ANNONCE DE L4 CDHVOG&TION D'CH CONCILE
pasrobservatioBdesformalitésordinaires. Legouvernement n'eu .témoigna pas moins son mécocitentemcnt public aux ^iyèques, qui ne devraient, dit le ministre des cultes, quitter leur diocèse et s'éloigner du territoire que dans le cas où de graves intérêts les appelleraient à Rome. Ces intérêts existaient aux yeux d'un grand nombre de catholiques, qui se flattaient de l'espoir que la convocation des évoques n'était que le prélude de la formation d'uo concile crcuménique pour régler les aiïaires de l'f^lise, satisfaire à des besoins nouveaux, modifier la discipline dans ce qui peut être modiûé, et promulger des règlements en harmonie avec les nécessités présentes. La papauté, disaient •ces cathoUques, a un caractère trop italien et pas assez universel; ses conseillers sont tous ou presque tous Italiens; le moment ne serait-il pas venu de raii-e dans le sacré collège et dans les congrégalions chargées de régler les affaires ecclé^astiques, une plus lai^e pai't aux autres pays? Un gouvernement trop personnel est aussi nuisible ■aux intérêts religieux qu'aux intérêts politiques.
La convocation d'un concile oecuménique était en effet ■dans la volonté du pape; il l'annouça officiellement aux évêques réunis à Rome. Mais la pensée qui devait y présider s'éloignait singuUèremeut des espérances dont se Iwrçaient certains catholiques do France.
L'Ëtat doit-il, comme le veulent les nUramontaios, renoncer à tout enseignement et se borner à garantir la liberté •des citoyens qui n'ont rien à lui demander de plus que le plein et libre exercice de leurs forces et de leurs facultés ; ■ou bien usera-t-il de la faculté que les gallicans lui laissent d'enseigner, à la coudilion que son enseignementsoitrigouroisement orthodoxe? L'Église, dans ses rapports avec l'Ëtat, atoujours flotté jusqu'ici entre ces deux systèmes, et
l'Etat, en n'osant ai a£Bnner son indépendance ni se résî- , gner au joug, penche tantôt d'un c6té, tantôt de l'autre, au gré de ses intérêts; les deux puissances s'observent donc sans cesse sur ce terrain et l'enseignement est l'objet de la surveillance incessante des journaux religieux, quelle que soit leur nuance. L'Ami de la religion, ayant lu dans une feuille de Bruxelles que « l'antique chaire d'hébreu du Collège de France » allait être transformée en une chaire de linguistique comparée, jeta le cri d'alarme. « L'Ëtat, » qui doit professer le respect de la rehgion, peut-il accré- » diter, par la mesure projetée, des théories subversives de v toutes les religions? » La linguistique comparée effrayait moins l'Ami de la religion que le nom du savant chaîné de la professer. M. Renan en effet ne se recommandait guère par ses antécédents à la conGance des catholiques, et comme il avait suffi plus d'une fois de quelques mots de blâme d'un journal religieux pour faire annuler une mesure du gouvernement, le public se demandait si la presse cléricale serait assez forte cette fois pour empêcher la nomination du professeur de linguistique comparée. Un décret du H janvier, précédé d'un rapport de M. Ronland, prouva le contraire. Les catholiques furieux se rendirent à l'ouverture du cours de M. Renan, dans l'espoir de trouver dans son discours quelque phrase qui leur permettrait de crier au scandale; leur espoir ne fut pas tout à feit trompé. L'orateur semblait trahir une espèce d'arianisme dans un passage où il désignait Jésus-Christ par ces mots : — a Un » homme incomparable — si grand, que bien qu'ici tout » doive être jugé au point de vue de la science positive, « je ne voudrais pas contredire ceux qui frappés du camc- » tère exceptionnel de son œuvre l'appellent Dieu.» Les catholiques protestèrent aussitôt contre l'expression un
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konmie incomparable, dont pourtant les apôtres se servent eux-mêmes pour désigner Jésus-Cbrist. M. Roulaud, cédant à leurs clameurs appuyées par l'Impératrice, suspendit, te 18 janvier, Te cours de M. Renan, par un arrêt motivé sur le discours d'ouverture dans lequel « le professeur a exposé » des doctrines qui blessent les croyances chrétiennes, el a qui peuvent entraîner des î^itations regrettables» .
Les joui'naux libéraux s'élevèrent à leur tour avec beaucoup de force contre cette suspension. Le ComtiiuHonnetf pour la justiGer, publia un article dans lequel il laissait entrevoir que le gouvernement n'avait consenti à la nomioation du professeur suspendu qu'en échange de certains engagements pris par lui. M. Renan répondit nettement à ces insinuations : «M. le ministre de l'instruction publique » connaissait trop bien mon caractère, pour croire que je » pusse accepter aucune condition, -a
Le gouvernement au fond n'était pas fâché de ces petites agitations, qui détournaient les esprits de préoccupations plus graves, et malheureusement le clergé semblait rechercher avec avidité toutes les occasions de les renouveler.
Le parlement et les capitouls de Toulouse, désirant perpétuer la mémoire de la lutte sanglante engagée entre les catholiques et les protestants, le 17 mai 1562, et terminée par le massacre de ces derniers, avaient institué une procession annuelle, connue sous le nom de délivrance de la tille; un jubilé fondé par le pape venait à chaque anniversaire séculaire augmenter l'importance de celte commémoration. L'archevêque de Toulouse annonça l'intention de célébrer avec éclat l'annivei-saire séculaire d'un jour « qui rappelle en même temps la bouté de Dieu et Tinter- » cession de ces saints. Toulouse ne saurait manquer au » devoir que lui impose son histoire. »
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I>es catholiques modérés ne voyaient pas sans tristesse et sans inquiétude le clei^é faire appel' à ces vieux témoignages des guerres religieuses, dont les ultramontains semblaient parfois appeler le retour. Le mandement de l'archevêque de Toulouse sur le jubilé de 1562 fut considéré par les feuilles anti-cléricales comme un défi. L'autorité civile n'a point, disaient-elles avec raison, à intervenir dans l'établissement de nouvelles fêtes religieuses, muis l'autorité ecclésiastique doit se concerter avec elle toutes les fois qu'il s'agit d'organiser une cérémonie publique. Si l'archevêque de Tonlouse avait proposé au préfet de la Haute-Garonne et au maire de Toulouse de s'entendre avec lui au sujet de la procession, ces fonc-' tionnaires n'auraient pas manqué de lui rappeler l'article 45 de la loi du IB germinal an X, portant qu'aucune cérémonie religieuse n'aura lieu hors des édifices du culte catholique dans |es villes où il y a des temples destinés aux diCFéreiits cultes. Est-il bon d'ailleurs de perpétuer le souvenir des guerres religieuses qui ont ensanglanté noIr& pays, et le véritable sentiment chrétien ne les condamnet-il pas à l'onbli? Le gouvernement se prononça en faveur de celte opinion en interdisant toutes les processions ou cérémonies extérieures relatives à la célébration du jubilé toulousain.
Le cardinal Morlot, archevêque de Paris, sénateur, membre du conseil privé, grand-aumônier de l'Empereur^ ppmicier au chapitre impérial de Saint-Denis, était mort le 29 décembre 1862. II laissait une succession difficile à remplir, car il fallait un pr6(re dévoué et exempt des passions ultramontaines, un prêtre « sachant » , selon l'expression de M. Rouland, « être fidèle à Dieu, au Saint-Père et à l'Empereur ». Le pape ne montrait pas une bien grande-