‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 51 sur 148 · LE TRAITE JŒCKER. SS · texte numérisé non relu

LE TRAITE JŒCKER. SS

pillard de fermes chef de guérillas, et qui, une fois chef de guérillas, s'était nommé général.

Miramon fit semblant de refuser la place de son ami 7uloaga, el il se contenta du titre de cmnmandant en chef ^Jesarméesdii Mexique. Zutoaga, rétabli par Miramon et ue ■voulant pas être en reste de générosité envers lui, lui céda le pouvoir au bout de huit jours, pouvoir nominal s'il en fut jamais, car le pays appartenait aux libéraux. Zuloaga avait triplé le montant des impôts, Miramon les quadrupla et en £t surtout retomber le fardeau sur les étrangers; obligé *nfin de prendre la fuite, son départ fut signalé par le pillage de la légation anglaise, exécuté par une bande sous les ordres d'un de ses souteneurs nommé Marquez, célèbre pour avoir fait fusiller sept médecins qui soignaient les blessés libéraux à Tucubaya et qui allait bientôt occuper un poste élevé dans les rangs de l'armée d'invasion.

Les deux actes les plus importants de la présidence cléricale de Miramon, furent deux traités signés l'un avec l'Espagne, l'autre avec la maison de banque Jœcker et «oupagnie. Ces deux traités méritent qu'on s'y arrête un moment.

Le Mexique a deux sortes de dettes, la dette extérieure «t la dette intérieure, représentées par des bons. La dette ifllérieure, soumise à tous les hasards de la spéculation et des événements, était par conséquent tenue presque toujours dans des cours très-bas. Les bons de cette dette se trouvaient eu grand nombre entre les mains des spéculateurs espagnols, qui prétendaient les faire Ggurer dans le total des dettes reconnues par un projet de convention «ntre l'Espagne et le président Comonfort. Le gouvernement espagnol, désespérant d'obtenir la signature de Comonf(^, toujours promise et jamais donnée, rompit

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su L-ËHPIRE.

les relations diplomatiques avec le Mexique. Ln rupture dura jusqu'au renversemeot de Comourort. L'Espagne alors s'empressa de reconnaître le gouvernement de MiramoD, dans l'espoir qu'il se montrerait plus accommodant que son prédécesseur à l'égard des porteurs de bons espagnols. Le général Almonfe, représentant de Miramon à Paris, signa en effet le 'iôseptembre 1859, avec M. Mon, ambassadeur d'Espagne, un traité en vertu duquel les bons de la dette intérieure étaient compris dans la convention enfin conclue avec le Mexique et qui ne reçut pas d'exécution, Juarez de retour à Mexico, dix-buit mois après, ayant refusé de la reconnaître comme inconstitutionnelle.

Les bons de la dette intérieure formaient deux catégories : l'une portant la signature du gouvernement antérieur au coup d'Etat de Comonfort, l'autre portant la signature des dictateurs Zuloaga et Miramon. l^s premiers circulaient assez facilement; les seconds étaient tombés de 3 pour 100 au-dessous de leur valeur nominale. Un banquier suisse nommé Jœcker fit à Miramon la proposition de retirer de la circulation tous ces bons, en tes remplaçant par d'autres titres s'éle van l à la somme de 75 000 000 de francs, 4lont l'émission lui serait exclusivement confiée. Les détenteurs des anciens bons les échangeraient contre des nouveaux, moyennant une soulle de 25 pour 100, soit -25 piastres pour cbaque bon de 100 piastres. Le gouvernement toucherait 10 piastres sur les 25, les 15 autres resteraient dans la caisse du banquier Jœcker, qui garantirait pendant cinqannéesaux détenteurs des bons nouveaux un intérêt de 3 pour 100 par an. L'opération était plus avanlu^use au banquier qu'au public. Le banquier, délenteur de 15 piastres sur chaque bon, en rendait en effet au propriétaire 3 la première année, ■'> sur 12 la seconde année, o surO la

LUTTE ENTRE Jl'ARRZ ET HIRAMON. 285

troisième année, 3 sur 6 la quatrième année, el au bout tle la cinquième autiée il restituait les S dernières piastres au prêteur, qui touchait seulement 3 pour 100 d'intérêt, dans un pays où l'argent est si cher. Miramon, pressé par d'incessants besoins, conclut avec le banquier Jœcker cet arrangement qui, par l'appât des bénéfices énormes qu'il pouvait procurer, devint une des causes de l'expédition contre le Mexique.

Pendant que Miramon en était réduit au vol el au pillage pour se procurer de l'argenl, Juarez établi à Véra- Cruz continuait son œuvre de réforme en réorganisant la justice, eu constituant le jury, la liberté de la presse, et en diminuant le nombre des couvents. Le pays ne pouvait héiiiler entre un gouvernement régulier comme celui de -Juarez et le gouvernement révolutionnaire de Miramon; aussi en 1860 l'autorité de Juarez était-elle reconnue par ^1 Ëtatssiir'2/|. Les ministres étrangers, toujours enclins à proléger la faction cléricale, jugèrent à propos de choisir ce moment pour proposer une médiation entre les deux partis. Juarez, qui aurait eu cependant à invoquer de si fortes raisons contre l'intervention de la diplomatie, ne craignit pas de l'accepter dans tes conditions suivantes : convocation des électeurs, et nomination d'une assemblée qui déciderait entre lui et Miramon. Le parti clérical prétendait ne recourir qu'à une assemblée de notables, sa ressource ordinaire. Juarez nepouvailtomberdans le piège. Les choses en restèrent là. Le clergé était décidé pourtant à empêcher le triomphe d'un gouvernement qui avait supprimé la mainmorte, établi le mariage civd et enlevé les registres de l'état civil aux prêtres. L'archevêque de Mexico donna l'ordre de livrer à Miramon l'or, l'aident et tes objets précieux qui se trouvaient dans les églises. Il obtint, sur ces gages, l'argent

S6S L'EHMRE.

nécessaire pour équiper une dernière armée, :i la lète de laquelle il se fit batire par le général Ort^a, le 22 décembre 1860, à Calpulalpam. Juarez entra dans Mexico» el quelques jours après son gouverneuient était reconnu dans toute l'étendue des Ëtats mexicains.

Le parti libéral, enfin vainqueur du cléricalisme et du militarisme, avait besoin d'appui pour consolider sa vicloirep maisà qui le demander? L'Espagne, indépendamment de ses griefs actuels, espérait toujours reprendre son empire au Mexique, et elle n'avait aucun Intérêt à mettre fin aux li-oubles qui le désolaient; indulgente aux gouvernement» cléricaux de qui elle avait reçu toutes les offenses qui formaient l'objet de ses plaintes, elle s'apprëlail à en demander satisfaction au gouvernement libéra)-, les lî)tats-Unis oî» dominait la politique sudiste, ne pouvaient être que satisfaits d'un état de trouble favorable aux annexions; l'Angleterre, uniquement attentive aux intérêts de son commerce, était restée neutre entre les deux partisqui s'étaient jusqu'alors disputé la prédominance au Mexique; mais la nécessité où se trouvait Juarez de cbercher une alliance aux Ëtats-Unis, la rapprochait ellc-mémo du parti clérical. La France aurait pu exercer une heureuse influence sur l'établissement d'un ordre de choses régulier au Mexique. I^s Français établis dans ce pays appartenaient en majorité an parti libéral, son programme était soutenu par la presse française de Mexico, bien rédigée et très-influente ; mais les représentants officiels du gouvernement allaient dans le sens opposé, non point à coup sûr par des raisons tirées de l'intérêt de leurs compatriotes, car jamais les Français ne furent plus maltraités que sous les gouvernements cléricaux, mais par le besoin de réunir dans leurs salons les membres de la haute société qui, au Mexique pas plus

LE FRIKCE I0l[5-N'AP0LË0H ET L'AUËItlOUE. 38T

qu'en Fraiice, ne séparait ses intérêts de ceux du parli clérical.

Le parli libéral avait en outre un adversaire, obscur mais redoutable, dans le parti monarchique, qui depuis la chut» d'Iliirbide n'avait pas renoncé a ses projets de restauration. M. (iuUerrez de Eslrada, l'ami particulier et le commis voyageur de Sanla-Auna, avait même publié eu iSltO unfr brochure sur la nécessité de rétablir la royauté au Mexique. Les protestations s'élevèrent de tous côtés contre cette idée. La plus ferme fut celle du général Almonte, ministre de la guerre.

H Si p»r împosfible nous Tenions b ressentir les efTets d'un projet anti- Balional, tendant à i^-tablir dans noire pays une monarchie gouvernée par un prince étranger arrivant appuyé par une armée étrangère, et si nous ftioDS forcés de combattre de nouveau pour rindé^icndance nationale, le n^ultat de la lutte est uerlain, car si le héros à'Igwilada, avec tous ses titres h la gratitude nationale, a couru à une catastrophe, quel sort n'est-il pas réser* 6 h tout autre ! Jamais le Mexique ne supportera la dominaiion d'un roi et d'un roi élivnger, les républicains du .Mei^ique ei cnux du continent tout entier se ligueraient contre lui. >

Le républicain Almonte devait plus tard changer d'opinion. M. Gatierrez de Eslrada et quelques rares amis parcouraient en attendant les diverses cours de l'Europe pour y prêcher la résarreclion de la monarchie au Mexique, et n'obtenaient pas un grand succès, lorsque le prince Louis^ Bonaparte fut nommé président de la République française.

L'Amérique était un des sujets sur lesquels ce prioée aimait le mieux à promener sa pensée nuageuse et ses obscures rêveries. Il occupait ses loisirs dans sa prison deHain à combiner un plan de percement de l'isthme de Tehuantepec qu'il se proposait de diriger lui-même lorsque ta liberté lui aurait été rendue. Les hommes politiques qui. l'approchèrent dans les premiers temps de sa puissance, étonnés que les rares paroles échappées à sa taciturnité s^.

rapportassent oioins à la France et à l'Europe qir'à l'Amérique, attribuèrent com plaisamment ses phrases nuageuses sur l'avenir des races latines dans le nouveau lïionde, à la profondeur d'un homme d'Ëtat qui se perd en couversatiaos vagues et en projets fantastiques pour ne pas livrer ses véritables desseins; ses confidents intimes ne s'abusaient pas cependant sur la réalité de ces tendances, et le plus habile de tous, M. de Morny, s'apprêtait à les exploiter. Il n'était pas seul. Les émissaires royalistes mexicains, obéissant à ce besoin qui pousse les partisans des causes désespéréesàse rapprocher desaventuriers heureux, et àco secret instinct qui leur fait deviner les hommes capables de s'associer à leurs chimères, devinrent les visiteurs tes plus assidusde l'Élysée. Gutierrez de Estrada voyait le princeprésident presque tous les jours. Quels rêves fit-il tiatlre dans son esprit? l'imagination de chacun peut seule répondre à cette question. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'attention publique k cette époque fut vivement excitée par l'entreprise de M. de Raousset-Boulbou, qui annonçait son prochain départ pour lo Mexique, où il se rendait en apparence pour organiser l'exploitation d'une mine sous la raison sociale Jœcker, Torre et 0% mais en réalité pour réaliser certains projets sur lesquels il ne s'expliquait pas clairement, mais qui avaient, disait-il, l'approbation des plus hauts personnages.

Raoussel-Boulbon, à peine arrivé au Mexique, fut l'objet des avances du dictateur Santa-Anna, qui lui proposa le grade de général, offre peu séduisante, il est vrai, dans un pays où tout le monde porte ce titre ou celui de colonel ; Alvarez, qui commençait sa campagne contre Santa-Anna. lut fit également des propositions brillantes; le chef de flibustiers Walker et une de ces compagnies de capitalistes

L'IUPËBATRICE EUCËHIE ET LES HEXICAttïS. 289

américaios toujours prêtes à commaudiler tes aventuriers audacieux, tentèrent vaiuemeot d'entrer en arrangement avec lui. Raousset-Boulbou voulait restersenl. Avait-il des prétentions personnelles ou agissait-il dans l'intérêt d'un prétendant Inconnu? les cinq balles qui lui trouèrent la poitrine, après sa défaite de Goyacos dans ta Sonora, le 13 juillet 185i!t, ont emporté son secret; mais l'appui qu'il trouva tout de suite chez les agents du gouvernement impérial au Mexique et l'indifférence qu'ils lui témoignèrent lorsqu'il fut mis en jugement, semblent le mettre au rang de ces aventuriers qu'on renie ou qu'on récompense selon leur fortune (1).

Le prince Louis-Napoléon, devenu empereur el mari de mademoiselle Eugénie de Montijo, se trouva en relations encore plus étroites avecles monarchistes mexicains. Paris, rendez-vous de tous ceux dont l'unique occupation, est de dépenser leur aident dans les amusements d'une ville de plaisir, était le séjour de prédilection d'un grand nombre de familles mexicaines soupirant sans cesse après le rétablissement dans leur patrie d'un ordre de choses où l'ancienne noblesse espagnole dont elles prétendaient descendre retrouverait quelques-uns de ses privif^es. Si cette prétention n'était pitsjustiÛée pour quelques-unes de ces farailles par des parchemins, elle s'appuyait pour toutes du moins sur des écus. Les belles Mexicaines, ornements de la nouvelle cour, qu'elles illuminaient de l'éclat de leurs diamants et de leurs yeux; dévotes, passionnées, vaniteuses, agissaient sur l'impératrice Eugénie en Invoquant la com-

(1) L'mleur a eu toas lei jesx un grand nombre de pétilions adroiiéei à Napolioa 111, dont les ii|iialairu inToquaienl. a l'appui de leur demande, des Hrviee* rendus i Raeuiset-Boulbon. Eu marge de presque toulïs ces pititioiu, w lit : Aixordi,

TAXILE DELDRD.

munauté d'origine el en flattant sa vanité de l'idée de rétablir la religion et la monarchie au Mexique.

L'Impératrice contribuait donc à entretenir son mari dans ses rêveries sur les races latines, mais son influence stimulée par les émigrés n'aurait peut-être pas suffi à décider Napoléon III à se jeter dans l'expédition du Mexique, si M. de Morny, toujours en quête de quelques millions, et voyant dans celte expédition un moyen de se les procurer, . n'avait triomphé des incertitudes impériales.

Le banquier Jœcker s'était rendu à Paris après la chute de Miramon pour y chercher des influences puissantes qui l'aideraient à obtenir de Juarez l'exécution du traité des bons, conclu par lui avec son prédécesseur. Le nom de M. de Morny se présenta le premier à sa pensée. Il parvint à lui être présenté, et il lui soumit son affaire. Une association fut bientôt conclue entre eux. Le banquier Jœcker y apportait sa créance sur le gouvernement mexicain, et M. de Morny s'engageait à la faire figurer au premier rang des réclamations pécuniaires adressées par le gouvernement impérial au Mexique. Le payement de la créance eiîeclué, le total devait en être partagé entre les deux principaux associés elles autres intéressés, car cette affaire avait besoin d'auxiliaires pour être menée à bonne un.

L'histoire ne saurait, sans se transformer en chronique scandaleuse, remonler trop hautdans les origines de l'association entre M. de Morny et le banquier Jœcker ; elle doit se borner à en constater l'exislence. Les deux lettres suivantes, publiées par ordre du président Juarez dans el Monitor, journal officiel de la République, no laissent rien à désirer à cet égard.

JŒCKER ET MORHV.

NOUV-EUG COBRESPONDAKCE INIEnCEPTBE.

Légalement aulorisés par le cilofea mînislre de l'intÉrienr et de l'extérieur, nous publions la correspondance suivante, adressée i Jœcker et interceptée par le quarlier général de l'armée d'Orient, qui l'a adressée audit citoyen ininisice. (Rédaction du MoiiUor.)

t Parii, it Hpiaiiilirc.

> Cher oDcle,

f> L'arrivée du vapeur apportant la malle du Heiique h Saint -Nataire, n'est pas encore signalée el il sera impossible, pour cetie fois, de répondre courrier par courrier. Ha lettre ne sera guère que le complément des nouvelles que je vous mandais par le dernier du 1" septembre. Je n'ai pu avoir, depuis cette î'poque, de cooversalion particulière avec M. le receveur, et par coQ^équent de certitude sur le rôle qu'il destine à M. de Ch..., retenu qu'il est, depuis une vingtaine de jours au Puy, par la réunion des conseils gèoèraui. Néanmoins, il a pu s'y occuper très-utilement de vos affaires, car votre lettre a àH aller l'y trouver au moment même où il recevait sous son toit son ami, qui s'était rendu dans son dé- . parlement & l'occasion de son nouveau litre. H. de Ch... a trouvé celle que vous écriviez à papa et dont je lui ai lu un extrait, il y a quelques jours, a^sez importanl par l'opposition que vous y faites de la conduite de Prim à celte de Saltgny, pour aller la communiquer à M. le duc, jogeanl qu'il pouvait en tirer un parti avantageux pour asseoir davantage le crédit de U. de Saligny, en la faisant voir à Sa Majesté. Je n'ai pas su le résultat de l'audience, car tous ces messieurs étaient lur le point de partir, les uns allant à Biarritz où se rend l'Empereur, les autres allant à la campagne.

> Je crois Déaamoins, d'après les conversations que j'ai eues avec H. de Cb..., que l'ioteniion de ces messieurs, comme je vous l'ai déjidît, «st d'attendre les premières dépêches de Forey à Sa Majesté, pour pénétrer la direction qu'il donnera i sa politique, voirses appréciations sur la con- «luite de M. de Saligny, sur les affaires qu'il a soutenues et l'impression qu'elles produiront sur l'esprit de Sa Migcsié, si elles sont défavorables au ministre. Dans cette hypothèse et si les choses en viennent au point de forcer H. de Salîgny à se démettre de ses fonctions, on enverra U. de Ch... qui, libre alors de ses actions et n'étant plus dépendant de personne, comme il l'aurait été de H. de Saligny, Jl cause des liens d'amitJé qui les unissaient, pourra protéger la maison dans ses affaires secondaires, en utilisant la puissante influence qu'il représentera. Quant à l'affaire des bons, on la fera alors de suite passer ici (comme Billault l'a dit aux Chambres) au comité des contenlieui;, qui rendra alors un jugement sans appel «t de suite exécutoire s'il est favorable, comme tout le fait supposer. Il y aurait des lenteurs, de la publicité peut-être, el ces metisieura, je crois, le craÎDi) ratent, malgré l'éclatant démenti jeté aux calomnies par un jugement favorable des contentieux ; depuis quelque temps, en effet, les mêmes bruits qui s'afGchenl si ouvertement au Mexique commencent & circuler sourdement à Paris, el ils auraient hfite de voir l'aflaire vidée et oubliée,

aT3Dl que ces rumeurs ne prennent trop de consistnnre. Mais en admctiaot que les apprËciatirns de Forey soient favorables i M. de Saligny, el que celui-ci sache marcher d'accord avec lui, ils laisseront l'affaire suivre son coursi Mexico, et comme ils connaissent le lèle du minislre ils l'appiiieront ; el en peu de temps, sans rien laisser paraître, ils lui feront rendre sa liberté d'arlion et ses pouvoirs , 'que l'arriTée de Forey suspendra peul-filre momcDianément ; car si ce dernier est chargé de soumettre le pays, s& mission est aussi d'apprécier les choses accomplies àis le début de l'eipédition, ei Sa Majesté attend son opinion pour élucider la sienne. Nais Foreyaspireaumaréchalat, et il a les meilleures raisoas de se ménager des protections, si tant est qu'il soit quelque chose, car on a longtemps hésité à s'ouvrir même à M. de Ch.... Ce monsieur ne parliniil alors pas, car H. le receveur juge que, dans celte éventualité, sa présence ne serait uiile que pour presser l'accomplissement de vos engagements, dans le cas (et it ne l'admet pas] où vous ne vous empresseritfz pas de le faire tous-mCme. L'individu dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre, l'attaché d AlmoDle, leur suffirait probablement, quoiqu'il sache peu de choses et qu'on se soit fort peu avancé avec lui ; aussi esUil peu i considérer ; c'est un personnage d'intrigue; au commencement de j'eipédilioii, Jurien de la Gra> viérelui payait déjà mensuellement 500 francs de la part du ministère des affaires étrangères, je ne sais & quel litre.

J'ai bien fait comprendre & M. de Ch..., dans la dernière entrevue que j'ai eue avec lui, qu'il fallait se hâter vers une solution de l'affaire des bons, et lui résumanl à peu près l'impression générale qui ressort de louie votre correspondance, je lui ai dit que tous les renseignements donnés sur la maison de divers côtés k ces messieurs étaient réels; qu'il y avait en effel des ressources immenses, mais qu'il fallait d'abord rendre k la maison sa liberté d'action par la recohnaissancc des bons, qui la dégageait rapidement vis-à-vis de ses créanciers, soit par le crédit qu'elle lui procurerait, el que semblable à un char momentanément embourbé, elle ne larderait pas â reprendre son cours.

» II m'a paru convaincu; el comme il se rendait immédiatement chez H. le duc , il m'a bien promis de s'employer de toutes ses forces à lui persuader que le doute et la stagnation iadélinimenl continus, seraient la ruine de la maison. Ce monsieur est en rapports presque aussi intimes avec M. le duc que le receveur ou M. de G...; il a été au collège avec lui et a chez lui ses entrées i loute heure. II a nue certaine fortune, est marié et ,i malheureusement maintenant des affaires particulières qui l'occupent; avant que M. le receveur ne prit la résolution soudaini; de relarder son départ, il n'avait renoué aucune relation, et pour tout le monde il était encore au Mexique; depuis, il a reprisses occupations, et je ne pourrai plus en tirer le même prollt qu'auparavant. 11 a des appointements Dies et un 2 l/S pour 400 dans les bénéGces définitifs, & ce qu'il m'a dit. Ces messieurs ont des projets de diverse nature, quelques-uns fort ingénieux; ea voici un qu'il m'a communiqué en grand secret et dont vous pourriez peut-èlre tirer avantage dans la snile.

» Quand l'armée françsise sera à Mexico, il y aura un grand va-e(-vieal de convois entre Vcra-Cruz el Mexico. Les chariots viendront pleins et s'en retourneront k vide. Des personnes, soutenues par une grande îaDuence el recommandées prés des chefs militaires, pourraient. Et dire ia

HOItnY E,T JCECXER. 303

concession graluidi ou peu onéreuse, obtenir une certaine charge dans les convois de retour, 300 l(ii(^ammes par chariot, par exemple. Voiis pénétrei facilement le reste : la chaire serait faite en piastres ; on pourrait ainsi, mojennaat une faible remise, entreprendre en grand l'expËdition en Europe des conduites d'argent, puisque les steamers anglais et d': Sainttjaiaire prendraient les conduites à leur arrivée à Vera-Cruz : tout serait gratuit, les mules, les chariots, t'escorte; et tout serait profit:

> C'est votre lettre du 28 juillet qui, la première, a apporté h Paris la nouvelle de la a oa-raliS cation du traité de Prim-Doblado) j'ai de suite fait un article destiné à mettre en vue l'habile conduite de H. de Saligny opposée à celle de Prim, et à relever autant qu'il était en moi. dans l'opinion publique, ce ministre si utile h la maison. La Patrie l'a inséré le soir ntéme; la nouvelle, en l'absence de toute autre, a fait grand effet: tes jonrnaux espa[[nols ont voulu la démentir, mais peu à peu les renseignements sont arrivés de tous vOtés, et il y a eu dans toute la presse, surtout espagnole, un tolla général sur l'incapacité do Prim. Le crédit de Saligny en a haussé d'autant; il est du reste & remarquer que l'opinion publique se modifie beaucoup à son égard, car en voyant la manière dont Juarei; a joué ses collègues on rend justice k son habileté,

• Il existe à Londres, d'après ce qne m'a dil H. de Cti..., une compagnie qui s'organise pour exécuter le passage & travers les lacs de Nicaragua «I de Léon; vous le savci sans doute. Il n'a pu tne donner des renseignemenis très-étendus ; il le sait seulement parce qu'il y a deux mois on a fait des ouvertures & son ami, le prince Lucien Murât, pour lui en oITrir la présidence. Celui-ci consulta l'Empereur et crut devoir refuser. M. le receveur, qui est un peu léger, avait confondu avec Tehuantepec et induit en erreur U. de Ch.. . . Je lui en parierai quand je pourrai l'aborder et rassemblerai tous les renseigne me Dis qui pourront vous intéresser sur ce sujet.

B Papa combat le projet du Nicaragua dans le mémoire qu'il a rtmis à M. le duc sur le Tehuantepec. par tous tes ai^uments fournis par vous, par Baiss, Reichtoffen, Hucibold, Sassey et par son imi^ination; mais je crois que l'Empereur y est attaché; quand il était au fortdeHam,eo IS42, il s'occupa de ce projet par le Nicaragua, et il y a même de lui une étude imprimée qu'on trouve encore. A celte époque aussi M.Castellon, envoyé par les États de Panama et Honduras pour réclainer la protection de Louis-Philippe, s'abouchaavec Louis-Napoléon, etrenlré dans son pays plus tard, entretint avec lui une correspondance (également imprimée) où l'on voit que le prince fut sur le point de partir pour mettre ce projet, qui avait l'assentiment des autorités du pays, à exécution.

» Rien n'a paru et rien ne paraîtra, j'en suis sûr, dn mémoire Payno. Don Ramon Pacheco est enSn arrivé h Londres, te *% î^cptembre, après uo voyage plein de péripéties! il s'y repose et s'y reposera, Dieu sait com- Inende temps, laissant Juarei crouler tout iï son aise. M. de G... s'est fait Ibn de changer ses opinions et de le rendre tout k &ùt inoQensif, pourvu qu'il ait avec lui une conversation avantqu'il n'ait entreprisses démarches. J'ai prié M. Hoguin, qui sait tout et entead tout comme le solitaire, de surveiller son arrivée; j'ai ajouté qu'il y allait de sou intérêt, de sorte que Don Ramon Pacheco ne sera pas deux heures à Paris avant de recevoir ta visite de M. G...; et s'il apporte le mémoire Payno, on aura soin qu'il le

i9à L'EMPIBE.

laisse dormir ; du teste, le directeur de la prfSM ne le laisserait pas paraître. Ces messieui-g jugent toujours, con.me je tous l'ai dit, qu'il serait imprudent de rien publier sur l'affaire des tons sTSUt qu'elle ne Eoit reconnue, surtout si personne nel'attftque, comme maintenant :1a presse libérale est trop puissante et trop avide de scaudale ; ce serait un d^bordemenl de calomnies.

1 Voire acte de naiuralisalian doit £lrc entre les mains de M. de Salipiy ; il »élé envoyé à M. Delon, son secrétaire, aprèsTinsenUire des papiers de M. de P... à Vera-Cruz et non remporté ici ; en ailendant, jevous envoie un nouvel exemplaire du Bulletin des lois, pensant qu'il puorr» v«us £tre utile.

* Papa ne vous écrit pas par ce courrier, n'ayant aucune nouvelle importante à vous mander; il me cbai^e de vous assurer de ses Ecnlimenis affectueux et de tous prier de lui envoyer le détail de vos réclamattoas autres que les bons, qu'il vous > déji depiandé une fois.

n Ces messieurs n'ont pas abandonné le projet de faire escompter parla maison les traités sur l'armée, mais ils attendent que la siluatioQ ^e débrouille un peu, que la maison se dégage ut soit en mesure d'avoir un certain roulement de fonds.

. K Adieu, cher oncle, j'espère que ma lettre suivra et ne précédera pas les Français à Mejiico. Disposes de moi pour toot.

» Votre neveu toutdévoué,

> Louis Elsbbsbr.

> llnico, le 3 odobr* ISeï. ■

» Mon cber X...

» Dont copie conforme.

» JuAH as Dios Arias.

» Nos amis tiennent à ce qne tout ce qu'on envoie i notre maison tui parvienne sous tan couTert ; tu auras donc è renseigner ton oncle oralement, en mimt temps que lu l'insMiirss sur nos aOaires et les siennes. Malgré qu'ancune de nos lettres n'ait fait le sujet des publications du XIX' siècle à Meiico, on n'est jamais trop prudent. Teslelires du as juil>~ lelel cellM de Ion oncle nous sont parvenues; c'est Louis, qai seul est à' Paris, qui a pu y répondre par le mfime courrier, et a donné de sérieux, rense^nemenls àM. J.... ]e crois t'avoirditqoe de tous ces projets dont on s'est entretenu, il n'y en aurait pour le moment qu'uB seul exécutable, â savoir : de fournir des traites sur Paris pour l'armée, contre les espècesqu'on lui livrerait lè-bas ; P y aurait le change i gagner et i partager en deux pour le gain. Je prie Louis d'en parler, et moi-mSwe je m'en occupe, d'autant plus qu'on me dit qu'il ne faut pas ^ndes sommes pour cela; je pense que si, à l'entrée des Français, la maison recouvre du rrédit, calapourra se faire. Uuant à tous les aotres projets dont foute de mieux nons nous sommes entretenus depuis longtemps, je ne troove pas à propos de m'y arrêter pour le moment, et j'en ai déduit tes raisons; car dans l'état de souffrance ait gémissent nos créanciers, on ne doit viser qu'à liquidw pour les sBtis&ire, M. Jœcker me parie de ses mines, de l'arenir réMrvé-

MORHY ET JŒCKER, 295

à Calorce, Tasco et, je crois, SanU-Aana. Dieu veuille qu'an j renconlre uDe veine grande!

n Je puis te dire que si la maison a acquis pour on demi-million de Craocs et cinquanle mille francs d'épingles, l'immeuble de M. Dar..., sa situation pris de Cbapullepec, nous permettra de nous en défaire sans grande |)erle. Louis Iravaillti beaucoup pour la maison et avec succès ; je ne pense pas qu'il yail eu d'indiscrélion... On a dés l'origine, comme ledit le mémoire d'Ozt^uera, dû rechercher les causes d'une si grande protection pour un Suisse, el comme au Hexii{ue tout se fait avec de l'aident, on s'est épuisé en conjectures.... Quand l'armée, à laquelle {es gens de Juarez ont persuadé que notre maison était cause de la guerre, verra le drapeau tricolore sur les ddraes de Mexico, elle ne nous en voudra plus, car le pajs est beau et riche, et elle a dû souCfrir en restant confinée à Ortzaba.

Il Si M. de Saligny sait s'entendre avec Porey, qui est un peu ours, (ont in bien ; mais je crains des froissements, et c'est pourquoi je désire que l'alTatre se termine vite, si c'est possible; quand mémo a pro forma » on devrait faire quelques concessions.

B C'est l'avis de M. de Ch..., qui n'est pas retourné là-bas, mais qui pourrait bien ; retourner le 1 5 octobre par Saîot-Naiaire.

n Louis vous a donné le porlracl de Forey, qui sera une sorte de dictateur; si M. Jcecber a de l'empire, il faut qu'il l'engage à ëlre modéré, à tflcber de ramener Forey à son opinion, à lui céder au besoin; car cet homme sera imbu des préjugés qui ont cours contre nous dans l'armée. En effet, Juarei n'est pas si benêt que le cro^sil notre parent; il a fait usage d'un grand levier, la Presse, et s'est servi de Wyke; il a entretenu des agents à Paris, dans l'armée, etc., avec le produit de ses exactions, et tout cela peur nous perdre. Son inlérët lui ordonnai! de feindre que tout convergeait autour de nous, que sans nous tout s'arrangerait.. .. el on l'a cru.... ■ainlenant 15 000 hommes, 30 vaisseaux de guerre doivent faire comprendre que nousne sommes plusméme un prétexte plausible.... On doit penser aux États-Unis, au protectorat du Mexique, h )a colonisation.,.. Vraiment Wyke par ses intrigues a amené un terrible déluge sur ce pays. S'il avait pu le prévoir.... à mon sens il a dépassé le but en congédiant Prjn).... C'est un Un diplomate, mais pas si roué que Juarez. Cela fera bien plaisir ao Duc. Qu'on ne vous inquiète pas, il m'a loujours paru le craindre pour les intérêts français qui te lient h la maison, i cause de H- J... des amis I.... Mais je pensais à ton oncle et à loi tout simplement.... Remercions la Providence, l'heure de la solution a frappé: bonne ou mauvaise, cela vaut mieux que l'attente; donc encore du courage, doonez-ea à Eugène et ne gronde pas trop, sans toutefois partager l'oplimisme de Ion autre consin.

> Ces messieurs pensent encore qu'il ne faut faire eu ce moment aucune publication!....

■ Mille choses affectueuses de toute noire famille el de ton frère.

> DoDl copie conforme :

t Juan de D. Arîas.

.AtOOi^Ic

3>6 L'EHPIRE.

Ces letires devancenldedeux années les évéïiements; elles jettent cependant sur le passé une lumière qui en dissipe en partie les obscurités, et qui permet de se rendre compte des influences qui, fortifiées par la dépravatioo d'une époque eolratnée par un penchant secret vers les entreprises véreuses, jetèrent Napoléon III dans l'entreprise du Mexique.

M. Gutierrez de Estrada, en quittant le Mexique pour remplir en Europe la mission dont Santa-Aona l'avait chargé, nourrissait, en bon catholique qu'il était, le désir et l'espoirdes'entendreavecun prince de la maison essentiellement catholique d'Autriche. 11 ne pouvait pas cependant se dispenser de sonder les intentions des cours de Paris et de Madrid au sujet du rétablissement de la royauté au Mexique. Sa grande crainte en s' abouchant avec Napoléon 111 était qu'il ne mit en avant le prince Napoléon, son cousin; niais il fut bientôt rassuré en apprenant de la bouche même de l'Empereur qu'il n'avait pas de candidat. Quant à la reine d'Espagne, elle avait il est vrai son cousin, l'infant don Juan de Bourbon, et son oncle, l'infant don Sébastien à pourvoir; mais l'option entre les deux offrait à Isabelle II des difficultés qui l'engageraient peut-être à y renoncer. Les princes espagnols étaient d'ailleurs fort inconnus, tandis que l'arcbiduc Maximilien d'Autriche venait de donner des preuves de sa capacité dans l'administration du royaume lombardo-vénitien. L'abandon par le prince de la haute position qu'il occupait à Milan et sa retraite à Miramar dans une espèce de disgrâce, permettaient d'espérer qu'il ne serait pas insensible à l'idée d'exercer son activité sur le vaste théâtre qu'on ouvrait à son intelligence et à son ambition. Des ouvertures dans ce sens lui furent faites. La chute de Santa- Anna les rendit

OUVERTDRES FAITES A HAXIHILIEN ET A LA COUR D'ASTRICHE. 297

iouliles pour le moment; mais M. GuUerrez de Estrada n'était pas homme à renoncer à son projet. H entreprit d'y associer Miramon et Zuloaga, les deux auteurs du coup d'Etat de 1857. La défaite de Miramon et le triomphe de Juarez redoublèrent le zèle des royalistes au lieu de l'abattre. Il fallait empêcher à tout prix la consolidation du gouvernement libéral. Le général Àlmonte, représentant du gouvernement de Miramon à Paris, s'était converti à la monarchie et aux idées de M. Gutierrez de Estrada; ces deux agents royalistes s'étaient mis en rapport avec l' archiduc Maximilien, et avaient sondé la cour de Vienne, dans le courant de l'automne de l'année 1861, pour savoir si l'on devait s'attendre à un refus dans le cas où, sur l'initiative de Napoléon lU et avec le consentement de l'Angleterre, un archiduc de la maison d'Autriche, notamment l'archiduc Ferdinand-Maximilien, serait appelé au trône du Mexique. MM. Almoule et Gutierrez de Estrada insinuèrent en même temps que l'archiduc était disposé à se rendre, avec l'approbation de son frère et souverain, aux vœux de la nation mexicaine, si elle le cbai^e^ait de ses destinées. La réponse, sans être négative, faisait comprendre que de pareilles ouvertures ne pouvaient avoir de suite que si elles étaient accompagnées de garanties de nature à sauvegarder la dignité de Son Altesse Impériale et Royale et de son auguste maison. Ces garanties devaient être explicitement formulées au moment où le projet prendrait lui-même une allure plus déterminée. Il était bien convenu d'ailleurs que le gouvernement autrichien garderait une attitude passive dans cette affaire, et qu'il attendrait le jour où une offre formelle, reposant sûr l'acceptation des conditions dont il vient d'être question, serait faite, pour s'occuper de l'examen à fond de la

298 L'EUPIRB.

proposition el fixer tes coaililioDS défioitiTes de l'acceplation (1). .

D'obscures D^ociations ae tardèrent pas, d'un autre côté, à se Douer entre la cour des Tuileries et celle d& Schœnbrunu.

François-Joseph et Maximilien vivaient depuis longtemps en assez mauvaise inteltigeoce; le départ de l'archiduc ne devait pas causer une vive peine à l'empereur son frère. Mais lorsque Napoléon III, toujours poursuivi par sa chimère des races latines, et poussé par toutes les influences intérieures et extérieures que l'on connaît, 6t les premières propositions, François-Joseph voulut, avant de répondre^ envoyer au château de Miramar, près de Triesle, résidence habituelle de l'archiduc Maximilien, le comte de Rechberg, ministre des affaires étratif^ëres, chargé de lui apprendre la haute situation à laquelle la volonté du peuple mexicain et les sympathies personnelles de Napoléon 111 se réservaient de l'appeler, à l'issue heureuse de l'expédition française, et de lui déclarer que l'empereur François-Joseph, comme chef de la famille impériale, lui laissait liberté pleine eL entière de prendre un parti.

Le Mexique, sans se douter des destinées qu'on lui préparait en Europe, continuait pendant ce temps-là à faire ses efforts pour se soustraire à celles que la guerre civile 'ui imposait depuis si longtemps. Il y serait parvenu avec un peu d'aide, mais il ne trouvait partout que des hostilités. M. Dubois de Saligny, ministre du gouvernement impérial, arrivé le 12 décembre 1660 à Mexico, succédait à M. de Gabrioc, que son dévouement absolu au parti clérical avait rendu aussi impopulaire parmi les Mexicains que

(1) Gazette de Vienne, otfaae umi-offlciel.

SIRGCUËRES PRETENTIONS DB M. DUBOIS DE SALEGNY. S99-

panni les Français. Il se montra tout de suite disposé à suivre les traces de son prédécesseur. H refusa de reconnaître le gouvernement légal , même après que Juarez eut été installé à. Mexico. Il ne s'aperçut de sa présence qu'à roccasioDd'une perquisition faite par ordre du ministre de la justice

- dans la maison mère des sœurs de chanté, où il soupçonnait la supérieure du couvent de la Conception d'avoir caché

- des valeurs appartenant à son monastère et destinées à fournir des ressources à Miramon et à Zuloaga, unis de nouveau pour continuer la guerre civile.

M. de Saligny s'empressa, le lendemain, d'écrire à M. E. Zarco, ministre des aflàires étrangères : a Votre » gouvernement a-t-il donc résolu de me pousser à bout et (> de se brouiller avec la France? Je dois le croire en le » voyant persister danslesdéplorables outrages dont lecou- B venldelaCharité est le théâlredepuistrente-six heures.... » Je n'assisterai pas plus longtemps à un pareil spectacle, » qui est une offense directe et préméditée envers le gou- » vernement de l'Empereur, sous la protection duquel ces » saintes femraessoDt placées dans le monde entier.» Il me* naçait en Gûissant M. Zarco, s'il ne faisait pas cesser immédiatement les perquisitions, de renoncer à nouer toute espèce de relations avec un gouvernement « pour lequel il n'y avait rien de sacré » . M. de Saligny justifiait son intervention dans cette affaire par cette raison singulière, qu& la communauté mère des sœurs de charité étant établie à Paris, le ministre de l'empereur des Français avait le droit de prendre les succursales sous sa protection; comme si le faitd'appartenir à une communauté religieuse conférait à ses membres la nationalité du pays où la maison-mère de l'ordre est établie. M. de Saligny ne pouvait prendre son raisonnement au sérieux ; mais une rupture était indispen-

sable à ses vues, et tous les moyens lui paraissaient bous pour arriver à ce but. Le gouvernement mexicain crut devoir céder à ses prétentions, dans l'espoir de l'amener à présenter ses lettres de créance: il se décida enfin à remplir celte formalité.

M. de Saligny no prenait pas seulement à cœur les intérêts des religieuses ; ceux des porteurs des bons Jœcker étaient de sa part l'objet d'une sollicitude non moins vive, comme le démontre cette lettre adressée au ministre des afiFaires étrangères, plus de deux mois après l'entrée de Juarez à Mexico :

(Hnko, iBuilSSl.

Il Monsieur le MiDisIre,

1) J'aieu l'honneur d'entretenir /V^^uemmen* ()) Voire Ëoiineiice, depuis trois moit, d'usé queslion importante, dans laquelle les iotérâta et l'honneur de la France se trouvent gravement impliqués : Je veux parier de la question relative aux bons Jœclter.

» Après les conversalîons échangées entre Votre Ëmiuence et moi, je crois pouvoir me dispenser d'entrer, pour te moment, danslesdélailsde cette affaire. lime parait également superflu de discuter ici un principe incontes' table, incontesté, qui préside au rapport de toutes les nations civilisées, et que Votre Ëminence elle-mfimen'a pu se refuser ii admettre: le principe de la solidarilÉ, au point de vue des engagements intematiottaux, des divers gouvernementsquisesuccédenX dans unpays. Ce principe, la France, au milieu des dilTérentes phases qu'elle a traversées dans les cinquante dernières années, l'a toujours respecté, quelquefois au prix de douloureux sacriBces présents encore aujourd'hui è lamémoiredetous. Elleadoncledroitetledevoird'eiiger qu'il soilrespec(éparlesaulresnalîons;et,quelle quesoiid'aûlleurs la bienveillance très-stncéro et trèi-vive dont le gouvernement de l'Empereur soit animé k l'endroit du gouvernement mcicain, il ne saurait reconnaître i celui-ci la dcullé de s'alTranchir de ce principe et de trier, à son profit, un nouveau droit des getis en opposition formelle à celui qui asci-n de rigk- jusiju ici à toutes les relations internationales.

0 Ainsi que je vous l'ai foit pressentir et que je ne vous l'aï pas laissé ^n or er, j'ai reçu, d'ahord, il j a douze jours, par le Teriesse«, puis, parle dernier pachet anglais, des ordres précis et péremptoires de mon gouverne' ment sitr celle question.

' J'avais espéré qu'éclairé par vous sur les nécessités et les périls de

(1) H. Kouher a déelari plus tard au Corps légiilatir quel'alhtre IcB^ker n'avait éié coniiilérée que comme une alTaire française, et que M. de Salisny n'eu avait jamoia entretenu 1» ministre Zarco.

RtJl^URE DES RELATIONS DIPLOMATIQUES. 301

la silualioa, unsi que sur les inconleslablïs obligations qui lui iacombenl, le gouieruemeDl àv S. Eic. le président se serait hâté de IcrmiDer celle aiïaire, la seule qui puisse susciter de graves diffladtès entre les deux pays et empêcher, la France de donner un lib)-e cours à ses intentions amicales envers le Mexique. Mon espoir a élé malheure use inenl irompé. Je ne saurais prendre iwmoi de différer plus longtemps l'exécution des ordres du gouiertiemeiit de t Empereur. Toutefois, avant de tous les uoliGer d'une manière officielle, j'ai teDu i vous donoer une nouvelle preuve de l'esprit de coacitiatioQ dont je sois personnellement animé, et je viens, guidé par un senlijoent que TOUS TOudrei bien apprécier, je l'espère, vous prier de me faire savoir, sans le moindre retard, les inleuiions définitives de votre gouvememeoL....

» Je prie Votre Éminence, etc

» Signé A. CE Saligny. »

Le congrès avail procédé, le 18 juillet, à l'élection du président de la République, et les suffrages de la majorité s'étaient portés sur Juarez, dont la position restait toujours très-difficile. Le parti réactionnaire, vaincu sur le champ de bataille, reprit la lutte sur le terrain législatif et administratif, sans n^liger d'entretenir ça et là des petites bandes dans les lieux oîi il était dilBcile de les atteindre et où elles se livraient aux plus graves excès contre les personnes et contre les propriétés. Juarez, loin d'être en mesure de payer les dettes contestables du gouvernement révolutionnaire auquel il succédait, n'avait pas même les ressources suffisantes pour faire face aux plus pressants besoins de l'État. Les revenus des douanes, affectés au payement des dettes extérieures du Mexique en vertu des conventions couclues entre les puissances, étaient l'unique ressource du gouvernemânl. Il en fut réduit à soumettre, le 17juillet 1861 , au congrès une toi qui suspeudait pendant deux ans l'exéculion des couveutions financières.

H. de Saligny répondit à cette suspension par un ultimatum dans lequel il donnait au gouvernement mexicain vingt-quatre heures pour opter entre la reprise des payements et une rupture de relations avec la France. Jtiare?

n.r,..:.,G00glc

302 L'EUriRf.

ne pouvant revenir sur celte mesure, M. Dubois de Saligoy réalisa sa menace, mais il resta cependant à Mexico, où il ne cessait d'encourager les ennemis de la République. Son hôtel était mûme devenu l'asile de plusieurs d'entre eui.

M. Thouvenel, en apprenant la suspension des conventions Onancières, avait présenta M. de Saligny d'exiger le reirait de la loi du 17 juillet, et d'imposer à ta République l'installation, dans les ports de Vera-Cruz et de Tampico, de commissaires chargés d'assurer la remise entreles mains des puissances des fonds qui devaient être prélevés à leur profit. M. de Saligny devait quitter Mexico si ces conditions n'étaient pas acceptées. 11 n'avait pas attendu ces ordres pour rompre ses relations avec le gouvernement mcxicaio ; il quitta Mexico leôdécembre. Sir Charles Wike, représentant de l'Angleterre, semblait devoir montrer plus de patience; le comte Russell avait fait dernièrement à uue députation de négociants anglais chargée de le prier d'intervenir en leur faveur, une réponse qui permettait au Mexique d'espérer qu'il pourrait s'entendre avec l'Angleterre ; mais sir Charles Wike reçut l'ordre de se rendre à la Jamaïque. L'Angleterre se laissait entraîner peu à peu àsubir l'influence du gouvernement impérial. Les Ëtals- Unls étaient le seul appui qui restât au Mexique ; ils avaient des grieb contre lui, mais M. Seward se rendait parfaitement compte de la situation ; il écrivait, le 6 avril 1861, au ministre américain, M. Corwin : « Malgré les sujets de » plaintes des Etats-Unis contre le Mexique, le président » attendra, pour les faire valoir, que le gouvernement » actuel ait eu le temps de remonter son autorité. »

Les difficultés pendantes entre l'Espagne et le Mexique, au moment de la promulgation delà loi du 17 juillet,, avaient trait à l'expulsioD de son miaislre M. Pacheco, à

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