ORIGINE DE U GUERRE DÈS £T1TE-U»[S
peu à peu à uae véritable prépondérance du Sud sur la direction des aflaires de l'Union; on était si bien habitué depuis longues années à voir les présideatsélus représenter les idées et les intérêts du Sud, que quand te Nord se fut décidé, en 1861, à soutenir un candidat à la pi-ésidence, personne ne voulut d'abord croire à la réalité de ca bruit; on deuta d'autant moins de l'abandon de cette résolution par les hommes du Nord , que les hommœ du Sud, effrayés du progrès des idéesabolitionnistes, répétaient hautement que la nomination d'un candidat contraire à leurs idées serait le signal de leur sortie de l'Union.
Les représentants des diverses colonies anglaises, devenues des États en sif^nant la constitution des Ëtals-Unis, avaient ce|)endant bien la conscience qu'ils formaient une nation, si l'on en juge par la déclaration des membres de la convention réunie pour préparer la Constitution ; ces membres dédareot : « Dans toutes nos délibérations, nous » avons eu constamment eu vue la consolidatiou de notre » union, gage de notre prospérité, de notre sécurité, de > notre existence nationale. » La Constitution elle-même dit : « Nous, le peuple des États-Unis, pour assurer une ■ union plus parfaite et pour assurer les bienfaits de la » liberté à nous-mêmes et à notre postérité, nous ordon- » noDs et établissons cette Constitution. »
Elle fut donc adoptée, non par des citoyens de tel ou tel État, mais par un peuple qui commit la faute d'y insérer un article consacrant l'esclavage. Le Congrès, Investi du droit de refuser ou d'admettre les territoires au rang des Étals, pouvait, à la vérité, lui imposer des limites, mais les efforts du Sud tendirent perpétuellement à les supprimer. Le compromis du Missouri permit que toute la portion des territoires cédés par la France au sud du 36* d^ré de
latitude, fût ouverte au travail servile. Le bill de Nebraska amena bientôt après la suppression de toute barrière géographique entre le domaine du travail libre et celui du travail servile.
Les adversaires de l'esclavage, renonçant à le supprimer, bornèrent leur ambition à rétablir dans toute sa force l'autorité du Congrès sur les territoires. Le colonel Frémont^ qui le premier au nom du parti républicain sollicita la présidence, inscrivit sur son pn^ramme la prohibition de l'esclavagâ dans les territoires.
Le candidat du pnrti républicain, en 1860, Lincoln, alla plus loin : il manifestarintention de limiter le domaine de l'esclavage dans les Ëtats. Le Sud se prépara dès lors à la révolte. La conscience publique ne s'émut pas de ce qu'^e considérait comme une vaine menace, et Abraham Lincoln fut élu. Son grand-père, l'un de ces hardis pionniers qui payèrent de leur vie la conquête du Kentucky, avait été tué par tes Indiens. Son père était mort prématurément en 1815, laissant une veuve sans fortune et plusieurs enfants dont l'idné, qui devait devenir président de la république, reçut la simple éducation des pionniers : la lectui>e, l'écriture, un peu d'arithmétique et le manienient du mousquet, de la hache et de la charrue. Lincoln, tour à tour pâtre; apprenti scieur, conducteur de trains, et bateirer sur le Wabash et le Misassipi, poseur de iiiils^ était à l'Âge de vingt et un ans garçon de ferme à Springlield; l'année suivante commis marchand, puis capitaine d'une compagnie de volontaires enrégimentés contre les Indiens de la tribu des Faucons-Noirs ; mais garçon de ferme, commis, chef de partisans, p&lre, scieur de planches ou batelier, Lincoln avait toujours su trouver, au milieu de ces occupations diverses, du temps pour s'in-
LINCOLN EST HOMH& PRËSEDEEfT. 471
sfrtiire, roéme dans la science du droit, si bien qu'il put débuter avec succès au barreau.
tiu représentant de ntlinois en IS&Ô, il se refusa en I8è9 à une réélection, pour se livrer à l'exercice de sa profession d'avocat et à l'éducation de ses enfants. Les répu- Uicains l'opposèrent comme gouvernear de l'Illinois à H. Douglas, Tua des grands orateurs de l'Amérique. Les deux rivaux parcoururent cet Ëtat pendant deux mois, prononçant chaque jour un discours nouveau, et se prenant quelquefois corps à corps. Lincoln eut plus de voix que son rival, mais l'inégale répartition des districts électoraux donna l'avantage à Douglas; cette brillante campagne attira sur lui l'attention. La Convention de Chicago le choisit en 1860 comme candidat h la présidence. Il fut élu, et son élection considérée par tes Ëtats du Sud comme une menace, donna le signal de la guerre civile.
Le président Buchanan ne devait quitter la Maison- Blanche que le k mars. Complice du Sud, il profila de ce délai pour dégarnir les arsenaux dans tous les Ëtals libres et pour disséminer tes navires de la marine fédérale dans toutes les mers. Il ordonnait pendant ce temps-là des prières et des jeûnes pour apaiser la colère céleste appesantie sur la République. Le président Lincoln fut installé leâ mars 1861. Jefferson Davis avait déjà prisie 18 février les rênes delà Confédération du Sud à Richmond.
LespariisausdeNapoléonlIIelduprinciped'autorité, ravis de voir la grande République en proie à la guerre civile, en saluaientd'avanceledénoûment. Ils voyaientdéjàla Maison- Blanche transformée en palais et une députation du Congrès traversant l'Atlantique pour offrir la couronne d'Amérique à quelque prince en disponibilité. L'État, en Amérique, remplacerait désormais les Ëtals; la bureaucratie
s'emparerait du plus vasle théâtre ouvert au moiide pour l'activité humaine; la tulellç dugouveraement remplacerait l'essor de l'énergie individuelle, et l'Amérique échapperait à l'anarchie par une centralisation copiée sur la centralisation impériale. Les journaux olïïcîeux, enOammés par ce beau rêve, se firent tout de suite les défenseurs ardents de la cause du Sud. Que voulait-il? Porter à son gré l'esclavage dans les vastes territoires destinés à augmenter le nombre desÉlals; forcer le Nordà exécuter la loi qui prescrilla restitution des esclaves fugitifs et mettre un terme aux prédications contre l'esclavage. Le Nord ne demandait pas la suppression de l'esclavage, mais sa limitation. M. Lincoln, dans le discours d'inauguration qu'il prononça sur les marches du Capitole, fit appel à la Constitution et déclara qu'il n'avait nulle intention de détruire l'esclavi^ là où il existait, qu'il considérait l'Union comme durant toujours eu droit, qu'il ferait exécuter les lois fédérales, et qu'il se bornerait pour le moment à reprendre les forls et les propriétés fédérales dont le Sud s'était emparé. Il était résolu d'ailleurs à attendre le premier acte d'agression. 11 n'attendit pas longtemps.
Le fort Sumter, attaqué le 12 avril 1861 par le général séparatiste Beauregard, fut rendu le même jour par le major Anderson privé de secours et de munitions. Les forts et arsenaux de l'Union situés dans les Ëtals rebelles avaient été livrés presque tous à la nouvelle confédération par les officiers appartenant généralement au Sud. Du haut des terrasses des maisons de Washington on ne tarda pas à voir les tentes du camp des rebelles.
Le gouvernement fédéral n'avait, lorsqu'il connut la prisedu fort Sumter, que 15000 hommes de troupes r^ilières éparpillées sur tous les points de l'immense terri-
BATAILLE DE BVLl'S HVS. 173
(oire de la République. Lincoln appela 75 000 miliciens.. Le vieux général Scott, quoique Virgitilen de naissance, avait refusé le commandement de l'armée sécessionniste dont le colonel Lee, son chef d'étal-major, s'était chaîné à sa pince. Le général Scott déploya l'activité d'un jeune bomnte, qntHqu'il eût soixante-quinze ans, et malgré l'absence d'administration militaire, malgré le dénûment des arsenaux et des magasins, malgré le manque d'états-majors par suite de la désertion des officiers du Sud, il parvint à organiser les forces nationales et à fortifier Washington.
La première bataille eotre les deux armées du Nord et dnSudfutlivréesurlesbordsd'un torrent nommé if»//'«nm, le 21 juillet i 861. Le général sudiste Beauregard remporta la victoire. Lincoln, un peu irrésolu jusqu'alors, compritque tout arrangement était devenu impossible et prit loutes les mesures nécessaires a6n de poursuivre la guerre à outrance.
La marine militaire et la marine marchande des Etats- Unis se recrutaient presque entièrement dans le Nord. Les Etats du Sud, plus particulièrement agricoles, étaient loin d'avoir une force maritime suffisante à opposer à leurs adversaires. Les côtes du Sud se trouvèrent bientôt bloquées depuis le Chesapeake jusqu'à la frontière du Mexique; le gouvernement fédéral chercha ensuite à occuper les points importants près des rades et des mouillages.
La première expédition fédérale fut dirigée contre la Caroliite du Nord, dont les côtes sont longées par un étroit banc de sable séparé de la terre ferme par deux détroits formant des espèces de baies intérieures et communiquant à la mer par des passes dont la plus importante, celle du Nord, est dérendue par deux forts. Une division de frégates et de caDonuières débarqua des troupessur le grand banc, te SI août 1861, enveloppa les confédérés, qui durent se
i7t l'bvpiub.
rendre, et s'établit solidement à Hatteras, d'où elle meDOçaît les ports de ta Carolioe du Mord et les villes situées sur les cours d'eau aboutissant dans la baie.
Une autre expédition s'empara de Port-Royal, sur les côtes de la Caroline du Sud, qui défend l'entrée de ta baie au fond de laquelle se trouve Beaufort, point central du chemin de fer de Charleslon à Savanab. Cette expédition occupa nie située à l'entrée de la baie de Savanab et mit le siège devant le fort Pulasky. Ces succès maritimes, qui compensaient en partie les revers de l'armée de terre, ranimèrent l'ardeur du Nord. Les ctianliers se couvrirent de navires de guerre en construction; des vapeurs de commerce furent armés. Il fallait à tout prix intercepter les communications du Sud avec le reste du monde et l'empêcher d'exporter son coton etd'importerdes munitions de guerre.
La guerre ainsi faite soulevait de grandes questions relortives à l'application du droit maritime, si compliqué et si mal défini. Le blocus, d'après l'ancienne doctrine anglaise, pouvait être fictif, c'est-à-dire exister par suite d'un simple décret ; la déclaration du Congrès de l^ris exigeait la présence de forces suffisantes pour en garantir l'eSicacité. Les États-Unis avaient toujours professé celle dernière opinion contre l'Angleterre, dans les guerres de la fin du xviii° siècle et sous l'Empire-, celle-ci vint tout à coup leur en disputer le bénéfice en prétendant que les flottes du Nord ne fermaient pas réellement les ports du Sud. La preuve cependant que le blocus était efileclif, c'est qu'aucune balle de colon, aucune lettre n'arrivait des Étuis du Sud en Europe.
Au moment où la question du blocus des ports du Sud préoccupait le plus vivement les puissances maritimes, le paquebot anglais Trent, parti de la Havane pour l'Eu-