‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 3 sur 148 · FORMATION DO CORPS D'EXPËDITION · texte numérisé non relu

FORMATION DO CORPS D'EXPËDITION

français, désireux de prouver à l'Europe que l'alliance anglo-française pouvait se renouer et de donner satisfaclioQ aux intérêts religieux soutenus avec ardeur par t'impératrice, penchait au contraire pour une réparation complète, et voulait donner de grands développements à l'expédition de Chine. Il était même question au ministère de la guerre de créer quatre nouveaux régiments de zouaves avec les volontaires qui se présenteraient, et de leur adjoindre, sur la demande du ministre de Belgique, UD millier de soldats belges formant un bataillon ; l'effectif des troupes de débarquement devait être de 16 à 18 000 -hommes.

Le gouvernement anglais, enBn rallié aux idées de Napoléon ID, ne pouvait cependant admettre que les forces françaises employées à la prochaine expédition fussent supérieures aux siennes. Napoléon III réduisit donc son armée à des proportions plus modestes, quoique le quart de l'armée se fût présenté en réponse à l'appel que le ministre de la guerre avait fait aux volontaires.

Les avantages qu'il leur offrait étaient à la vérité assez grands : pour les soldats, la solde de Paris augmentée de 10 centimes; pour les oBBciers subalternes, 9 francs de solde par jomrnée passée à terre; pour les ofBeiers supérieurs, 12 francs. Le général en chef pouvait doubler cette paye pour les ofQciers isolés ou en mission, un congé renouvelable d'une année leur était promis au retour. Le général en chef avait également le droit de nommer à tous les emplois vacants, sauf ratification de l'Empereur, les grades de colonel, de lieutenant-colonel et de sous-lieuteoant exceptés. Si l'élan pour faire partie de l'expédition fut très-vif chez les soldats, le même empressement ne se manifesta point chez les officiers, surtout chez les

officiers supérieurs. Un corps d'armée de deux brigades fut rapidement formé. Le général de division Cousin de MoutaubaD, vieux soldat d'Afrique ayant les qualités et les défauts que développe la guerre d'Afrique, et les défauts plus que les qualités; homme habile, spirituel, de manières faciles, ne dépassant pas dans ses mœurs militaires la limite des scrupules qu'on se trace habituellement dans les bureaux arabes ; sachant prendre les gens et les temps comme ils viennent et, par conséquent, capable de bien vivre avec des alliés susceptibles, reçut le commandement de l'expédition.

L'armée, moins un bataillon de chasseurs à pied et un r^iment de marine partant des ports de l'Océan, s'embarqua te 5 décembre 1859 à Toulon, et prit la route du Cap. Le général de Montauban ne quitta la France que le 12 janvier. Ses instructions portaient: dépasser l'embouchure du Pé-ho, débarquer et emporter les forts qui ferment l'entrée de ce fleuve, prendre une position menaçant Pé-king, marcher sur lavilledeTien-tsin et, en cas extrême, sur Pé-king ; s'emparer de la haute direction des aflaircs, poursuivre la guerre aussi loin qu'il le croirait nécessaire ; i-ester juge de suspendre les hostilités ou de les reprendre, indiquer au ministre français le moment oij il faudrait négocier; enfin s'entendre sur tous les points avec son collègue de l'armée anglaise.

M. de Montauban, nommé général en chef des forces de terre, apprit en arrivant en Chine que la flotte était placée sous les ordres de l'amiral Charner. La gravité de la situation avait en outre engagé les cabinets de Londres et de Paris à séparer les pouvoirs diplomatiques des pouvoirs militaires, et à confier leurs intérêts à des ambassadeurs extraordinaires, lord Elgin et le baron Gros, négociateurs et signataires des

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traités de 1858. L'amiral Charner prit son commandement le 19 avril à Shaug-haï. M. Cousin de Montauban n'était plus que générât d'armée.

La flotte portant les troupes françaises arriva dans le port chinois de Woosoung après une traversée de cinq mois et demi, sans avoir éprouvé de trop grande» pertes.

L'année anglaise, qui l'avait précédée, s'organisait à Talicou-houan ; l'armée française qui devait procéder à la même opération à Tché-fou sur les deux côtés du golfe de Pé-lchi-li, débarqua dans les premiers jours de juin et se répandit aussitôt dans les villages voisins maraudant beaucoup, pillant un peu, forçant les gens du pays à prendre la fuite, ce qui rendait les vivres frais fort rares au camp, se livrant à tous les désordres d'une troupe indisciplinée, jusqu'au 19 juillet où il fut décidé dans un conseil composé des généraux, des amiraux et des ambassadeurs, que le 28 les flottes alliées se réuniraient dans le golfe dePé-tchi-li, qu'on consacrerait la journée du 29 ou du 50 à faire une reconaaissance, puis qu'on attaquerait les foris de Pé-tang d'où l'on se porterait selon la tournure des événements, soit sur le Pé-ho, soit sur la ville de Tien-tsin.

Les deux flottes étaient mouillées le 38 dans la baie de Cha-lui-lien, à six milles des forts du Pé-tang. Les deux colonnes de débarquement fraocliirent le 30 juillet la barre du Pé-lang, s'emparèrent du pont du village de Pétang et occupèrent ce village qui fut livré au pillage et à toutes leshorreurs d'une ville prise d'assaut. Les Chinois, pour soustraire leurs femmes à la brutalité des soldais, les égorgeaient et les jetaient dans des puits, d'où l'on essayait en vain de les retirer; elles repoussaient tout secours et préféraient la mort a l'idée de ton)b<)r entre les mains des barbares.

t L'£MP[RE.

Une brigade anglaise et une brigade française tancées, le 3 août, sur la cbaussée qui mène au fort du Pé-ho, échangèrent quelques coups de fusil avec un corps de dix mille cavaliers larlares appuyés par de l'infanterie. Les obus lancés sur cette cavalerie ne lui Brent pas lâcher pied. Les grandes opérations ne pouvaient commencer qu'après le débarquement du matériel de l'armée française; il avançait avec une telle lenteur que le général en chef anglais CBut devoir avertir le général de Montauban que s'il ne terminait pas ses préparatifs, il agirait seul. La pluie le força d'attendre. Les deux armées marchèrent ensemble le 30 août sur les foris du Pé-ho, dont elles s'emparèrent presque sans coup férir. Le général deMonlauban voulait après cela opérer sur la rive droite du Pé-ho, le général Hope préférait attaquer les forts de la rive gauche et ne pas disséminer l'armée sur les deux rives.

Les alliés avalent reçu une lettre du gouvenieur du Pé-tcbi-li demandant une su^nsion des hostilités peo- ' dant laquelle de nouvelles instructions seraient demandées à Pé-king. Ces propositions faites par les Cbinois pour gagner du temps donnèrent lieu k des allées et des venues qui fournirent aux alliés l'occasion de se procurer des renseignements qui leur révélèrent l'existence à 1000 mètres en avant du village de Sî-kon, résidence du gouverneur, d'un camp retranché contenant un nombre assez considérable de troupes.

Les alliés, après avoir relié les deux rives du fleuve par un pont de bateaux et fait des reconnaissances sur ta rive gauche suivant les plans du général anglais, attaquèrent le 21 les forts du Pé-ho sur la rive gauche; ils ne s'en rendirent matfres qu'après un combat assez vif. Restait à prendre te fort en aval de la rive droite. Les mandarins

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