‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 21 sur 148 · LA. QUESTION DES DUCHÉS · texte numérisé non relu

LA. QUESTION DES DUCHÉS

de Tempire d'Àllem^ie el du mai^raviat (|ui en fut séjMré dès l'auDée 10S6. Le Slcswig isolé des États foroiant la monarchie danoise proprement dite, n'ayant d'autres rapports avec elle que ceux d'un fief héréditaire de la maison royale, servit d'apanage à ses cadets.

Les comtes de Uolstein reçurent en 1375 l'iavestituredu duché, des mains de la reine Marguerite de Danemai^, par suite du manque d'héritiers mâles dans la lignée de Sleswig. Le Holstein et leSIeswig vécurent ainsi sous le sceptre des ménaes princes jusqu'au jour où le duc de Sleswig. flolstein Adolphe Yin étant mort sans postérité en lft5/ï, les Ëtats de SIeswig-Holstein se placèrent sous la suzeratueté lie Christian I", roi de Danemark, qui reconnut par lettre patente l'autonomie du SIeswig-Holstein, et qui con- Srma l'union des deux pays fondée sur une constitution et sur une diète communes. Le Sleswig cependant restait un duché souverain, tandis que le Holstein faisait partie de l'empire germanique.

Le duché de Lauenbourg, autre possession du Danemark, moitié autonome, moitié dépendant du Holstein par le contingent militaire, se rattachait par ce lien à la Confédération germanique. La monarchie danoise était donc formée du royaume de Danemark proprement dit, du duché de Sleswig indépendant en droit el uni en fait au Holstein, du duché de Holstein rattaché par des lieus de suzeraineté au Danemark et par des liens politiques k la Confédération germanique, el eoBn du Lauenbourg dont les rapports avec le royaume de Danemark, le Holstein et la Confédération germanique, viennent d'être expliqués. Le roi de Danemark était membre de cette assemblée comme ^izerain des duchés de Holslein et de Lauentxmrg.

lit L*tHPinE.

Les enchevêtremenls politiques et admiaislralifs de cetle organisation oflmient de trop grands inconvénieots pour que le Danemark n'essayât pas de s'y soustraii'e ; ses efforts constanls tendirent à séparer le Sleswig du Hnlstein afin de pouvoir se l'incorporer plus tard. L'Allemagne sentit le danger. Avant de lancer ses soldats, elle mit en avant ses savants. Ils n'eurent pas de peine à extraire des vieui parchemins une théorie historique démontrant l'existence d'une solidarité {nextis socialis) entre les institutions du Holstein et du Sleswig qui ne pouvait être rompue sans briser la constitution du pays. C'était la pierre d'attente sur laquelle l'Allemagne devait élever plus tard ses prétentions.

I^s guerres de l'Empire ajournèrent la lutte entre l'élément allemand et rélémeul danois ; elle devint très-vive à dater de 1 816, et qiiaire ans après la révolution de juillet, elle présageait un prochain conflit. Frédéric VI crut le prévenir parla ronstitulion de 1834, mais la théorie du nexiis socialis entre les deux duchés, très-répandue dans le Holstein, avait fait de grands progrès dans le Sleswig. Un parti du Sleswig-Holsleinisme se forma et trouva des appuis secrets jusque sur les marches du trône dans le duc Christian Auguste d'AugusIenbourg, beau-frère du roi régnant Frédéric VI et dans le prince de Roër, frère du duc Christian. Ces deux princes, comblés de marques de faveur et de confiance de leur souverain, se firent les agents de la propagande germanique sous sou règne et sous celui de son successeur Christian VIII qui monta sur le trône en 1833.

L'année 1840 est ta première étape de l'Allemagne vers l'unité. C'est alors que, se croyant à la veille d'être attaquée par la France, elle entonna la chanson de Becker, le liliiti allemand. L'orage de 18iO s'apaisa; l'Allemf^ne cesîu ses chants belliqueux, mais les rêves de conquêtes qui

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PltBMIËRE OCCUPATION DES BUCHES. m

se mêlenl souvenlaux pensées de défense ne s'eflacèrent pas de son esprit; sentant sa faiblesse du côlé de la mer, elle ne perdit plus des yeux les ports du Holstein et du Sleswtgqui l'attiraient comme un lointain mirage.

Christian VIII avait adopté, à l'égard du Sleswig-Holsteinisme, la politique de ménagement deson prédécesseur. (^ parti, enhardi par cette modéraliou, poussait à une ré- TOlulion. I.e danger réveilla le roi de Danemark qui, par a lettre patente du 8 juillet 1846, maintint sus droits incoDleslables sur le SIeswig, et tentad'uoir toutes les parties de la monarchie danoise par une constitution unique. l-'Allemagnetoutentière, Chambrai, universités, réunions publiques, retentit de protestations violentes. La diéle, dans une résolution du 17 septembre 1816, prise avec éclat, réserva « les droits de tous et de chacun, spécialement de la Confédération germanique et des agnats » . Lorsque la révolution de février éclata deux ans après, un changement de règne vint encore compliquer les dilBcultés de la situation : le Holstein s'insurgea, sous prétexte de tirer le nouveau roi Frédéric 'Vil des mains des Danois qui, disaient les révoltés , le tenaient prisonnier. Les princes d'AugusIenbourg levèrent le masque; un gouvernemsnl provisoire s'installa sous leur direction à Rendsbourg, et les volontaires allemands, formés en corps-francs, péné- Irùrent dans le SIeswig pour délivrer leurs compatriotes, victimes, assuraient-ils, de l'oppression danoise. Ils ne tinrent pas devant l'armée do Frédéric VII. La Prusse se hàla de venir à leur secours et, sans même attendre l'appel de la Diète, elle s'empressa de donner au feld-maréchal Wrangel l'ordre d'occuper les duchés.

Le parlement de Francfort siégeait à cette époque, mais si les unitaires favorisaient le mouvement révolulion-

TAXILE DELOBD. I|j jq

lia L'EMPIRE.

naire qui poussait les volootaires sur le Danemark, les représentants de l'ancien ordre de choses en Allem^ne étaient loin de s'y associer. Un député de la Marche de Brandebourg, M. de Bismarck, allait jusqu'à qualifier la guerre, dans les duchés, d'expédition inique, entreprise au profit de la révolution contre un souverain légitime auquel on cherchait querelle sans motif. I.a guerre, malgré cesplaintes, n'en aurait pas moins conlinué contre le Danemark si les puissances ne s'étaient empressées d'arrêter la Prusse. La Russie, peu disposée alors à seconder TAUemagnc dans ses tentatives unitaires, provoqua une entente entre elle et les cabinets de Paris et de Londres. Les trois puissances se réunirent à Londres, signèrent dans cette ville, leijuillet 1850, un protocole qui établissait en principe pour l'avenir, a l'intégrité de la monarchie danoise » , et (iui râlait l'ordre éventuel de succession. Le prioce Christian de Gtucksbourg fut reconnu comme héritier légitime de tous les Etats du Danemark. Le czar renonça en sa faveur à tous ses droits comme représentant la branche aînée desHolstein-Gottorp; les autres branches, agnatiques ou cognatiques (le landgrave de Hesse, le prince Frédéric de Hesse, la princesse Marie d'Anhalt) suivirent son exemple. Le duc Christian-Auguste d'Auguslenboiirg,. qui avait également des titres à faire valoir, vivait retiré et besoignenx à Francfort. M. de Bismarck, alors représentant de la Prusse à la Dièle, se chargea d'obtenir sa renonciation en échange d'une somme convenable.

Le traité de 1850 ne mettait pas un terme aux difficultés de la siluation. La position du roi de Danemark, en face de la Diète germanique comme suzerain du Holstein, et en face du Slcswig à la fois autonome et partie intégrante de la monarchie danoise, était la source d'embar-

LE PBmCE DE PRDSSE ET LE DANEMARK. 147

ras iDcessants. Le Iraité de 1850 aurait dû séparer le Holstein du Danemark sous ud prince allemand et rendre au Danemark la liberté de ses mouvements en lui permettant de rompre ses liens avec la Confédération germanique. Il eût été sage, du moins, à défaut de cette mesure radicale, de définir le satu guo de façon à constater que le roi de Danemark était souverain du ducbé allemand de Holstein, comme le roi de Hollande l'était également du ducbé de Luxembourg, et que les provinces extra-fédérales du Danemark restaient aussi étrangères à la Confédération germanique que les provinces extra-fédérales de la Néerlande.

LesPrussieus, entrés dans les ducbésen 18/iS, les occupaient encore pendant que la diplomatie négociait cet însuffisant traité. La Prusse consentait cependant à retirer ses troupes, mars elle tenait auparavant à connaître Yorganisation aouvelle que le roi de Danemark donnerait k la monarchie. Les explications entre les cabinets de Copenhague et de Berlin amenèren des négociations qui se prolongèrent jusqu'à l'époque de la guerre d'Italie. La r^nce du prince de Prusse fournit bientôt aux esprits qui devenaient de jour en jour plus susceptibles sur la question des nationalités, de nouveaux éléments d'excitation. Le prince de Prusse, daos son discours d'ouverture des Chambres, le 17 janvier 1859, fit entendre quelques paroles qui réveillèrent les échos au delà de l'Eyder. I^ 3 mai suivant, un membre de la chambre des députés exhortait le gouvernement prussien à prendre en mains la cause du SIeswig a indignement opprimé par le Danemark ». Le ministre des affaires étrangères répondit qu'il avait cette affaire fort à cœur, et qu'il ne laisserait échapper aucune occasion de le prouver. Les relations s'aigrirent

mitre les cabiaels de Berlin et de Copenhague; la Diète soutint que le duchiï de Holslein ne devait avoir d'autres lois que celles consenties par ses États, quoiqu'il eût avec le Danemark des institutions communes, telles que l'année et la marine. La Coarédératlon germanique dont le Holstein faisait partie aurait donc pu , en vertu de ce principe, se mêler indirectement du règlement des questions relatives à l'organisation des forces danoises. La Diète ne reculait pas devant cette conséquence. Les associations nationales soutenaient ses prétentions. L'Autriche, poussée par le désir de ne pas paraître, aux yeux des populations, moins ardente pour une cause si chaleureusement embrassée par la puissance qui lui disputait la suprématie en Allemagne, parla très-haut au Danemark. Ce dernier comptant sur son droit, sur l'opinion publique en Europe, sur la France qui, croyait-il, ne pouvait l'abandonner, sur l'Angleterre qui ne consentirait sans doute jamais à voir les ports du SIeswig-Holstein aux mains d'une autre puissance que le Danemark, et enlîa sur la rivalité de la Prusse et de l'Autriche, attendait sims trop y croire l'exécution fédérale dont la Diète le menaçait.

Napoléon III était à la veille de se jeter dans l'aventure du Mexique; préoccupé d'assurer la prépondérance de la race latine dans le nouveau monde, il ne la croyait nullement menacée dans l'ancien par la question des duchés. L'appui de l'Angleterre et de la Russie, si elle devenait plus grave , ne lui permettait-il pas de la résoudre ? Ces deux puissances n'avaienten effet aucun intérêt às'assocler aux prétentions de l'Allemagne, bien au contraire. Une alliance intime unissait d'ailleurs les deux empereurs de Paris et de Saint-Pétersbourg. Napoléon III croyait donc pouvoir librement porter ses vues du côté de l'Amérique, "

NAPOLËON [([ ET ALEXANDRE II. Ià9

lorsqut^ l'iosurrection poloDaîse changea brusquement la situation.

La prise de Sébastopol n'avait pas semblé d'abord devoir mettre lin à la guerre. La Pol(^ne pouvait donc fournir un second cbamp de bataille aux alliés. Le gouvernement impérial, bien loin de professer en 1855, pour les traités de 1815, Tbostililé qu'il témoigna plus tard contre eux, sonda l'Angleterre sur ta possibilité de rappeler au souverain de la Russie les stipulations de 1815 relatives au royaumede Pol(^ne. L'Angleterre montra une très-grande froideur pour l'idée de rendre à la Pologne une partie de son indépendance. Napoléon lU se ressouvint alors de ses projets sur l'Italie. Sentant le besoin d'un appui pour les exécuter, il hâta la paix et' montra les dispositions les plus bienveillantes pour la Russie au sein du congrès. L'Angleterre voulut alors remettre la Polt^ne sur le tapis, mais le gouvernement impérial, soit qu'il ne vit dans la conduite de son ancienne alliée qu'une tactique, soit qu'il se considérât comme engagé avec la Russie, ferma l'oreilie à son tour à ces ouvertures. Le consentement donné à l'union des principautés fut la première marque de reconnaissance d'Alexandre n à Napoléon IIL L'entente entre les deux gouvernements de Paris et de Saint-Pétersbourg parut encore plus étroite au moment de l'annexion de Nice et de la Savoie au territoire français; la Russie, se séparant des autres puissances, affecta de considérer cette annexion comme «une transaction très-r^ulière » .

L'année 18G0 fut une époque de trauses et d'appréhensions pour les puissances grandes et petites. On ne parlait que de prochains remaniements de la carte de l'Europe. Ces bruits accueillis partout avec la plus grande facilité portèrent à Madrid la nouvelle que Napoléon III allait

annexer à sod empire les provinces du nord de l'Espagne, jusqu'à l'Èbre. Ces bruits avaient fait naître dans l'esprit de l'empereur d'Autriche et du régent de Prusse des craintes qui leur inspirèrent le d(^sir d'avoir à Varsovie une entrevue avec l'empereur de Russie. [Napoléon III, craignant de voir se nouer une nouvelle coalition, demanda des explications à son ami le czar qui prolesta contre une pareille pensée. Alexandre 11 ne s'était rendu, s'il fallait l'en croire, à Varsovie qu'avec la ferme intention de faire de la conciliation ; il priait seulement Napoléon III de vouloir bien, pour faciliter sa mission, lui faire conualtre dans quelle mesure il croirait pouvoir seconder les efforts qu'allait tenter la Russie « pour conjurer la crise dont l'Europe était menacée » . Ces puissances ne demandaient à Napoléon 111 qu'un seul engagement, celui de ne point secourir le Piémout s'il attaquait l'Autriche dans la Vénétie. L'Autriche et la Prusse, en échange de cet engagement, accepteraient l'annexion de ta Savoie et de Nice. Napoléon III s'empressa de prendre cet engagement; Alexandre 11, de son côté, reconnut le royaume d'Italie et décida la Prusse à suivre son exemple. L'empereur de Russie- et l'empereur des Français étroitement unis semblaient devoir désormais marcher à la tête de l'Europe, lorsque le grand obstacle qui s'était toujours opposé à la formation d'une alliance véritable entre la France et la Russie, la Pologne, suivit de nouveau.

La Polc^ne, depuis i 831 , travaillait à se reconstituer par feffort incessant d'un travail intérieur. L'émancipation des paysans et leur avènement à la propriété étaient nécessaires pour intéresser la masse de la nation à l'œuvre de la résurrection nationale. Le parti aristocratique et le parti démocratique dirigeaient de ce côté tes ressorts d'une pro-

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