‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 6 sur 148 · I .1 . :A,C>01^IC · texte numérisé non relu

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preadre une décision. Lord Elgia voulait que l'armée, bravant le danger de s'établir au milieu d'une population immense qui n'aurait qu'à se resserrer pour l'éloufFer, prtl .ses quartiers d'hiver à Pé-king. Le général de Montauban se prononça pour la retraite sur Tien-tsin. Lord Elgin finit par y consentir, mais avant de se décider au départ il menaça de brûler le Palais d'Hiver si le traité n'était pas âigné le 33, et comme pour donner les arrhes de cette menace, il fit mettre le feu au Palais d'Ëlé : bibliothèques pleines des produits littéraires de plus de quarante générations, pagodes deux ou trois fois plus vieilles que les plus anciens monuments de l'Europe, palais, kiosques, ponts pittoresques, terrasses, vases, statues de granit et de marbre, tout cela n'est plus aujourd'hui qu'un amas de décombres noirs tachés de marques sulfureuses, gardé par les deux énormes lions de bronze placés à l'entrée du palais détruit, qu'on n'a pas pu emporter à cause de leur dimension et de leur poids.

Les Anglais, auxquels on reproche cet acte de vandalisme, répondent que lord Elgin n'avait que trois moyens d'obtenir justice des traitements cruels infligés & ses compatriotes: payemaut d'une amende préal^lement à toute signature de traité; érection d'un monument aux dépens du gouvernement chinois, avec une inscription constatant les circonstances qui ont accompagné l'arrestation et le meurtre de sujets anglais; destruction du palais d'été. Lord Elgin éprouvait une vive répugnance à admettre une compensation en argent pour un pareil crime. Il était impossible d'ailleurs, dans l'état de désorganisation où se trouvait le gouvernement chinois, d'obtenir de lui une indemnité pécuniaire, à moins de mettre la main sur les revenus des douanes, en lui laissant cependant une por-

INCEKDEE ET DESTRUCTION DU PAUIS D'£T£. 21

tioD de ce revenu, suffisante pour qu'il s'intéressât à la continualioD du commerce des indigènes avec les étrangers. Or, la somme équivalant au cfaiffre de rindemnilé réclamée en ce moment au nom du gouvernement de la reine et du gouvernement impérial représentait déjà AO pour iOO des recettes douanières.

Lord Elgin aurait pu, il est vrai, exiger que les individus coupables de cruautés envers les étrangers ou de violation du drapeau parlementaire lui fussent livrés ; mais quelque malheureux Chinois, au-dessous de la gr&ce comme du châtimeot, n'étaient pas des victimes dignes de sa colère. En dé»gnant spécialement Sang-ko-liu-tsin, dont la culpabilité en ce qui concerne la violation du drapeau parlementaire était suffisamment établie pour le faire condamner par un conseil de guerre, ne s'exposaii-ïl pas à faire au gouvernement chinois une demande qu'il eût accordée peut-être, mais qu'il n'eût certainement pu mettre à exécution? La destruction du Yuen-ming-yuen était donc le châtiment préférable; résidence favorite de l'empereur, l'orgueil aussi bien que les sentiments de ce souverain ne pouvaient manquer d'être profondément atteints par la ruine de ce palais. C'est là d'ailleurs que les malheureux Anglais avaient subi les plus affreuses tortures, qu'onavait trouvé les chevaux, les uniformes, les décorations arrachées de la poitrine des soldats. C'est laque devait avoir lieu l'expiation.

Les Anglais prétendent que la crainte de voir cette destruction se renouveler sur le palais d'hiver dans Pé-king même rendit les Chinois plus traitables, et contribua puissamment à tirer les alliés de la position critique dans laquelle ils se trouvaient. L'empereur de la Chine, en s'enfuyant dans la Mantchpurîe, leur enlevait en effet tout espoir de traiter.

L'ioSoeDce du prince Kong, cousin de l'empei'eur, moins boslile aux Européens que les autres membres de la famille impériale, et l'entremise du général Igoatieff, ambassadeur de Russie, Grent beureusement plusque les ruines du Palais d'Été pour cbanger la face des choses. La paix, grâce à leurs efforts comniuns, fut signée le 25 octobre 1860 par le baron Gros, lord Ëlgin et le prince cbinois :

Résidence des ministres étrangers à Pé-king, ouverture rde Tien-tsin au commerce, indemnité de huit millions de -taëls, autorisation accorâéeà l'émigration chinoise, cession du territoire de Coa-loun à l'Angleterre; le prince Kong souscrivit sans bésîter à toutes les conditions qui lui furent imposées. L'échange des ratifications eut lieu le 25 octobre. Les résultats de cette campagne, dans laquelle les alliés armés d'engins perfectionnés avaitmt détruit à distance, partout où elle osa se montrer, l'armée chinoise qui comptait encore un grand nombre de soldais armés de fusils à mèche et d'arcs, qui ne savaient que se faire tuer avec le mépris ordinaire des Asiatiques pour la mort, se résumèrent dans quelques phrasesde la presse oEBcieuse française sur la bataille de Pa-li-kao comparée à celle d'Héliopotis et d'Isly, «l sur le drapeau tricolore déployé sur les murs de Péking. En admettant que les Tartares fussent aussi braves que les Mameluks ou les Arabes, il resterait toujours aux vainqueurs d'Héliopolls et d'Isly la gloire d'être rentrés pauvres dans leur pays et de n'avoir pas compromis, par le trafic public d'un butin conquis sans peine, la réputation de désintéressement de l'armée française. La paix rendait disponibles la flotte et une partie du corps expéditionmûre. Le gouvernement français entreprit aussitôt une nouvelle expédition en Cocbinchine dont il confia le commandement au vice-amiral Cbarner, commandant en chef

EXPËOITION DE SYfllE. 33

des forces navales depuis te commencement de la guerre de Cbiae.

L'expédition de Chine avait eu pour origine la néceasité de venger le meurtre d'un missionnaire et de protéger les chrétiens chinois, une cause semblable donna lieu à l'expédition de Syrie.

Le traité de Paris avait placé les populations chrétieimes de l'empire turc sous la protection de l'Europe, grands mots qui cachaient de très-pelits résultais. L'action de l'Europe, humiliante pour les musulmans, inefficace pour les chrétiens, mécontenta tout le monde et créa de nouveaux griefs au lieu d'apaiser les anciens. Les ambassadeurs des grandes puissances, satisfaits de t'exacUtude affectée avec laquelle la Porte tenait la main à l'exécution des réformes dans Constantinople, ne portaient pas leurs regards au delà des murs de la capitale, et, jaloux les uns des autres, ils se surveillaient au lieu de surveiller le gouvernement ïurc.

La révolte des Cipayes avait produit une profonde émotion dans le monde de l'Islam ; l&s événements de l'Inde traduits par l'imagination des populations si profondément ignorantes de l'Orient prirent des propoi'tions extraordinaires à leurs yeux.

Les vrais croyants pensaient que l'heure était venue d'exterminer les mécréants. Des émissaires venus de la Mecque prêchaient secrètement et depuis longtemps la guerre sainte dans les centres principaux oix se trouvaient groupées les populations chrétiennes.

Le patriotisme et le zèle religieux des Turcs, offensés par les concessions accordées aux chrétiens depuis la guerre n'attendaient qu'un moment pour faire explosion. Les autorités turques qui connaissaient l'étal des esprits, au lieu

d'interdire aux populations du Liban de renouveler par des acbals leurs munitions laissèrent au contndre les Druses s'approvisionner de poudre et d'armes et retirèrent toutes )es .troupes régulières de Syrie, laissant Damas, la capitale de cette province, sous la garde de quelques centaines de soldats.

La route de Beyrouth à Damas divise le Liban en deux parties : les chrétiens occupent exclusivement les districts situés au nord ; les districis du sud sont habités par les Druses et les Maronites; ces derniers y forment la majorité. Des cheicks et des émirs appartenant aux deux religions administraient les montc^nards sous l'autorité d'un chef héréditaire commun à tout le Liban, recevant l'investiture de la Porte et lui payant tribut. Le traité du 1/i juillet 18&0 replaça la Syrie et le Liban sous l'autorité directe de la Turquie, qui, après bien des tentatives pour réduire le Liban à l'état de simple pachalick, se contenta de le partager et de donner un chef chrétien aux districts chrétiens, et un chef druse aux districts druses où, cependant, l'élément chrétien domine. Nulle combinaison n'était plus propre à susciter les rivalités de race et de religion.

La guerre, sous l'influence de ces causes diverses, ne pouvait pas manquer d'éclater dans le Liban. Les consuls de France, d'Angleterre, de Russie et des autres puissances demandèrent, au début des hostilités, au pacha de Beyrouth et au vice-roi de Damas des garanties pour la vie et les propriétés des chrétiens, mais l'accord sur la nature des mesures à prendre ne régnait pas, malheureusement, dans le corps consulaire; les Turcs avaient donc toute liberté pour laisser le feu s'étendre, et, au besoin, pour l'attiser.

L'attaque par les Druses d'une troupe nombreuse de Maronites, le 27 mai 1860, fut le signal des meurtres et

C0UPLIC1TÉ DES TORCS DAKS LES MASSiCRES. 25

du pillage. Un chef puissant et célèbre, Saïd Djemblat, pille et rançonne les chrétiens du district de Djezzin qui se réfugient à Saïda sous la protection des Turcs. Les Husulnians et les Druses se portent au-devant des fictifs, enfants, vieillards, femmes, prêtres, exténués, blessés, et les massacrent devant les Turcs indlfféreols ou complices.

Les Drases du Hauram, district voian de Damas, mettent le siège devant Hasbeya et Rascheya où habitent les chrétiens du rite grec non soumis à l'organisation de la montagne, et oîi résident des gouverneurs ayant sous la main une assez forte garnison turque; les chrétiens de Hasbeya se défendent, mais les vivres leur manquent, ils demandent protection aux Turcs. Le lieutenant-colonel Osman offre aux chrétiens de les accueillir s'ils déposent leurs armes. Ils acceptent et sont livrés aux Druses. Rascheya est le théâtre d'une semblable trahison.

Les chrétiens, nprès ce désastre, conservaient encore deux positions importantes : Deïr-el-Kamar et Zahlé. Les habitants de cette ville assiégés par les Druses refusèrent de laisser les Maronites, accourus à leur aide, entrer dans leur ville, sous prétexte que leur chef, Joseph Karam, voulait s'en emparer. Les consuls demandèrent le 12 juin à Kurchid-Pacha d'envoyer des troupes à Zahlé. H promit d'agir, à condittou que les chefs chrétiens se tiendraient ai dehors de la lutte. Quelques centaines de soldats turcs et d'artilleurs, sous les ordres de Noury-Bey, marchèrent sur Zahlé. Les Druses n'en attaquèrent pas moins cette ville qui succomba le 19 juin, sous le canon d'une batterie montée et servie par l'aptillerie turque.

Des hordes sauvages portèrent le pillage, l'incendie et le massacre dans un rayon de six lieues autour de Zaïda. Les chrétiens furent livrés à la fureur des Druses à Hasbeya

et à Deïr-el-Kamar, daus te palais uiérae du sérail où ils s'étaient réfugiés. Le massacre eut lieu en préseoce, sIdoq par les ordres du commandant de la garnison : églises dévastées, maisons pillées et incendiées, hommes sans défense assommés à coups de Mche, femmes chrétiennes et sœurs de charité soumi%s aux derniers outrages, les mêmes excès se commettaient partout. La terreur qui régnait dans la montagne remplit Beyrouth et Damas de fugitifs. Chaque maison chrétienne accueillit une ou deux familles : le patriarcal grec, les khans, les églises, pouvaient à peine contenir ces malheureux; les rues étaient pleines de gens qui, riches hier, tendaient la main aujourd'hui. Les vivres avaient triplé et cependant la charité chrétienne s'exerça largement. Les chrétiens, habitants de Damas, désarmés et parqués dans un quartier, ne pouvaient ni résister ni fuir : n'ayant pour unique protection que mille bachibouzouks, cinq cents hommes de troupes qu'on nomme r^ulièi'es en Turquie, et les soldats qui avaient suivi Abd-el-Kader dans son exil. Ces Arabes arrachèrent aux assassins un grand nombre de victimes en leur ouvrant un asile dans la maison de l'émir et dans la ciladelle où ils forcèrent le gouverneur Âhmet-Pacha, plongé daus une criminelle apathie, à les recevoir.

Napoléon 111 reçut la nouvelle des événements de Syrie à Baden ôij il s'était rendu pour rassurer le r^ent de Prusse et les souverains allemands sur les prétendus projets de guerre et de conquête qu'on lui prêtait. Des difûcultés existaient depuisquelque temps entre le.<( cabinets de Londres et de Paris au siijet de la conduite à tenir envers le royaume de Naples. Le gouvernement impérial voulait intervenir pour réconcilier le roi de Piémont et le roi de Naples. Le ministère anglais se prononçait énergiquement contre cette

nÉCOCJA-nOMS DIPLOMATIQOES àS sujet de L'EXPËDITIOM. 27

ÏDlerrentiOD. Ce a'élait pas te momeDt d'en tenter une Douyelleen Syrie au risque de réveiller laquestion d'Oriwt, mais la pensée de déployer le drapeau Iricdore sur le Liban devait d'autant plus tenter un gouvernement habitué à rechercher les effets de mise en scène, qu'une partie du clergé nourrissait l'idée qu'il ne serait pas plus difficile de constituer un royaume chrétien s'éteodant du Liban à Jérusalem et de la Méditerranée au lourdain, qu'il ne l'avait été de former un royaume de Grèce (1).

Napoléon III fît, dès le 6 juillet, écrireà son ambassadeur à Constantinople qu'il comptait que la Porte remplirait les devoirs que lui imposait sa responsabilité: Une dépèche adrrasée le mâme jour aux représentants de l'Empereur à Londres, Berlin, Saint-Pélersbourg et Vienne, insista sur la nécessité de réprimer l'insurrection et de former une commission des délégués des puissances et de la Porto, pour rechercher la cause des derniers conflits, indemniser tes victimes et réoi^niser le pays de façon à rendre de pareils malheurs impossibles à l'avenir. L'ordre fut donné en même temps d'augmenter les forces navales du littoral syrien et de tes tenir à la disposition des consuls.

M. Tbouvenel manda quelques jours plus tard à M. de Persigny, ambassadeur impérial à Londres, que l'ordre <lonné aux commandants des escadres de mettre leurs équipages à la disposition des consuls ne permettait pas d'atteindre l'insurrection dans son foyer, et qu'un corps de troupes pouvait seul remplir cette tâche, d'accord avec la Porte et avec les puissances. Il le chargea en même temps de pro|K)ser au gouvernement anglais d'envoyer un corps de troupes anglo-françaises en Syrie. H. de Persigny lui

il) DUcoan du cardiul Donnet «u Sémit, liance du ti mti.

S8 L'UIPIRE.

répondit dès le lendemain que le cabinet anglais acceptait en principe sa proposition, mais que, ne pouvant fournir des soldats, il augmenterait considérablement la slation anglaise des cAtes de Syrie, afin de prot^er plus efficacement les populations du littoral. Le cabinet anglais ne jugeait pas nécessaire de demander que des forces russes ou prussiennes se joignissent à l'expédition, et il attachait une grande importance à ce que l'occupation française n'eût lieu qu'en vertu d'une convention dont lord Russel priait M- Thouvenel de rédiger le projet.

Ce n'était pas sans peine que l'on avait aoieoé l'Angleterre à se résigner. Il fallut que Napoléon UI, dans une lettre (1) à M. de Persigny, plaidât pour ainsi dire sa cause auprès de lord Palmerston. «Les choses me semblent si embrouillées, grâce à la défiance semée partout depuis la guerre d'Italie, que je vous écris dans l'espoir qu'une conversation à cœur ouvert avec lord Palmerston remédiera au mal actuel. Lord Palmerston me connaît, et quand j'affirme une chose, il me croira. » Les efforts de l'Empereur pour convaincre son ami de ses intentions pacifiques n'en sont pas moins considérables. Sa pensée depuis Villarranca a été, assure-1-il, d'inaugurer une ère de paix avec tous ses voisins, surtout avec l'Angleterre. « J'avais même renoncé à la Savoie et ù Nice ; l'accroissement du Piémont me fit seul revenir sur le désir de voir réunies à ta France ces provinces essentiellement françaises, n Napoléon m, après avoir repoussé le reproche u augmenter ses armements, ajoutait qu'il ne voulait faire des conquêtes qu'en France, que l'Algérie lui coûtait assez cher, et qu'il no cherchait pas l'occasion de jouer un uouveau rôle et de

(1) JournaliTuii diplomate en lla.'ic,ftt Henri d'Ideville (pièces jualiflcalives).

OBJECTIONS DE LA TOHQDIE COnTRB L'ESPEDITION. SS

faire une petite guerre. Si les erigagemeols pris à VÎIIafranca l'avaient empêché de s'entendre avec l'Angleterre au sujet de l'Italie du centre, il oe demandait pas mieux que de s'entendre avec elle an sujet de l'Italie méridionale : « En résumé voici le fond de ma pensée : Je désire que l'Italie se pacifie n'importe comment, mais sans intervention étrangère, et que mes troupes puissent quitter Rome sans compromettre la sécurité du pape. »

L'Autriche et la Russie accueillirent sans trop de répugnance la proposition d'intervention de la France. La Turquie s'y opposa Irès-viveraent : « Le projet d'une expédition», disait-elle, dans une noie remise le 26 juillet au corps diplomatiqueàConstantiuople, « par l'impression qu'elle ne manquera pas de produire sur les musulmans et les chrétiens, aura des conséquences que nul ne peut prévoir, de telle sorte qu'en voulant protéger les chrétiens dans une partie de l'Empire, oo provoquera dans d'autres une grande effusion de sang. » La Porte prétendait, d'ailleurs, avoir des forces suffisantes pour rétablir l'ordre en Syrie.

Le cabinet de Londres ne tarda pas, en voyant l'opposition de la Turquie, à modifier ses dispositions. Lord Russetl, sans revenir sur son consentement, aurait voulu d'abord qu'on ne recounU à l'intervention des troupes étrangères que dans le cas où les troupes turques ne suffiraient pas à rétablir l'ordre, ensuite que le commandant de ces troupes fût seul juge de l'opportunité de rintervention, et enfin que l'occupation européenne ne dur&t que six mois. Ces obstacles indirects élevés contre l'expédition ne pouvaient la retarder longtemps. H. Tbouveoel n'eut pas de peine à démontrer que l'obligalioD de ne recourir à l'emploi de moyens militaires que

sur le consentement de la Porte était une chose tout à fait iocompatible avec la sûreté du corps expéditioDnaire et t'iDdépendance du coinmandemeot.

La Russie montrait à son tour des dispositions moins bienveillantes à l'égard du projet de Napoléon III et commençait même à lui susciter des diCBcultés. Elle proposait d'ajouter à la convention un article dans lequel les puissances, « d'accord avec la Turquie, et conformément à ses engagements solennels, prendraient des mesures efBcaces pour améliorer la situation des chrétiens dans tout l'Empire, pour mettre un terme aux intolérables abus qu'on venait encore une fois de signaler, et pour en empêcher le retour pardesmesures administratives organiques» . Les puissances se seraient engagées de plus, si des troubles sanglants se reproduisaient ailleurs, à agir de concert avec la Turquie comme elles seraient convenues de le faire à l'égard de la Syrie.

La Russie, en généralisant ainsi la question, restait fidèle à la politique suivie par elle, non sans succès, depuis 1856, et qui consistait à reprendre son rôle de prolectrice des chrétiens d'Orient. Le gouvernement français, malgré son penchant à seconder en toute circonstance les vues de la Russie, ne pouvait consentir à changer le sens restreint de son intervention en Syrie. Une sorte de satisfaction fut néanmoins donnée à la Russie par un protocole additionnel dans lequel les puissaucesdéclaraient qu'elles n'entendaient poursuivre aucun avautafe territorial, aucune iuQueuce exclusive, ni aucune concession touchant le commerce de leurs sujets qui no pourrait être accordée au commerce de toutes les autres, nations. Les signataires de lu convention ajoutaient : • Néanmoins, ils ne peuvent s'empêcher, en rappelant

DÉPART DE L'EXPÉDITION. 3t

ici les acles émanés de S. M. le Sultan, dont l'article 9 du traité du 30 mars 1856 a constaté la haule valeur» d'exprimer le prix que leurs cours respectives attachent à ce que, conformément aux promesses solennelles de la Sublime-Porte, il soit adopté des mesures administratives sérieuses pour l'amélioration du sort des populations chrétiennes de tout rite, de l'empire ottoman. »

Le Piémonl, qui avait flguré au congrès de Paris, fut, malfîré ses réclamations, exclu de ces arrangements. Les puissances objectèrent à ses demandes qu'il n'avait pris aucune part aux traités dél8û0, de 1842 et de 1845.

I^es puissances consentaient enBo à t'interventioa française; les troupes formant l'expédition de Syrie, sous le commandement du général d'Hanlpoul-Beaufort, quittèrent le camp de Cbàlons le 7 août. L'Empereur leur adressa celte proclamation bien emphatique si on la compare aux résultats obtenus :

a Soldai»,

a Vwia parlez pour la Sjrie, el la Fraace salue avec bonheur une eip£dition qui n'a qu'un but, celui de faire Iriomptipr les droits de la juslîce el de rbiimatiité.

B Vous a'allei poiut eu effet faire la guerre k une puissance quelconque, mais VUU3 allez aider le Sullan h faire rentrer dans l'obéissance des tujets aveuglés par le fanatisine d'un autre tiède.

» Sur celle terre lointaine, ricbe en grandi souvenirs, tous ferez votre devoir ei vous vous montrerez les dignes enf^nls de ces héros qui ont porléglorieusement dans ce pays la bannière du Gbrist.

u Vous ne partez pas en grand nombre, mais voire courage et votre prestige y suppléeront, car partout aujourd'hui où l'on voit passer le drapeau de ta France, il y a une grande cause qui le précède, el un grand peuple qui le suit, n

L'armée française était suivie d'une commission internationale, chargée de rechercher les circonstances ayant amené les derniers conflits, de déterminer la part de responsabilité des chefs de l'insurrection et des agents do

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l'administration locale, les réparations dues aux victimes, et enfin d'étudier les dispositions qui pourraient être adoptées pour conjurer de nouveaux malheurs. Celle commission, interventioD diplomatique de l'Europe à â!ilé de l'inlervenlion militaire, ne plaisait pas plus que celle-ci au gouvernement ottoman (t).

Le débarquement prochain de l'expédillon décida la Turquie à envoyer eu Syrie un représentant, Fuad-Pacha, muni de pleins pouvoirs, pour rétablir l'ordre. 11 arriva le 17juiUetà Beyrouth dont il destitua legouverneur.Kurchid- Pacba; Achmet-Pacba, gouverneur intérimaire de Damas eut le même sort. Ces deux fonctionnaires furent dirigés sur Constantinople où ils devaient être livrés à la justice turque, fort suspecte en pareille circonstance; les réclamations de M. de Lavalette, ambassadeur impérial, décidèrent enfin le gouvernement à les renvoyer en Syrie pour y être jugés par les soins de la commisslou européenne.

Fuad-I^faa fit le 29 juillet son entrée à Damas à la tête de 3000 hommes de troupes régulières. Sept cents individus ayant figuré parmi les principaux auteurs des attentats dont la ville avait été le théâtre le mois précédent, furent emprisonnés. Ils appartenaient aux dernières classes de la société. Les coupables d'un rang plus haut, vainement désignés par le consul de France, restèrent en liberté.

La répression ne data réellement que du débarquement des troupes françaises à Beyrouth, le 16 août; cent cinquantehuit condamnations à mort furent exécutées quatre jours après, sans atteindre encore aucun des hauts instigateurs et complices des meurtres. Fuad-Pacha espérait satisfaire

(1) La %n'e en iseï, par M. Saîa(<Harc Cirudin.

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