‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 5 sur 148 · BATAILLE DE PA-LI-KAO · texte numérisé non relu

BATAILLE DE PA-LI-KAO

chevaux, sans abandonner ni un mort ni un blessé sur le terrain. Quelques chefs essayent de ranieoer leurs escadrons qui refusent d'avancer. La cavalerie repoussée par le général CoUioeau menace cependant de te prendre à revers par un mouvement tournant. La cavalerie anglaise le dégage. Les Français enlèvent alors le village de Oua-kaua-yé, €□ chassant la masse ennemie qui se relire en assez bon ordn*. Le général Collineau marche alors devant lui pour réunir les deux ailes sur le pont de Pa-li-kao, couvert de fortiBcatioDS et de canons dont, heureusement, les coups mal dirigés passent au-dessus de sa tète. Débouchant par la gauche, il bat le pont en écharpe par une batlerie de A, et de plein fouet par une batterie de 12. La prise du pont décidait du succès de la journée ; Chinois et Tartares avaient cette fois montré un égal courage ; les soldats de la garde impériale, à la robe jaune bordée de noir, se firent tuer à leur poste. Le combat avait commencé à sept heures du niatiu; les Français campaient à midi sous tes tentes des vaincus, près du pont de Pa-li-kao. Les armées alliées eurent 6 hommes tués et â& blessés : 2000 Chinois tués ou blessés restèrent sur le champ de bataille. Le chiffre de leur armée peut être évalué à 55000 hommes, dont 3000O de cavalerie.

La route de Pé-king était ouverte, mais les alliés manquaient de munitions et attendaieiit des renforts de Tien- Isin; il fallut s'arrêter à Toung-chao. Les généraux eurent uu moment l'idée de détruire cette ville, théâtre de la tra- . bison des mandarins ; mats ils comprirent qu'il valait mieux la convertir en marché.

Le prince Kong, frère putné de l'empereur, chaîné de reprendre et de continuer désormais les négociations, demanda la cessation des hostilités. Les alliés exigeaient

avant tout la remise des prisonniers; les Chinois ne voulaient les rendre qu'après la paii et l'évacuatioD du Pé-ho. Les généraux de Montauban et Grant, résolus à ne point laisser de temps à l'ennemi pour remonter le moral de ses soldats, se mirent en marche sur Pé-king. Ils abandonnèrent le h octobre le camp de Pa-Ukao, h dix heures du matin, et ils arrivèrent bientôt à un village entouré d'énormes fours à briques du haut desquelson apercevait parfiùlement les muredlles et les édifices de la capitale de la Chine. Un <»mp tartare était adossé aux murailles du Nord. Le lendemain, les alliés quittèrent ce village, chaque soldat portant trois jours de vivres sur son dos, pour se diriger sur Pé-king dont ils trouvèrent le rempart abandonné; l'ennemi s'était retiré sur le Palaisd'Ëté (Yuen-niin-yuen), situé à 1 0 kilomètres au nord-est de la capitale. Les alliés s'y portèrent sans délai. Les Français, parvenusà la nuit tombante à l'entrée d'un village dont les habitants les regardaient passer avec plus de surprise que de crainte, suivirent une route encaissée par de hautes murailles qui les conduisit à une vaste plaine plantée de grands arbres, bornée à gauche par un lac, et à droite par le palais impérial défendu par une douzaine d'hommes armés d'arcs et de fusils à mèche, qui, à leur aspect, s'enfuirent en jetant leurs armes. Le palais fut fouillé et l'on put se convaincre qu'il était abandonné complètement. La nuit ne permit pas de visiter les appartements, mais le lendemain à huit heures du matin le général de Montauban et son état-major, ses chefs de service, et un brigadier anglais accompagné de ses officiers, pénétrèrent dans la résidence d'été de l'empereur de la Chine. M. de Montauban avait autorisé chacun des membres du cortège à choisir un objet à sa convenance comme souvenir, ajoutant qu'il comptait surl'honneur de tous poar respecter les

PILLACE DU PALAIS D'ÉTË. IS

rk^esses contenues dans le palais jusqu'à l'arrivée de lord Bgin et du géuéral Grant.

Le Palais d'Été, chef-d'œuvre de l'architecturB chinoise, auDcoçait bien par son aspect extérieur les merveilles de romemeotatioD intérieure. Sa porte, flanquée sur chacun de ses côtés d'un lîon colossal de bronze, posé sur un piédestal de marbre blanc de plus de 3 mètres de hauteur, donnait sur une place dallée. Un bâtiment ayant la forme d'un parallélogramme s'oSirait ensuite à la vue ; on y pénétrait par un escalier de marbre blanc conduisantà une salle immense, àl'extrémité de laquelle s'élevait un trône de bois Hoir sculpté à jour du plus merveilleux travail ; plusieurs degrés y menaient entre deux rangées de brûle-parfums cloisonnés et de gigantesques vases émaillés ornés de toutes sortes d'animaux. Un tableau peint sur soie et représentant des vues des palus impériaux couvrait le mur de gauche. Des étagères circulant autour de la salle supportaient des vases émaillés, sculptés, cloisonnés, d'une beauté sans pareille, des piles d'ulbums, des livres écrits de la main desempereurs, leïtrésors les plus précieux de l'art chinois, le plus raffiné de tous les arts.

Une seconde salie du trône, moius riche, mais plus élégante que la première, était entourée d'appartements rempli:} de nouvelles merveilles : a Armes damasquinées, conpes de jade vert et blanc; châsses d'or ou d'argent incrustées de turquoises verdies par le temps, de perles, de diamants, contenant des idoles d'or massif; fleurs, fniits de perles fines, petits palais, arbres où se tordaient et s'amalgamaient les matières les plus précieuses. Les yeux en étaient éblouis et les désirs comme saturés (1). »

(1) Expédition de Chine, par Paul Varin,

Les visiteurs, en sortant de ces appartemeots féeriques, se trouvèrent devant un lac artificiel entouré de rochers et de montagnes rapportés; un pont jeté sur un canal menait dans une troisième salle aussi élt^nte que les précédentes, mais d'une élégance plus intime. Le magasin de fourrures et de robes, les appartements de l'Empereur et de l'Impératrice venaient ensuite : a II faut renoncer à décrire ce que contenaient ces appartements. Les mots manquent pour en peindre les richesses matérielles et artistiques. Ce qu'on avait vu jusque-là n'était qu'un misérable échantillon du spectacle qui s'offrit alors. C'était une vision des Mille et une Nuiis^ une féei'ie telle, qu'une imagination en délire ne saurait en rêver de comparable à la palpable vérité qu'on avait devant soi (1). »

L'admiration dans laquelle les visiteurs s'étaient renfermés jusqu'ici faisait place peu à peu dans leur âme à un sentiment plus vulgaire : l'envie de posséder les richesses qu'ils couvaient des yeux et qu'ils touchaient d'une main fiévreuse -, sous l'influeace de cette ardente convoitise, la parole donnée fut oubliée, et sans qu'on puisse savoir qui donna l'exemple, Français et Anglais se livrèrent aux préliminaires de la grande opération qu'on appela plus tard le «déménagement du Palaisd'Ëté». Les passions cupides de l'armée étaient déjà si fortement surexcitées, que les soldats menaçaient de faire irruption dans le palais à la suite du giméral en chef; la compagnie d'infanterie de marine préposée à la garde de la porte n'étall plus une proteclion suffisante, « la tentation était trop forte, elle avait gagné les officiers et les soldats de garde » (2).

Les précautions nécessaires furent prises pour procéder

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PlUiCE DU PALAIS D'£TE. 17

à un pillage méthodique qui commença te jour même, et qui ne laissa inexploré aucun coin ni recoin du palais.

a Uq officier débauchaat d'uo couloir (ombre dans ua enToDcoment plus sombre encore, et perdu dans ces ténèbres, recourut k U clarté fogiiÎTe d'une allumette cbioiique. Il était dans une salle qa'il inonda bieuiOt de lamiëres ^Aces aui Dombreni candélabres cbargés de boiigiea dont elle était ornée. Alors surgit k ses yeux le plus sptendide des spectacles. A gauche et & droite de celle salle s'élevaient deux autels mer- Te illeusement parés, sur lesquels brillaient des brâle-parfunu, des cbandeliers et des rases d'or massif, ciselés et incrustés de perles et de pierres précieuses. Au centre d'un de ces autels, une petite cbAsse d'or, omée de turquoises que l'antiquiié avait verdies, renfermait une idole de pierre noire surmimtée d'une léte d'animal, loup ou renard. La châsie portait qaatre inscriptions ; à droite et à gaucbe de ta cbdsse étincelaient de pierreries deux crilnes humains montés en forme de coupe. L'éclat de l'illumination alUra bientôt du monde dans la salle qui devint ce que devenaient i cette heure tontes choses dans le palab de l'Empereur de la QUne. C'était sa chapelle particulière ((). »

Un second lac plus vaste que le premier s'étendait derrière le palais. Trois édifices : ta chancellerie, contenant des monceaux d'écrits et de bottes d'encre de Chine, te magasin des étoffes et le mf^asin des meubles, vastes amas de richesses, s'élevaieut près d'une immense pagode formant à l'intérieur une infinité de petits temples remplis d'offrandes splendides. On y trouva une armure dont le casque portait au cimier une perle grosse comme un œuf de pigeon et du plus pur orient (2). En face de la pagode, un palais transformé en magasin était encombré de pièces de soie, de velours, de satin, brochées d'or et ornées du dn^on à cinq griff(». Le palais des concubines de l'empereur mirait dans les eaux d'un lac ses toits de laque et les fenêtres de ses appartements r^rgeant de tout ce que la fantaisie et la délicatesse féminines peuvent rêver de plus admirable. Meubles, vases, bijoux, objets d'art cloisonnés,

(1) Expéditim de Chine, par Paul Varin.

(3) L'annare et le casque rorenl offert* i l'Empereur. On prétend que la peile te perdit en route.

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18 L'BHPIRE.

craquelés, jades, laques rouges, on Ht main basse sur 1^ trésors accumulés d'une des plus anciennes civilisalions du globe. Le déménagement dura jusqu'à l'arrivée du général Grant, à deux heures. Une commission composée d'un colonel et de deux officiers fut alors nommée dans chaque armée pour procéder au choix, au classement et au partage des objets dignes d'êtres offerts à LL. MM. l'empereur des Français et la reine de la Grande- Bretagne, dont les palais allaient se parer des dépouilles d'unsouverain auquel ils prétendaient apporter les lumières de la civilisalioD. Le produit de la vente qui eut lieu après ce prélèvement fut distribué aux troupes. La part de chaque soldat fut de 100 francs environ.

Les Français et les Anglais, qui depuis leur départ pour Tang-chao n'avaient point encore rejoint l'armée, qu'étaient-ils devenus? Divers objets leur ayant appartenu trouvés dans le palais permettaient d'espérer qu'ils étaient vivants, mais on n'avait encore sur eux aucune nouvelle certaine au moment où l'armée française quitta cet étrange bivouac du Palais d'Été, où les chevaux avaient pourl itière un demi-pied de soie jaune impériale, et où le soldat, après avoir dormi sur les étoffes les plus précieuses, à côté des plus admirables objets d'art, déchirait, brisait, foulait aux pieds tout ce qu'il ne pouvait pas emporter, jetant jusqu'à l'argent à cause de son poids, n Plus d'un soldat donna un lingot de 500 francs pour une bouleiUe d'eau-de-vie ou d'absinthe (1). » Grenadiers, voltigeurs, soldais du centre, le képi entouré de soieries précieuses rouges, jaunes,, bleues, marchaient suivis d'un Chinois chargé de leur butin et attaché à leur sac par sa longue queue en cheveux.

Les alliés, pendant cette marche, apprirent enfin que les.

(1) Expédition de Chine, par Paul Varia.

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SlTtJATlOH DIFFICJLE DES ilUBS. „

prisonniers allaient leur être rendus. Le récit des tortures subies par eui en présence et pour l'amnsement de l'em pereur et de la famille impériale adoucit, sans le justifier aui yeux des rares moralistes de Tannée, la tristesse du spectacle auquel ils venaient d'assister.

Les armées alliées campèrent le 9 octobre au soir sous les murs de Pé-king. Leur position n'était pas des plus brillantes. La cavalerie tartare pouvait, en so répandant sur les 140 kilomètres qui les séparaient de Tien-lsin les couper de leur ligne d'approvisionnement, et te placer dans la nécessité de forcer l'entrée d'une ville immense sans les moyens nécessaires pour le tenter, car les murs seuls de Pé-king oUrent une épaisseur plus forte que celle d'aucune forteresse européenne. Aussi les géoéraui attendaient-ils avec impatience la réponse du gouvernement chinois au: propositions des ambassadeurs, en continuant les opéraUoos d'un siège qu'ils savaient bien ne pouvoir mener à bonne fin. Les mandarins heureusement cédèrent aux conseils du général IgnatielT, ministre de Russie, et se décidèrent à' hvrer une des portes de Pé-king aai alhés le H octobre à midi.

Les Anglais, arrivés avant l'heure convenue, pénétrèrent les premiers dans la ville, sans attendre leurs alliés, voulant sans doute accréditer le bruit déjà répandu par eux que l'armée française faisait la guerre sous leur direction et à leur solde. L'aigreur était donc grande entre les oBciers des deux iopmées, mais le senUment de leur isolement ad boutdu monde maintenaient entreeuione concordeapparente, pendant que les pourparlers entre les diplomates continuaient, mais avec une lenteur habituelle aux Chinois et très-nuisible aux alliés. L'hiver, si dur dans ces cli-' mats, commençait à faire sentir ses rigueurs. 11 fallait

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