‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 25 sur 148 · L'AFFAIRE DU TRENT · texte numérisé non relu

L'AFFAIRE DU TRENT

rope, fui arrêté le 8 novembre 1861 en pleine mer par la corvelle fédérale San-Jacinto, commandée par le capitaine Wilkes. M. Slidell, ancien sénateur pour la Louisiane, et H. Masson, ancien ministre plénipotentiaire des Ëtats- Unis en France, se rendant le premier à Paris et le second à Londres en qualité de chargés d'affaires de la Confédération du Sad, étaient à bord. Le commandant Wilkes les arrêta comme i contrebande de guerre, o Le gouvernement approuva la conduite du commandant Wilkes; il fut élevé au grade de commodore à la grande satisraclion des journaux et des meetings.

Les annales maritimes de l'ADgletcrre comptaient plus d'un acte analogue à celui du San-Jacinto. La Grande- Bretagne, en vertu de ce principe abusif, que l'intérêt des belligérants devait être la mesure du droit des neutres, avait exercé un véritable despotisme sur toutes les nations maritimes. C'est elle pou riant qui éleva les plus vives plaintes contre la conduite du commandant du San-Jacinto; lo gouvernement les appuya par des préparatifs de guerre dont on peut mesurer l'étendue en songeant qu'ils lui coûtèrent 300 millions en deux mois. Le Sud, plein d'espérance, s'atlendail à. une rupture immédiate entre l'Angleterre et 1^ États-Unis, et à une guerre terrible à laquelle le gouvernement impénal de France ne pouvait manquer de prendre part à c6té de son ancienne alliée de Crimée.

L'opinion, en France, n'était pas sans s'alarmer à la perspective d'une lutte dont tes conséquences pouvaient être si fatales à la fortune publique, aussi le message du président Lincoln, qui devait contenir la réponse du gouvernement fédéral aux réclamations des puissances, était-ÎI attendu avec une vive impatience. Ce document trompa l'attente générale. Le président l-incoln, muet sur l'affaire

du Treni, ne s'occupait que des aflaires iotérieures de la République; il reprochait aux confédérés de rompre violemment l'admirable faisceau de rUoioD américaine, de nier te suffrage universel, les droits du peuple, les principes sur lesquels l'Amérique avait si rapidement élevé l'édifice de sa prospérité. «Dévorés par une plaie intérieure, » par un fléau social qui est une offense à votre foi, une » offense à votre Dieu, vous n'osez pas, ajoutait-il, pro- » noncer ce mot d'esclavage, qui est pourtant la seule cause B du dissentiment qui vous sépare de vos frères et afflige » toutes tes démocraties de l'Europe. »

Le président, envisageant ensuite avec fermeté la tâche immense qu'il avait à remplir, se montrait prêt à tous les sacriQces pour maintenir les institutions qui avaient fait ■ la grandeurde l'Amérique. «Nous voyonsd'uncoupd'œil, n disait-il, ce qu'a produit dans un temps donné le prtn- » cipe populaire appliqué au gouvernement par le méca- ■> nisme des Etats et de l'Union; nous voyons aussi ce que » ce principe, s'il est fermement maintenu, promet pour » l'avenir. Il y a déjà parmi nous des hommes qui. si l'Union 8 est conservée, vivront assez pour y compter 250 millions » d'âmes. Lalutle que nous soutenons n'est donc pas pour 1 aujourd'hui seulement, elle est pour un vaste avenir. Con- B ûants dans la Providence, et d'autant plus fermes et déler- » minés, travaillons à la grande lâche que les événements B nous ont dévolue. » Le président demandait en finissant àOO 000 soldats et /iOO millions de dollars. Ce n'était que le dixième du nombre d'hommes eu état de porter les armes dans les Étais fidèles, et à peine la vingt-troisième partie des valeurs possédées par les citoyens décidés à les sacrifier pour sauver l'Union. Le Congrès lui donna iOO 000 hommes et AOO millions de dollars de plus.

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