‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 74 sur 148 · L-eoUCATION DES PAYSANS · texte numérisé non relu

L-eoUCATION DES PAYSANS

comprenait l'Empire, consistait à fortifier, à étendre l'action du pouvoir central par l'intermédiaire du préfet. L'influence de ce fonctionnaire en tout ce qui concerne les affaires, les places, tes faveurs, devenait chaque jour plus grande. Rien ne le gênait: la candidature officielle remplissait' les conseils générauxde surveillants bénévoles ; les journaux de l'opposition avaient été tués presque partout; il ne restait g^èreplus que des journaux entretenus par le gouvernement au moyen de subventions secrètes et des annonces judiciaires. Le clergé était l'auxiliaire du préfet; et s'il arrivait parfois que la lutte s'engageât entre eux, le préfet opposait les mairesaux curés, les gardes champêtres aux bedeaux, et, grâce à ces derniers, il assurait presque toujours le triomphe du , candidat de l'Etat sur celui de l'Église.

Leclei^é seul cependant était organisé de façon à lutter, qoaod cela lui convenait, contre l'administration. L'opposition libéraleet démocratique, privée de ses moyens d'action légitimes, la presse et le droit de réunion, se faisait difScilemeut jour dans les villes; à plus forte raison dans les campagnes. La Révolution française, en émancipant le . paysan par ta propriété, n*a point changé ses habitudes morales; son éducation et son instruction en sont restéesa peu près au point où elles étaient en 89. La Révolution esi pour lui un fait vague el lointain dont il n'entrevoit que fort obscurément les causes et les conséquences. Le mor ceau de terre qu'il cultive encore a été acheté par s^ll grand-père à la nation, qui l'avait enlevé aux nobles et aux prêtres; ceux-ci ont voulu le lui reprendre; un homnn' qui s'appelait Napoléon a préservé son héritage; voilà tout ce qu'il sait de la Révolution. On ne lui a pas enseigna autre chose depuiscinquaute ans. I^a révolution de Février,

toi L-BttPIRC.

en le conviant à la vie politique, n'avait pas eu lu temps de lui en apprendre les devoirs, et l'Empire jugeait plus com- ■hiode de les exercer pour lui. Ce bulletin de vole que le garde cbampèlre lui remettait en ajoutant : « C'est ce papier-là qu'il faut apporter au maire le jour de l'élection » , n'était pas une grande conquête à ses yeux; il se disait: •I Puisqu'on n'est pas libre d!yinscrirequi l'on veut, ternaire » aurait mieux fait de le garder tout de suite, puisqu'il » faut qu'on le lui rapporte (1). »

Le paysan, en général' timide, tremble quand il se sent surveillé de près : maires, juges de paii, curés, gardes champêtres, brigadiers de gendarmerie, avant, pendant et après l'élection avaient les yeux sur lui. Ces surveillants étaient à leur tour surveillés par le commissaire de police cantonal cbargé de stimuler le zèludumondeofficieldunllage. 11 ne se contentait pas d'entrer dans la maison du paysan, il pénétrait même dans ta salle des délibérations du Conseil municipal et tançait vertement ses mombres, si leur liAe lui semblait faiblir. — l^ commissaire de police agissait sur les populations par la terreur. Un électeur deTopposilion traversait un village de la Gironde entre deux gendarmes, et le commissaire de police criait, en le montrant à h fuule : « C'est un partisan de M. Decazes, voilà comment » on les traite. »

Le commissaire d'une ville du département de Vuu- '.luse ('2), escorté de gendarmes, de gardes cliampëlres, lambours et drapeau eu tète, aimoncait pendant le scrutin il la population, sur les places et carrefours, que si le can- <iidat de l'opposition était nommé, les cocons se vendraient il douze sous, comme en 18/[8. L'administration, au Heu

^AtOOi^Ic

ACTION DE L'iDHiniSTItATIOH. 105

de ses agents, faisait intervenir quelquefois des personnages de TaDtaisie. C'estainsi que dans le Ddu1)s «quelques » amis du peuple des campagnes » menaçaienllesélecteurs de voir tomber les fromages à 5 francs le cent, et le set monter à 5 sols si M. de iMontaleuibert était nommé.

Gardes champêtres, gardes- canaux, gardes forestiers, cantonniers, recevaient le mot d'ordre du commissaire de police. Les gardes champêtres, dans ledépartementde Seineet-Marne, répandirent le bruit que le candidat de l'opposition était un accapareur ; les cantonniers ajoutèrent que les. pauvres gens qui voteraient pour lui ne pourraient plus aller au bois faire des balais. Il ne faut pas oublier que ce personnel d'agents verbalisait toute l'année, et que s'il y a quelque chose au monde que le paysan redoute, c'est le procès-verbal, auquel il est sans cesse exposé. La méfiance de la justice est enracinée de longue date chez lui ; il ne croit qu'à la faveur, et il est disposé à s'incliner devant les plus humbles agents de celui de qui toute faveur émane, c'est-à-dire du préfet.

La circonscription aurait dû former une association géographique de localités groupées d'après les conditions du sol et les précédents (te l'histoire; mais la circonscription ainsi fixée aurait créé des influences locales difficiles à dominer par l'administration. Le législateur impérial s'était donc réservé le droitde morceler, de dépecer des arrondissements, au gré de ses intérêts électoraux. L'administration, à chaque époque de réélection, remaniait le cadastre électoral. Le député brouillé avec le gouvernement cherchait sa circonscription, et il ne la retrouvait plus. L'administration, ne pouvant escamoter le candidat, escamotait la circonscription. Une ville ïnspirail-elle des craintes pour son vote, on le noyait dans celui des campagnes.

L'accès même de la circonscriptiou élait difficile au candidat indépendant. Il y était à peine entré qu'oa cherchait à lui en rendre le séjour impossible par une surveillance qui s'étendait jusqu'àsa famille, et par les attaques du journal ofGcieux de la localité. I^e candidat de l'opposition éprouvait naturellement le besoin de répondre à ses détracteurs. Il cherchait donc un imprimeur. S'il y a deux imprimeries, dans une petite ville, presque toujours l'une dépend du préfet, et l'autre del'évéque. L'imprimeur, eu admettant qu'il soit indépendant du préfet et de l'évêque, n'est pas indépendant de la législation sur la presse, im- . mense Ûlet dans lequel il peut être pris à chaque instant. Le candidat cependant a triomphé de cet obstacle ; sa circulaire encore humide des pressesest là. Comment la ferat-il parvenir aux électeurs? Trois moyens s'offrent pour cela : l'afGchage, la poste, la distributiou libre après dépôt préalable ; mais l'afficheur et le distributeur restent à trouver. L'afiicheur, dans une petite ville, est ordinairement un personnage ofBcielqui n''ira pas jouer sa place contre le plaisir de servir la liberté. L'afhcfaeur Ubro a besoin de tout £on courage civique pour placarder son afQche à côté de celle de l'Empereur. La voirie est pleine d'embûches pour lui; elle ases règlements comme l'imprimerie, et qui sait ce que cas règlements réservent à son échelle citoyenne? Le candidat, faute d'afficheur, était réduit parfois à s'armer du pinceau et du pot à colle (1). Dans les villages, c'était la nuit, à la faveur des ténèbres, que l'afficheur volontaire et ses complices se glissaient le long des murs et disparaissaient, laissant comme trace de leur passage l'inutile affiche que le maire ou le garde champêtre

(4) M. ÇiApitt diDB lea Bouchei-du-nhOnB ea 18SS. H. Jul«t Fcrrj conifale que le même f«it t'eti reproduit en 18G3.

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COKPLtClTE DES FONCTIONNAIRES. M7

déchirait le lendemain d'une main indignité, à moins que, dans un accès de gaieté facétieuse il ne la cachât sous celle du candidat de la préfecture (1).

La lacération des afGcbes apposées dans l'intérêt d'un i^ndidat ne constituait aucune infraction pénale aux yeux des magistrats du parquet. Le candidat qui se plaignait à «ux de ce délit commis par un foDCtionnaire, avait pour toute ressource o do provoquer, de la part de l'administralion, un blâme contre le coupable (3) » .

Restait la poste ; mais comment se 0er à elle? On n'entendait parler de tous cAtés dans les temps d'élection que de bulletins en retard, de circulaires égarées, voire même d'écrits électoraux jetés dans les égouts. Les paquets arrivaient quelquefois, mais, par un prodige singulier, entre chaque circulaire du candidat indépendant s'était glissée une circulairedii candidat ofQciel, et entre chaque bulletin libre un bulletin estampillé (S).

Le préfet, s'il le jugeait nécessaire, interrompailles foriclions ordinaires de la poste. Le préfet de l'Isère obligea, le âO mai, les facteurs à partir à cinq heures du matin au lieu de onze heures pour porter les affiches ofGcielles dans toutes tes communes de le,ur circonscription, et rien que ces affiches, attendu qu'à cette heure aucun courrier n'était arrivé. La banlieue de Grenoble, qui comprend 25 000 habitants, resta privée, pendant vingt-quatre heures, de communicatious postales, d'oii peuvent dépendre l'hoiiueur, la vie, la fortune de bien des gens, uniquement pour attaquer un candidat et au moment oii il ne pouvait plus se défendre (ft).

(1) A Htaux el dani d'auiret localilis.

(2) Hépopie du procureur itnpérùl de Wjom i H. Ariilide Dumonl.

(3) Lellr* de H. Bordillon adreitée à t'inipecteur de* po«te> i Angen, 30 mù

(A) Klcrtion de H, Cuimir Ptrier.

1, .. A,0<lglC

tOS L*UIPIRE.

Le dtslribuleur libre devait avoir l'âme d'un héros et te courage d'uu martyr pour résister aux exhorlalions, aux menaces, et quelquefois aux coups des commissaires, des maires, des gendarmes, des gardes champêtres et des cantonniers ; les héros et les martyrs sont rares dans les campagnes. Il s'en était, par hasard, trouvé un à (ïuéret, dans la personne d'un jeune soldat en congé renouvelable; ud autre à Lannion, sous les traits d'un porcher. I^ premier reçut immédiatement l'ordre de rejoindre son corps, le second fut emprisonné sous lapréventiondu délit de fausse nouvelle, et acquitté plus tard. Un homme fut également assez hardi pour accepter la mission de disiribuleur libre dans le département de Seine-et-Oise; le maire de la commune déclara formellement à ce pauvre diable que s'il avait besoin de quelque secours, il ne devait plus^ compter sur le bureau de bienfaisance.

Le candidat officiel n'est pas soumis à ces tribulations; il se promène tranquillement pendant que le fourrier de ville, le garde champêtre, portent ses bulletins et placardent majestueusement ses afBches sur tous les murs, les troncs des arbres et jusque sur les piédestaux des croix de grands chemins. I^a poste se donne bien de garde d'égarer ses circulaires; l'électricité n'a pas pour lui les distractions et les lenteurs qu'elle montre pour le candidat de l'opposition, toujours incertain du sort de ses dépêches.

Le gouvernement, outre son armée de fonclionnairesiictifs, peut mettre en ligne dans les cas graves une landwehr de fonctionnaires officieux dont il se garde bien de négliger le concours ; l'inspecteur des écoles de l'académie de la Côled'Or écrit à ses subordonnés pour leur demander les noms et les adressesdetouslesanciens militairefi habitant la con>-

LA LAHDVHER AMHmSTItATIVE. 409

muneetélecteurs, des médaillés de Sainte-Hélène, des décorés de la Légion d'honneur, des retraités de toutes les administrations, des débitants de tabac, des cabaretiers, des personnes chaînées d'un service public à quelque titre quecesoit, maçoos, architectes, des pères (électeurs) d'enfants devant tirer au sortl'année prochaine , des pères d'enfants au service ou en réserve ; l'inspecteur des écoles de Cambrai demande de son. côté «les noms des pères d'em- » ployés, de fonctionnaires, de jeunes gens qui sont corns tais aux chemins de fer ou dans les mines. » Autant d'auxiliaires de la candidature ofBcietle.

Les instituteurs doivent, du reste, prendre eux-mêmes part à la bataille sous peine de passer pour des lâches aux yeux de leurs chefs. L'inspecteur del'académiedela Côted'Orleurécrit : ■ Combattre les candidatures adminislraa livea, c'est combattre l'Empereur lui-même. En adopter 1 eten patronnerd'autres,c'est^aIement servir el recruler » contre lui... Ne pas les combattre, mais aussi ne pas les » soutenir, c'est Tabandouner, c'est rester l'arme au pied n dans la bataille. Votre indifférence me causerait de la » surprise et du regret, votre hostilité serait à mes yeux B unelâcheté coupable et sans excuse» ; l'inspecteur de l'académie lies Vosges écrit aux instituteurs qu'il n'est ni l'ami ni le parent du candidat indépendant (M. Buffet) ainsi que les malveillants en ont fait courir le bruit, et qu'il les engage à se montrer dévoués à la candidature officielle.

Le modeste débitant de tabac doit, lui aussi, mettre son iuQuence à la disposition de la candidature officielle. Lt^ directeur des contributions indirectes les engage, « commf » leur conscience l'a déjà fait, à se servir de leur position u pour assurer, dans la limite de leurs moyens, le succès ■ du gouvernement » . Le débitant de tabac, en tem[K d'élec-

tiou, devient robjt^t J'unesurvcillance incessante, dans les plus humbles villages.

Le candidat officiel communique directement ses instruclioiis à l'armée administrative, il la fait mouvoir. Le candidat officiel, dans la Mancbe, prévient les juges de paix de sa prochaine arrivée, et les avertit de se tenir prêts à le conduire chez tes maires de chaque canton .

La centralisation a été comparée à un polype aux tentacules innombrables; le tentacule administratifcommence au préfet et finit au cantonnier; lé tentacule judiciaire va du procureur général au sergent de villev te tentacule financier s'étend du receveur général au porteur de contraintes, sans compter vingt autres appareils : octrois, douanes, droits- réunis, pouls et chaussées, avec lesquels le polype enlace le candidat, l'étreiul et l'étouffé ; la centralisation est aussi une machine savante, compliquée, merveilleusement oliéissante à la main qui la dirige. Il n'est pas une seule fonction touchant, même de loin, au gouvernement qui ne puisse être prise dans ses engrenages : notaires, avoués, huissiers, recors' y sont soumis. I^ (centralisation, si elle ne peut obtenir d'eux un appui formel, leur impose du moins la neutralité.

Le candidat officiel, en retour de ces avantages, donne son adhésion formelle, éclatante à la politique du gouvernement ; il faut qu'il se déclare son adhérent, son défenseur, qu'il rompe toutes relations avec ses adversaires. Aucun doute ne doit subsister sur son orthodoxie. M. Gouin, candidat officiel âans le département d'Indre-et- ' I^ireet suspect de favoriser dans ce même département la candidature de son ex-collègue M. de Flavigny, auquel le patronage de l'administration a été retiré, reçoit du préfet Podevin l'avis que le ministre, mécontent de son attitude.

UIPRISONNIUIEHT DUS ELECTEURS. Ail

le charge de l'avertir que, s'il n'en change pas, il considérera sa conduite comme un acte d'hostilité et qu'il pro- ' posera un autre candidat à sa place. M. Gouia « doit faire counatlre exactement sa réponse par l'ordonnance qui lui remettra ce pli ».

Toutes les forces de l'autorité publique en temps d'élection agissent sous l'impulsion du préfet. La justice elle- . même devient sa docile servante. Un électeur fait-il contre le candidat officiel une prop^ande gênante, le <-x>mmissaire de police le fait arrêter. Il reste enfermé dans la prison de la commune, avec un forçat libéré, jusqu'au moment où on le conduit entre deux gendarmes au chef-lieu d'arrondissement. Sa lîlle et le bâtonnier des avocats ne peuvent le voir en prison. Il est au secret. Le candidat non officiel, la cause innocente de cette arrestation, parvient cependant à obtenir une audience du procureur impérial. Ce dernier n'hésite pas à déclarer que le prisonnier lui est depuis longtemps signalé par l'ardeur et l'aclîvité de sa propagande, qu'il a publiquement et avec malveillance relevé des affirmations contradictoires entre une dépêche du préfet de la Gironde et celle du préfet de la Dordogne, relative à un tracé du chemin de fer -, qu'il est allé jusqu'à s'écrier : « On ne se f. . . pas ainsi du peuple» , et que le commissaire a dû exécuter l'ordre donné par le parquet de l'arrêter dans le cas où il dépasserait les bornes delà l^lité.

Lé candidat non officiel offre en vain une caution pour obtenir la liberté du prisonnier, et sa garantie qu'il se représentera à première réquisition de la justice ; le procureur im|>érial refuse. Le candidat atteste qu'il ne réclame nullement rélai^îssement du prisonnier dans son intérêt, et que celui-ci ne reutrera dans la commune qu'après la clôture

.x.oogw -

ai9 L'IHPIRB.

du scrutin ; lo procureur impérial s'adoucit alurs et ordonne ta mise en liberté à cette condilioa(l).

Le maire, simple agent du préfet, mais reflet de sa puissance, sorte d'émanation du pouvoir souverain, occupait une position très-enviée et très-redoutée. L'amour de l'épharpe était une passion fort générale el fort vive sous l'empirequi l'e^iploitail avec unegrande habileté. L'écbarpe servait dans les communes ruralesà remplacer les partis par les coteries municipales et à contenir ces dernières les unes parles autres. Le sentiment politique n'existant que très* . peu dans les campagnes, les paysans passaient du camp de l'opposition dans celui du gouvernement, et réciproque- • ■ ment, selon que l'écbarpe de maire passait de celui-ci à celuî-là; l'beureux élu du préfet, instrument docile entre' ses mains, lavait qu'il devait obéir passivement ou ètn» brisé.

La tournée annuelle' des conseils de révision coïncidait iw.r un heureux hasard, en 1863, avec l'époque des élections. Les préfets en profltèrent pour exhiber dans leur ..calèche tes candidats officiels aux populations, pour les présenter' aux juges de paix et aux maires, et pour lrac«r ' à CCS derniers la ligne de conduite qu'ils devaient suivre .sous peine de destitution. «Messieurs, » disait le préfet de la Manche aux maires, après leur avoir fait former lecercle autour de lui, à la façon militaire, •> si vous ne devez pas » voter pour le candidat officiel, déposez votre écbarpe la » veille, pour ne pas vous la faire retirer le lendemain, j Menace inutile. Les maires n'étaient que trop disposés 4 se conformer à la doctrine de l'obéissance passive et à se Taire les agents dévoués des candidatures officielles. La

(1) AiT«*t(lion de H. Delmu, conaeilleT municipsl ■ SAinle-Foii ^fiircuid«).

1, .. A,OOglC

PROCUUATIOns DES HAIHES. tI3

période élecloi-ale à peine ouverte, ils donnèrent des preuves de leur zèle; le maire de Chauffailles (Saûne-et-Loire) invite ses administrés à oommer le candidat oflBciel, •< a6D a que l'Empereur puisse meper à bonne un les grandes » cboses qu'il a commencées pour la France, et lui celles » qu'il a commencées pour Cbauffailles » .

Le maire d'Ouistrebam prémunit aiosi ses couciloyens contre les menées de l'opposition : « Habitants d'Ouisk trebam (1 ), des agents plus ou moins payés se vantent de m TOUS faire voler contre le candiJat du gouvernement. Je

* connais trop votre Berlé pour croire que vous vous laism serez influencer par qui que ce soit. Ici vous n'avez qu'un » ami sincère, c'est moi ! Et quand je vous dis : Votez » pour M. Bertrand, c'est que ce vote est dans vos intérêts » les plus chers!!!» Le maire de Jonvelte «ignale aux électeurs M. d'Andelarre comme « le protecteur du parti a de la noblesse et du clergé; qui voudrai! voir cevenir *> l'époque où nos aïeux étaient conviés k tour de rôle pour m battre l'eau et imposer silence aux grenouilles dans le

• but de laisser dormir paisiblement M. le marquis ou » M~ la marquise, ou messieurs les prieurs de tel ou tel a village.

. » Électeurs, ajoute le maire de Jonvelle, sachez qu'en » votant pour H. Galmicbe vous votez pour vous, pour votre 0 bonheur, pour le prt^rès, pourl'Ëmpereurquivousaime; » aimez-le aussi. Vive la France régénérée! Vive l'Em- » pereur! » Le maire de Saint-Thibéry, voyant une certaine incertitude régner dans l'esprit public de la com^ mune, menace ses administrés de les abandonner : « Si, » entraînés par les belles promesses prodiguées par des

AlA L'EHPIRE.

» maÎQs impuissantes, par ces grands mots dont vous jouis- » sez déjà de la signification, affichés sur votre place » comme un appât funeste à votre prospérité par des agi- » lateurs inconnus, sans aucune garantie pour vous du » passé ni de l'avenir, vous méconnaissez les avis paternels » du maire que vous avez enlevé à ses habitudes solitaires. » et tranquilles pour le combler de toutes sortes de soucis, » n'en doutez pas, sa démission de maire de Saint-Thibéry » accompagnerait le procès-verbal qui doit constater le » résultatdevos'suffrages...» Cemagistratcontinue: oVous » avez le maire que vous désirez, vous possédez tout oe qui » est pratiquement possible d'obtenir. Vous devez être satis- - » faits, et c'est à l'Empereur que vous devez votre satisfac-

» tion Prouvez àvotre maire que vous avez conBance

» en lui, et à la France entière que les habitants de Saint- » Thibéry ne sont pas tels qu'on Vîngénie à te faire croire, M mais bien d'bonndtes citoyens dévoués à l'Empereur, à ■a l'Impératrice et au Prince impérial. »

Le maire de Plombières ne veut pas exercer de pression sur SCS administrés, mais il les prévient que « si à Plom- B bières, qui a été comblé de bienfaits par l'Empereur, la » majorité n'était pas acquise à M. LeBourcier, ce serait » une faute et une maladresse. • H engage les habitants de Plombières, « dans l'intérêt de la France et dans leur in- 11 lérêt particulier, à voter pour le candidat de l'Empe- » reiir. » Le maire de Gonsans invite les électeurs à voter pour M. Latour du Moulin : « C'est l'ami de l'Empereur, » c'est lui qui a empêché l'impôt du sel. » Le maire de Gonsans apprend ii ses concitoyens que le même candîdata fait obtenir &00 francs aux pauvres de la commune, qui par reconnaissance voteront certainement pour lui. Le maire de Soulaines soumet ii ses administrés cette sim-

PRDCLtHlTIONS DES MAIRES. A(»

pie réflexion : « li est grandement de notre intérêt de remplir « Bdèlement les intentions de M. lepréretqui, chaque jour, » nous a favorisés dans nos entreprises pai' les fonds du » gouvernement qu'il a accordés, » et, par conséquent, de nommer M. Segris « aBn que M. le préfet nous vienne » encore en aide pour la confection de nos routes. » Le maire de Martigues (1) fait afficher dans sa commune la lettre suivante du candidat orûciel :

« Monsieur In miire,

> Par ordre de H. le sénateur, je suis irâs-heureui de vous annoncer qu'il vient d'Sire fait droit à la demande des pficheurs de Harligues ; vous pouvei leur annoncer que la vente facultative i la criée est rétablie. C'est îe premier service qu'il n^'est permis de rendre il la population sî intéressante de votre commune. J'espène, monsieur le maire, que ce ne sera pa» le dernier.

H Je n'ai pas oublié votre demande d'une garnison k Marligues ; je crois pouvoir vous annoncer que cette demande, accueillie dpji par M. le aéatteur, le sera aussi par M. le ministre de la guerre dés que la commune aura les dispositions nécessaires d'un local pouvant servir de caserne.

* B Fait en Préfeclure, le S6 mai 1 863.

Le maire de Sainle-Foy annonce une nouvelle non moins importante à ses administrés. Il "se hâte de leur apprendre, trois jours avant l'élection, que le chemin de fer de Lîbourne h. Bergerac passe7'a en principe sur la rive gauche, ' avec un pont à Bergerac, et qu'on va procéder aux formalités ordinaires en faveur du nouveau projet; une affiche qui se termine par le cri de : vive l'Empereur ! est placardée. La rive gauche est dans la joie, la rive droite dans la douleur ; les habitants de la Gironde sont enchantés, ceux de la Dordogne gémissent ; mais voilà que tout à coup le préfet . de la Dordognedémentla nouvelle du tracé par la rive gauche; le préfet de la Gironde la maintient. Le candidat offi-

(1) CD;HU>lne de trégats-en retraite, membre de la Li|ion d'hoaneur.

aiS L'EMPIRE.

ciel rive droite et le candidat ofGciel rive gauche tremblent pendant ce temps-là. Les deux rives, heureusement dociles, ne les repoussent ni l'un ni l'autre.

Le maire de Kermaria monte en chaire le dimanche à la place du curé, et prêche en faveur du candidat de la préfecture. Le maire de Rinstenhart fait proclamer sur la place du village que tes bulletins du candidat de l'opposition apportés par la poste ne valent rien et que lui seul connaît les bons. Le maire de Saint-Christophe-sur-Avre, prévenu « que certaines personnes connues par leurs idées D perverses « se proposent d'agir sur ses administrés, a recours à la poésie pour tes garantir contre ces périls :

Soyez fcnues dins TOtre devoir.

Ne soyez pas

De ces DMchines sans vouloir

Que la main des hommes par ressort fail mouvoir.

Le maire, dans toutes les communes, se tient sur la place le jour du vote et surveille ses administrés. Quelques- ' uns auraient bien envie de voter pour l'opposition en s'en rapportant au secret du vote garanti parla loi, mais le candidat du gouvernement a; écrit son nom sur du papier transparent, et pour plus de précaution, le maire a envoyé aux électeurs dont il se mé6e le bulletin oFQciel piqué ou collé sur leur carte d'électeur. Les électeurs de la campagne, pour se rendre dans ta salle du scrutin, sont obligés de traverser une sorte de couloir où secrétaire delà mairie, officiers de pompiers, brigadiers de gendarmerie, fourriers de ville, gardes champêtres, cantonniers, sont en permanence et demandent à chaque électeur son bulletin, qu'ils remplacent par le bulletin du candidat officiel si celui qu'ils ont porte le nom du candidat de l'opposition (1).

{\} A Civaillop, i Milhau, ) ReUhac.

LES mSTROHEKTS OU VOTE. 417

Le maire deCaudebroude (Aude) avait fait placer au sommel de l'escalier qui conduit à ta salle du vote, le buste de l'Empereur entouré de l'écharpe du mairo lui-même qui * contenait les bulletins du candidat officiel. On lisait audessous du buste : « Venez me défendre à l'arme blan-

> che avec des bulletins. » Un garde champêtre orné

de sa plaque distribuait les bulletins.

Un grand nombre de maires ouvrent les bulletins el déchirent ceux des opposants, affirmant, d'ailleurs, que quel que soit le nombre de siiiTragcs obtenu par le candidat de l'opposition, le candidat du gouvernement sera élu, et, comme pour donner plus de poids à leur aCBrmation, ils offrent de parier cent contre un que les choses se passeront ainsi.

L'apposition des scellés sur la botte du scrutin ne préoccupait guère ces- fonctionnaires. Us laissaient au brigadier de gendarmerie ou au maître d'école le soin de se conformer à celle prescription de la loi, assez difficile, du reste, à remplir avec un matériel électoral tellement incomplet que dans un grand nombre de communes on volait soitdans un chapeau, soît dans un saladier, soit dans une soupière et, à défaut dé ces récipients, dans la poche du maire tenue entrebâillée par lui et par l'adjoint ou parle garde champêtre.

L'importance du rôle des maires et le parti qu'un préfet résolu peut en tirer n'est nulle part plus sensible que dans les élections du déparlement d'Ille-et-Vilaine, où le candidat de l'administration est en présence du candidat du clei>;é, el où la lutte s'établit entre les maires el les curés, aussi le préfet d'IUe-el-Vilaine écrit -il conBdentiellement, dès le 12 mai, aux maires du déparlement que, dans plusieurs circonscriptions « tous les ennemis de l'Empire el de son

TUULE DKLOm». 'n — a?

» administralioD » se préparent à combattre de concert les candidats du gouvernement : « Une associatioo aussi anor- » maie entre des partis qui, jusqu'à ce jour, n'ont pas cessé » de lutter les uns contre les autres, nous indique jusqu'à * » quelles extrémités se laissent entraîner les ennemis de » l'Empire dans la voie de l'hostilité et de l'ingratitude ! Les T. populations feront justice d'une manoeuvre si peu conu forme au caractère et aux seutiments du pays breton. » Il ajoute que les partis hostiles ne se feront pas scrupule de répandredans le pays «les plus odieuses calomnies» contre le gouvernement, contre l'administralion préfectorale et contre le candidat ; aussi compte-t-il sur le concours des maires, « conformément au serment qu'ils ont prâté à l'Empire », pour faire connaître à leurs administrés l'importance que le gouvernement attache à la candidature de M. de Dalmas, employé au cabinet particulier de Napoléon m. M. Audren de Kerdrel, son concurrent, représentait l'élément légitimiste et catholique, et ses partisans soutenaient qu'il défendrait plus sincèrement que M. de Dalmas les intérêts religieux. Le préfet d'Ille-et- Vilaine proteste contre cette assertion : a M. de Dalmas, » s'écrie-t-il, a voté les dépenses si nombreuses et si impor- » tantes qui ont pour principe et pour but la protection du 3 Saint-Père, il s'est associé aux demandes du parfi catho- B lique toutes les fois qu'il a pu le faire sans ingratitude » pour l'Empereur. »

Le préfet s'indigne en voyant H. de Rerdrel, « candidat de l'opposition et de la coalition des partis extrêmes», adresser aux curés et aux desservants les imprimés qu'il destine aux électeurs, et il signale particulièrement aux maires ce fait, en les invitant « à se mettre en mesure de signaler et même de neutraliser l'illégitime pression que

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