‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 22 sur 148 · U POLOGNE A LA VEILLE DE L'INSURRECTION · texte numérisé non relu

U POLOGNE A LA VEILLE DE L'INSURRECTION

pof^de, difl^reiite dans les moyens, semblable dans les résultats. L'Autriche, comprenant le danger, suscita la pierre sociale et les massacres de Galicie. Le travail de vingt anaées fut perdu. La révolution de Février qui semblait devoir être si favorable à la PoI(^ne lui enleva la sjmpatbie d'usé grande partie de la bourgeoisie française, ind^oée de voir le drapeau polonais flotter à côté de ■celui des agitateurs du 15 mai 18&8.

iLa nationalité polonaise, abandonnée par l'opinion au moment ooéme du réveil de toutes les nationalités, trouva cependant en elle-même assez de force pour survivre à rindifTérence et à l'oubli et ponr chercher les éléments d'une reconstitution. Manin à Veniseeii quittant le terrain politique pour transporter la lutte sur le terrain des affaires et de l'administration avaitdooué un exemple suivi à Varsovie par le comte André Zamoyski, ministre de l'intérieur pendant la révolution de 1831. Le comte Zamoyski, resté en Pok^e après la défaite de l'insurrection, s'était adonné àrindustrieetàragriculture; créateur de la compagnie de navigation de la Vistule, du Crédit foncier, des tiaras, du journal les Annales d'agriculture, fondateur de la Société agricole, qui joua un rôle si importantau début de l'insurreclion de 1861, il se servit de cesentreprtses en guise d'armes de guerre contre la Russie; mois le patriotisnwa besoin d'être escité par une force autre que celle des intérêts matériels, il la trouva dans un recueil de poésie. Le 61s <i'ungénéralpolonaisqui s'était séparé de la cause nationale «n 1851 , Sigismond Krasinski , Xepoêie anonyme, promenait son désespoir dans un exil volontaire, cachant son nom à ceux dont ses vers consolaient l'infortune et ranimaient l'espoir. Les iutéréts matériels et la poésie s'unissaient donc . pour rendre ses forces à la Pologne, lorsque Alexandre II

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signala son avénemeDt au trône par une amnistie qui rouvrit les portes de la patrie à un grand nomlffe d'exilés qui revwiaieQt de France, d'Allemagne, d'Angleterre, de Sibérie et du Caucase, les uns enflamoiésdespasRionset des idéesde l'Europe, lesautrescalmés par la solitude et parla souffrance.LaPologne, sous l'empire de ces diverses influences, vivait ainsi dans l'attente d'une explosion dont l'heure seule ëtait inconnue. La froide réception faite -aux souverains réunis à Varsovie, le service comméiooratif pour les nwrts de ta bataille de Gi-ochow, où l'armée polonaise lutta 'pendant troisjours contre tes Russesen (831, furent le prélude d'une suite de manifestations qui devaient se terminer par une explosion plus ou moins éloignée, mais certaine.

Le service pour les morts de Grocbow eut lieu le 25 février. Le peuple, réuni dans les églises et sur la place de la Vieille-Ville à Varsovie, entonna des cantiquesea l'booneur des béros tombés dans cette journée. La police essaya de faire évacuer la place; les chanteurs repoussèrent les soldats. Des blessés nombreux et quelques îaorts restèrent sur le carreau. L'enterrement des victimes du 25 devint l'occasion d'un nouveau cooQit. La Société agricole s'était entremise pour rétablir l'ordre ; elle débbérait sur les moyeus d'y parvenir au moment oîi le . convoi passa devant le lieu de ses réunions. Les membres de la Société interrompent leur séance et sortent pour le saluer. Une décharge de mousqueterie les accueille ; six d'entre eux tombent morleltement frappés. Le peuple enlève les cadavres et les présente à la porte du consulat de . France eu criaut : Justice!

Les principaux citoyens de Varsovie, en tète desquels figuraient l'archevêque et presque tous les fonctionnaires, se rendirent le lendemain chez le prince Gortschakoff et

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lui remireot uoe adresse à l'empereur, daus laquelle, après avoir exposé les douloureux évéaements des jours précédents, ils ajoutaient : « Noire nation, qui pendant des » siècles a été régie par des institutions libérales, endure * depuis plus de soixante ans les plus cruelles souffrances ; » privée de tout oi^oe légal pour faire parvenir au trône » tes doléances et l'expression de ses besoins, elle est forcé- . » ment i-éduite à ne faire entendre sa voix que par le cri des » martyrsque chaque jourelle ofTreen holocauste. Au fond » del'âaiede chaque Polonais brûle un sentiment indestruc- » tible de nationalité; ce sentiment résisie au temps et à » toutes les épreuves; le malheur, loin de l'affaiblir, ne fait » que le fortifier; tout ce qui le blesse ou le menace bou- > leverse et inquiète les esprits. »

La réponse de l'empereur ne se fit pas attendre. Il chargea le prince Gorlschakoff de préparer une nouvelle organisation du royaume sur les dispositions suivantes : Conseil d'Ëtat, mi-parti de fonctionnaires et de membres libres ; conseils municipaux électifs dans toutes les villes du royaume; conseil d'éducaiion chaîné de la réorganisation complète de l'instruclion publique. Le prince Gortschakofl* devait en outre s'entourer de personnes recommandables par leur caractère et par leurs lumières, afin de se concerter avec elles sur les autres réformes nécessaires dans l'administration du- pays.

Lar Société agricole qui possédait la confiance du peuple n'en fut pas moins dissoute, malgré ces belles promesses. Cette nouvelle à peine connue, de nombreux rassemblements se fument devant le palais du prince Gortschakoff. La foule, sommée de se disperser, refuse d'obéir ; la cavalerie charge, l'iofanlerie (ire, des centaines de victimes tombent, "et la ville est occupée militairement. Tout signe

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de deuil est interdit par un arrêté du prince GortschakofT, qui remercie, au nom de l'empereur, le général Chrulew et ses troupes d'avoir rétabli l'ordre k Varsovie.

L'opinion publique s'émut tout de suiteen France de ces rigueurs, mais le gouvernement impérial se bâta de publier dans le Moniteur une note peu encourageante pour la Po- It^ne et pour ses amis. Les PoloDais.se réunirent cependant le 3 à Paris pour célébrer l'anniversaire de la proclamation de la constitution de 1791. Le prince Gzartoriski prononça un discours sur les derniers événements de Varsovie et sur l'avenir de la Pol<^ne. Ce fut son dernier acte politique; il mourut dix jours après.

Le prince Adam Czarloriski était né deux ans avant le pattage de la Polc^ne. Amené dès l'enfance à Saint- Pétersbourg pour servir d'otage à l'impératrice Catherine II, il fut élevé avec le grand-duc Alexandre. I.<a faveur du prince fil naître en lui le rêve qu'il devait poursuivre toute sa vie, la reconslitution de la natiouallté polonaise par les mains de ceux-là mêmes qui l'avaient détruite.

Le prince Adam Czarloriski appelé aux Maires par l'insurrection de Varsovie en 18â0, investi môme un moment de l'autorité suprême, se berçait encore de l'espoir d'une transaction et d'un retour aux stipulations des traités de 1815. Un mouvement populaire l'avait porté an pouvoir, un mouvement populaire l'en fit descendre. L'ancien ministre d'Alexandre, l'ancien sénateur voïvode du royaume de Pologne, âgé de soixante et un ans, prit le fusil et combattit comme simple soldat sous les ordres du général Ramorino; obligé de s'enfuir après la chute de Varsovie il devint dans l'exil le représentant naturel de laPolt^e dans les hautes régions de la diplomatie européenne, et le doyen de l'émigration ; ce fut une perle pour elle.

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Le prioce Gortschakoft ne (arda pas à suivre le prince Oartoriski dans la tombe. Le gouverueur général Suchozanet, son successeur, crut donner satisfaclion aux plaintes de la Pologne en installant le nouveau Conseil d'Ëlat, mais l'agitation ne lit que s'accrollre, et le k octobre le royaume fut mis en élat de siège. Le lendemain même, un service funèbre pour l'anniversaire de la mort de Kos* ciitsko devait avoir lieu dans toutes les églises de Varsovie. I..es patriotes s'y étaient donné rendez-vous. I^s troupes russes après avoir envahi la cathédrale les arrêtèrent jusqu'au pied des autels. L'archevêque Bïalobrzeski ordonna la fermeture des églises profanées. Le général Luders le fit arrêter à son tour et conduire, quoique malade, à la citadelle.

Les sentiments que',te événements de Varsovie éveillaient chez les puissances, étaient de nature diverse : L'Angleterre, mécontente de l'intimité qui régnait entre le cabinet de Paris et celui de Saint-Péterslwun;, n'était pas avare de témoignages de sympathie à la Polc^ne; lord Hussel, au mois de mai 1861, ne craignait pas de présager dans la Chambre des lords a un avenir glorieux et libre à une nation qui malgré tant de vicissitudes, tant de calamités, tant de persécutions, a su conserver intact le sentiment de la patrie ». L'Autriche ne pouvait voir avec déplaisir les faits justifier, aux dépens de la Russie, les alarmes que le principe des nationalités lui inspirait. Les premières agitations du mois de mars à Varsovie furent signalées par te premier ministre autrichien, M. de Rechberg, comme de nature à exercer une immense influence sur la politique générale de l'Europe, en ébranlant tous les pays compris entre la Baltique et la mer Noire. Gel ébranlement, en donnant de l'occupaliou à la Russie, aurait fait le compte

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de l'Autriclie. La Prusse, idenliQée pour ainsi dire avec la Russie, s'apprêlall à seconder aveuglément sa politique; quant à Napoléon 111, lié par les souvenirs de l'empire, par le principe des nationalités dont il se posait comme le représentant, il maudissait intérieurement une insurrection qui pouvait l'obliger à rompre son alliance avec la Russie dont il promettait de merveilleux effets. La note publiée le 23 avril 1861 , dans le Moniteur, pour mettre la presse et l'opinion publique <> en g^rde contre la supposi- . tioD que te gouveroement de l'Empereur encourageait des espérances qu'il ne pouvait satisfaire » et pour déclarer que « les idées généreuses du czar étant un gage certain B de son désir de réaliser les améliorations que comporte » l'état de laPologne. il fallait l'aire des vœux pour qu'il n'en » fùtpasempêchépardesmanifestationsirritanteï'»futbientàtsuivieparTenvoiauconsuldeFranceà Varsovie d'instructions pour amener les Polonais à des idées de conciliation. L'opinion publique semblait convaincue néanmoins que le gouvernement impérial ne persévérerait pas dans ce système favorable à laRussie. Le prince Napoléon avait dit au Sénat le 19 mars : a Soyez sûrs que l'Empereur Fera quel-

» que chose pour la Pologne Comment? Par quels

u moyens? je ne saurais vous le dire,je n'ai pasdevant moi » le portefeuille du prince de Metternich ; mais l'Empereur » fera quelque chose pour la Pologne. »

Les dil&cullés qui venaient de surgir au Nord de l'Europe n'étaientpas les seules que Napoléon III eût à résoudre. L'Italie sollicitait également son attention. L'ouverture du premier parlement italien eut lieu le 18 février 1861. L'Angleterre reconnut deux mois après le royaume d'Italie. Les Ëtats-Uniï!, la Belgique, la Hollande, suivirent cet exemple. La situation intérieure de l'Italie s'améUorait,

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