LA QUESTION DE SYRIE
Le gouvernement impérial, assez fortement engagé déjà dans l'expédition du Mexique,'ne pouvait voir sans un cer> tain plabir les Ëtats-Unis occupés d'une guerre qui laissait toutelibertéàraclion qu'il rêvait d'exercer sur le nouveau monde. Les journaux ofGcieui s'efforçaient de prouver qu'il fallait admettre les sudistes comme belligérants, en attendant qu'on reconnût la République du Sud elle-même. Le gouvernement impérial, quelque envie qu'il eût de suivre ces conseils, comprit qu'il fallait attendre, el que le rôle de conciliateur était celui qui lui convenait le mieux en ce moment. Il s'entremit donc entre l'Angleterre et les Étals-Unis pour amener ces deux puissances à s'entendre sur l'affaire du Trent. Une dépêche de M. Thouvenel, ministre des affaires étrangères de l'EQipire à Washin^on, corroborée de l'adhésion de l'Autriche et de la Prusse, ne fut pas étrangère à la décision que prit le gouvernement américain de faire des concessions approuvées par tous ses amis en Europe.
Une question moins importante que celles dont on vient de parler, mais qui pouvait cependant amener de sérieuses complications, occupa la diplomatie dans le courant de l'année 1861.
L'Angleterre, qui supportait avec impatience la présence lies Français en Orient, demanda dansles derniers jours de l'année précédente à Napoléon III de concentrer ses troupes sur le littoral de la Syrie. M. Thouvenel lui répondit par un refus, motivé sur cette rai.<ion que le séjour des forces françaises dans la montagne était indispensable à la sécurité des chrétiens, et que d'ailleurs le général en chef devait seul ûxer la position de ses détachements.
Le gouvernement impérial, voyant cepeudantla méfiance crois-sante et le mauvais vouloir de plus en plus marqué de
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l'Angleterre contre l'expédition de Syrie, adressa le 18 janvier 1861 une circulaire aux puissances dans laquelle M. Thouvenel leur demandait si, conformément au traité de l'aunée dernière, les troupes françaises devaient quitter ce pays le 5 mars 1801, ou bien si l'humanité et la prudence ne conseillaient pas d'attendre pour l'évacuation, non pas le terme du traité, mais le moment où h rt^pression des troubles serait complète et où des garanties d'ordre et de paciflcation auraient été données par la Porte. Le ministredes affaires étrangères ne faisait point d'ailleurs une question de la prolongation du séjour des soldats françaisen Syrie, et il se déclarait prêt à exécuter le traité si toutes les puissances ne se mettaient pas d'accord sur la nécessité de prolonger l'occupation ; dans le cas contraire, il se nionlrait tout disposé à faire participer leui-s troupes, à la protection des chrétiens.
Ni l'Autriche, ni la Russie, ni la Prusse n'étaient en disposition de prêter l'oreille à ces ouvertures. Ces deux puissances dissimulaient sous un vernis d'impartiahté leur peu d'empressement à soutenir les demandes du gouvernement impérial; la Prusse marchait à la suite do la liussie. La Porte, convaincue, comme de raison, de l'inutilité de l'occupation, consentoit néanmoins, pour prouver ses bonnes intentions, à la prolonger pendant le temps à peu près nécessaire pour préparer l'évacuation, c'esl-àdirc jusqu'au 5 mai.
Ia conférence décida pourtant, le 15 février 1861 , que l'occupation serait prolongée dans les mêmes conditions jusqu'au 5 juin suivant. La concession était mince, et le gouvernement impérial avait d'autant moius à s'en glori- ^er, que la Porte, secondée par l'Angleterre, quelquefoispar la Russie et par l'Autriche, ne perdait aucune occasion
U RÉORGAIflSATIOn DU UBAN. 1»
lie faire échec à sa" politique et mettait soo habileté la plus persévérante à éluder les arrêts de ses propres tribunaux contre les auteurs des massacres du Liban et pour le payement des indemnités. Le féroce Saïd-Bey Djemblalt aurait probablement échappé au châtiment, si la maladie ne l'avait frappé dans la prison de Beyrouth. La peine de mort (ïrononcée contre les Druses à Beyrouth et à Moktara fut commuée en déportation. Quant aux indemnités et aux amendes dues par eux, la Porte mit tant de lenteur et souleva tant d'obstacles pour en Bxor le cbifiTre que la commission internalionale souscrivit, de guerre tasse, à an arrangement en vertu duquel la Porte payerait une somme totale de 75 millions de piastres turques aux victimes des troubles du Liban; une commission mixte en cas de désaccord réglerait le différend. Celait mettre les réclamants à la merci des fonctionnaires turcs.
Plusieurs plans furent proposés pour la réoi^nîsation du Liban : Division de la montagne en plusieurs caïmacanies, administration du Liban par un fonctionnaire turc, maintien des immunités des chrétiens de la montagne. Le ' premier de ces plans était présenté par la Turquie, le second par l'Angleterre, le troisième par la France. La discussion outre les représentants de ces puissances était vive et menaçait de s'éterniser. Le ministre de Prusse, en se prononçant pour un gouvernement unique, proposa de ne pas spéciûer si le gouverneur serait indigène ou non. Cette transaction fut acceptée. L'Autriche s'était dès le commencement de ta discussion ralliée au plan de Napoléon III. La Russie se contenta de demander avec l'appui de l'Angleterre' l'établissement dans la ville de Zablé d'un régime spécial en faveur des Grecs non unis. Le règlement accordait simplement aux Maronites chrétiens sept fois plus
nombreux que les Druses, huit Fois plus que les Grecs scbismatiques, douze fois plus que les Grecs catholiques, vingt fois plus que les Métualis, et trente fois plus que te-s Musulmans, le sixième des voix dans les assemblées du Liban, c'est-à-dire l'égalité (1). Les soldats turcs restaient chargés de la police du liban en attendant la formation d'une force indigène.
L'Europe, qui s'était associée à l'expédition française pour amener son avortemeni, pouvait s'applaudir du succès de son plan : il fallait l'impudence habituelle des journaux officieux du gouvernement impérial pour donner comme un triomphe de sa politique les minces résultats de cette expédition, entreprise avec tant de fracas « pour une grande idée au nom d'un grand peuple a.
(i) La Syri> m 186), pBr M. Sainl-Marc Cirardin,