‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 69 sur 148 · H. UACME EST OBLIGÉ DE SE RETIRER · texte numérisé non relu

H. UACME EST OBLIGÉ DE SE RETIRER

VOUS êtes trompés. Nous réclamons plus que jamais la spécialité.

Ud iacident inattendu permit d'apprécier à sa juste valeur le système de M- Fould.

La Pa&ie, dans le louable désir de rendre hommage au ministre régnaot, s*avisa de dire que, grâce à la crainte salutaire inspirée à l'admloistration par le sénatus-consulte de novembre, et malgré les difficultés de la guerre du Mexique, tes crédits ajoutés au budget primitif ne s'étaient élevés qu'à 35 millions. Une somme relativemeutsi faible, ajoutait ce journal, est un indice du laisser- aller des ministre ordonnateurs sous le régime flnancier précédent. La Pairie reçut aussitôt ce Communiqué S

« Cette appréciation n'est pas juste.

» L'épreuve de 1862 aura eu, au contraire, l'avantage » de mettre en évidence la modération avec laquelle le » souverain faisait usage de sa prérogative.

» Car voici les faits :

B L'ensemble des crédits extra-budgétaires s'était élevé » en 1851 , sous l'ancien système, à 353 millions; en 1860, » ils s'étaient élevés à 291 millions; en 1862, sous l'em- » pire du sénatus-consulte; leur chiffre total a été, non de » 35 millions, mais de 300 millions. »

Le total des crédits ouverts eu dehors des budgets avait été, d'après le Commuràgué, le m6me, avant comme après a la réforme financière ». Cet incident instructif mit à du tes divei^euces qui séparaient M. Fould du ministreorateur chaîné de défendre ses actes devant le Corps législatif. M. Magne, quoique non responsable, n'en paya pas moins de sa place le Communiqué qu'il avait lancé en l'absence de celui dont, constitutioanellemeot, il ne devait être que l'écho docile.

M. Busson, chargé de rédiger le rapport de la commission du budget, parlait d'un style à faire croire qu'on avait cnGn con(|uis et atteint l'équilibre rêvé. Voici comment les chiffres justifiaient la satisfaction de M. Busson :

Le budget des dépenses de 1863, préparé sous l'ioflucDcede la suppression des crédits extraordinaires, et, à cause de cela même, élai^i dans tous ses cadres, dépassait de 91 millions c«lui de 1862; le budget de 186/i, tel qu'il avait été présenté par le Conseil d'État, dépassait de 57 millions le budget mté pour 1863.

M. Busson n'en vantait pas moins « les améliorations incontestables et sérieuses, les pr(^^ réels » accomplis dans la situation financière :

n Votre commission a hâte de dire qu'elle a été puis- » samment aidée par l'esprit de sage entente et de cooci- » liation qui n'a cessé de présider aux rapports du gourer- » nement avec elle : tous les amendements qu'elle a » proposés ont été adoptés par le Conseil d'État... Ainsi, » Messieurs, se prouve une fois de plus voire communauté » de pensées avec le gouvernement. »

La somme des réductions obtenues par la commissioD du Corps législatif, de la bonne volonté du Conseil d'État, était de 1 500 000 francs.

La discussion grâiérale du budget s'engagea te 33 avril; elle fournil aux députés une nouvelle occasion de passer en revue les questions de politique intérieure et extérieure. M. Emile Ollivier fit une tentative pour obtenir du gouvernement quelques explications sur son attitude à l'égard de l'insurrection polonaise. M. Billault répondit en conseillant àl'opinion publique de se méfier dessuppositions ext^érées : « Le pays doit avoir confiance dans la sagesse et -la pru- » dence de l'Empereur, b Un débat fort vif s'engagea en-

U )« SECTION DU BUWET DE L'IMTÉRIEUB. 379

suite sur la première section du ministère de l'intérieur. M. de Jouvenel, rédacteur du rapport contre la dotation Pa-li-kao, excommunié du patronage officiel, revendiqua la libre initiative des électeurs pour les prochains comices : «Si un peu plus de liberté donnée au jeu de nos institua lions introduisait dans cette Chambre quelques éléments » de plus de discussion, croyez-vous que ce fût un mal- » heur? »

M. I^mercier, autre candidat en délicatesse avec M. de Persigny, remplaça M. de Jouvenel à la tribune. « Mes- B sieurs, dit-il, comme pour ma part je blâme énet^ique- B ment la façon dont M. le ministre de l'intérieur pi-épare bIcs élections générales, je propose à la Chambre de » repousser la section première du ministère de l'inté- » rieur. » Celle proposition fut accueillie par une hilarité prolongée sur tes bancs de la majorité. M. Thuillier, président de section au Conseil d'Ëtat, commissaire du gouvernement, mêla ses rires aux rires de la droite. M. Lemercier releva vivement cette inconvenance. M. de Pierre prit alors la parole : « Je viens, dit-il, approuver M. le ministre de » l'intérieur dans toutes ses pratiques, dans tous ses procé- »dés. B L'Assemblée prêta l'oreille. « Le ministre use de • tous les moyens constitutionuels; je ne blâme pas les » changements de circonscription... A quoi sert de ronger «son frein?... {On rit.) Il n'est presque aucun de nous, et, B grâce aux circooscriplions, je pourrais dire aucun de » nous, qui n'ait besoin de l'appui du gouvernement pour B entrer ici. b m. de Pierre expliqua ensuite que, contrairement à H. Lemercier, il désirait le succès du ministre de l'intérieur sur toute la l^ne, afin qu'à l'avenir le Conseil ne fût pas troublé. Il rappela qu'il n'avait jamais demandé de réformes, mais qu'il avait pris au sérieux les invitations

venues de l'Empereur ou des ministres, d'aimer et de pratiquer la liberté. Seulement, comment concilier la mise en œuvre de ces conseils avec le désir de rester toujours d'accord avec le gouvernement?

n Nous étions exposés i des conU-adictioos qui eiigeûent la plus gnnda souplesse. Fallail-it £lre Ilalîen ou clëricai, il ; a deux ans T Oui, il fallait Sire Italien ; celte anuée il ne faut pas l'êlre. Faut-il être PoloDiis présentement? Mon Dieu ! il est possible que cela vous soit permis aujourd'hui, ^ la condition que vous ne le serez plus demain, [Réclamations bruyantes.) Eh bieal c'esi celte difScullé àe me trouver chaque matin d'accord avec les exigencei du gouvernement qui m'a constitué eu faute probablement, mab qui n'a point altéré ma bonne volonté, it

M. de Morny interrompit l'orateur en déclarant que, pour a l'honneur de la Chambre et pour l'honneur du pays, il faudrait être sérieux. x> M. de Pierre était beaucoup plus sérieux que ne le pensait le président du Corps législatif.

M. Picard, à propos des candidats officiels ubandonnés pour de simples écarts de vole, s'apitoya spirituellement sur le sort de M. de Jouvenel, autrefois prol^é du gouvernement, aujourd'hui combattu par lui à outrance, a mis » en interdit par les fonctionnaires, et réduit, comme le deru nier des révolutionnaires, à l'impossibiUté de distribuer 0 ses bulletins». M. Baroches'écria qu'on attaquait on vain les candidatures officielles, que le patronage du gouvernement, chacun le savait bien, ne s'exerçait que dans « l'intérêt de la liberté et de la sincérité des élections ». M. Jules Favre n'eut pas de peine à démontrer que ce système, dans un pays centralisé, privé de journaux libres, devait s'appeler « absorption du suffrage universel par le gouvernement » .

M. de Morny clôtura, le 7 mai, la session par un discours contenant cette phrase : « Un pouvoir sans contrôle

Page 1