‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 76 sur 148 · LE PREFET DE U LOZÈRE CONTRE H. DE CBAHRRDH · texte numérisé non relu

LE PREFET DE U LOZÈRE CONTRE H. DE CBAHRRDH

voquaut à Fournels tous les maires et tous les instituteurs du cantoD pour leur présenter M. Joseph Barrot, candidat orOciel, commeuce par leur dire : « Je dois vous prémunir » contre les démarches que fait M. de Chambrun poui- » obtenir de nouveau votre mandat. M. de Chambrun n'a M rien pu obtenirdugouvernemenl.il a perdu sacon(iauc4- M dont it n'était pas digne. S'il éiait renommé rien ne lui » serait accordé ; la Lozère n'aurait aucune part aux libé- » ntlités du gouveroemént, aux distributions de Tonds dont » il dispose pour secours de toute nature. Si vous éprouviez » des pertes de bestiaux, si la gelée endommageait vos » récolles, vous ne pourriez plus prétendre à aucune in- '< demnité. Le département de la Lozère et ses habitants u seraient délaissés, ahandonnés par le gouvernement, si » vous nommiez le candidat qu'il repousse. »

Le préfet s'était trouvé On peu tard au rendez-vous par suite du mauvais état de la route; il s'en prit à M. de Chambrun qui n'avait même plus, dit-il, le crédit nécessaire pour obtenir la réparation d'un chemin vicinal.

Les partisans de M. de Chambrun n'en tenaient pas moins à lui, et M. Joseph Barrot risquait fort d'échouer, malgré les maires qui signalaient M . de Chambrun comme un (I ennemi acharné du gouvernement », malgré surtout le maire de Nasbinals qui, dit-il, Tera enlever le fumier des électeurs qui voteront pouf lui, et laissera le fumier de ceux qui voteront contre. Tous les maires ne monlrèreni pas la même vigueur, si l'on enjugeparles mesures prises par le préfet après le scrutin, qui fut entièrement favorabh' à M. de Chambrun. Vingt-huit maires et adjoints payèrent celte élection de leur écharpe.

Le préfet de la Haule-Saône rappelle aux anciens militaires, légionnaires, médaillés de Sainte- Hélène, di;

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Crimée, d'Italie, que Napoléon a dit : Les blancs seront toujours les blancs, et que le candidat ofBciel est M. Galmicbe ; l'idée lui vient ensuite d'utiliser un chemin de fer qui ne sera jamais construit, contre la candidature de M. d'Andelarre. Deux tracés sont en présence, de Yesoul à Besançon, l'un par la vallée de la Linotte, l'autre par Rioz. Ce dernier tracé n'a aucune chance d'être adopté, mais comme ta décisioD ofBcielle n'est pas encore rendue, le préfet, par le fallacieux appât de l'incertain, ne pourraitil pas enlever les électeurs de Rioz à M. d'Andelarre? Il l'essayera du moins. Les employés de la compagnie concessionnaire vont donc, suivant ses instructions, flâner du côté de Rioz, pendant que les agents voyers classent les chemins vicinaux qui doivent relier les gares du cûté de la Linotte. M. d'Andelarre, dans une lettre aux électeurs de Rioz, les avertit de nouveau qu'ils n'ont rien à espérer du tracé définitivement adopté. Le préfet fait afficher qu'il n'y a pas de détermination prise. M. d'Andelarre explique que, sauf cette dernière formalité, tout est r^lé, et que le tracé passera par la Linotte. Les réponses se croisent : ministre, ingénieur des mines, tous les fonctionnaires se mêlent à la discussion. Le papier timbré s'échange. Un placard préfectoral annonce que « le marquis d'Andelarre est poursuivi, par ordre du gouvernement de l'Empereur, pour outrî^e public au préfet » . M. d'Andelarre attaque à son tour le préfet en calomnie; il est débouté et condamné aux dépens, le 30 au soir. Condamné... ce mot suffit, et le lendemain il s'étale en gros caractères sur la dernière affiche que le préfet lance contre le candidat indépendant.

La magistrature, dans certains cas, prêtait son redoutable appui à l'administration. Le chef du parquet de

HM. CASmiR PRRIER ET DOFACRE. Ui3

Grenoble saisit lu correspoadauce de M. Casimir Périer, caodidat dans le départeoienl de l'Isère, et -trouve dans une de ses lettres le délit d'excitation à la haine et au mépris du gouvernement ; le préfet averti par le procureur général fait imprimer dans la nuit une immense afGcbe qui est placardée le lendemain matin, jour du vote, à son de trompe et de tambour. M. Casimir Périer y est traité de faussaire. Des poursuites vont, disent les agents de l'aulorilé, être intentées contre lui; le bruit court même déjà qu'il est arrêté.

M. Dufaure, candidat dans la Gironde, n'est guère moins maltraité. Le Courrier de la Gironde ayant demandé pourquoi cette candidature était conibattue avec tant d'ardeur par le gouvernement, M. Piétri, sénateur', chargé • de l'administration de la Gironde, répond qu'il combat M. Dufaure parce qu'il « est à ce point aveuglé qu'il croit qu'il n'y a en France ni liberté de la presse, ni liberté de parole, ni de tribune », et parce que «s'il ne sait pas voir que, devançant l'opinionpublique, l'Empereur a pris et prendra l'initiative de toutes les réformes libérales, et que lui seul peut couronner son œuvre par la liberté dont les factions coalisées retarderont l'avènement, M. Dufaure est suspect ou ennemi * .

\£i préfet de Lot-et-Garonne avertit les électeurs que le succès de la candidature de M. Baze « serait la condamnation durégimequi atiré la France del'abtineoù l'avaient jetée d'incorrigibles rhéteurs ». Le préfet de la Corrèze voyait avec terreur la circonscription de Tulle résister à toutes les menaces et à toutes les avances et rester inébranlable dfms sa résolution de réélireM. de Jouvenel, l'auteur du rapport contre la proposition de la dotation Pa-li-kao. Comment empêcher un si grand scandale? Le gouvernement

pensa que làoù un préfet élail impuissant, un ministre pouvait réussir. M. Rouber avait justement des retalions de parenté dans le département de la Corrèze. Il s'y rend en loule liàle, suivi de M. de Franqueville, sous-directeur des chemins de fer, la valise pleine de décrets, d'ordonnances pour l'étude, le commencement et l'achèvement de toutes sortes de travaux destinés àembeltiretà enrichir les villes et les r^impagoes corréziennes. Il arrive à Brives où l'atleDdentà la gare préfet, sous-préfels, conseillers de préfecture, ingénieurs, chevaliers de ta Légion d'honneur, médaillés de Saiiile-Hélène, sapeurs- pompiers, corps de musique, orphéon, et M. Mathieu, avocat à la Cour impériaile, candidat de l'Empereur dans la circonscription. M. Rouher écoule sous un arc de triomphe l'énumération des grands travaux que projette la cité de Brives. lisseront tous exécutés. M- Rouber le promet, et M. de Franqueville est là pour enregistrer ses promesses. Brives ne sera pas la seule ville favorisée. Tulle, Ussel, Uzerche en reçoivent l'assurance de la bouche •> du Colbertdu dix-neuvième siècle » (1), qui, toujours suivi du direcleur Franqueville et du candidat Mathieu, parcourt au bruit des boites, des pétards, des cloches, des tambours, dés trombones, les villes, bourgs, villages et hatneaux du déparlement, semant partout les ponts, les écoles, les canaux, et plus de chemins de fer qu'il n'en fallait pour faire dérailler une candidature dix fois mieux lancée que celle de M. de Jouvenel.

Les électeurs bien avisés auraient pu spéculer sur certaines candidatures hostiles. Le département de la Corrèze obtenait, comme on le voit, tous les chemins de fer qu'il pouvait souhaiter, grAce à la crainte qu'inspirait le succès po»-

(1, C'Mt^Ditque H. Rouher Ml déuf né |Mr le journal de U prirecliue.

LE DRAWBACK ET Lk CÀKDIDATURE DE H. THIERS. iZi

sibledela candidature de M. deJouvenel. M. Tfaiers venait à peine d'accepter la candidature à Aix, que ta population apprenait que Peau si imputiemôaent attendue ne tarderait pas à rouler dans le canal du Verdon. La candidature de M. Tbiers à ValeDciennes fut pour les industriels du Nord la source de bien plus grands avanla^s. La législation sucrière exigeait une réforme; le djrawback sollicité par la fabrique indigène, repoussé par les colonies et par les ports, attendail la décision du ministre. Ce dernier, hésitant, s'était pourtant engagé à ne présenter qu'à la session prochaine la loi sur le droit de sorlie du sucre de betteraves. Les chambres de commerce des ports, les délégués de colonies étaient dans l'enchantement. Le Conseil d'État, saisi d'une simple loi sur le rendement de la raffinerie, l'avait renvoyée à la Commission des douanes. Le Conseil des ministres prévient tout à coup l'Empereur que si les travaux du Conseil d'État et de la Commission des douanes ne sont pas abandonnés, l'élection de M. Thiers, à Valenciennes, est certaine. L'abandon eul lieu aussitôt ; on revintplus tard, il est vrai, sur cette décision.

Quand on voit les départements si avides des faveurs de l'administration, on excuse la docilité des communes si besoigueuses quand elles ne sont pas réduites pour vivre à la pure meadJcilé ; elles n'ont plus besoin du moins de tendre la main pendant la période électorale. Le préfet verse sur elles la corne d'abondance administrative : chemins vicinaux, fontaines, lavoirs, écoles, rien ne leur est refusé, eu paroles du moins. Le candidat oiliciel, d'un autre cdié, armé de sou talisman, fait surgir à volonté les allocalions et les subventions : partage des communaux, droit de pâture, distraction du r^ime forestier, tout ce qu'une commune enBn peut désirer, y compris un embranchement

ou un troDçoD de chemin de Ter, le candidat officiel est aulorisé à ic promettre, et, s'il s'agit de route, de canal, de (hemin de fer, à annoncer le commencement des études ; M. de Campaigno, candidat à Toulouse, avait même obtenu I autorisation de faire commencer immédiatement les travaux : les jalons sont plantés, les géomètres tendent leurs, clialnes, la tranchée va s'ouvrir. Le leodemaiD des élections, plus de chaînes, plus de jalons, le chemin de fer était rentré dans ses cartons.

L'exemple donné par les départements et par les communes ne pouvait maiiquer d'être suivi par les particuliers. Pourquoi les électeurs n'auraient-ils pas retiré quelque agrément ou quelque avantage de l'élection 7 C'était aussi la question que leur adressaient les candidats officiels, riches en général et fertiles en libéralités cuUnaires et sonnaptes. Les méiiagères deMoslejoulx, réunies devant l'étalage du boucher, le jour de l'élection, contemplaient avec admiration un veau portant cette étiquette : « Veau de M.Calvet. » Les électeurs le mangeront demain pour fêler le triomphe de ce candidat. Le garde de la commune de (^ussagne proclame au son de la caisse le nom de l'aubei^e où les électem-s trouveront l'hospitalité après le scrutin. Les plus influents savent le nom du notaire chez lequel ilsont un «bon d'un franc» à toucher. Le candidat officiel dans les Pyrénées-Orientales nourrit les électeurs de pain blanc et de viande, dote les orphéons, les transporte gratis, subvent ionne les confréries, quoique israélite, et répare les églises.

Le gouvernement, grâce à tousiesmoyensd'influencequ'il possédait et à ceux dont disposaient ses candidats, obtint la majorité dans la plupart des communes rurales, mais il fiit battu dans presque tous les grands centres de population et dans un grand nombre de villes moins imporiantes.

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