MARCHE DES FRANÇAIS SUR ORIZARA
M faits récents, tels que l'assassinat de plusieurs soLlats K français sur le chemin de Vera-Cruz, fournissent oae » nouvelle preuve de ce que le gouvernement mexicaiu ne » pœsède ni la volonté, ni le pouvoir de remplir les oWi- » gâtions imposées à tout gouvernement civilisé. »
Le gouveruement mexicain répondit par un démenti aux faits contenus dans ce message. Un échange de notes eut lieu à ce sujet, et Almonte, pendant ce temps-là, adressa aux Mexicains une proclamation dans laquelle il parlait des services rendus par lui à son pays, de l'amitié que lui portait l'empereur des Français, de la connaissance qu'il avait de ses projets, sur lesquels pourtant il ne s'ex" pliquait pas, et de la nécessité pour tous les Mexicains de s'unir afln de fonder un gouvernement « eu harmonie avec leursbesoins,leurcaractère, et leurs croyances religieuses».'
Le mouvement des troupes françaises cantonnées à Orizaba et à Cordova pour reprendre leurs anciennes positions devait commencer le 20 avril. Le bruit courut Irdis jours avant dans té camp mexicain que la brigade française laissait 500 hommes à Orizaba, dans l'intention apparente de protéger ses malades; le général Zaragoza écrivit au général Lorencez pour lui demander ce qu'il devait penser de ce bruit; te général Lorencez répondit qu'il élait faux. IJn nouveau bruit se répandit le 19. Il s'agissait d'un pronunciamiento préparé à Orizaba en faveur d'Almonte. Le général Zaragoza se rendit dans cette ville pour surveitler les ageuts de la réaction. Le médecin en chef de l'armée expéditionnaire lui fit demander une entrevue sur laquelle ou n'a jamais eu de détails (1) ; ce qu'il y a de certain c'est que ce jour là, 27 avril, le général Lorencez marcha sur
(1) Le général Zatago» mourut quelques jouri nprji.
Orizalia, qu'il occupa te lendemain après avoir battu une petite armée mexicaine commandée par Porfirio Diaz. Lk, pendant que le pronunciamiento en faveur d'Almonle s'accomplissait, il expliqua la violation qu'il venait de commettre de l'article 4 des préliminaires de la Soledad par Cette proclamalioD :
( Ueiicainsl
I Slalgrë les (ssassïoats commis contre dos soldais et les proclaoutlions du gouvememeni de Juarei, eicitant à ces sIteDUU, je *ouIa» remplir avec Ildi^litè, jusqu'an deraier momeni, les obligations rontractées par nos plénipotentiaires des trois puissances alliées. Nais j'ai reçu du général Zarago» une lellre (1) psr laquelle la sitreli de mes malades, laissés à Oriiïba sous la foi de la Convention , Mail indigrKment menacée.
II En présence de pareils faîU, il n'y avait pas i hésiter : je dus mirclier sur Oriiaba pour })iot(^(fer mes malades menâtes par un aussi vii attentat.
a I a nation mexicaine ne di^vra pas s'en inquiéter, car la guerre n'a été déclarée qu'à un gouyernemfirU inique qui a commis contre mes compatriotes des outrages iaoulsdont, croyeimoi, jesaurai obtenir la réparation convenable.
» Le général en fkef du corps expéditioaaaire au JUerii/ue, M .Si^ni^ le comte de Lorbncez.
.Oriu)>i,»*>riMBai. .
. Juarez, voyant la guerre sur le pointde s'engager, avait de son côté lancé cette proclamation que M. Billault a signaltïe au Corps législatif comme le monument de la plus hideuse barbarie:
. PtMi uUoiut dr HmIm, IS mil ISM.
• BI^TO JUABEZ, PRÉSIDRNT CONSTITUTIONNEL DES ÉTATS-UNIS DU MSXIQVE, iU\ BABITANTS :
n Sachent tous que dans l'eiercice des pouvoirs dont je sois revSiti, il m'a srmblé bon dedécreierce qui suit :
1) Art. i". — A partir du jour auquel tes troupes françaises rommeoceroni les lio^lllilés, touies les villes qu'elles occuperont sm-ont déclaré» soumises à la loi martiale et les Meiicains qui y resteront, tant qo^ettes
(I) Celte lellie n'a jamahi «lé publiée.
AUIOMTE CHEF INTËRISiAIRE DE U NATION. 3U
seront occupées, seront punis comiDe traîtres et leurs biens conOsquis au profit du Trésor public, exceplé en cas de jusiillcalion légale.
>Art. i. — Aucun Heiicain Afè de trente à soixante ans ne pouira être dispensé de prendre les armes, i quelque classe, état ou coodilion qu'il appartienne, sous peine d'être traité comme coupable de trahison.
» Art. 3. — Les gouTemeurs des différents Ëlals sont autorisés à délirrer des commissions pour )a Tormalion de guérillas avec discrétion et en se conformant aux circonstances. Mais tous guérillas que Cou rencontrera à une distance de dix lieues (30 milles) de toui poiiU sur lequel rennemi se trouvera seront punù comme bandes de voleam.
» Kki. 4. — Les gau«erneurs des Élats sont aussi autorisés h disposer en cas de besoin de tous les revenus publics, se servant des ressources indispensables de la manière la moins onéreuse possible.
• Abt. s. — Les résidents français paisibles resteront sous bi protectioD des lois et autorités meiicaines.
> Art. 6 . — Toutes personnes qui assisteront l'étranger de provisions, arnes, inronnalions, ou d'une manière quelconque, subiront la peine suprén».
» Auiquelles 0ns j'ai fait imprimer, publier et circuler ce décret pour qu'il sait obéi.
» SignÈ Bbnito Juahez.
n Le ministre des affati-es étrangères, u C. Uanuel Dobuik). •
Pendant que Juarez prenait les précautions que les circODstaoces lui imposaient, Almonte, s'inlitulant désormais chef svprême inlérimaire de la nation, cherchait à régulariser le proDunciamiento qui le portait au pouvoir par un acte public, et qui était déjà désavoué par plusieurs des pré- . tendus adhérents dont « la signature, disent-ils, u'ySgure que par supposition»; quelques-uns même des signataires étaient absents au moment du pronunciamenlo. Le total des adhésions supposées ou non n'arrivait d'ailleurs pas à cent, dans une ville de plus de 25000 habitants.
L'article de la convention de la Soledad portant qu'en cas de non arrangement l'armée française re|)asserait la ligne de Chiquihuite n'ayant pas élé observé, les Mexicains profitèrent de cette violation d'un traité pour rendre la. bonne foi des Français suspecte aux poptilalions, et en même temps pour mettre en doute leur force, en préten-
danl qu'ils n'avaient pas osé leur rendre la possession du col deChiquilluite, de peur de oe pouvoir le passer une seconde fois (1).
Le général Lorencez, croyant à la réalité du gouvernement d'Almonle età l'enthousiasme avec lequel le Mexique s'apprêtait :i l'accueillir, marcha surPuebla, la capitale de l'État de ce nom, en compagnie de M. Dubois de Saligny, - nuni des pleins pouvoirs de l'Emperenr. L'effectif du général Lorencez était malheureusement insuffisant. Le gouvernement impérial s'était imaginé qu'au Mexique, comme en Chine, il sufllrait de l'entrain de quelques bataillons pour surmonter tous les obstacles. Le général Lorencez, trompé de son côté par M. de Saligny et convaincu qu'on l'attendait comme un libérateur, négligea d'éclairer sa marche avant d'approcherdePuebla, qui l'accueillit àpetile portée par un feu des plus vifs. Il se heurta le 5 mai au général Zaï'agoza, qui défendait les hauteurs de Lorette et de Guadalupe. Le général Lorencez ne put franchir ce passif. Obligéd'opérer sa retraite sur Orizaba, il accomplit, en traversant trente Uaies de pays coupé de ravins et de bois, inondé sur plu • sieurs points, propre à toutes les embuscades, une opération qui fait le plus grand honneur à son coun^e et à sou sang-froid et à ceux de sa petite colonne. Il ramena ses blessés et son matériel sans perdre un homme ni un canon.
Les troupes françaises établirent leur campement entre Orizaba et Vera-Cruz, mais l'installation était si défectueuse et les services de l'administration si mal organisés, (jue U faim ou la maladie firent parmi elles de cruels ravages.
Un pronunciamiento dans le genre de celui d'Orizaba
(1) L'empereur Maximilien, s<m Hévation et «n chute, psr le comle Emile de Ktnlrj. Lcipiif, BniicHes et Gand, 1S6T.
DËCRETS D'ALNONTE. 313
ïWectua cepeudaiit à Vcra-Cru7 le 18 mai. L'acte du prononciamien to recueillit IfiO signatures. Âluioate, à peu près maître de deux villes, jugea que le moment était venu de Tonderun gouvernement. Il nelui manquait que de l'argent et des fonctionnaires. Il commença donc par rendre deux décrets : l'un créant une série de valeurs en billets pour la somme de 500000 piastres, soit environ deux millions et demi, avec cours forcé; l'autre obligeant «tous les Mexicains jouissant de leurs droits de citoyens à accepter et à remplir les emplois et les fonctions qui pourront leur être conGés par le chef suprême de la nation ou par les gouverneurs
{les départements sous peine de bannissement pendant
un intervalle de six mois à deux ans. . . »
Les réclamations contre ces mesures partirent précisénient des deux villes qui s'étaient prononcées pour Almonte, Orizaba et Vera-Cruz. Une junte composée des principaux négociants adressa une protestation au ministre anglais à Mexico, qui lui répondit :
a Que le géaètai Almonle, dod plus que ceux qui coinmandeiit en son nom, n'ont reçu le pouvoir qu'ils exercent d'aucune auloriti^ légalement constituée dans le pays, et que, par cooséqueni, les Français étaient, en son opinion, indirectement responsables des abus dont tes négociants ae plaignaient, tant poul- avoir voulu soutenir les préieniions absurdes <lu susdit Almonle , que pour avoir livré i ses partisans la douane *\e Vera-Cruz, au lieu de la garder en leur pouvoir après l'évacualioa lie la ville par les troupes espagnoles.
> Dans cet élal de choses, il les invitait, si l'on insistait auprès d'eux, à s'adressera la principale autorité française qui résiderait dans la ville, -et i lui présenter leur proloslation dant la forme habituelle, allu qu'elle retirât sa protection à une faction qui, livrée à ses seules forces, ne pourrait faire auctin mal au nom d'une farce de gouvernement dont 'l'existence était ignorée dans la majeure partie de la République, que l'opinion publique repoussait partout où celte existence était connue, et qui ne commandait que dans deux villes oiï elle était soutenue par les ibalonneltes françaises, s
L« général Almonte jugea inutile d'insister, et il ne fut jplos question de ses billets.
Ud cerlain nombre de soldats fi-ançais, blessés dans la journée du 5 mai, avaie?it é(é transportés dans l'hôpital de Puebla. I^urs compatriotes habitants de cette ville, témoins des soins prodigués à ces militaires, adressèrent, par l'in^ lermédraire de leur consul, une lelti'e de romerclment au commandant mexicain, à laquelle il répondit :
t Celle adresse prouve, ù la face du monde civilisé, que, mSme dam les circonslances actuelles, ei lorsqu'il sç voit oblig£ de repouaser par la force UDe agrtKsion que rien ne justifie, le Mexique n'a rien perdu de sei tympatkies pour ta noton franraise, et qu'il déplore, au contraire, l'erreur gratuite de ae-i ennemis, erreur qui a contiaiot la Ttépiibliquii à défendre, les armes A la main, son honneur et son indépendance.
> Je prolitu de celle occasion pour prier M. le consul de France, ainsi que les autres citoyens français qui ont signé l'adresse dont il s'apt, d'accepter l'assurance de ma considération et de mon estime.
• Liberté ci Réforme.
» Signé Santiago Tapu,
• Pi«lilt,9i*iil861.
> A Xoitsieur le comul de France, Victor JVéroii. u
La conduite des autorités mexicaines contrastait singulièrement avec celle du clei^é de Puebta, qui refusait l'absolution aux soldats mexicains blessés en combattant contre les Français, sous prétexte que ces derniers étant les alliés de r%lise, ceux qui les attaquaient se trouvaient par cela même hors de son giron. Ce fait incroyable est attesté par la correspondance suivante, échangée entre le gouverneur de l'Ëtat et un aumdnier de l'armée :
• Citoyen gouverneur,
t Le préire soussigné, aumdiiier de l'armée, a l'hooneur de porter à voire connaissance le fait suivant :
» Aujourd'hui même en se rendant i rhApital, il a rencontré M. le gouverneur de la mitre qui l'a arrêté ei lui a défendu d aitininislrer les secours gpiriluels aux aioribnnds parce que dans l'état d'ei communication où ils se trouvaient, leurs confessions n'auraient aucune valeur.
» i^e soiissigoé est pr£l à servir son paya, surtout en présence de la guerre étrangère qui le menace ; mais il di^rerait qu'on fit disparaître (a difttcnlié qui t'empêche d'eiercer son ministère auprès des loldati mexi-
1, .. A,OOglC
FANATISME DU CLERCË. UK
caiDS, el c'est pour wla qu'il toui prie de prondre les meMirei «jm tous croirez coDveuablcB daos une pareille circoDslance.
« Signe ViCEKTS Gvevaha.
iPntb, 10 nti ISt». »
RÉPONSE DU GouvenHEUH.
■ Gowmmement et commandmicc militaire de Pwbla.
• Le chef de cet État a pris coanaissaoce de la commuDicalion que rous lui avei adressé)^, hier, pour lui faire savoir que M. le gouverneur de la mitre de ce diocèse tou* avait défeudu de porter les secours spirilaeb' aux soldats mexicains qui se trouvent dans les lll^pllauI de la ville.
» En réponse, H. le gouremeur de l'Ëiat me charge de vous dire que Tom pourez sans crainte conlinuer â exercer roire miaisiére d'aumftoier de l'aruiée, si toulefoia le lémoignage de votre couscieuce ne s'y oppose pis.
> Liberté et Rérorme.
i> Signé JoAQUiN Telles, secrétaire.
tPwUa, Il ouHses. •
Le gouvemeraeQt républicain avait, on le voit, afiaire à des eDDemis résolus à eisployer cotitre lui les moyens les plus extrêmes et de nature à justiBer contre eux et contre leurs auxiliaires les représailles les plus dures; cependant, non content de montrer son humanité à l'égard des Français, il témoignait à ceux-ci sa considération en leur faisant remettre les décorations recueillies sur le champ de bataille de Lorretlo. « Ceux qui les avaient méritées, dit le uiinistre » de la guerre, par leur bravoure n'ont rien perdu de » leurs titres, parce que, soumis aux ordres de leurs chers, » ils sont venus porter une guerre inique et folle dont seront b responsables ceux-là seuls qui l'ont préparée. » Les prisonniers et les blessés français furent renvoyés, et les frais de leur voyage pris dans la caisse de l'année mexicaine.
Napoléon lU, longtemps avant la rupture d'Orizaba, avait manifesté l'intenlion de renforcer l'armée française au Mexique. C'était maintenant le cas ou jamais : les troupes anglaises ot espagnoles s'étaient rembarquées, et
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3te L-EHPIRE.
les troupes françaises, décimées par les maladies, par la faim et par les combats, subissaient dans Orizaba toutes les souffrances et les privations d'un cruel hivernage et presque d'un blocus. Le général Forey, à la télé de renforts considérables, arriva dans le courant du mois de sepleralire 1862 au Mexique. Officier médiocre, son titre principal au poste qui lui était conQé était la part prise par lui au coupd'Étatdu 2 décembre. Son premier acte fut de lancer le 2/t septembre, de Vera-Cruz, une proclamation dans laquelle il protestait de ses intentions bienveillantes pour le Mexique, de son respect pour l'indépendance du pays :
■ ..... Ce n'est point, disail-il, au peuple menicaio que nous venons ftire la guerre, mais seulemenl b une poignée d'homme* sans scrupules et sans conscience, qui ont foulé aux pieds le droit des gens en gouvernant de la façon la plus sanguinaire, et qui, pour se soutenir, n'oDt pas eu boàle de vendre le territoire de leur pays à l'étranger.
H On a cherciic à uïdter contre nous le sentiment national en prétendant que nous venions vous imposer un gouvernement a notre guise. Loin de là ; ausBitAt que le peuple meiicatn aura été délivré par nos armes, ït éln-a le gouvemementquiJuicoovieodrale mieux. J'ai reçu l'ordre eiprés de vous le déclarer.
s Les Iwmmes de cœur qui soDl venus se rallier à nous méritait n»lre protection spéciale; mais au nom de l'Empereur j'adresse un appel sans distiaclion de parli à tous ceux qui désirent sauver l'indépendance de leur parie et l'ioléfrrité de leur territoire. Il n'entre pas dans la politique de ia France de se mêler par un vil iotérât dans les dissensions jniestiaes des nations étrangères; mais quand des motifs légitimes l'obligent i intervenir, elle le fait toujours pour l'avantage du paf s oi^ elle exerce wb action.
» Rappelez-vou8,HeiicainE,qiieparlout où Botte sa bannière, en Amérique aussi bien qu'en Europe, elle représeidelacausedes peuples et de la civilisation. »
Le général Forey prit ensuite ses dispo^lions pour marcher en avant. Il arrivait à Cordova, le 22 octobre, dans uii pays occupé depuis huit mois par les troupes françaises et où l'intervention avait eu le temps de se créer des sympathies. La méOance dont il se sentit entouré l'obligea cependant à publier une nouvelle proclamation daiis le mdme
UAUDHESSES DU CBNËRAL FOREY. 317
esprit que la précédwte, en termes encore plus vifs : « On » préteDd, dît-il, que nous venons attenter à votre indé- ■» {tendance! Ceux qui vous le disent vous trompent; ne les » croyez pas. Nous désirons seulement connaitre quel est le » gouvernement qui vous convient, et, quand la nation u Aura librement manifesté ses intentions, la France le re- » connaîtra et unira ses efforts aux vôtres pour faire du » Mexique une nation libre, v
Ces belles phrases, démenties par des actes tels que le iécnA qui déportait les prisonniers de guen'e à la Martinique, ne rassuraient guère les Mexicains. La dissolution du gouvernement d'Almonte, qui n'avait d'ailleurs produit qu'un médiocre effet, faute de n'avoir pas été suivie du rappel de M. de Saligny, son fondateur et son soutien, était compensée par les maladresses du général Forey. Le coaseil municipal d'Orizaba s'était dissous quelques jours avant l'arrivée du commandant en cbef de l'armée d'intervention, et il refusait de se reconstituer, dans la crainte que la présence des troupes étrangères n'enlevât aux électeurs toute garantie d'indépendance. Le général Forey le remplaça aussitôt par une commission municipale qu'il fit in^aller par un colonel de la garde. Le général Gonzalez Ortega avait remplacé dans le commandement de l'armée mexicaine le généra) Zaragoza, mort à la suite de ses blessures reçues en défendant Puebla. Ce général, en mettant en liberté des blessés et des prisonniers français, cbai^ea l'un d'eux d'une lettre pour le général Forey, qui, dans une réponse inconvenante, môtait à des attaques violentes contre le gouvernement mexicaindes^oges pour Ortega et des regrets « de ce que sa vaillante épée n'était pas au service d'une meilleure cause » . Le général Forey, en ajoabiat qu'il lai répugnerait, « pour cause d'humanité » ,
SAS L'EMPIRL
d'entrer en reialion avec te gouvernemeut du Mexique, s'attira cette prophétique réplique :
• En vËriié, je ne comprends pas les molifa de cette répugnince. Je crois qu'elle proi ienl des calomnies de quelques iransrugei meiicains qui, pour satisfaire leurs lisini>s ixirsonnelles, se sont étudiés i défigurer les actes tlii pr^fideol de la Ri^publiqi>e-, <!l, s'il en esl ainsi, Votre Eu^tlIeDce se <rom|ie grandemeol. Pour lui donner une preuve démoDsiratiTe de cette vérité, je lui dirai qm tous les prisonniei's français, mis en liberté par le générai Zarayoza et par moi, l'ont été en rertu des m dres du pritideat de la Republique, le C. Benito Jaarei, c'esl-i-dire de t homme qui ne re*pecte pas même, dit-on, les éléments les plus clairs et les plus iimples du droit naturel.
> Quel que soit donc le terrain sur lequel se place en ce moment la .diploiuaiic o iV-ganl de ce qui peut résulter de ta guerre ictuplle, la personne qui rrprésentera la Trance au Mexique devra 161 ou tard entrer en arrangement avec ee gouvernement, parce qu'il n'j » que lui qui a reçu de la nation le pouvoir de traiter en son nom.
Il Que dirait le uénéral Forey si, enlui adressant one leUre, pleine d'estime et de respei t pour sa personne, je profitais de la circonstance pour insulter riapoléon lli? — Lirait-il mes phrases avec une indifférence impassible?— Et cepeodant, j'en aurais en quelque sorte le droit, en présence de l'invasion par les troupes rranpaises du sol oii je suis né, du sol que mes pèresm'untlrïnsmispar héritage. —J'adjure Votre Excellence lie répondre à cette question ;y'e l'adjure d'y répondre comme Iwmme d'honneur, comme soldat et comme Fraurais,
» J<! lui renvoie sa lettre et la proclamation qu'elle m'a adressée, car je ne veux pas conserver des documents de cette espèce dans mes archives olQoielles. Touterois, et sans me préoccuper en rien de la conduite que l'on a tenue jusqu'à ce jouf envers le tieiiijue, conduite qui est du ressort de l'opinion et de l'histoire. Votre Excellence me trouvera toujours prêt ù répondre aux communications qu'elle jugera convenable de m'adresscr duns l'inlrret des régies établies par le droit des gens dies les nations civilisées, comme aussi i combattre par tous les moyens qui sont en mon pouvoir la gui-ne injuste qu'on nous fait en ce moment, u
L'année 1862 finit par cet échange de lettres. L'armée d'intervention restait dans l'inaction, en proie aux mêmes privutions et aux aiènies souffrances; sa présence sur le sfA mexicain, qui, selon M. de Saligoy, devait sufBre pour provoquer lit chute du gouvernement de Juarez, n'empêchait pas ce dernier de remplir régulièrement à Mexico ses fonctions de président de la République.