DISCUSSION DE L'ADRESSE
antérieure à la guerre d'Italie, n'était que le règne d'un gouvernement absolu ne relevant que de lui-même; l'autre, postérieure à la proclamation de Milan, était signalée par une contradiction constante entre l'apparence libérale de certaines mesures prises par le gouvernement et )a pratique administrative toujours rétrt^rade en réalité.
■ Ma dernière parole, dit M. Ollivier en lermioant, est un retour trbte sur les elTorts infructueux que nous arons faits depuis six ans dans celte Assemblée pour défendre les principes auxquels, nous en sommes con- TaioGu, Ja France doit revenir un jour. Nous espérons que les élections nonveltes marqueront un pas décisif daùs celte voie. C'est noire espérance, et elle est ardente. Nous ne demandons pas au pays, après afoir tant supporté, de ne plus rien supporter du tout : unR politique de celle natare ne serrirait ni è la liberté, ni au progrès ; nous ne le provoquons pas i une œuvre de conspiration, mais à une <eu<rre d'émancipation constitutionnelle ; nous lui conseillons de bien se rappeler que, quand on a des moyens légaux à sa disposition, il y a quelque chose de plus sAr et de plus digne que d'attendre la liberté, c'est de la prendre ; nou lui conseillons de ne pas oublier que, si s'opposer toujours est un acte de mauvaise foi, approuver quand même est une erreur, une faiblesse, un mauvais calcul. Ainsi, ni opposîtioa systématique, ni approbation systématique, mais l'indépendance et la justice, pour être dignes de la liberté. »
M. E. Ollivier, à l'exemple de MM. Plichoo et Leraercier, avait cru devoir tempérer ses critiques par une certaine confiance dans des concessions prochaines en matière de liberté. M. Baroche ne voulut pas même lui laisser la cousdalion de croire qu'avant la guerre d'Italie les libertés intérieures étaient plus restreintes encore qu'elles ne le sont aujourd'hui, a A cette époque, comme présentement, rien n'empêchait la presse de discuter toutes les grandes questions, toutes les questions qui devaient arriver devant la Chambre ou qui préoccupaient l'opinion publique. » Le ministre sans portefeuille trouvait que la liberté électorale et la liberté de )a presse étaient aussi larges que possible pendant la première période de l'Empire, « si bien qu'on a pu dire, en Faisant une statistique vraie, que les araende-
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menls, les modiGcations, les réductions en matière de dépenses avaient été plus considérables au Corps lé^slatif qu'elles ne l'avaient été antérieurement. » M. Plichoo s'était permis de signaler l'existence de deux courants dans l'Ëtat, l'un libéral, l'aulre anti-lihéral ; le premier dirigé par l'Empereur, le second par M. dePei-sigoy. M. Baroche se moqua de cette distinction imaginaire, reste des souvenirs parlementaires de l'orateur : » L'antagonisme qu'on allègue » entre les aspirations libérales de l'Kmperenr et la con- » duite de son ministre n'a- jamais existé, je ne crains pas » de l'affirmer. »
M. Baroche ne comprend pas qu'on puisse nier « la liberté considérable » dont les journaux jouissent sous lo régime du décret-loi du 17 février 1B52. Les dispositions de cette loi sont en tout cas « nécessaires, indispensables » , et nul, dans le gouvernement, ne songe à les modifier. « La presse >' se trouve chez nous en présence de 9 millions d'élec- » leurs ; comprenez-vous tout ce que peut faire courir » de dangers une presse s'adressant à 9 millions d'hommes » ayant le droit de voler pour la composition du Corps »> législatif? En est-il de même en Angleterre? Non. En » Angleterre il n'y a que 1 200000 électeurs...
» J'ai le malheur..., j'ai l'habitude de lire tons les jours » à peu prés tous les journaux qui se publient (on rit), et )' j'avoue qu'après celte lecture je me dis .souvent: Com- » meut est-il possible de dire que la presse n'es) pas u libre? f
M. Lemercier avait pourtant manifesté l'espérance qu'à l'approche des élections, le gouvernement renoncerait à se prévaloir des articles du décret-loi du 17 février 1852. « Je n'ai, reprit M. Baroche, aucune mission de ce genre à remplir. Le décret du 17 février demeurera
LA POLOCKE DEVANT LE COKPS LËGI^UTIF. 36S
la loi de la presse, et avec circonspection et mesure, le gouvernement continuera duser des droits que ce décret lui confère. » [Très-àie/i! irès-èien !)—C'é\Aii clair et net.
Le pouvoir, avait dit M. E. Ollivier, ne cesse d'affirmer (|ue la conâance qu'il inspire est unanime; que le calme dont'jotiit le pays est parfait; que les institulions sont appuyées par l'inébranlable sympathie des masses; qtri) n'existe aucune trace sérieuse d'opposition ou de désaffection; s'il en est ainsi, qti'est-ce qui s'oppose à ce qu'on rende à la France le plein exercice des libertés qu'elle a perdues en des temps troublés? M. Barocbe lui répondit : « Puisque vous reconnaissez vous-mêmes que tout va bien, » pourquoi changerions-nous quelque chose à une situation D dont nous devons nous applaudir tous et dont le pays » s'applaudit?» {Approbation.)
M. Guyard-Delalain, député de la majorité, crut devoir, dans la séance du 5 février, appeler rattention de la Chambre sur les récents événenaents de Varsovie. M. Jules Favre, à son lour, conjura le gouvernement de s'expliquer sur tes faits douloureux dont la Pologne était le théâtre. M. Billault refusa d'entrer dans la discussion : « Le gou- » vernement de l'Empereur esl trop sensé pour donner, par »de vaines paroles, un aliment trompeur à des passions «insurrectionnelles; et il est trop jaloux de sa dignité, de • celte delà France, pour laisser répéter pendant quinze » ans, daus une adresse, des paroles inutiles et des protes- » talions vaines. » [Très-bien .' trèi-hien .')
La séance du 6 fut entièrement consacrée à ta question du Mexique et à l'amendement des Cinq^ dont voici le texte : « Les forces de la France ne doivent pas èlre téméurairement engagées dans des expéditions mat déûnies.
» aventureuses; et ni nos principes ni nos intérêts ne nous » conseillaient d'aller voir quel gouvernement désire te » peuple mexicain.» Le plan des orateurs de l'opposïtiOD était d'amener le gouvernement k répondre séparément sur chaque point important, afin d'éviter rioconvénieut trop visible des débats de l'année précédente, qui se résumant habituellement dans deux discours, l'un de M. Iules Favre, l'autre de M. Billautt, permettaient au président de lever la séance, en laissant pendantes les assertions cootradictoires. M. E. Picard entama doue- la discussion en s' attachant bien plus à la. question de droit international qu'au détail des négociations qui avaient précédé l'entrée en campagne isolée de l'armée française. M. Jérôme David se lança après lui dans un long discours dans lequel il se bornait, pour toute réponse, à trouver extraordinaire que la conduitedes Espagnols et des Anglais reçût des élevés d'une bouche française!... Comme si c'était un crime que de trouver mauvais que le gouvernement impérial n'eût pas accepté, sauf des modiBcations de second ordre, la base des préliminaires de la Soledad?
La lumière que M. Iules Favre jeta sur le c6té fioaocier de l'expédition du Mexique, les preuves par lesquelles i! démontra que la cause principale de la guerre était une question d'argent, méritaient une réfutation sériease. M. Biliault se contenta de monter au Capitole pour remercier les dieux protecteurs de l'Empire des succès obtenus par la politique napoléonienne en Crimée, en Chine, en Cochiiichine et sur tous les points du globe. M. Jules Favre essaya vainement de répondre à ce dithyrambe, la Chambre étouffa sa réplique sous les interruptions.
Le 5' paragraphe de l'adresse contenait des vœux pour la fin de la guerre civile aux États-Unis et de&
LA QUESTIon KOHAINE. 367
Tirets du refus fait par les belligérants de la médiation des trois puissances. M. Arman proposa par un amendement d'appliquer aux côtes des États du Sud les principes du droit marilime proclamés dans le traité de Paris, c'està-dire de ne pas reconnaître le blocus fictif établi par le Nord sur les côtes du Sud. M. Arman n'oubliait qu'une chose, c'est que les Etats-Unis n'ayant pas adhéré au traité de Paris, il était impossible de leur en appliquer les clauses. M. Larrabiire le lui rappela. M. Lemercier défendit, au nom del'humanitéetdes intérêts français, les Etats-Unis lutlauf pour supprimer l'esclavage.
I^ Chambre, après avoir approuvé la politique du gouvernement dans ta question américaine, discuta la question romaine. « Sire, disait le projet d'adresse, le Corps » législatif vous approuve de tenir d'une main ferme la «balance égale enti'e les intérêts qui s'agitent en Italie... N Persévérez dans la même politique. » La gauche demandait dans uu amendement à ce paragraphe la cessation de l'occupation française, en vertu de ce principe, que Rome appartient aux Romains. M. Jules Fnvre termina ainsi son discours en faveur de cet amendement :
« Qu'on nous réponde enfin , qu'on ne s'enveloppe plus de c«s subterfuges (tiplomatiques qui ne sauraient nous abuser ; car, pour en finir et ne pas prolonger davantage une discussion qui me parait superOtie, je dirai que lorsqu'un gouvernement occupe un pays par ses années depuis 18i9, quand il y a consacré nécessairement 300 000 hommes, quand il demande cliaque année de 30 k 33 luillion's aux contribuables, et qu'il o'alteiDl d'autre résultat que celui de diminuer les Tormaliiés dans la délivrance des passe-ports, sa politique est jugée. Ce n'en point, comme 00 a essayé de le dire par uu mot inconsistant et vague, une politique d'apaisement : C'est une politique qui doit recevoir l'une ou l'autre de ces qualiiJca lions, ou impuissance ou équivoque volontaire, et h ces deux liires je la repousse. >
M. Relier, en pressant te gouvernement de revenir aux préliminaires signés» Villafranca et à la paix de Zurich,
prit un ton moins hautain que lejour oii il stipulait au nom des 91 ; il crut devoir se borner à inviter le gouverneuient il faire un pas de plus dans la nouvelle ligne adoptéedepuis l'entrée aux affaires de M. Drouyn de Lhuys. La phalange cléricale s'était-elle dissoute à l'approche des élections, ou bien M. Billault, en signalant le choix de Rome pourcapilale de l'Italie comme un fait « en contradiction directe avec l'intérêt français, » et en ajoutant que « jamais la France n'avait lai&sé espérer à qui que ce fût qu'elle sacrifierait cet intérêt,» mettait-il la majorité plus à l'aise par cette déclaration que par son langage des années précédentes ? M. Billault en résumé cependant ne faisait que répéter l'élernellc déclaration : « L'Empereur est profondément » convaincu que c'est dans la coociUation que se trou- » vent le véritable intérêt même de l'Italie, et celui du » Saint-Père et celui de la religion ; que c'est là te désir du » monde catholique tout entier, et surtout que c'est le » vœu général de la France. »
M. Darimon proposait la suppression de l'article du Code pénal interdisant les coalitions de patrons et d'ouvriers au nom des principes consacrés par le traiti; de commerce, qui ont pour conséquence le droit pour tes ouvriers de débattre librement leurs intérêts. M. Nogent Sainl-Laurens combattit l'amendement de M. Darimon, sons prétexte qu'il tendait à rétablir la corporatiou, qui n'était k ses yeux, qu'une coalition permanente ; comme si la corporation était autre chose qu'un monopole exploité en commun par des matlreset par des ouvrière privilégiés !
Le gouvernement, qui n'admettait pas qu'on pût sans danger accorder à quelques personnes la liberté de se réunir pour discuter une question de charité, les moyens, par exemple, de secourir les ouvriers de la Seine-lnfé-