‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 49 sur 148 · FIN DE LA SESSION. 2G · texte numérisé non relu

FIN DE LA SESSION. 2G

Mexique dévorait déjà 83 millions en 1862, c'esl-à-dire 20 millions de plus que le produit des impôts nouveaux et des taxes nouvelles.

M. Jules Favre, dans l'avant-dernière séance de la session, prononça un magnifique discours sur cette expédition. L'orateur avait avec lui, cela peut se prouver par des extraits empruntés à divers documents, discours ou rappoils, le sentiment intime de l'assemblée. Les applaudissements et les adhésions furent pour M. BillauU. Le ministre sans porîefeuille s'exprima d'une façon si violente au sujet du généralPrim, plénipotentiaire espagnol, que le Moniietnsuspendit pendant un jour l'insertion de cette partie de son discours. Elle parut le lendemain revue, corrigée et diminuée.

Tous les efforts de la commission avaient abouti, en résumé, à rogner 5 millions sur les 397 millions du budget de la guerre. Le chiffre maintenu était donc de 392 millions. La dépense totale approuvée, pour la marine et ia guerre réunies, s'élevait à 557 millions. Le budget de 1802 s'élevait à dix-neuf cent milliom et celui de 1863 à deux mi/liards soixante-quatre millions.

La réforme financière de M: Fould laissait décidément quelque chose à désirer.

L'EXPEDITION DU HEXiIJUE

SoaM*in£. — L« Mexique sou» la domination espagnole. — Guerre de l'indépradance. — Défaite des Espagnol!. — Empire d'Ilurbide. — Sa chute. — Eftt

des pronancinmi^nliys. — Formation du parti libéral. — Lutte entre ic parti libéral et le parti cliricsl. — L'emprunt JKcker. — Le Mexique et Santa-Anni.

— Triomphe du parti libéral. — Présidence de Benîto Juarci. — La république du Mexique et les puiisances. — Le parti monarcbique mexicain à l'étranger. — Il entoure l'Empereur et l'Impératrice. — (^useg de sonfuccè». Appui que lui donne M. de Morny. — Les boni Jœcker. — M. Dubois de âaii^nj remplace M, de Cabriac. ^ Il commence par présenter la réclamation Jœclier.

— JuareE est obligé de suspendre le payement des recettes des douanes. — L'Espagne, l'Anglelerre, la France. — Les Ëlats-Unii. — La fuerre le pré pare. — lies prétextes et ses causes. — Négociations diplomatiques pour une entente entre l'Espagne, l'Angleterre et la France. — Les Ëtats^Unis te tiennent i l'écart. — La convention de Londres.

Le Mexique se compose de vingt-quatre États, du district fédéral et d'un territoire, ia basse Californie, le tout représentant une superficie cinq fois plus grande que celle de la France. Le plateau que forme la majeure partie du pays, s'appuie sur des rocher-s traversés par de riches filons d'argent, de cuivre, de fer, et n'est exposé qu'à des chaleurs modérées quoique placé sous la zone torrrde. Les ■climats les plus divers, la terre chaude, tierra calienle, le pays froid, tierra fria et la terre tempérée tierra templada, se succèdent sur ses pentes. La population du Mexique qui, à la fin du siècle dernier, s'élevait à peine à 5 millions d'habitants, est aujourd'hui de 8 millions, sur lesquels les Indiens comptent k millions, les métis 3 millions, et les blancs 1 million.

Le Mexique conquis par Fernaud Corlez devint une -colonie de l'Espagne, c'est-à-dire selon l'éiDonowie poli-

LA DOMINATION ESPACKOLE AUHEXIOUE. 2tl

liqae d'alors, un marché pour les produits de la métropole et uu lieu de produclioa réglé sur ses besoins. L'Ëspagoe est de toutes les nations celle qui a usé de l" ancien système «cloutai avec le plus de rigueur : elle ne voyait dans le Mexique qu'une mine et dans les Mexicains que des mi~ Tieurs; elle leur laissait à peine cultiver la terre. L'ordre d'arracher la vigne dont la culture commençait à se répandre, donna le signal de la révolte qui devait rendre le Mexique indépendant.

Les nobles ruinés que l'Espagne envoyait au Mexique pour y refaire leur fortune n'avaient que trois soucis : dirigerla production et la consommation dans un sens favorable aux intérêts de la métropole ; inveoler de nouveaux impôts; maintenir la séparation et TaDtagonisme des classes sans lesquels leur tyrannie n'eût pas été possible. Les Espagnols étaient investis de tous les emplois, les créoles étaient exclus du gouvernement même alors qu'ils étaient nés de parents espagnols, les métis, les Indiens jaloux les uns des autres, tour à tour prot^s ou négligés par l'administration, rendaient sa tâche facile par leurs divisions. Nulle Uberlé de la presse, nulle liberté individuelle; interdiction aux villes de plus de liO 000 âmes d'avoir une imprimerie. A quoi d'ailleurs l'imprimerie pouvait-elle servir dans un pays où l'on traitait ceux qui savaient lire comme des ennemis de l'ordre social?

La domination espagnole a laissé au Mexique des traces qui subsistent encore aujourd'hui; entre autres l'esclavage, sous le nom de péoiiage. Un homme pauvre (un prolétaire, en Europe) reçoit d'un autre homme une avance de quelques piastres, qu'il s'engage par corps à lui rembourser en travail, à défaut d'argent. Le débiteur, après la déclaration du prêt faite par le créancier devant la

juge de l'endroit, passe h l'état depéon (1); il appartient à son créancier devenu son maître, jusqu'à ce qu'il se soit acquitté envers lui, ou bien qu'il ait trouvé, pendant les quelques joui-s de liberté que la loi lui accorde chaque année pour faire cette recherche, un autre maître qui se charge de payer sa dette.

Cette faculté annuelle de changer de maître est d'un usage presque impossible pour les péons relégués dans des fermes éloignées, ioslruits dailleurs par l'expérience que leur sort est le même partout, que l'intérêt des maîtres est de ne point faciliter leur changement, et qu'un traitement plus dur les attend après l'insuccès de leur tentative.

Le Mexicain, imprévoyant par nature, a uo penchant à s'endetter; l'instilulion du péonage se recrute donc facilement par l'effet d u caractère national , et elle se fortifie par l'héritage, car la famille du péon qui meurt sans acquitter sa dette reste engagée envers le créancier. Il est rare que le Mexicain né ou devenu péon ne resie pas péon toute sa vie. Les moyens pour le retenir dans les liens du péonage, outre son insouciance naturelle, ne manquent pas à des maîtres peu scrupuleux. Le péon reçoit d'ailleurs un salaire trop minime pour faire la moindre économie, surtout s'il a une femme et des enfants ; et ce salaire même est fictif : il est inscrit sur le registre <lu créadcier, le péon n'en touche rien ; il reçoit en échange les denrées alimentaires que son maître lui vend au prix fixé par lui-même. Le péon, libre constitution nellement, n'en est pas moins la propriété du créancier, pour lequel il travaille sans espoir de s'acquitter, aussi méprisé et plus maltraité que l'esclave; il est, comme l'esclave, une cause d'impuissance et de

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