‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 13 sur 148 · A,ooglc · texte numérisé non relu

A,ooglc

COMHEHT £LLE KCB&PPB A LA POLICE. 73

maiime esseDlielle, quô Louis-Philippe, Irop débonnaire A votre gré, a négligé d'ap[iliquer : <i Que des légilimisies, avez-voua dit, ou des répu-

* blicains exaltés Tenant d'ADgteterre (vous oubliez les orléanistes, mais » je TOUS fais grâce de l'omission, que jo tiens pour purement accîden-

* telle}, essayent donc de faire avec mille ou quiaie cents hommes une «descente sur nos edles, nous les ferions bel et bien fusiller, n Or, sous le gouTcrncment de Juillet, il y a eu une incursion à Strasbourg ni uae descente à Boulogne, cl i! n'y a eu personne de fusillé! Grave faute sans doute! Eh bienl ces d'Orléans sont incorrigibles, et ce serait ii recommencer que je crois vraiment qu'ils seraient aussi cléments que par le passé! Uais ponr les Bonaparte, quand il s'agit de faire fusiller, leur pirole est bonne. El lenei, prince, de loutes les promesses que tous et les vAlres avez faites ou pouvez faire, celle-là est la seule sur l'exécution de laquelle je compterais, n

La brochure rlu duc d'Aumale se trouva bientôt dans toutes les mains. Comment y était-elle parvenue dans ce temps où )a police exerçait une surveillance si sévère sur loutes lespublicalioiis? Par une suite de calculs fort problé* matiques que la fortune prit soin de vérifier. Les personnes chargées de remplir les formalités ordinaires du dépôt s'en étaient acquittées à Versailles le vendredi 12 avril et non à Paris; elles présumèrent que le procureur impérial et les substituts, trompés par le titre de la brochure, ne prendraient pas la peine de la lire, et que le parquet de Paris s'en rapporterait au panjuet de Versailles. Les choses so passèrent ainsi. L'éditeur chargé de la vente à Paris, no recevant le lendemain aucun de ces avis officieux devant lesquels s'arrêtait toute publication, mit la brochure en vente à une heure aprèsmidi : l'édition fout entière fut enlevée en deux heures. Lorsque la police, enfin avertie, se présenta chez l'éditeur pour opérer la saisie, eile n'y trouva plus uo seul exemplaire de la brochure.

Le Mofàleur publia, le lendemain, ces deux seules

oUne brochure ajant pour titre : Lettre snr Vkistoire de France, et pour éditeur M. Dumineroy, a été saisie, >

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Les préfets furent innuédiatement avertis par une dépêche de faire, sans retard, annoncer la saisie de la brochure du duc d'Âumale dai» les mêmes termes que le Moniteur, et d'empècher l'insertion dans les journaux de tout extrait ou commentaire de la publication séditieuse. La direction de la presse avait pris ses précautions avec les journaux de Paris ; ils se bornèrent à reproduire la première note du Moniteur. Une seconde note parut le 20 avril :

t Dans GOD numéro du t S avril, le Moniteur a annoncé la saisie d'utit! brochure ialilulée : Lettre sur l'histoire de France, qui contenait une attaque personnetle contre le pince Napoléon. Dés que Son AUesse Impériale a su qu'iiDti iDElniction élail dirigée contre l'éditeur de cetic lirochure, elle s'c si empressée d'écrire ii l'Empereur pour demander qu'il ne fût pas donné suite i la saisie. )l n'a pas paru possible d'accêdËr au vœu du prince et d'inlerrompre le cours de la justice. »

Le Siècle publiait le même jour la lettre suivante :

< Sire,

> Le duc d'Aumale a publié une.brochurc en réponse à un discours que j'ai prononcé au Sénat, il y a quelques semaines.

> Le parquet y a vu un délit contre les lois de l'Empire et une attaque â votre gouvernement. Ne s'insplrant que du droit commun, il a saisi et déféré celte publication aux iribunaui.

» C'était son devoir.

» J'ai vu hier M, le minisire de l'inténeur pour le prier de trancher par une mesure exceptionnelle une silualion cncepliannctle.

1 Je suis attaqué dans l'écrit du prince d'Orléans, c'est un motif de plus d'insister auprès de Votre Uajeslé afîo d'arrêter les poursuiies.

B ËloufTer n'est pas répondre. Je vous supplie. Sire, de kissei^circuler librement la réponse de U. le duc d'Aumale, cerlain que le palriutisme de la France jugera ce pamphlet comme il mérite du l'être, et que le bon sens du peuple fera justice de cette soi-disant leçon d'histoire qui n'esl qu'un matùfeste orléaniste.

■ Veuillez agréer, Sire, elc.

H Napoléon Jéhouib. b

Le prince Napoléon, en traitant la lettre du duc d'Aumale de manifeste orléaniste obligeait le gouveruemeot à le poursuivre. M. Dumineray, libraire-éditeur à Paris,

LA DECENTRALISATION IMPÉRIALE. ;&

«t M. Beau, iraprimetir à Saiot-Germain-en-Laye, furent en effel traduits devant la police correctionnelle, et condamnés malgré les efforts de M. Dufaure et de M. Hébert, leurs défenseurs, le premier à une année d'emprisonnement et 5000 francs d'amende, le second à six mois d'emprisonnement et 5000 francs d'amende.

Le bruit courut que le priuce Napoléon provoqué en duel parle duc d'Aumale avait refusé de se battre ; c'était le témoignage des dispositions fâcheuses de l'opinion publique à son égard. Le prince Napoléon, malgré l'esprit et l'intelligence que sesamis lui prêtaient, ne savait ni se faire aimer, ni se faire craindre, ni se faire estimer. Républicain rallié i l'Empire, il vivait de l'Empire en l'attaquant sans cesse; César en disponibilité, il se croyait à la tète d'un parti parcequ'il vivait entouré d'une cour d'artistes et de gens de lettres sans opinion, et de quelques démocrates convertis, il rêvait la dictature en émargeant au budget. La cour impériale, perpétuellement en jproie à ses mauvais propos, se réjouit de sa mésaventure, car c'en était une véritable pour lui que la lettre du duc d'Aumale. L'Impératrice affectait de montrer cette brochure ouverte sur sa table à tous ceux qui entraient chez elle. Il fut bientôt de bon ton d'avoir lu la lettre, mais au bout de huit jours on ne parla plus de cette publication, que le parti orléaniste considéra comme une grande victoire et qui n'était qu'un incident grossi par la curiosité d'une époque cancanuière et désœuvrée.

Le gouvernement impérial affichait la prétention de décentraliser l'administration. Le ministre de l'intérieur décida par un arrêté que les affaires locales, dont l'examen était renvoyé à l'administration centrale, seraient soustraites aux interminables longueurs nécessitées par leur

renvoi forcé, des bureaux du préfet à ceux du minisire de l'intérieur, et qu'elles auraient désormais les préfets pour jugcsen dernierressorl; ces fonctionnaires nommeraient en outre directement les commissaires de police dans les villes de six mille âmes et au-dessous, les surnuméraires des contributions directes et indirectes, les employés des maisons d'arrêt, de justice et de correction, les titulaires des débits de tabac. Ils auraient également la faculté de donner une infmité d'autorisations, de certificats, sans être astreints, comme autrefois, à consulter le ministre de l'intérieur, et de lui transmettre ime multitude de relevés, de rapports périodiques, d'avis, d'étals annuels, Irimeslriels, numériques, statistiques ou nominatifs.

L'expédition des affaires gênait certainement beaucoup àces changements, mais il aurait fallu bien d'autres conditions pour donner à ces mesures un véritable caractère de décentralisation. La décentralisation ne pouvait s'opérer réellement que par l'extension des attributions des corps électifs qui concourent, avec les préfets, à l'administration des départements et des communes, et par un accroissement de garanties, du droit de discussion et de contrôle proportionné à l'augmentation des attributions des préfets.

Le gouvernement s'était montré fort occupé du léger mouvement d'opinion excité par la brochure du duc d'Aumale. M. de Persigny avait adressé, le 13 mai, une circulaire aux préfets pour les inviter à surveiller toutes les tentatives de correspondance faites au nom de personnes bannies ou exilées du territoire. « De quelque nature que » puissent être ces publications, sous quelqne forme qu'elles »se produisent, livres, journaux, brochures, vous devez

LES SIAMOIS A FONTilNEBLEAÙ. •J^

V procéder sur-le-champ à une saisie administrative, m'en ■ référer et attendre mes instruclions. » Le ministre do l'intérieur ne s'en tint pas là : Le duc de Bro^lie n'était ni proscrit ni exilé du territoire; retiré depuis longtemps de la vie politique, il avait consacré ses loisirs à la composition d'un ouvrage jntitulé : Vues sur le gouvernement de la France. L'existence de cet ouvrage non imprimé, non publié, lilht^raphié à un petit nombre d'exemplaires communiqués à quelques amis particuliers de l'auteur, parut un danger public au gouvernement. Un commissaire de police opéra une descente chez le duc de Broglie et s'empara du manuscrit. Peut-être aurait-on fait un procès à l'auteur s'il n'eût invoqué l'article de la constitution qui soumeltjut les grands-croix de la Légion d'honneur à la juridiction du Sénat.

Les anciens partis, divisés sur presque toutes les questions politiques et religieuses, ne pouvaient inspirer aucune crainte au gouvernement; le parti révolutionnaire seul essayait de donner de temps en temps signe de vie. Un maniaque de conspiration, condamné sous Louis-Philippu et sous la République de Février, Blanqui, reparut devant 'la police correctionnelle. La police avait saisi, le 10 juillet, 900 enveloppes de lettres chez sa sœur et chez une femme de ses amies, des listes sur lesquelles se trouvaient à côté des noms de plusieure personnes, les mots : bon à

affilier , actif...... homnw de bataille , etc. Blanqui,

traduit en police correctionnelle avec quelques individus obscurs, fut condamné à quatre ans de prison. Les débats du procès avaient prouvé son peu d'importance, mais l'imagination soupçonneuse de M. de Persigny lui inspirait des terreurs qui se firent jour deux mois après le jugement deBlanqui dans la circulaire suivante :

HIMISTËRB DE L'INTÉRIEUR.

(Trit^^onflacnlidla cl pour Is ftiM Mvl.)

Le ministre de tiiitéiieur.

• P*rl*, i0 f^nbre IS61.

■ Monsieur le préfet,

ù Par une ùrculurfl en date du 6 juin 1899, mon prédécesseur, H, le duc de Padoue, von; a prescrit les mesures è preodrc dans le cas où ud éTéoeineiK grave et imprévu amènerait la irausmission du pouvoir au prince impérial sous le nom de Napoléon IV.

» En vous conCrmant ces instructions, dont je tous envoie une copie, jo crois deroir les cooipléter par les luÎTanles :

» AusaitAt après la réception de celle lettre, vous établirez uoe liste de tous les hommes dangereux, quelles que soient leurs opidans et lejr position sociale.

11 Après avoir étudié avec soin celle liste, vous y désignerez les hamnies qui, ayant uoe valeur quelconque, soït pour la délibéraiion, soit pour l'action, pourraieol, i un moment donné, se faire le centre d*une résistance ou se metlre & ta tête d'nno insurrection.

» Vous forniulerci personnellement, et vous signerez des mandats d'arrêt pour chacun des hommes annotés sur votre liste, a/in que, att premier ordre qui vous serait donné, leur arrestalion ait lieu immédiatement et sans perdre une minute,

M Vous me donnerez communication de la liste dressée psr vous. Tous les mois, vous réviserez celle liste, ainsi que les mandats d'arHït qu s'y rapportent.

)i Le ministre secrétaire d'État au département de rintériewr,

y> F. DE PeRSIGNY. t

UINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR.

Note annexée à la circulaire n* S.

H 1" Les listes comprendront tous les hommes dangereux, républicains, orléanistes, légitimistes, par catégorie d'optni'ons.

n 2° Elles seront tenues eKacleoicnt à jour, au fur et i mesure que quelque fait nouveno parviendrai! ii la connaissance du préfet; les per- ■onnes inscrites sur Des listes devront, du reste, élre l'objet d'une cerlaine surveillance.

s 3° Les formules de mandat seront imprimées i Paris et remises à HH. les préfets, qui n'auront qu'à les remplir de leur main et à les signer.

n i" Les préfets conserveront ces mandats par dovcrs eux, en les divisant par circonscriptions de commissaires de police.

■» 5° Les préfets, dans leurs réunions, détermineront le mode qui sera employé pour faire opérer, sans perte de tf mps, les arrestations dans les divers arrondissements.

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LA TRAltSFORHATIOH DE PARIS. 79

D 6* Prévoir, pour chaque âé[>artemenl, les lieux où seraient transférée* Ut personnes arriltts. »

I.es fêtes de la cour excitaient plus vivement que jamais la curiosité publique. Les journaux ofBcieux, toujours empressés à lui fournir des aliments, avaient rempli leurs pages des détails de la réception sutennelle faite le 18 juin aux ambassadeurs siamoisàFontainebleau. Deux trônes occupés l'un par l'Empereur, l'autre par l'Impératrice, parée des diamants de la couronne, avaient été dressés dans la galerie d'Henri III. La cour ayant pris place sur les bancs qui lui étaient réservés, on vit entrer, au signal du mattre des cérémonies six hommes velus de pantalons et de casaques de brocart d'or, coiffés d'uu immense chapeau conique, qui se jetant à quatre pattes s'avancèrent vers les trônes en rampant sur les coudes et les genoux. L'ambassadeur en chef tenait dans chaque main une coupe avec les lettres de son souverain, ce qui augmentait singulièrement pour lui les difficnltés de l'ascension de l'estrade impériale, au sommet de laquelle il parvint cependant tenant toujours ses coupes, après des prodiges d'équilibre. La peinture a conservé à l'histoire le spectacle de cette triste cérémonie dans laquelle une cour désœuvrée sacriCait si tristement les droits de la dignité humaine au besoin de se distraire et de passer le temps.

Les mêmes journaux ne tardèrent pas à publier le programme d'une nouvelle cérémonie : l'inauguration du boulevard Mnlesherbes, destiné à mettre en communication le nouveau quartier Monceaux avec la Madeleine. Il j eut k cette occasion, entre l'Empereur et le préfet de la Seine, un échange de discours où ils se congratulèrent de l'accomplissement prc^ressif de cette œuvre de la transformation de Paris, qui fut la grande pensée

du règne el dont ies funestes conséquences politiques et sociales apparaissaient déjà aux observateurs clairvoyants.

Personne depuis la création des chemins de fer ne niait la nécessité d'apporter de grands changements dans la topographie de Paris. Les tracés des chemins de fer français y convergeaient. Les lignes étrangères cherchaient à se rattacher à ce centre. Une augmentation considérable de la population était la conséquence certaine de celle double tendance. Comment s'opéreraient les changements devenus inévitables? Il y avait là un problème d'une grande importance morale, économique et politique à résoudre.

Les corps de métiers sous l'ancien régime étaient groupés par quartiers. Paris conserva longtemps encore après la révolution quelque chose de celte oi^anisation. Certains faubourgs restèrent la résidence de telle ou telle industrie. Les ouvriers de commerce se répandirent dans toute la ville. Paris avec ses quartiers de physionomies diverses, les uns plus spécialement habités par les riches, les autres par les pauvres, mais dans lesquels il n'y avait pas uniquement des riches et des pauvres, étail vraiment la capitale industrielle et commerciale de la France. L'ouvrier trouvant à s'y loger partout, à côté ou non loin de son patron, vivait avec lui sur un certain pied de relations familières utile à tous les deux. Il restait dans son quartier, il recherchait l'estime des gens de son quartier, où toutes les classes de la société étaient représentées et se mêlaient de façon à em* pêcher que le pauvre ne vécût dans un isolement complet du riche. Plus de quatre cent mille personnes, hommes, femmes, enfants, commerçants, ouvriers, industriels, se trouvaient ainsi réuniesdansles conditions les plus favo-

COttSÉQOEKCES DE CETTE TBAKSFOBBATION, 81

rables à ta prospérité de l'industrie, à l'aisance de la vie, à l'hoDDéleté des mœurs.

Napoléon III n'aimait pas ce qui restait de ce Paris de l'ancien régime et de la révolution; il en voulait un autre mieux approprié à ses besoins, à ses tendances, à ses craintes. 11 rêvait un Paris sans autre industrie, sans autre commerce que l'industrie et le commerce ayant trait aux plaisirs. L'Empereur et son préfet de laSeine, marquant d'un crayon rougê le plan de Paris, y avaient donc tracé, sur des données stratégiques, des rues, des avenues, des squares et des boulevards destinés à remplacer les usines, les fabriques et les logements des ouvriers. Une armée de démolisseurs se mit à l'œavre : quelques riches industriels prévenus de celle irruption purent accaparer les terrains près des tronçons de canaux et des gttres de chemins de fer, mais les autres ne trouvèrent pour reconstruire leurs usines que des plaines sans routes et même sans chemins, autour de Paris. Les ouvriers, logés autrefois dans le voisinage des usines, se logèrent comme ils purent et fort cher, dans des villages ou des hameaux souvent très-éloignés de leurs ateliers. Les gares, le fleuve iolroduisaieot autrefois à bon marché dans Paris les matières premières. L'export-ilion des objets fabriqués s'opérait par les mêmes voies à des prix modiques ; le fabricant qui avait sa demeure dans ses ateliers pouvait s'entendre directement avec l'ouvrier, lui communiquer ses observations et recevoir les siennes; l'ouvrier, passant d'un atelier dans l'autre sans changer.de demeure, rÈstuit à la portée du coutre-mattre qui l'avait toujours sous la main dans les moments de besoin et qui l'utilisait selon ses aptitudes connues. La transformation de Paris rendit l'ouvrier et le palron étrangers l'un à l'autre; l'ouvrier aujourd'hui ne connaît du palron que

TJISILC BELOHD. ni 6

son luxe qu'il eovle parce qu'il le croit uniquement alimenté par son travail ; il n'y a plus entre eux de relations,. l'ouvrier a le temps à peine de conoatlre le contre-mattre; l'ouvrage cesse, il s'en va; obligé de déménager à chaque iostaot, il n'a [dus de mobilier. Des wtrepreneors lui construiseot des logements composés d'une pièce principale à l'entrée, avec une arrière-cuisine de un mètre carré, placée duis un des angles, une très-petite chambre à«oucfaer; c^ lui coûte de 250 à 300 francs de loyer, le double du prix de son logement d'autrefois avec la moitié motos d'air et d'espace (1).

Les ouvriers de commerce et en bâtiment, menuisiers, serruriers, peintres, cordonniers, tailleurs, cbassés du centre de Paris oi!i ils avaient leurs habitations, ont aujourd'hui trois heures de marche, en moyenne, pour se rendre de chez eux au chantier et pour en revenir chargés de leurs outils. Leurs femmes, leurs filles, autrefois ouvrières à la journée dans leurs quartiers, n'y trouvent plus d'ouvrage. Le fils n'a plus d'école. Le patron paye la journée plus cher, Touvrier est plus pauvre. La maladie, c'est l'hApitat pour lui etla misère pour testons. Aussi est'il moins gai, moins ouv^ qu'autrefois. 1) habite trop l(»n de Paris, même pour se distraire par la vue de ses monuments ; il s'enferme le dimanche dans le cabaret voisin de son campement.

L'ouvrier de commerce travaillait autrefois dans sa chambre, peu éloignée du logement du patnm ; il pouvait sans peine communiquer directement avec lui, se rendre à son appel, écouter ses observations; cra rapports quotidiens sont maintenant impossibles. Le centre commercial

(1) Le noweau Porit méuêfritl Qonnial le Tempi del 6, 7 et 8 acAt 1871).

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COSSÉQUENCES DE CETTE TBASSFOBMATIOH. 8S

«st encore ]a Bourse, mars tes ouvriers demeurent à la. Chapelle, à la Villelte, à Belleville, à Grenelle, à Vaugirard, à la Maison-BlaiH^e ; la distance oblige les fabricants JL centraliser les travaux de couture dans les ateliers et à supfrimeF le traTail en cbambre. La diffiailté pour les ûlles d'ouvriers de travailler dans leur tamille les rend plus accessibtes à ta parrase et à ses tentations. On cherdie d'où Tient te flot de femmes qui alîmeate la prostitution à tolis «es degrés ; il faut le demander à bt transformation de Paris.

L'inlelligeace, t'halulelâ, le goôtqBi diâînguent l'ouvrier parisien, de même que le bon sens, la clarlé, l'esprit des écrivains français sont le produit de l'esprit de sociabilité ^i caractérise la France et qui a son foyer à Paris. La sonété aristocratique et la société bourgeoise n'existaient pas seules autrefois à Paris ; il y avait à câté d'elles une soàété ouvrière : cbntre-mattres, dessinateurs, simples ouvriers, se rencontraient fréquemment, causaient entre eux, échangeaient leurs observations, amélioraient leurs travaux par ta critique de leurs inventions nouvelles. Cet échange perpétuel de rapports produisait des ouvriers â'éfa'te. Le nombre de ces ouvriers diminue chaque jour depuis que la trao^iHinalion de Paris ne leur permet plus d'échanger leurs pensées, leurs méthodes, leurs moyens d'exécution.

L'iofluence de la transformation de Paris s'est fait sentir d'une façon aussi fâcheuse sur la classe boui^eoise que sur la classa onvrière. Les lieux que l'homme habita oe sont point suis effet sur ses mœurs; le quartier, le . kgément sont des milieux où se forme aussi le caractère. L'homme qu6 l'on force à en sortir brusquement y laisse noe partie, de la force morale qui lui vient de ta tradition et des souvenirs de famille, sans gagner les qualités

sa L'EMPIRE.

du nouveau milieu où il est transporté. C'est ce qui est arrivé aii bourgeois de Paris chassé de ses pénates par rexproprialion. La bourgeoisie de Paris, si diversiflée, si nuancée autrefois par les quartiers, prend chaque jour un cachet plus prononcé d'uniformité et de mouolonie; perdue dans l'immensité d'une ville cosmopolite, elle s'intéresse de moins en moins k la politique, à la lllléralure, aux aris; elle assiste au spectacle de la vie et de la société comme si elle n'en faisait plus partie. La transformation de Paris a hâté la décadence morale de la bourgeoisio parisienne.

Les départements éprouvaient une certaine jalousie de cette transformation dont ils se plaignaient d'être obligés de payer les frais. L'Empereur, pour calmer leurs plaintes et pour prouver que sa sollicitude providentielle s'étendait à tous les besoins du pays, ouvrit sans s'arrêter aux règles de )a l^islation financière, en l'absence du Corps législatif, un premier crédit sur les 25 millions qu'il accordait aux chemins vicinaux. Celte décision devint pour les conseils généraux, dont la session s'ouvrit quelques jours après, le signal de l'explosion de l'enthousiasme dynastique le plus ardent. Leurs adresses enflammées remplirent pendant un mois les colonnes du Moniteur. L'argent manquait cependant pour continuer les travaux, innombrables entrepris sur tout le territoire. L'insuffisance de la récolte des céréales rendait 300 millions de francsnécessaires pour payer les 10 millions d'hectolitres de blé formant le déOcit. L'absence d'une somme ausii considérable ne pouvait manquer de se faire sentir dans les transactions usuelles, surtout au moment oti les dernières barrières de la prohibition pour les Gis et les tissns étaient à la veille de toml)er, au grand effroi des fabricants.

LES OBLIGATIOnS TnENTBNAIRES. 85

II fatlail donc emprunter en rouvrant le graDd-IJTre, uti trouver un autre moyen. Le gouvernement eut recours à l'émission d'obligations spéciales, (ferles en souscription publique. Il demanda t3'2 millions représentés par BOOOOO ùbli^tions, émises à â&O francs, remboursables en trente ans à 500 francs et recevant 25 francs d'inlérét. 1^ ministère des finances, à la douvelle du cette émission, fut aussitôt assiégé par un ramassis de gens de bas étage et de vagabonds qui se cbai^eaient de souscrire au profit des spéculateurs. Le jour, la porte des bureaux était encombrée par la foule formant une queue bruyante et obscène comme celle des théâtres du boulevard ; la nuit, un camp de bohémiens s'installait sous les arcades de la rue de Rivoli. Jour et nuit, les bulletins de versement se cotaient dans cette bourse du ruisseau. L'empre^ement pour souscrire était prodigieux. Près de 4 700 000 titres, soit en valeur près de 2 milliards furent souscrits. Le minisire vit «dans l'abon- » dance des capitaux offerts, une manifestation imposante • de la puissance financière du pays et une preuve nouvelle » de la coufiancequ'inspiraitle gouvernement». Les apparences étaient brillantes, mais en réalité il n'y avait pas là de quoi tant se vanter ; tes désastres et tes faillites ue tardèrent pas à le prouver.

Les mesures financières adoptées pat- le gouvernement avaient le grand inconvénient de paralyser l'initiative privée. Le public prenait l'habitude de confier son épargne à l'État au lieu de la faire fructiQer lui-même. Cette épargne des particuliers servait, il est vrai, à l'Ëlal pour pousser à la construction des chemins de fer, mais si l'inilîative privée continuait à faiblir, ces chemins ne finiraient-ils pas par n'avoir plus rien à transporter? L'empressement des souscripteurs, dont le gouvernement se montrait si fier, était

dû d'ailleurs à l'appât de la prime. Le ministre des finance» pouTally compter toutes les Tois qu'il oOrirait aux souscripteurs des obltgati(M)60u de la. rente au-dessous du cours. Un autre réjultat son moins fâcheux de l'émission des^ obligalioDs treiiteuaires fut l'inauguration d'une nouvelle forme d'emprunt remboursable et d'une nouvelle nature d& titres négociables à terme, quoique la loi ne reconnût pas^ les marchés à terme.

La s()us<7nption représentait la somme de 2 milliards, mais les versements ne -produisirent que le dixième environ excédaut le capital demandé. La réduction eut lieu dans des proportions énormes. 1^7000 titres acquis aux souscripteurs unitaires laissaient 15S000 titres à répartir. Sur 100 obligations souscrites, on en obtint 2 S/à, c'est-àr dire qu'après avoir consacré àOOO francs au premier versement de ko francs, le souscripteur reçut des litres pour une valeur de 1250 francs environ et fut obligé de reprendre le surplus avec la perte d'un mois d'iutérét.

L'Etat avait obtenu AOO millions environ destinés à la continuation de ses travaux. Une sommo de âOO millions pourles blés sans compterlessommesnécessaires pour payer les expéditions de Chine, de Syrie, de Cochinchine et l'expédition du Mexique, dont les préparatifs se ponrsuivaienten secret, manquait encore au Trésor. L'accroissement des recettes ne compensait pasTaccroissemenldes dépenses, aussi les esprits attentifs et prudents commençaient-ils à concevoir des alarmes sérieuses qui se Breut jour dans un article d» la Bévue des deuxmomks. Le ministre dcsflnances, M. Forcade do la Roquetle donna un avertissement à ce recueil « qui s'efforçait, par les assertions les plus mensongères, de » propager l'alarme dans le pays», sans se douter qu'au moment où il fulminait cet arrêté, l'Empereur, au fond de

LB HGHOIRE M H. FOULD. tf

600 cbàteau de Compiègne où s'éteignait à peine le bruit des fiUes dcnnées eo l'honneur du prinoe-régent de Prusse et du roi de Hollande, méditait sur un mémoire que son fidèle s^rriteur M. Fould lui amït fait parvenir secrètement, dès le mois de septembre, sur les dangers de la situation Quaoci^.

M. Fould demandait qued'importanles modifications fnssent apportées au sénatus-consulte du 26 décembre 1852; m exécution des engagements pris devant-le Corps législàti lors de la discussion du budget reclificatir; il démontrait que le droit du Corps législatif à voter l'impdt restait un droit illusoire et qu'un contrôle s'exerçant dix-huil mois après qu'une dépense a été &ite n'était qu'une pure fiction. On en peut dire autant, ajoutait-il, de la discussion du budget au Conseil d'Étal et au Corps législatif, si en dépit des réductions consenties ou imposées, le gonvernemént augmente les dépenses après la session. M. Achille Fould appuyait ses] observati(His des calculs suivants: 2 milliards &00 milli(H]s de crédits extraordinaires ont été ouverts de 1851 à 1858 ; la dette publique et les découverts du Trésor se sont accrus de iOO millions de crédits extraordinaires pour les trois dernières années; le crédit sous toutes ses formes, les ressources des établissements spéciaux sous la direction de TËtat les emprunts en rente, atteignent au moins au diifire de deux milliards. Le Trésor a absorbé les 100 millions d'augmentation de capital imposés à la Banque lors du renouvellement de son privilège et lâ5 millions de la caisse de dotation de l'armée, sans compter les 132 millions des obligations trentenaires; il était d'autant plus urgent de s' arrêter que le découvert à la fin de l'année s'élèverait à près d'un milliard, et que, pour conjurer une crise imminente, il fallait supprimer les crédits

extraordinaires et supplémentaires. L'Empereur, en renonçant à la faculté de les ouvrir, coupera court, disait M. Fould, aux demandes sans cesse renaissantes des communes et des parliculiers ; il calmera les inquiétudes des puissances qui se croient obligées à des armements coûteux pour être toujours prêtes à se défendre contre un souverain, maître de disposer à chaque instant, et sans intermédiaire, des ressources d'une grande nation. « En rendant au Corps légis- » lalifses attributions les plus incontestables, l'Empereur le Il solidariserait avec son gouvernement; il obtiendrait^ pour I) prix de cette concession , un budget où les allocations p setaient plus en rapport avec les besoins réels. En un » mot, il réaliserait de la manière la plus certaine la pensée » pleine de prévoyance qui a inspiré le décret du 24 no- » vembre. n

L'Empereur, jugeant qu*un homme aussi intéressé que M. Fould au maintien de l'Empire ne pouvait lui donner quede bons conseils, lui écrivit que les conclusions de son mémoire étaient les siennes et que sun intention était de réunir le Sénat le 2 décembre pour formuler ses résolutions en sénatus-consulte ; il l'invitait en même temps à passer du ministère d'État au ministère des Gnances. M. Forcade de la Roquette, nommé sénateur, dut être tenté, en se rendant au Luxembourg, de s'arrêter au bureau de la Revue des deux mondes pour lui offi-ir ses excuses au sujet de l'avertissement qu'il lui avait infligé.

L'auteur du mémoire apparut un instant aux yeux des populations le front orné du nimbe de premier ministre, grâce au décret du 1" décembre portant : « Aucun décret, n autorisant ou ordonnant des travaux ou des mesures quel- » conques pouvant avoir pour effet d'ajouter aux charges » budgétaires, ne sera soumis àla signature de l'Empereur,

U RËFORHE FIMiNClËRE. 89

• qu'accompagué de l'avis Ju ministre des finances. » Les aulres ministres, réduits à l'emploi de commis, n'auraient pas manqué, an temps des a cabinets», de donner leur démission collective; maisles conseillerâde l'Empire n'ayant de responsabilité que devant la personne impériale, pouvaient très-bien se prêter à l'exécution de tous les systèmes fioaiwiers ou politiques qu'il lui plairait d'adopter. Ils se résignèrent donc à l'élévation de l'homme qui venait de leur donner une si verte leçon, et ils consentirent à tous les changements d'attributions jugés nécessaires par M. Foutd pour les surveiller de plus près.

La réforme financière ne pouvait être sérieuse qu'à la condition de supprimer non-seulement la faculté d'ouvrir des crédits supplémentaires et extraordinaires en l'absence des Chambres, mais encore celle d'opérer des virements de fonds d'un chapitreà l'autre, et d'une sectiun à l'autre de chaque budget miuistériet. U n'y a pas en effet de bonne administration des finances publiques sans la spécialité des crédits. La faculté des virements laissée au gouvernement, c'est-àdire à l'Empereur, équivalait à celle des crédits extraordinaires et supplémentaires.

Une autre réforme, due aussi à l'influence de M. Fould, eut lieu presque en même temps. Le préfet de la Seine, toujours en quête de ressources, avaitfait placer à l'entrée de la Bourse des tourniquets qu'on ne franchissait qu'en payant un droit d'entrée. Les agents de change se lamentaient sans cesse sur cet impôt, qui produisait à peine «00 000 francs à la ville, et qui n'était, selon eux, qu'une gène pour le public, et une cause de plus au malaise des affaires. Napoléon III, cédant tout à coup à ces doléances, supprima les tourniquets. Les agents de change, dans une lettre de remcrctments à l'Empereur,

M L'ailPIItS.

signalèrent cette suppression comme « un véritable bienfait pour le crédit de la France, » comme «le prélude d'une grande période nouvelle d'activité et de richesse pour le pays, t> comme l'une des conséquences de ce nouveau programmeGoanciersi « noblement » adopté dans la lettre du 12 novembreau minisire d'Étal; « Votre Majesté, ajou- » taient-ila, a su en dix ans de règne padfier les eqmib, 0 relever le crédit public et inscrire de nouvelles victoires sur » notre drapeau. Il n'appartenait qu'au jgéuiede l'Empereur t> d'accomplir cette tâche à difficile, de donner en môme B temps satisfaction à l'amour-propre du pays pour la gloire » et à ses intérêts légitimes. Nous avons, Sire, naguère » applaudi avec la France entière à votre gruideur dans « la guerre, i^plaudissons aujourd'hui à votre grandeur » dans la paix.» Ces burlesques flagorneries se terminaient ainsi : « Permettez-nous d'élever un monument de notre » reconnaissance, en plaçant Voire Majesté dans l'enceinte B du palaisdela Bourse. Le guerrier aura sur la voie pu- » blique ses colonnes triomphales, la statue du prince » paciflcateur dans le palais de la Bourse protégera ce» » négociations qui fécondent le travail des peuples et pro- » clament la sf^esse des souverains. » Tant de gloire à propos de tourniquets ! L'Empereur refusa, «quelque flatteuse que soit la proposition n . Il songeait sans doute déjà que sa statue équestre en costume d'apothéose serait mieux placée au fronton duLouvre.

Les élections pour les conseils généraux avaient eu lieu dans le courant de l'été. « La Révolution relève la tôle, et 9 c'est le canton de Cbabeuil qu'elle a chusi pour tenter » l'essai de sa résurrection ; il importe ({ue ce canton, qui » fut toujours si dévoué à l'ordre, donne une sévère leçon » aux révolutionnaires et que les candidats qu'ils opposent

LES CONSEILS CfiHfiRAUX. 91

n aux candidats de l'admiDislralioa soient repousses de » l'urne d'noe façon si éclatante, qu'ils soient à tout jamais » doutés, et qu'ils c<»aprenneQl enfin que le peuple n'est » pas disposé à se placer sous leur joug. » Ce singulier mot d'ordre, donné par le préfet à un canton du département de la Dordûgne et aussi docilement suivi à Chabeuil que dans tous les autres cantons de la France, fut le prélude delà défaite de lai-évolulion, défaite d'aulaut {rfus compte que le gouvernement aux forces écrasantes de la ceniralisation administrative avait pu joindre cdles de la ceulralisalion religieuse. L'évoque auxiliaire de Marseille et ses deux vicaires capituhûrea adressèrent aux curés une circulaire pour les exhorter à voter et à faire voter leurs paroissiens en faveur des candidats officiels, quoi<iu'ils eussent pour concurrents les cbefe du parti dévoué aux intérêts temporels et spirituels de la papauté. L'exemple du clergé de Marseille fut suivi dans les autres diocèses, aussi l'opposition réussit-elle à peine à faire passer deux ou trois de ses candidats. Les protestations cependant furent nombreuses. Celle de M. de la Bigotterie donna lieu à un procès célèbre.

Les électeursdeCouIonjes(département des Deux-Sèvres) avaient un conseiller général à élire. MM. Plassiart et de la Bigotlerie se présentèrent; M. Plassiart fut nommé; H. de laBigotterie protesta, le conseil de préfecture cassa l'élection par le motif que l'élu avait porté atteinte à la sincérité des opérations électorales.

H. de la Bigotterie ne s'était pas contenté d'une protestation : il avait déposé une plainte devant Tautorité judiciaire contre M. Plassiart, pour fraude en matière électorale et pour diffamation. Une longue instruction eut lieu, dans laquelle plus de cent cinquante personnes furent entendues;

H. Plassiart, son fils, la directrice des postes de Coulonjes, le garde-champètre de la commuae et un maire des environs comparurent en police correclionnelle. Le procès Higeon avait déjà montré en gros ce que c'était que le r^ime électoral de l'Empire, le procès Plassïarl Qt pénétrer dans les détails de la tyrannie d'un maire de village, usant effrontément de tous les pouvoirs qui lui sont confiés, dans l'intérêt de son ambition, promettant à l'un de réparer son chemin, à l'autre d'obtenir le maintien de son fils dans ses foyers, à l'expiration de son congé, menaçant des rigueurs administratives ceux qui refusent de voter pour lui, ayant pour agent impitoyable un garde-cbampëtre, cafetier, entrepositaire du bière pour tout le canton, crieur public, agent de la société centrale de la mortalité des animaux, trésorier de la société de secours mutuels, etc. Plassiart envoyait aux électeurs des cartes avec son bulletin collé par un pain à cacheter dont l'adhérence devait lui permettre quand il présiderait le bureau de connaître les votes; il lisait même au besoin son nom à la place d'un autre candidat et il ne craignait pas de violer le secref des lettres pour surveiller lesdéraarches des électeurs. Tels étaient les délits reprochés à Plassiart, nommé chevalier de la Légion d'honneur pour le récompenser des services rendus par lui au canton deCouloujes. Des condamnations sévères frappèrent Plassiart et ses complices, mais combien de fonctionnaires presque aussi coupables que lui restaient impunis 1

Les principes posés dans le mémoire de M. Fould devaient recevoir une application législative. Le Sénat, convoqué extraordinairement par l'Empereur, se réunit le 2 décembre 1861 pour examiner un projet de sénatuscoQsuite, portant modification des articles & et 5 du séua-

LE SÉMATDS-CONSIILTE DU 2 DÉCEMBRE 1S61. 93

tus-coosulfe du 3Ô décembre 1852. La lecture du rapport de H. Troplong remplit toute la séance du 17 ; c'était un livre plutôt qu'un rapport. L'auteur commençait par expliquer comment, la constitution reposant sur un contrat formulé par les comices nationaux et que seuls ils pourraient modifier, il n'était nullement question de lui faire subir le moindre changement. Le projet soumis aux délibérations du Sénat apportait une simple modîGcation à Tarticle 12 du sénatus-consulte du 25 décembre 1853, réglant le mode de votalion du budget. M. Troplong n'était pas bien convaincu de la nécessité de cette modification, mais puisque le Corps l^slatif, a poussé par celle faussa activité que les jurisconsultes romains appelaient nimiam atque miseram diligeniiam, » demandait le vote par cbapitre au lieu du vote par ministère, il conseillait au Sénat de' consentir à cet examen. L'important, selon lui, était de s'assurer si les sections énumérées dans le rapport offraient des généralités assez spacieuses pour quelesministrespussent s'y mouvoir librement. Le Corps législatif se mêlerait sans cela de l'administration, car la spécialité n'était pas antre cbose, aux yeux du président du Sénat, que l'administration elle-mèine.

La nomenclature des sections annexées au sénatus-consulte devenait coiïstitutionnelle par suite de cette annexion. Mais ne fallait-il pas faire la part de l'imprévu? Des circonstances fortuites ne pouvaient-elles passe jouer d'une rigoureuse aScctation? M. Troplong avait craint d'abord qu'on n'eût oublié de prévoir ces nécessités, mais il s'était bientôt. rassuré et réjoui en voyant le sénatus-consuHe y pourvoir par lé droit de virement. Un décret rendu au Conseil d'Ëtat permettra de s'écarter des spécialités constifutionnellesi le virement, ajoutait M. Troplong, sans rien cbangerà

9t L'EUPIRE.

t'eDsemble du budget, supprimera le crédit extra^budgétaire qui comptait toujours sur la dette flottante. Les virements, s'opéraut de section à section par le crédit total affecté au ministère, pouvaient, il est vrai, causer un dérangement dans les cbiiTres spécialement affectés à ehaqne section par le Corps législatif, mais H. Troplougs'y résignait aisément, ainsi qu'au reproche adressé aux vire- • ments étendus à toutes les sections d'un même ministère, de diminuer singulièrement le droit d^amendement. Il admettait même le virement qui, par son. importance, pouvait dcHtoer naissance à des crédits OMiveaux, pourvu qu'il fût justifié par la nécessité. La crainte d'être mis en accusation par le Sénat, la responsabilité devant l'Empereur, suffisaient, selon lui, pour assurer d'avance celte justification.

M. Troplong mena rondement la discussion du sénatnsconsulte; un amendement de M. Bonjoan demandant que les virements n'eussent lieu que pour causes ui^entes et imprévues sur des économies déjà assurées, sans toucher au service ordinaire, &\ix.seeows, nuxprimes, &'aï.subijen' Uons, bourses, etc. , et que la faculté de se faire ouvrir des crédits extra- budgétaires sans le concours du Corps législatif fût laissée uniquement aux ministres de la guerre et de la marine, n'obtint aucun succès. H. Troplong vit dans cet amendement la D^atiOD du sénatus-consulte lui-même et de ce projet de Im a qui n'avait pas été conçu sous le -» coup d'embarras accumulés, et qui n'était qu^unchai^- > ment de man^e et non le désaveu d'un glorieux passé » .

M. de laRocbejacquelein aurait souhaité que le gouvernement voulût bien dissiper certains doutes que pouvait faire nattre le décret impérial. H. Troplong, tremÛant de voir l'interpellalion parlementaire renatlre de ses cendres,

LE SÉHATUS-COWSULTK EST VOTfi PAR L£ 8ÉM4T. 95

pria le gouvernemeat de ne pas répondre. M. Magne expliqua pourtaol en quelques mots que la cootradiclion cnire le projet de M. Foiild et le commencemeut de l'exposé delà situation de TËmpire en 1861, signalé par M. de la Rochejacquelein, n'était qu'une illusion.

Il y eut UD bulletin contre le sénatus-consulle.

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