privilège, et leur donne des interprétations forcées, pour en conclure (jue les prérogatives de la couronne sont inaliénabl(‘s, et qu’aucun pape ne peut les lui enlever.
Partant de ces principes, l’auteur se trouvait fort à l’aise pour entasser les accusations contre la cour de Rome. Nous démontrerons, dans la seconde partie de ce travail, la fausseté de ses assertions, et nous prouverons de plus que , quand même on voudrait considérer le droit de patronage comme un contrat rigoureux , le saint-siège n’en eût pas moins été obligé d’agir comme il l’a fait.
Cependant les vicaires apostoliques publièrent dans les Indes l’allocution de Pie IX, et en firent répandre de nombreuses traductions, afin qu’elle fût compise des indigènes ‘.En même temps ils adressèrent divers écrits aux fauteurs du schisme pour les conjurer de rentrer dans le devoir * ; — ils leur déclaraient, dans ces écrits, que l’archevêque de Goa avait été rappelé en punition de sa désobéissance, qu’il avait confessé lui-même sa faute et imploré le pardon du souverain pontife , et que les dernières mesures prises par le saint-siège l'avaient été d'accord avec la couronne de Portugal; qu’ainsi il n’y avait plus aucun prétexte jx»ur persister dans l’opposition. Tout fut inutile, le clergé goanais affirma que, la bulle d’institution de Joseph de Sylva y Torrès ayant été identiquement semblable à celles de ses prédécesseurs, il avait eu tous les mêmes droits que les anciens archevêques de Goa ; — l’on ajoutait, comme toujours, que les vicaires apostoliques
* Voy. Pièces justificatives, n° 9.
* Monseigneur Hartmann, administrateur apostolique de Bombay, entre autres, adressa à tous les schismatiques du vicariat un long écrit, dans lequel les dangers du schisme et la folie des motifs sur lesquels il se fonde sont clairement exposés.
et leurs missionnaires étaient des intrus sans juridiction, et que l’allocution de Pie IX était une pièce fausse, fabriquée par la congrégation dcv la Propagande. Cependant les preuves de l’authenticité de cet acte arrivèrent si nombreuses, que les Indo-Portugais furent obligés de se rendre à l’évidence. Alors ils eurent recours à une tactique non-, velle : ils prétendirent que la reine Maria da Gloria elle-même ne pouvait renoncer à son droit de patronage ; — quelques-uns d’entre eux déclarèrent cependant qu’ils se soumettraient si Joseph de Sylva y Torrès venait le leur ordonner. Sur ces entrefaites, le gouvernement portugais annonça officiellement à Goa que le siège de la ville était devenu vacant. Le chapitre choisit alors, comme vicaire capitulaire, le prétendu évêque élu de Cochin, que Torrès avait déjà laissé en qualité d’administrateur à l’époque de son rappel ; un certain Antoine Mariana Suarez, (jui prend le titre de vicaire général de l’archevêque de Goa à Bombay, et qui s’est toujours fait remarquer par son opposition aux décrets et aux bulles des papes, fut nommé à la même époque archidiacre de Goa ; — il continua toutefois à résider à Bombay, où il exerce la juridiction suprême sur cinq
églises ; — il en est un plus grand nombre encore dans nie de Salsette qui lui sont soumises.
Quelques prêtres goanais, établis à Calcutta, refusèrent également d’obéir aux ordres du pape , et le clergé indo-portugais, répandu dans la présidence de Madras, notamment à Madras et Méliapour, ou se trouve un évêque élu intrus, — contribua de tout son pouvoir à entretenir le trouble.
On essaya en vain de faire revenir les rebelles à de meilleurs sentiments en leur communiquant les copies de différentes lettres apostoliques et les décrets de la sacrée congrégation de la Propagande, qui expliquent la bulle Multa prœdare *, qui déclarent nulle la juridiction exercée par les soi-disants évêques élus et vicaires généraux goanais, et qui menacent les récalcitrants des peines canoniques.
Toutefois, nous devons ajouter que, malgré les menées des prêtres schismatiques et leurs efforts pour maintenir les populations dans l'ignorance, il y eut un moment de répit et que le schisme sembla décliner quelque temps après le départ de l’archevêque de Palmyre ; plusieurs congrégations se .soumirent aux vicaires apostoliques dans diverses provinces de l’Inde.
‘ Voy. Pièces justificatives, ii®’ 10, 11.
CHAHiTHE 1\.
CONDUITE DF. u’ÉVÈQI E DE MACAO DANS I.KS VICARIATS APOSTOLIQUES.
Le clergé goanais comprit que l’absence du prétendu métropolitain était ce qui poussait les populations vers les délégués du saint-siège, et il s'efforça de regagner de l’empire en annonçant, tantôt le retour de Joseph de Sylva y Torrès, tantôt l’arrivée d’un nouvel archevêque. En effet, en bien des lieux, des murmures s’élevaient et on menaçait hautement de se faire confirmer par les vicaires apostoliques et de se soumettre à leur juridiction, si la vacance du siège de Goa se prolongeait. Alors les prêtres indoportugais, décidés à satisfaire leurs ouailles à tout
prix, leur annoncèrent la prochaine venue, à Bombay, de l’évêque portugais de Macao ; et ils eurent soin d’écrire à Lisbonne pour prcsseï’ le gouvernement d’autoriser ce prélat à se rendre à Goa. Une année se passa de la sorte. Enfin on sut que l’évêque de Macao était en route ; ce fut un triomphe pour les schismatiques , on fit de grands préparatifs afin qu’il fût reçu avec toute la pompe imaginable.
Le nom de cet évêque est J. da Matta. Il avait été nommé à Macao, sur la présentation du Portugal, avant l’arrivée à Goa de Joseph de Sylva y Torrès. Gomme, jusqu’alors, jamais les évêques de Macao n’avaient empiété sur la juridiction et les droits des vicaires apostoliques, on avait jugé inutile de lui demander de s’engager par des promesses spéciales. Il avait promis simplement, comme tous les évêques diocésains, « d’obéir à tous les décrets du saintsiège et de les soutenir de tout son pouvoir. »
Joseph de Sylva trouva en cet homme un digne continuateur de l’œuvre déplorable qu’il avait entreprise pendant sa résidence aux Indes. J. da Matta débarqua à Ceylon, et se rendit aussitôt à Colombo, chez un certain M. Missoau, l’un dos champions les
plus ardents du schisme. Après avoir confirmé et exercé diverses fonctions épiscopales à Ceylon, il se dirigea vers Bombay. — (tétait au commencement de février de l’année courante. Des le 6 de ce meme mois, monseigneur Matta, accompagné du père Suarez, en qualité d’archidiacre de rarchevèque, et d’un certain nombre de prêtres, entra triomphalement dans l’église de Notre-Dame da Gloria de Mazagon. 11 monta en chaire et prononça un discours dans lequel il dépeignit les vicaires apostoliques et leurs missionnaires comme des larrons, et se posa lui-même en représenlant de l’autorité légitime. Il osa dire « qu’à la suite des nombreuses représentations adressées à la cour de Portugal et au nonce qui y réside, par la portion anglaise de l’archevêché de Goa, il avait été chargé de visiter ces contrées et de leur porter des secours spirituels, en attendant la conclusion d’un traité entre Sa Majesté très-fidèle et le saint-siège. » Déplorant alors les désordres causés dans l’Église par les exemples antichrétiens d'hommes aveugles et de prêtres coupables qui divisaient le troupeau de Jésus-Christ (les vicaires apostoliques), il ajouta «t qu’il méprisait du plus profond de son cœur les cris et les menées de ces ambitieux, qu’il
abuiidoimait rarrangemont des discussions relatives
à la juridiction aux autorités supérieures résidant en
Kurope, et qu'il ne doutait pas qu’elles ne fussent » ^
pronqîtemeiit menées à bonne fin. »
Après le sermon, il y eut messe pontificale, pendant laquelle J. da Matta conféra les ordres mineurs ou le sous-diaconat et le diaconat à une douzaine de jeunes gens. — Le service étant fini, l’évêque de Macao confirma cent cinquante individus qui se présentèrent.
Les mêmes scènes se renouvelèrent le jour suivant dans l’église de Gavai. Le 8 et le 9, J. da Matta confirma deux cent cinquante personnes à Corlem et à Gondotim.Le 9 au soir, il se rendit àTauna, et, dans la matinée suivante, il y confirma encore. Le dimanclu; 15, il alla à l’église de Saint-André, à Bandora, toujours suivi du père Suarez et des prêtres schismatiques qui formaient son cortège habituel. Le D' Matta fut reçu à Saint-André avec tous les honneurs épiscopaux; il y ordonna plusieurs prêtres et diacres. Dans la soirée, il arriva à l’église de N. S. de Salvaçao, à Mahini;on l’y accueillit au chant du Te Deum, et il y confirma trois cent cinquante individus. Le 24, monseigneur Matta re-
lounm à Bandora, où le nombre des conlirmés fut de sept cents. Tous ces sacrements étaient conférés avec la plus déplorable facilité, à une foule de gens qui n’étaient ni sulfisamment instruits, ni disposés à les recevoir; et dans sa tournée pastorale rinlriis continuait à parler en toute occasion des vicaires a posloliques comme d’usurpateurs et de faux docteurs.
Monseigneur Anastase Hartmann , évêque de Derbe , et administrateur du vicariat apostolique de Bombay, avait écrit à J. da Matta , aussitôt après son arrivée , une lettre pour se plaindre des désordres occasionnés par cet inqualifiable voyage, et pour lui rappeler les dispositions de la bulle Multa præclare, de Grégoire XVI, et de l’allocution de Sa Sainteté Pie IX, dul7février 1851 Monseignem de Derbe avait eu soin aussi de joindre à sa missive les copies de deux décrets de la sacrée congrégation de la Propagande, du 23 janvier, du 4 février 1851)'. et celle d’une lettre adressée , le 2 avril 1848, par le souverain pontife, à monseigneur Whelan, alors vicaire apostolique de Bombay’. Ges trois écrits éla-
‘ Voy. Pièces justilicatives, n !2
• Ibid., n“ 13 et U.
* Ibid., n» 15.
blisseiit de la manière la plus pusilivc cl la plus précise les droils des vicaires apostoliques, exposent les motifs qui oui obligé le saint-siège à fonder les vicariats, et démontrent péremptoirement que ceux qui refusent de les reconnaître sont en révolte ouverte contre le successeur de saint Pierre.
Le docteur Hartmann sommait, en terminant , J. da Malta de lui exhiber le mandai apostolifjue en vertu duquel il prétendait agir ; il lui déclarait en outre qu’en l’absence de ce mandat il était tenu de protester contre tous les actes épiscopaux accomplis dans les limites de son vicarial, et qu’il recourrait sur-le-champ au saint-siège. Cette lettre demeura sans réponse.
.Monseigneur Hartmann adressa en même temps une circulaire à tous les vicaires apostoliques pour réclamer leurs conseils cl leur demander de réunir leurs efforts aux siens afin de mettre un terme au scandale. Il leur proposa de députer à Rome, en qualité de commissaires, deux ou trois vicaires apostoliques ou missionnaires, pour traiter l’affaire directement avec le saint-siège. Voyant cependant que le danger croissait tous les jours, l’évêque de Herbe résolut de ne pas attendre la réponse de ses
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— toi -
collègues, et de faire partir son secrétaire, le révérend père Ignace Persico, en le chargeant de déposer ses plaintes aux pieds de Sa Sainteté, et de réclamer l’adoption immédiate de mesures énergiques*.
Le docteur Hartmann écrivit aussi au clergé de son vicariat. — 11 peint dans sa lettre la triste situation dans laquelle l’a placé l’intrusion de l’évêque de Macao, et les excès commis par ce prélat; il rend compte des mesures prises pour arrêter le désordre et conjure ses subordonnés de rester fidèles à leurs devoirs et à leur .supérieur légitime *.
' Cependant J. da Matta poursuivait le cours de ses tournées. Soutenu par les schismatiques, il trompait un public crédule en lui faisant croire effrontément qu’il avait reçu son mandat apostolique du nonce résidant à la cour de Lisbonne , et il parcourait, avec le plus d’éclat possible, les districts dépendants du vicariat. VAbelha , journal du parti de la révolte^, rendait compte, en termes pompeux, desré-
' l>c R. P. Ignace quitta Bombay le t®' mars tS53, et arriva à Rome le 18 avril.
* Voy. Pièces justificativos, n"1G.
* (le journal, |irincipal organe du schisme, est la propriétc du soi-disant archidiacre Suarez.
sullals de ces visites pastorales , et prodiguait rinsullc et le sarcasme aux propagandistes. Le saint-siège et le souverain pontife n'étaient eux mêmes pas épargnés dans ces diatribes ; leurs actes étaient censurés et leurs droits inaliénables attaqués en termes irrévérencieux et dénotant autant d’ignorance que de mauvaise foi et de perversité.
La feuille servant d’organe au schisme ne cessait de parler du très-excellent évêque de Macao y de ses travaux apostoliques et' de ses progrès. Elle rendait compte, jour par jour, de ses allées et venues, des ovations dont il était l’objet, — des fêtes, des processions, des illuminations par lesquelles on célébrait son passage, — des réceptions brillantes que lui faisaient les populations égarées, et de ses visites aux différentes églises qui se trouvent aux mains des schismatiques, et où il se posait en pasteur légitime.
On ne saurait rien imaginer de plus plat que les flagorneries prodiguées par la gazette en question à J. da Matta. A l’entendre, la condescendance paternelle de son excellence attirait tous les cœurs, et chacun était empressé de présenbîr ses hommages à ce vertueux évêque , qui daignait venir de si loin pour porter aux fidèles les secours de la religion.
On rf*marquail surtout dans les articles de cette feuille une certaine affectation à répéter que les prélats et les clercs indo-portugais inspirent aux populations des Indes une vénération et une estime toutes particulières, et elle ne manquait pas d’ajouter que révêque de Macao versait des larmes de joie en se voyant entouré de tant de marques de dévouement et de fidélité, et qu’il reconnaissait, dans ces témoir gnages exubérants de respect, une preuve de rattachement des indigènes au peuple qui leur avait apporté le premier les lumières de l’Évangile, et aux successeurs légitimes de leurs anciens pasteurs, les évêques et les prêtres de Goa.
Quelques membres du clergé du vicariat, il est douloureux de le dire, jouèrent un rôle indigne dans cette dégoûtante parodie de tout ce qu'il y a de plus saint et de plus auguste. Plusieurs curés reçurent J. (laMatta comme s’il eût été leur supérieur véritable, et lui ouvrirent leurs presbytères et leurs églises. Celui du Salut, à Mahim, nommé Braz Fernandès, se distingua très-particulièrement en cette occasion. Cet homme, Indo-Portugais de naissance, et sorti du ' séminaire de Goa, avait reçu les saints ordres de monseigneur Fortiiii, alors vicaire apostolique à
Bombay; — pendant fort longtemps ce prélat avait refusé d’admettre Braz F’ernandés; vaincu enfin par ses sollicitations, ses larmes et son serment solennel de persévérer dans l’obédience du délégué du saint-siège, il l’avait ordonné. — Braz avait eu re- ■ cours à la simonie pour se procurer sa cure, et s’élait rendu coupable ensuite de malvei*sations épouvantables dans la gestion des biens de l’Eglise. — Suspendu par monseigneur Hartmann, à la suite d’une visite pastorale , il avait réussi , — par ses intrigues, — à se faire un fort parti parmi ses paroissiens, et, enfin, il mit, en 4850, le comble à ses crimes en se soumettant à l’évêque schismatique, afin de s’assurer ainsi la possession de son bénéfice.
Malheureusement cet exemple ne fut pas le seul ; — ainsi que nous le disions dans un de nos précédents chapitres, Joseph de Sylva Torrès avait réussi, pendant son déplorable épiscopat, à peupler les vicariats apostoliques de prêtres schismatiques sortis des bancs du séminaire de Goa ; il avait envoyé de tous côtés ses émissaires, soulevé les populations contre leurs véritables pasteurs, et détruit en bien des lieux les idées de soumission et d’obéissance et
les notions de respect envers l’autorité. J. da Ma lia trouva donc le terrain préparé, et il sut en profiter avec l’habileté d’un intrigant ambitieux qui n’a d’autre but que d’étendre son pouvoir et de satisfaire son orgueil personnel . Il quitta l’îlc de Bombay à la fin du mois de février 1853, après avoir semé partout sur son passage l’esprit de désordre et de révolte.
La position des vicaires apostoliques et des missionnaires était devenue plus déplorable que jamais, et jamais aussi la religion n’avait couru de plus grands dangers. — L’évêque de Macao affecta encore d’étaler au moment de son départ la pompe dont il avait fait parade durant ses courses pastorales. Suivi d’uâc troupe nombreuse de schismatiques, prêtres et laïques, jusqu’au lieu de son embarquement, il monta sur le George-Russel-Clerk, bateau à vapeur qui devait le ramener à Goa. Là, il ht tout ce qui dépendait de lui pour éterniser la rébellion, en ordonnant cinq cent trente-six candidats en l’espace de sept jours. 11 conféra les ordres mineurs à deux cent quatre-vingt-sept individus, et ordonna deux cent sept sous-diacres, onze diacres et trente et un prêtres *. ♦
‘ Voici ce qu’écrit, nu sujet de ces ordinations, un témoin
Lo papp avait «léjà envoyé un monitoire. à J . da Malta peu de temps apiùs son arrivée à Colombo. — Sa Sainteté lui <'ii adressa un second aussitôt qu’elle eut connaissance des événements dont nous venons de rendr»^ compte.
Sur <^es entrefaites, des désordres plus graves encore que tous les précédents éclatèrent dans le vicariat apostolique de Bombay et faillirent avoir les conséquences les plus funestes. Nous en parlerons dans un de nos prochains chapitres ; mais d'abord nous devons relever ce qu’il y a de mensonger dans les assertions du journal schismatique et faire apprécier à leur juste valeur les ovations dont le prélat intrus avait été l’objet.
oculaire portugais, qui su trouvait à Goa au moment où ce scandale avait lieu :
« Le vicaire capitulaire, assuie-t-un, a admis, pour recevoir les saints ordres, sans examen ni préparation préalables, tous ceux «pii ont consenti à lui payer une certaine souniie Quant à l'évèque de Macao, il n'a fait autre chose ({» ordonner tous ceux qui se sont présentés à lui. Iles laïques même ont été tellement scandalisés de cette manière d’agir, ([u’on dit généralement ici (|ue l’évèque de Macao a ordonné jusqu’aux palmiers, qui sont fort communs à Goa. — Kn un mot. jamais Goa n’a vu l’Église dans un état aussi déplorable. i>
(Catholic Examiner, de Bombay, du 16 avril.)