‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 41 sur 148 · M. DE JIORNÏ VEUT INTERDIRE LES DISCOURS ÉCRITS · texte numérisé non relu

M. DE JIORNÏ VEUT INTERDIRE LES DISCOURS ÉCRITS

"viugt-quatce voix contre six. Les quatre cardinaux présents faisaient partie de la minorité.

Le Corps législatif avait, comme le Sénat, commencé ses délibérations le 28 janvier.

M. de Morny ouvrit la séance par une allocution aux députés : & En théorie comme en fait » , leur dit-il, « nous » possédons le gouvernement qui convient le mieux au ca- » ractère de la nation. » Il fit ressortir l'étendue des concessions faites au Corps législatif: « Vousavez obtenu to.utes » les réformes que vous avez seulement indiquées», et il s'étendit principalement sur celle du )/i novembre qui, selon lui, mettait le Corps législatif eu possession d'un contrôle efficace sur les finances de l'État. M. le président du Corps législatif consacra un paragraphe tout entier de son discours à la critique de l'éloquence écrite ; il proposa presque qu'il fût interdit à l'avenir de prononcer des discours écrits à la Chambre. H y avait là une question de liberté et d'art. Les électeurs, avant de savoir si un candidat est honnête homme et connaît leurs besoins, seraientils forcés désormais de s'informer s'il était improvisateur? Improviser est sans doute un don précieux quand on y joint les autres qualités de l'orateur; c'est par l'improvisation qu'on s'élève au plus haut degré de l'éloquence, mais elle n'est pas pourtant l'éloquence tout entière, les plus beaux discours peut-être prononcés à la tribune française sont des discours écrits; la clarté, la concision, ne sont pas plus inhérentes à l'éloquence parlée qu'à l'éloquence écrite; il y a desimprovisations aussilourdes et aussi prolixes que le plus lourd et le plus prolixe des discours écrits. M. de Morny, en manifestant l'intention formelle d'épargner le temps de la Chambre en coupant court aux discours lus au milieu de l'inattention et de l'indiOérence générales, s'engageait

par cela même à mellre Bn également aui discours que rimproïisalion ue suffirait pas à protéger, et, daus les deux cas, il portait une sensible atteinte à la liberté de la tribune.

La Chambre inaugura ses travaux en vériliaiit quelques élections contestées, entre autres celle de M. Pamard, maire irAïignoij, présenté aux électeurs comme • candidat iinpé- 1 ial » . Cette qualiflcation avait soulevé quelques protestations que le rapporleur de la commission se bâta de repousser : Loindeblàmcrrinlervenliondugouïernement,

il trouvait « qu'elle moralise l'électio M. Lemercicr,

eu combattant cette tbéorie, convint néanmoins « que le » sulTrage universel avait encore besoin d'être dirigé par » l'administration».

M. de Morny avait insisté dans son allocution sur l'urgcuce du projet de conversion de la rente et des obligations trentenaires. La commission futnommée le3( janvier, et le renvoi immédiat aux bureaux ordonné. M. Gouin était président et rapporleur, et M. Léopold Lehon secrétaire. La discussion ne s'ouvrit cependant que le 7 février. M. Darimon, quoique partisan de l'uuiDcation de la dette, attaqua le projet, qui poussait les porteurs de renies à spéculer sous le coup d'une mesure d'ailleurs irréalisable autrement que par des manœuvres tentées à la bourse pour opérer une hausse factice et pour facililer une opération qui consistait tout simplement à procurer au Trésor, par un emprunt déguisé, 200 à 250 millions qu'il n'osait pas demander à l'emprunt direct. M. Kœnigswarler reprocha au projet de jeler la perturbation parmi les petits rentiers; MM. Picard et OUivier se mêlèrent à la discussion saus parvenir à empêcher la Chambre d'adopter la conversion, vivement défendue par M. Gouin, rapporteur, et |iar

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