‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 59 sur 148 · L'ESCADRE ESPAGNOLE DEVANT VERA-CRU · texte numérisé non relu

L'ESCADRE ESPAGNOLE DEVANT VERA-CRU

a lu plus haut devint la convculion du 31 octobre 1861.

Pendant que les négociateurs des trois puissances cherchaient à Londres à introduire dans la convention les moyens de l'éluder plus lard ou de l'interpréter selon leurs intérêts, M. Thouvenel, fidèle au système d'ambiguïté qui n'avait cessé de régner dans ces négociations, s'eflorçait d'établir la ligne de démarcation qui existe entre une intervention par la force et « une incilalion indirecte ayant pour but d'engager les Mexicains à profiter de la présence des alliés pour secouer le joug de la tyrannie, w Lord Russeli déclarait à ce sujet que, « dans le cas où les Mexicains, comme les grenouilles de la fable, demanderaient -un roi, il ne voyait pas de motif de les empêcher de se passer cette fantaisie ». L'Espagne, de soncdté, insinuait au ministre d'Angleterre à Madrid une théorie assez semblable à c^lle de M. Thouvenel. Le gouvernement anglais ne répondait pasassez nettement à ces insinuations au gré de Napoléon III et du cabinet espagnol; ce dernier avait, comme on l'a vu, déjà donné ses ordres au gouverneur de Cuba, où depuis près de deux mois la flotte, ayant à son bord 5600 hommes de troupes de toutes armes, n'attendait que le signal de lever l'ancre et de se diriger vers les parages du Mexiquo.'Elle partit le 29 novembre 1861, et après une heureuse traversée elle arriva dans les eaux de Vera- Cruz le 8 décembre suivant.

Le commandant des forces espagnoles embossé en face (!e cette ville adressa une sommation au gouverneur couteuant une récapitulation insultante des griefs de son :gouvememeot contre celui du Mexique. Le gouverneur de Vera-Cruz, après avoir dans sa réponse présenté comme preuve de l'exagération de ces griefs la sécurité dans laquelle les Espagnols vivaient même dans ce moment au

Mexique, ajouta que, conformémout aux ordres de son gouvernement, il allait abandonner la ville, en y laissant seulement l'ayuntamiento; mais toute ta populatiou le suivit, hormis les gens trop pauvres pour quitter leurs foyers. Les anciens conquérants du Mexique débarquèrent donc comme la première fois sur cette terre en violant le droit des gens et avant toute déclaration de guerre.

La nouvelle de ce débarquement parvint dans les premiers jours du mois de janvier en Europe. Lord RusseU manifesta en termes énergiques l'élonnement que lui causait celle violation de la couveolion de Londres;le gouvernement impérial en proGta pour déclarer que, la conduite de l'Espagne étant de nature à accroître les difHcullés de l'entreprise, il se trouvait dans la nécessité d'augmenter de Z à &000 hommes le chiffre de ses troupes déjà envoyées au Mexique. Lord RusseU, en « regrettant cette mesure », ne s'y opposait pas-- « Il paraissait inévitable mamtenant^ » disait'il, que les troupes alliées s'avançassent daus Tinté- » rieur du Mexique ; et non-seulement la force conveDue ]Q serait iosuffisanle, mais l'opération elle-même devait H prendre un caractère tel que l'Empereur ne pourrait pas » permettre que l'armée française se trouvât dans une posi- » lion d'infériorité vis-à-vis de l'armée espagnole, ni que • celie-ci courût le risque d'être compromise (1). »

Lord RusseU ne prenait pas la peine de dire pourquoi le caractère de l'intervention était changé et pourquoi une marche à {'ultérieur était devenue nécessaire. 11 se contentait d'exprimer de simples regrets sur descfaangementsqui équivalaient à l'abandon de la convention du 31 octobre.

(0 Le comte Ruiiell m comte Cowlej', 20 janiier 1862 (liire bl«u). |.,....A,OOglC

L'AKGLETERRE ET L'ARGHIDUC MAKlHIUtN. 31»

Lord Riissell se niéfiaU surtout de l'ambifiou du gouvernement espagnol ; il écrivit à son représentant ù Madrid pour lui expliquer « le genre d'intervention qu'il appuyaitet celui qu'il n'appuyait pas». Il le chargeait, en oulie, de faire remarquer aux ministres d'Isabelle que « les troupes alliées ne doivent pas être employées à priver les Mexicains de leur droit incontestable de choisir ta forme de gouvernement qui leur convient » . Le comte Kussell ajoutait que, si l'on essayait d'agir dans le sens contraire, « ladiscoi'do » et le di^ppointement seraient les seuls résultats de cette » tentative, et que les gouvernements alliés n'auraient qu'à » choisir entre une retraite honteuse et l'extension de leur u intervention au delà des limites et de l'objet de la triple « conveution signée à Londres » .

I^ bruit se répandit à celte époque dans Paris que la général Lorencez, commandant les renforts envoyés au Mexique, avait re^u l'ordre de ne tenir aucun compte des engluements que les commissaires alliés auraient pu prendre avec le gouvernement mexicain, et de préparer le pays à l'érection d'une monarchie à la tête de laquelle serait placé l'archiduc Maximilien. Lord Gowley Qt part de ces bruits au comte Russell, qui les transmit à sir Charles Wike, en l'informant de l'envoi des renforts : « On suppose

• que ces forces marcheront sur Mexico avec tes troupes » françaises et espagnoles déjà réunies au Mexique; on dit » même que l'archiduc Maximilien sera invité par un grand » nombre de Mexicains à monter sur te trône de ce pays, » et que le peuple acceptera ce changement de gouverne- »ment avec plaisir. J'ai peu de chose à ajouter à mes » instructions à ce sujet. Si le peuple mexicain, par un » mouvemeut spontané, place l'archiduc sur le trAne, nous

• n'avons pas d'intérêt à Tempécher; mais nous ne pou-

r> TODs pas prendre part à une intervention armée dans ce »but. »

L'une des trois puissances signataires de la convention de Londres en prévoyait déjà les conséquences e1 se préparait à la rompre; l'Espagne, par des motifs difTérents, ne devait pas tarder à en faire autant. Le Mexique, en attendant, Fort effrayé de la coalition qui te menaçait, montrait un très-grand désir de conciliation, surtout à l'égard du gouvernement impérial et de l'Angleterre; une guerre avec l'Ëïipagne, au contraire, ne lui paraissait pas au-dessus de ses forces. Le ministère venait d'être renversé, et le général Dobtado n'avait consenti à se charger de la formation du cabinet et de la direction des affaires étrangères qu'à la condition d'être investi par le Congrès de pleins pouvoirs pour terminer le différend entre le Mexique et les puissances.

M. Dubois de Saliguy, arrivé à Vera-Cruz le jour même de la prise de possession des Espagnols, eu fut surpris et inquiet. Le générai Uraga, commandant des forces mexicaines, et Doblado arrivèrent à la Téjeria, aux environs do Vera-Cruz. Le général Uraga învila les ministres étrangers à se rendre à son quartier général. M. Dubois de Saligny accepta l'invitation, avec l'inlenlion de n'épargner aucune promesses pour engager le général mexicain à s'associer aux projets du gouvernement impérial. Il alla même jusqu'à lui déclarer d'avance qu'on ne traiterait pas avec Juarez, mais tous ses efforts pour entraîner Uraga restèrent impuissants.

Les fon-es réunies de France et d'Angleterre arrivèrent à Vera-Cruz le 7 janvier 1862. Les troiscontingents s'élevaient ensemble à tOOOO hommes, dans lesquels la France avait fourni 3000 hommes, l'Espagne 6000, et l'Angle-

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