‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 36 sur 148 · LE PROCÈS DE RIOH · texte numérisé non relu

LE PROCÈS DE RIOH

nom, puis à Paris, au couvent de Sainte-Marie de Sion, dirigé, comme on l'a vu, par l'abbé Ralisbonne ; elle y prit le nom de Marie-de-la- Croix. Son séjour n'y fiit pas cependant de longue durée; l'abbé Ralisbonne, averti par l'affaire du cbanoine Mallet, fit mander à la dame anglaise d'avoir à retirer la juive compromettante ; le garde des sceaux, saisi de l'affaire, ayant manifesté l'intention de la poursuivre vigoureusement, elle fut remise à ses parents à Auxerre. Les convertisseurs n'en furent pas moins traduits devant la Cour d'assises de Riom. Les parents de la convertie se portèrent partie civile.

L'abbé Ratisbonne comparut de nouveau comme témoin à Riom, et développa avec la même assurance les arguments exposés par lui à Cambrai pour justifier sa conduite. Le président de la Cour ayant manifesté son étonnement de l'ignorance dans laquelle il prétendait avoir toujours été relativement aux recherches de la justice, attendu qu'un abbé, son secrétaire, lui avait fait remarquer que l'admission de la néophyte était contraire à la loi, l'abbé Ratisbonne répondit fièrement que ce prêtre étant son inférieur ne se serait pas permis de lui faire la moindre observation. S'il avait gardé l'orphehne pendant cinq mois, quoiqu'il n'eût, dit-il, aucune confiance dans son caractère, c'était par pure charité; le président lui ayant fait remarquer que ses appréciations sur la jeime fille étaient en contradiction avec celles d'autres témoins, l'abbé Ratisbonne répliqua d'un ton dégagé qu'elles étaient superficielles en effet et qu'il n'y tenait pas autrement. Ainsi un prêtre admettait à la conversion une Jeune fille dont le caractère ne lui inspirait aucune confiance ou dont il n'avait même pas étudié le caractère. Une triste dispute s'éleva entre l'abbé Ratisbonne et le frère delajuive, qu'il accusa

d'avoir voulu spéculer sur te scandale en venant lui dentander sa sœur. Les accusés ne crai(i;ntrent pas de recourir à ce moyen de défense, et d'ajouter que la sœur était la complice du frère. Telle est, eu effet, la tactique ordinaire de ces convertisseurs : après avoir cbercbé à excuser l'ardeur de leur prosélytisme par la Ferveur et la bonne Foi du prosélyte lui-même, ils n'hésitent pas, si leur intérêt l'exige, k l'accuser de mensonge el de duplicité. Ce système, qui blesse profondément la raison et la justice, n'empêcha pas les accusés d'être acquittés. La partie civile obtint aoOO francs de dommages-inlérèts.

Les craintes des amis de la liberté de conscience, déjà fort excitées par le procès du chanoine Mallet, s'accrurent encore par les débats de cette nouvelle affaire. La persistance mise à soustraire une mineure aux recherches de ml famille, et ta facilité à ta cacher, grâce à la complicité des prêtres et des supérieures de couvent, n'avaient rien en effet de rassurant. Le ministre des cultes, pour calmer l'opinion publique , adressa une circulaire aux préfets pour les engager à surveiller rigoureusement le prosélytisme religieux à l'yard des enfants mineurs, et il fit fermer quelques maisons religieuses, malgré les protestations des évêques diocésains.

L'agitation religieuse du xvi' siècle agrandit les esprits, régénéra lescœurs, et prépara les fortes croyances du siècle suivant; les querelles incessantes entre le clergé et le gouvernement, tantôt sur la question de savoir si les &lles du Saint'Esprit ou de tout autre ordre du même genre avaient le droit de distribuer des préparations pharmaceutiques aux malades pauvres et d'en vendre aux autres, tantôt sur l'oubli dans lequel tombaient fréquemment certains prêtres au sujet du Domine salvum fac Imperatorem^

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LETTRE DE H. BiUDON AUX CONFÉRENCES. 325

abaissaient les questions religieuses au niveau de vulgaires taquioeries. M'' Dupanloup, évéque d'Orléans, avait beau s'écrier, dans sa réponse à la brochure de M. de la Guéronnière : « Cinq cents évèques qui dans le monde entier » hier ont fait entendre leur voix pour le pape recueille- 9 raient encore au besoin l'antique denier de saint Pierre, » et te inonde ealbolique lui donnerait môme des soldats B s'il le fallait. > Ou bien : « Croyez-vous donc que le sang » chrétien ait oublié de couler dans nos veines, et que nos 9 cœurs ne battent plus dans nos poitrines? Prenez-y garde, B vous Gniriez par nous blesser u , on sentait qu'en «'eflbi;çant de paraître menaçant, il n'était que fanfaron. Le temps des grandes luttes religieuses était passé. Des querelles administratives comme celle que vint raviver une lettre de M. Baudon, président générai de la Société de Saint- Vincent de Paul, les remplaçaient depuis longtemps. H. Baudon avait adressé, dans les premiers jours de l'année 1862, aux présidents des conférences, une lettre pour leur annoncer que le conseil se trouvant empêché , et l'nnilé de la Société ne reposant plus que sur sa télé, il se voyait obligé de prendre des précautions pour le cas oîi, soit par force majeure, soit par maladie ou mort, cette unité n'existerait plus, et de déléguer ses pouvoirs aux trois présidents de Bruxelles, de La Haye et de Cologne qui, s'il venaità mourir, feraient élire un président général, a Une telle mesure aura pour effet, j'espère, de sau-

• v^rder l'jinité de la Société. S'il platt à Dieu de lui

• faire subir une crise nouvelle, elle doit rassurer les » conférences hors de France, puisqu'elle leur prouve que, »si je meurs, l'unité et la direction de la Société ne doi-

• vent pas souffrir. »

Les conférences consultées, suivant les prescriptions de k

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«irculaire de M. de Pcrsigny, pour savoir si elles voulaient <fttre relit'es entre elles par un conseil central ayant pour çréadent un haut dignitaire de l'Église nommé par l'Em- |)ereur (1), ou si elles aimaient mieux fonctionner isolément, repoussèrent, à la majorité de 766 contre 88, l'existence d'un conseil central pr(5sidé par un prélat qui ne serait en réalité qu'un fonclionnaire de l'Eoipire. Restait ■la triple présidence organisée par M. Baudon. M. de Persigny s'était empressé de mander auxpréfels que les conférences, «n se soumettant au comité de trois membres étrangers îustitué par M. Baudon, commettraient une infraction aux lois du paj"s que le gouvernement ne saurait tolérer. M. Baudon fut obligé de déclarer que sa lettre concernait uniquement les conférences étrangères, et que les conférences françaises étaient résignées à remplir isolément leur mission de cbarité. Ainsi se termina cette lutte, dans laquelle la Société de Saint-Vincent de Paul expia le tort d'avoir à sa tète les notabilités du parti légitimiste et clérical, dont le gouvernement se méûait et dont il redoutait l'action sur les populations.

Le gouvernement ne tarda pas à être en proie à d'autres alarmes. Le cardinal Catenni, préfet de la congrégation du «OBcile, avait adressé au nom du Saint-Père une lettre aux évAqnes de la catholicité, pour les engager à se rendre à Rome le jour de la Pentecôte pour assister à la canonisation <les martyrs du lapon. Cette lettre, publiée en France saus «voir été communiquée au ministre des cultes, devint te sujet d'une demande d'explication à laquelle le secrétaire -d'Ëtat du Saint-Siège répondit qu'il ne s'agissait que d'une ^mple invitation sans caractère obligatoire, n'entraînant

<1} Le urdin»! [bnnet, greheviiiae de Bordranx.

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