LA PRESSE ET LE GOOVERHEHEHT
blir la distÎDCtioD entre l'appréciation et le compte rendu? 1^ gouvernement refusait de s'expliquer, et ce refus -cachait évidemment l'intention de créer une équivoiiue qui lui permit de tenir la menace d'un avertissement ou d'un procès, suspendue sur la plume du journaliste, et de l'empêcher ainsi de donner aux séances de la Chambre cette forme saisissante et dramatique qui eu redoublait l'importance sous les précédents régimes parlementaires. Le gouvernement comptait bien d'ailleurs que le public, fort affairé -de nos jours, ne lirait pas des comptes rendus d'une longueur considérable comme ceux que ses sténographes ■allaient rédiger à l'usage des journaux. H espérait aussi que tes journaux, réduits pendant six mois de l'année à remplir leurs colonnes avec ces interminables débats, perdraient une partie de leur attrait et par conséquent de leurs abonnés. Le gouvernement n'avait qu'une politique k l'égard de la presse : la déconsidérer, l'intimider et la transformer de plus en plus en simple rouage de la machine administrative, au moyen de l'autorisation, de l'avertissement officiel ou officieux et de la suppression. Aussi suivait-il d'un œil vigilant tous les détails de l'existence des journaux ; le moindre changement dans la propriété ou <lans la rédaction ne pouvait s'effectuer sans qu'il internol pour le sanctionner ou pour y mettre obstacle. Un certain Prost, bien et dûment autorisé par le ministère, avait acheté eu i 860 de l'abbé Migne le journal ia Vérité, dont il changea le titre en celui de Courrier de Paris. Ce journal, bientôt réduit aux expédients pour vivre, voulut s'associer au Messager, appartenant à H. Achille }ubîual, député au Corps législatif, bien connu par son dévouement à l'Empereur; les frais des deux journaux, n'ayant qu'une composition et une rédaction, auraient diminué de moitié.
Cette combinaison ayant été repoussée par le bureau de la presse, le propriélaire du Courrier de Paris fut obligé de le mettre en vente.
M. Lejmarie, déjà rédacteur en chef du Courrier du dimanche , croyant acheter non pas un journal sans abonnés, mais l'autorisation en vertu de laquelle ce journal existait et dout il espérait se servir pour fonder une nouvelle entreprise, se rendit acquéreur du Courrier de Parii, au prix de 100000 francs. M. Arthur de la Guéronnière, chef de la division de la presse au ministère de l'intérieur, après avoir promis cette autorisalion, montrait de jour en jour plus d'hésitation à tenir sa promesse, et répomlait aux instances de M. Leymarie par des demandes réitérées de renseignements : d'où venait le capital du journal? étaitil de 500000 francs ou de i 000000, comme le bruit en courait? de quels écrivains la rédaction devait-elle sel'omposer? et hien d'autres questions qui trahissaient l'inquiétude et les soupçons du gouvernement.
Un homme que l'Empire avait, dès son origine, trouvé au nombre de ses adversaires les plus résolus, M. d'Haussonville, se proposait, d'après la rumeur publique, de prendre une part active à la rédaction du journal de M. leymarie, et de là venaient les lenteurs et les hésitalions du chef de la division de la presse au ministère de l'intérieur. M. de la Guéronnière Gnit par déclarer que, dans une aussi grave affaire, il ne pouvait rien prendre sur lui, et qu'il en remettait la décision au ministre de l'intérieur, M. BillauU. Ce dernier, dans une audience accordée à M. d'Hausson ville, convint que sa'prétention d'user du droit d'exprimer sa pensée sur les affaires publiques par la voie des journaux, était fort légitime sans doute, mais que le ministre, chaîné par la confiance du chef de l'Ëtat
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de veiller à ce que l'admiDistration ne fût pas inquiétée dans ses allures, avait le droit de se tenir sur la défensive contre une opposition qui pourrait lui créer des embarras (1). M. d'tiaussoDTille ayant tout de suite donné à son iaterlocuteur l'assuraDce que le Courrier de Paris ne sortirait jamais du terrain constitutionnel, M. Blllault lui répondit en lui rappelant l'exemple de l'opposilioa constituîionnelle mais fort vive du Courrier du dimanche. (I ajouta que la loyauté de M. d'Haussooville était au-dessus du soupçon, et qu'il était armé d'ailleurs d'un pouvoir discrétionnaire sufBsant pour réprimer les écarts de la p(^émique, mais qu'il était toujours désagréable pour un gouvernement d'être obligé de recourir à ce pouvoir. Là. conclusion de H. Billault fui que la question devait être soumise aux ministres en conseil. M. Leymarie, n'obtint pas sou autorisation. Il crut pouvoir alors rétrocéder le Courrier de Paris à un acbeteur qui offrait de prendre l'engagemenl de ne donner aucune part dans la propriété ni dans la rédaction à M. d'Haussonville. Nouveau refus de M. Billault. La propriété d'un journal cessait ainsi d'être une propriété, puisque le propriétaire n'était pas libre d*en disposer à son gré. Le Courrier de Paris resta donc par force dans les mains de ses premiers propriétaires, et M. Hip> polyte Caslille, ancien rédacteur de la dévolution démocra- Hque et sociale, reçut du ministre l'investiture de sa rédaction en chef. Il ne resta pas longtemps dans ce poste ; les principaux articles du Courrier de Paris portèrent bientôt la signature de M. Clément Duvernois, ancien gérant de V Algérie nouvelle, journal qui s'était récemment attiré du ministre de l'Algérie les terribles reproches formulés dans
(1) Hislùire d'une demande en aulorisalion dejournal, Pmt, 18G0.
ce rapport spécial adressé à l'Empereur par le ministre del'Algérie :
» Je viera demander b Volie Majesté de vouloir bien, par application de l'article 3S du décret organique du 47 février 4863, ordonoer ta suppreaaioD du journal publié à Alger sous le titre de l'Atgérie nouvelle.
I Méconnallre tous les serTicei reudus^ répandre contre l'année de» attaques aussi injustes que violentes ; cliercher à jeler entre elle et le& fonctionnaires de l'ordre civil les excitations d'une rivalité qu'beureiisenieni le bon sens et le dérouenient surent tMijoon repousser ; faire DBlti> dans l'esprit des colou la méHanGe qui produit le découragement ; représenter l'état de la colonie sous un aspect qui devait en Éloigner ceux qui pourraient y porter leur ûdustrie, leurs capitaux ; exposer le pays à d'incessantes agilB lion s par une polémique menaçante pour bien des intérêts, et peut-être paralyser ainsi les eObrls du gouvernement ; telle semble être la tficlie que f Algérie rnuKetlâ s'est imposée. Et je pourrais pourtant ajouter encore que ce journal ne sullisait pas aux passions des hommes qui le dirigeaient, car il» voulurent recourir i d'autres modes de publicitépour outrager, sani exception, tous les fonctionnaires les plus élevés, eb descendre dans une autre publication aux plus grossières et aux plus mensongères allusions contre les dépoulaires du pouvoir dans la colonie.
M Ni la longanimité de l'administration, qui entendait labser A la discussion de ses actes la plus entière liberté, ni ses avis oftîcieux n'avaient pu prémunir ces excès ; ses averlissemenls, ainsi que ceux de la justice, n'ont pu les faire cesser.
» Ces excès. Sire, qui d^ji avaient amené de déplorables scènes dans la ville d'Alger, ont de nouveau menacé d'avoir des conséquences qu'il a fallu tonte la fermeté de rsutoriié pour empêcher de dégénérer en véritable trouble apporté i l'ordre public.
» En France, de semblables écarts ne sauraient être tolérés ; encore moins le peuvent-ils être dans cette colonie nouvelle qui, pour grandir et profiter des bienfaits que voire sollicitude ne cesse de répandre sur die, a besoin de travail, qui ne peut eiisler sans la conlîance et le calme.
B J'ai donc la conviction. Sire, de donner salisfaclionàtous les hommessincèrement attachés i la prospérité de l'Algérie, & Iohs ceux qui veulent réellement le progrès de ses insUlulions civiles, et qui ont accudlti avec tant de graliiude tout ce que l'Empereur a Tait dans cet intérêt, lorsque je viens demander i- Votre Majesté d'approuver le décret qui prononce la> suppression du journal l'Algérie iioiKelle.
n Je suis, etc.
" Le ministre de T Algérie et des colonies, » Comte DR CnassELooP-LAUBAT. >
M. de PersigDy, qui avait succédé à M. Delangte au ministère de l'intérieur, vécut en paix avec les journaux jus-
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qu'au 11 jail]etl$61. Un Siriicle iaiilvAé : Le èudgei ei le Corps législatif valut ce jour-là un avertissemeat à la: Gironde. Cet article, qui contenait une appréciation de notre siluatioo Qnanciëre moins alarmante que le mémoire de M. Fould, fut néanmoins considéré par M. de Persigny non-seulement connue ■ une attaque ■» ^ mais encore comme « un outrage aux institutions que la France s'est doonées ».
Le préfet de Maine-et-Loire donne te 22 juillet un avertissement à XAmi du peuple d'Angers, pour un article concernant Oscar Bœker et sa tentative d'assassinat sur le roi de Prusse. Lel6 août, ÏÉcho (tOran estaverti, pours'être permis des attaques contre ie gouvernement espagnol. Le journal de Bône, la Seybouse, est frappé le 26; VÉcho de lAveyrwt, le 19 septembre; la France centrale de Blois, le ih octobre ; la Revue des deux mondes, le 16, pour un article sur les finances. Un résumé de la quinzaine attire le 30 novembre un avertissement au Propagatew de la Martinique; XÂmde la religion est averti le 10 décembre pour un article portant ce litre : Premier pas en Jtussie vers la respomabilité minisiérielle.
M. le duc d'Àumale, nommé président de la Société des antiquaires à Londres, avait porté deux toasts au banquet annuel de cette Société. M. Léon Masson eut l'idée de publier lesdeuxdiscoursqui suivaient les toasts. H. Dumineray, libraire, se chaîna d'éditer la brochure et M. Wiltersheim de l'imprimer. Elle allait paraître lorsque la circulaire de H. de Persigny du 13 mai 1861 ordonna la saisie de toutes les publications faites au nom des personnes bannies ou exilées du territoire, « de quelque nature que puissent être ces publications, sous quelque forme qu'elles se produisent, livres, journaux, brochures » . M. Wiltersheim refusa im-
iDédiatemeot d'exécuter ses conveatioQs verbales avec M. Oumineray, et il lui Bt part de son refus dans une lettre qui peut douner une idée des périls journaliers que créait aux imprimeurs la loi sur l'imprimerie et la librairie :
a Une seule fois j'ai ét^, par suite d'un brusque événement, dans une fausse posilioD ; mais, grâce il un haut el puissaul personnage, je m'en suis heureuse m eol lire. Je redouble de surveillance depuis, car c'est jouer trop gros jeu, el le bénélire n'est rien en comparaison des risques que l'on court. Je préfère ne pas gagner que de gagaier avec de telles ebanues qui vous font toujours mal noter. La circulaire du i 3 mai est à mes yeui la plus furmelle défense d'imprimer qui puisse èlre foimulèe ; ne s'agirail-il que d'un simple calendrier, dès qu'il serait sigiiè de personnes bannies et exilées, je refuse et refuserai toujours mon gobcouts. Je ne veux pas tomber sous le coup d'une saisie administrative. Ha fortune el mon avenir dépemjenl de l'administration, elle tient entre ses mains mon brevet; or, il se commet tous les jours des infractions daoi les maisona les mieux tenues luiquelles je ne saurais échapper, alors elle a le droit , de nous saisir légalemeol. Si elle ne procède pas rigoureusement, c'est qu'elle est bienveillante ; mais, pour ne pas craindre ses r^ueurs et mériter sa bienveillance dont j'ai toujours besoin, le simple bon leos me conseille de ne pas la braver.... »
Le titre d'organe oOicieux du gouvernement ne portait pas bonbeur aux journaux qui en étaient décorés. Le Corn- HtuHonnel notamment voyait cbaque jour diminuer le nombre de ses abonnés. Le conseil de surveillance de ce journal pensa que la meillenre manière de le relever était d'eu confier de nouveau la direction au docteur Véroo. Deux lettres placées en lêle du Constitutionnel du 52 octobre 1861 annoncèrent solennellement cette nouvelle au public. Le docteur Véron déclarait que le Comtitationnel saurait allier désormais l'indépendance la plus complète au plus sincère dévouement.
La Patrie, craignant la concurrence, se hâta d'ann.0D(»r elle aussi qu'elle entrait dans la voie de l'indépendance et du dévouement, en s'autorisant de l'exemple de Chateaubriand, que sa Bdélité k la Restauration n'avait pas em-
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