‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 72 sur 148 · DIFFICULTÉ DE CRÉER L'UNION LIBÉRALE · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉ DE CRÉER L'UNION LIBÉRALE

par le Temps et par le Courrier du dimanche entre lotîtes les fractions du parti libéral tenait au passé parle Deux-décembre et au présent par la question romaine, nœud de l'alliance entre le parti tory français et l'Empire. Les feuilles cléricales le proclamaient hautement : a En face des » prc^rammes de la trempe de celui du Siècle, s'écriait » YUnion, nous sommes l'ennemi. » La Gazette de France n'admettait l'action commune qu'avec ceux qui « se pré- B senteraient hautement et publiquement comme dévoués » à la cause de l'Ëglise et aux droits du saint-siége. »

Le gouvernement, par son attitude pour le moins passive en présence des empiétements du Piémont, par son hostilité contre les associations de charité, par le retrait de la candidature oIScielle aux députés qui s'étaient le plus énergiquement prononcés en faveur du saint-siége, avait, il est vrai, donné au parti catholique de grands sujets de mécontentement; mais il lui offraH des compensations par sa persistance à maintenir son armée à Rome et par sa récente tendance à so rapprocher plus intimement du Pape. Ce parti éprouvait donc une hésitation qui se serait peut-ôtre traduite en abstention chez beaucoup de ses membres, si un mémoire (1) signé par les archevêques de Cambrai, de Tours et de Rennes, et par les évoques de Metz, d'Orléans, de Nantes et de Chartres, n'était venu répondre à cette double question : Faut-il voter? Pour qui faut-il voter î

La réponse, très-affirmative sur le premier point, n'était pas aussi nette sur le second. Les évéques déclaraient même qu'ils n'avaient pas le droit de se prononcer à ce sujet. Ce mémoire, au milieu des nuages dont il s'envelop-

pail, n'en était pas uioins un acte d'opposition. Le ministre des cultes écrivit à ceux qui l'avaient signé une lettre potir leur dénier le droit de donner des consultations politiques ou autres en dehors de leur diocèse, et pour les avertir qu'il serait désormais interdit aux journaux de publier des délibérations d'évéques réunis sans autorisation (1).

Le parti catholique, poussé au vote par les év^ues, se partageait en deux camps : le parti catholique pur, n'attachant aucune importance à la forme du gouvernement et ne reconnaissant d'autres principes et d'autres intérêts que ceux de l'Église romaine; le parti catholique légitimiste, se subdivisant lui-même en deux fractions, l'une, la plus considérable, rattachée à la présidence de Louis Bonaparte, puis au coup d'Ëlat de décembre., enfin à l'Empire par l'influence qu'il lui assurait, par l'exemple du clergé, par la haine de la démocratie, par le soin de ses intérêts, par ta possession des emplois; l'autre, composée surtout d'individualités remarquables, ne séparant pas les intérêts de la liberté de ceux de la monarchie et de l'Église, mais convaincue de la nécessité de recouslituer la royauté en l'entourant de certaines garanties en dehors desquelles un gouvernement n'est jamais qu'une variété du despotisme.

Les catholiques pui-s ne pouvaient manquer de voter pour les candidats du gouvernement, ainsi que les catholiques légitimistes; les catholiques-libéraux-légitimisles, unis aux orléanistes désireux d'expier par la réunion des deux branches de la maison de Bourbon l'hérésie de juillet, se présentaient seuls pour entrer dans la coalition rêvée par le Terres et le Courrier du dimanche. Quant aux orléanistes de 1830, partisans de la monarchie conslitution-

(|) LellK de M. Rouluid, pabliée l« 31 mni.

LA ClRCULilHJE DE M. DE PERS1GKT. 399

nelle librement acceptée par la nation, ils étaient trop peu nombreux pour jouer un rôle dislinct dans les élections.

Telle était la siluatioD des partis dans les départements. Le {gouvernement impérial, par le décret du Sa novembre, était entré dans une voie plus favorable à la discussion. La libre expression de la pensée parlementaire aurait dû avoir pour conséquence la libre expression de la pensée électorale. L'opinion publique comptait donc que les élections seraient dirigées dans un sens conforme à l'esprit du décret du 24 novembre. Les premiers actes de M. de Persigny démentirent bientôt ces espérances. L'Empereur n'avait voulu conBer qu'à un serviteur éprouvé la direction des opérations de la campagne électorale. M. do Pcrsigny convenait peu à cette tâche. Parvenu, non de la politique, mais de la conspiration et du complot, sectaire du bonapartisme plutôt que bonapartiste, il se consolait et même il était fier de passer pour mauvais administrateur par l'illusion de se croire un bomme d'Etal; M. de Persigny n'apercevant que le détail des cboses et croyant les diriger dans leur ensemble, cassant lorsqu'il s'imaginait être habile, pédant quand il croyait être profond, avait en outre la manie d'appuyer ses actes sur des exemples tirés de l'histoire d'Angleterre. Il emprunta donc à celte source les arguments développés en faveur des candidatures officielles dans la circulaire adressée le 8 mai aux préfets pour leur tracer la conduite à suivre pendant les élections.

M. de Persigny, après avoir tracé le brillant tableau de la situation de la France Urée par l'Empereur de « l'état d'anarchie, de misère et d'abaissement où le » régime des rhéteurs l'avait laissée, » expliquait comment, dans un pays m constitué depuis dix ans seulement

» après tant de convulsions », le {çouvernement ne pouvait, « sans prolonger la révolution » , se borner dans les élections à assister à la lutle des opinions diverses. «Les > partis n'étant point divisés en France, comme en Angle- * terre, uniquement sur la conduite des affaires, mais B encore sur le principe même du gouvernement, for- » ment nécessairement des factions. » Ces factions, composées des débris des gouvernements déchus, « bien qu'affai- » blies chaque jour par le temps qui seul peut les faire I* disparaître, ne cherchent à pénétrer au cœur de nos » institutions que pour en altérer le principe, et n'invo- » quent la liberté que pour la tourner contre l'Ëtat •>.

Les partis, aux yeux de M. de Persigny, n'étaient d'ailleurs n qu'une coahtion d'hostilités, de rancunes, de dépits opposée a(ix grandes choses de l'Empire ». Ils ne voulaient la liberté que « pour la tourner contre l'Ëtat et contre l'Empereur »; mais il ne les craint pas, car o l'élu » du peuple, fort de son origine providentielle, a réalisé » toutes les espérances de. la France. Cette France qu'il B avait trouvée dans l'anarchie, dansla misère et l'abaissej> ment où le régime des rhéteurs l'avait plongée, il lui a u suffi de quelques années pour l'élever au plus haut degré » de richesse et de grandeur. ■

M. de Persigny afIRrmait que les élections seraient libres, et que les préfets ne devaient s'adresser qu'à la raison et au cœur des électeurs, mais « afin que la bonne foi des >> populations ne puisse être trompée par des habiletés de » langage ou par des professions de foi équivoques », il disait à ces fonctionnaires : « Désignez hautement, comme » dans les élections précédentes, tes candidats qui inspirent » le plus de conSance au gouvernement. Que les popu- » lations sachent quels sont les amis ou les adversaires

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