‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 71 sur 148 · U QUESTION DU SERMENT · texte numérisé non relu

U QUESTION DU SERMENT

» plus en contradiction avec les coiiTiclions des amis de la o liberté » . M. Thiers, après avoir déclaré que sa vie entière défendait qu'on lui demandât rien au delà du serment, et après s'être refusé à toute déclaration explicative, terminait en disant : « Vous êtes dévoué à l'Empire, et rien n'est plus » l^ilime avec les convictions que vous professez ; mais, » souffrez que je vous le dise, en voulant feire du serment » une formalité qui laisserait les accès de la l^slature plus • ouverts aux hommes dévoués qu'aux hommes éclairés, je o ne crois pas que vous serviez utilement votre cause. « Quant à moi, je ferai un vrai sacrifice en rentrant dans la . » vie publique; mais je ne puis, au sacrifice de mes goûts » et de mon repos, joindre celui de ma dignité. »

La question du serment touchait beaucoup le gouvernement. Le Journal des Débats ne tarda pas à recevoir un averHteement pour s'ôlre permis de soutenir « que le ser- » aient politique ne réclame d'autre engagement, n'impose « d'autre devoir que de ne pas entrer dans la voie douteuse » et obscure des conspirations et d'observer le respect de V la loi recommandé par la morale à tous les citoyens » . M. de Persig^y s'empressa de protester contre cette dé0nition. Penser ainsi, c'était, selon lui, « chercher à tromper X la conscience publique sur la portée d'un acte solennel » qui forme un lien d'honneur entre celui qui le prête et n celui qui le reçoit, entre l'Empereur et le candidat » .

Une candidature, à cette époque où les difiBcultés pour . se mettre en communication avec le suffrage universel ren- ' daient les chances de succès si faibles, pouvait passer pour ; un acte de dévouement. Les candidats n'avaient rieu à • espérer que de leur propre énergie et de l'appui incertain de quelques journaux timides. La formation des comités n'avait jamais été plus nécessaire; tous les journaux li-

S9à L-EHPIRE.

béraux y poussaient, sauf la Presse de M. Emile de Girardin qui, après avoir demandé la formation d'une sorte de directoire électoral destiné à concentrer l'action des parlis, avait Qni par réclamer une neutralité absolue de la pari du gouvernement et de ceux «qui prétendaient avoir te droit de diriger l'opinion», comme si le travail préparatoire des élections, si difficile et si entravé, n'exigeait pas le concours de tous, et comme si l'on pouvait élire quelqu'un sans uneentente préalable au sujelde son élection. Le Siècle, toujours fidèle à sa répugnance pour l'abstentioD sous toutes ses formes et sous tous ses déguisements, poussa très-vivement au mouvement électoral eu publiant, dès le 16 mars, un manifeste contenant son programme politique, et se terminant ainsi :

« A l'œuvre donc, électeurs el caadidats 1 que les coinités se forment, que les éléinenls du grand verdict éleclorol s'Élahoreul. Le Siècle, qutDl ù tui, ne faillira pas â ton devoir. Au lendemain du 2 décembre 1 SBI , il présentait au luITrage des électeurs de Paris les Cavaignac, les Goudcbaux, les CarnoL, et contribuait ë obtenir pour eui le victoire. Celte fois, comme toujours, il restera fidËle i son drapeau,

> Le SiMe s'est di^ji mis i la disposilion des électeurs pour toot ce qui concerne l'inscription des citoyens sur les listes électorales, il leur offre de nouTeau son concours pour tout ce qui pourra assurer la sécurité des élections.

B Et maintenant, candidats et électeurs, oublions tous les dissenlimenU puérils, toutes les mesquines querelles; ne soyons animée que du noble désir de faire triompher la cause démocratique et libérale, Aidons^iouSr et le suffrage uniTcrsel nous aidera. »

La lutte était donc engagée de fait bien avant l'ouverture de la période électorale, et le gouvernement prenait pour la soutenir un luxe de précautions qui prouvait quelle importance il attachait à son résultat. M. de Persigny, ministre de l'intérieur, ne voulant laisser prise à Tennemi par aucun côté, 6t insérer dans le Moniteur du 23 avril une note ainsi conçue : « Plusieurs journaux affectent de

zectvCîooglc

LES CA^D1DATS I^DÉPtNDÀ^T!y. 395

» désigner les candidats de l'opposilion par l'expression de u candidats indépendants, comme si l'indépendance était » unir|Uflment acquise aux candidats patronnés par certains >• partis, et déoiée d'avance aux candidats qui seraient M agréés du gouvernement. Une pareille désignation n'est » pas seulement une intrigue électorale, elle est une injure » pour les hommes honorables qui ont tout à la fois les M sympathies du pays et la conGance du gouvernement. » L'administration prévient ces journaux qu'elle réprimera » sévèrement de pareilles manœuvres. » M. de Persigny, transformant en délit une éplthète passée dans le langage parlementaire et qui, depuis l'adoption des candidatures officielles, n'était d'ailleurs que la constatation d'un fait, puisque le gouvernement, en déclarant que tel candidat n'a pas son patronage, prouve du moins qu'il est indépendant de lui, se plaçait sur une pente qui pouvait le conduire jusqu'au refus de tolérer qu'un journal de l'opposilion accolât une épithète louangeuse au nom de son candidat, à moins de l'accorder en même temps au candidat du gouvernement.

L'opposition ne se laissa pas intimider ; la circulaire suivante, lancée dans les départements en même temps qu'à Paris, servit en quelque sorte de réponse à la note du Moniteur :

f Pirit, Is SS irril 1881.

B SloDsieur etchercoDcilojen,

■ Le moment des Ëleclions approctie. Nous devons redoubler de soini, de dévouement, d'aciiTÎié. Chacun, dans la limiie de ses faculiéi, a miuioQ de faire triompher la sainte cause de ta Liberté et du Progrès, et d'aplanir les obstacles pour parvenir au but. Ces obstacles sont multiples. L'application du suffrage universel est dirScile, sa légalité incertaine. Lléjà, pour éclairer la siloatioD, les avocats du barreau de Paris ont rédi^ un Manuel électoral; malades circonstances spéciales peuvent motiver de nouvelles instructions.

I En conséquence, tandis qu'un certain nombre de citoyens s'occupe

de former un comilé [lOiir ks élections de Paris, nous avons oi^anisé un comité consultatif de correspondance électorale pour les départemeais. Ce comité est composé de MU. Clamsgerao, Dréo, Durier, Ferry, Floquet, Hérold, Hérisson, Marie, etc.

» Dans une seconde lettre, nous tous donoerons les noms des anciens représentants qui voudront bien joindre leurs efforts & nos efforts pour seconder le mouvement électoral, et nous vous indiquerons tes relations que nous aurons établies ayec les journaux de Paris.

n Vos dévoués conciloyeus,

> Garnuh-Pacès, a. DftÉo.

1 Ne pas publier, n

Les premiers actes du pouvoir indiquaient de sa pRrt un parti pris de rigueur el de ^lence contre lequel plusieurs journaux, entre autres le Temps et le Courrier du dimanche, étaient d'avis qu'on ne pouvait lutter que par une coalition : « Gardons en poche nos formulaires, dit le « premier de ces journaux, ne soulevons pas de questions » irritantes, oublions ce qui nous divise et ne songeons qu'à » ce qui nous unit. » Le Courrier du dimanche simplifiait tes choses en supprimant les partis (1) : « Avec le temps » on peut passer d'une nuance à l'autre : êlre indifférem- » ment légitimiste comme M. Berryer, orléaniste comme » M. Tbiers, républicain comme le général Cavaignac. » Le Temps ajoutait : « Supposez qu'il prenne fantaisie à » lord Palmerslon de supprimer la liberté de la presse et » la liberté de réunion, pensez-vous que tories et radicaux » ue se sentiraient pas également lésés et ne se réuniraient » pas dans une poursuite commune des libertés perdues?»

Le parli tory franç^ais s'élail, au mois de décembre J85i, divisé malheureusement au sujet de ces Hbertés, el la majorité du parti qui s'était rangée du côté de ceux qui voulaient les supprimer, ne paraissait pas vouloir se rallier à la minorilé. La cause qui s'opposait à l'alliance proposée

(1) Arlicle de H. Privoit-Paradol.

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