‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 79 sur 148 · A,ooglc · texte numérisé non relu

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H. ROUHER GAHbE DES SCEAUX. AGI

demaDdait que les feiumes et les enfanls des transportés fussent admis à partager le sort de leur mari ou de leur père. M. Rouher s'y oppose : « Il peut y avoir d'imprudents » dévouements, il peut y avoir des mouvements irréfléchis. 0 Uoe jeune femme dont le mari est transporté peut avoir » d'autres devoirs à remplir sur le continent, uoe mère à » soigner et qui, elle, n'a pas de culpabilité à se reprocher. » Elle peut avoir des enfants en bas âge de l'avenir des-

n quels elle ne peut pas disposer Toutes ces siluatioas

» comportent ^intervention paternelle , bienveillaute du B gouvernement. »

A ces mois d'intervention paternelle, Lamartine se leva:

« Toute législation qui, dans des matières aussi déli- » cates sous le rapport du cœur humain et des liens sacrés V de la famille, se prétend plus sage que la nature court » le risque de devenir une législation contre nature. >>

M. Rouher se tut.

Le représentant du Puy-de-Dôme, sortant un jour de quelque club, était entré dans la réunion de, la me de Poitiers. Il fitpariiedesoncomitéélectoral.Le département du Puy-de-Dôme le plaça, en AShO, sur la liste de sa députatioD ; il fut nommé le deuxième cette fois : Travailleur infatigable, parleur facile, maissans littérature, sans imagination, sans sensibilité, il était devenu, à force de pérorer dans les bureaux et à la tribune, presque un personnage. H. de Morny, que d'importants intérêts industriels rattachaient au département du Puy-de-Dôme, le désigna au cboixduprince-président,pourentrer,avec MM. Ferdinand Barrot, Fould, de Rayneval, d Hautpoul, de Parieu, Dumas, Bineau, dans ce ministère de commis qui succéda, le 30 octobre 1S/|9, au premier cabinet du prince Louis Bonaparte. Les sceaux lui furent confiés.

Le nouveau garde des sceaux avait eu l'hoDneur d'être réfuté par Lamartine, l'affaire delaPlata lui fournit une occasion de répondre à M. Thiers. On le trouva faible. Il ne parlait pas encore devant le Corps législatif. Peu de jours après, il prit part à la discussiou de la loi sur la presse. Son premier soin fut de déclarer que la juridiction du jury, en matière de presse, était « une juridiction défectueuse, faible, impuissante » , et d'en demander la suppression. C'était enlever aux a conquêtes de Février» un de leurs meilleurs préservatifs ; mais les événements avaient marché depuis un an. On n'était plus.comme le dit très-bien M. Rouber, au a lendemain de ce grand ébranlement pro- » duit par la révolution de Février que je considérerai » toujours, moi, comme une véritable catastrophe » . La gauche tout entière se lève à ces mots pour protester. H. Bancel s'écrie : « Qui éliez-vous avant le 2ft février, et que seriez-vous sans la République? » M. Emile de Girardin lui-même s'indigne sur son banc; mais le club d'Issoire tout entier se dresserait devant M. Rouber pouilui demander compte de ce mot, qu'il ne le retirerait pas. Un nwten France, c'est toujours quelque chose, et ce mot « la révolution de Février est une catastrophe » ne devait pas peu contribuer à la future grandeur de M. Rouber.

U n'en défendait pas moins à l'occasion la Constitutiou née de cette catastrophe. M. Larrabit, pendant la discussion sur la destitution du général Cbangarnier, ose l'accuser de violer le pacte national

u Le cabinel, ripood-il avec indigaatioD, est convaincu de la loyauté de mes iateatioqs, de meo désir profond de respecter la Constitutiou k laquelle on me rappeiait il ; a un iDstaat.

i> Eu cea (emps plus qu'en tout autre, il laut veiller ii ta loi fon-

duueotale de son pays Je la respecterai toujours avec xrttpule. Je

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a. ROUUER ET LE CODP D'fiTAT. &63

désire qu'elle soit respeclée et déiendue par tous les pouvoirs qui émaDent d'elle. Ne craigioez donc pas du gouTeruement actuel ces rSres dont oa a pnraoDcA les noms, il y a quelques instants, c€î rêves du coup d'État, ces attaques incessantes, conlioues contre le pouvoir parlement tùre, atta< ques qui auraient pour but de le ravaler, de l'avilir, de le détruire dans l'opinion avant dele détruire dans son existeuce. De pareils rôves seraient complètement insensés, et le pouvoir qui obtiendrait un pareil triomphe aurait tristement è le regretter, car le lendemain il o'tixisterait plus, u

M. Rouher n'en croyait pas uo mot, mais il fallait bien amuser le tapis. Le 18 juillet 1851 il n'était plus ministre, le cabinet tout entier ayant donné sa démission à ht suite du blâme que lui infligeait l'Assemblée. Six jours après, il rentre au ministère avec MM. Baroche et Fould pour en sortir de nouveau le 26 octobre, quelque temps avant le coup de balai.

S'il est vrai que M. de Momy, comme l'a dit M. Rouher sur sa tombe, en parlant de sou attitude avant le coup d'État, ait accepté « avec une sorte de gaieté et de courageux empressement celte redoutable responsabilité », il n'en fut pas de même de son panégyriste. M. Rouher écrivit, il est vrai, en 1856 à M. Véron, pour le remercier de l'envoi des Mémoires (Cun bourgeois de Paris, où il fijçure comme ayant débatlu avec Moroy et Persigny le plan du coup d'État devant te prince Louis Bonaparte, et comme ayant accepté h résolument (1) » le ministère de la justice le 3 décembre; mais alors l'attentat avait réussi. II se vantait moins de sa complicité au moment de l'exécution si l'on s'en rapporte à la lettre adressée par lui le 3 décembre au directeur de l'imprimerie nationale :

'I J'apprends par voie bdîrecle que des documents portant ma sfgaature vous, sont transmis pour être envoyés en province. Je suis enliére-

(1) MimoiTei d'un bourgeois de Parif, par le «toeleur Véron.

ment étranger & ces actes, et vous prie de ne pas y maiolcoir ma ûgnalure.

1) Votre déTOué,

1) Signé RounER (<]. »

M. Rouher repoussait la responsabilité publique du crime, mais on le vit, tremblant proscnpteur, se glisser au milieu des ténèbres de la i)uit du 2 décembre dans le palais oi'i se dressaient les listes des victimes qu'il devait le lendemain livrer, comme ministre de la justice, aux lois exceptionnelles flétries naguère par lui. Les républicains sont emprisonnés, ruinés, dépossédés de leurs offices sous ses yeux, il ne sourcille pas. La confiscation des biens de la Tamille d'Orléans est prononcée, il a peur, el il quitte le ministère le 21 janvier sous prétexte de scrupule de conscience. Scrupules bien éphémères, car le 25 du même mois, il reprend du service en qualité de président de la section de législation, justice et afTaires étrangères au Conseil d'Ëtat. C'était déchoir pour un ministre, mais le dévouement n'y regarde pas de si près.

Il reconquit d'ailleurs sa place dans le cabinet en 1855, et depuis cette époque jusqu'au 23 juin 1863, il garda le portefeuille de l'agriculture, du commerce et des travaux publics. 11 remplaça le lendemain M. Baroche à la présidence du Conseil d'Ëtat. Le prestige des négociations du traité de commerce avec l'Angleterre, l'auréole du libre échange le faisaient briller d'un éclat particulier à la mort

(1) Plut b*$ celte ligne :

■ ie bia la mime déclaration et la mène priera. — Signé A. Foold. ■

1 l'angle gauche de la lettre :

« R«Eu le 3 décembre 1851 k cinq beurea du aoir. t Le secrétaire de lu direelion. »

(Timbie de rûnpriinerie.)

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H. ROUnER SUCCEDE A H. BIU.AULT. a6&

de M. BillauU. Homme de conseil et de main, ministre à tout faire, il était capable de résoudre avec la même Tacilité une question de tarif et d'enlever une élection difficile. Las habitants de la Corrèze venaient de le voir en grand uniforme brodé d'or, tricorne en tête, épée au côté, la poitrine chamarrée de décorations, débiiant l'orviétan électoral du haut de sa calèche ministénelle sur toutes les places publiques de leur département. Ministre d'Ëtal à la place de M. BillauU, il v,i maintenant placer ses gobelets sur la tribune. Que de muscades à escamoter, sans compter celle de l'expédition du Mexique! La majorité du Corps législatif ressemble fort heureusement pour lui au public des théâtres de prestidigitation, d'autant plus enthousiaste pour qui le trompe, que son plaisir consiste il être trompé.

M. BillauU accompagnaU son jeu de prestidigitateur politique d'une conversation sobre, eorrecte, discrète, comme un homme qvi avaU travaillé devant les auditoires les plus distingués, et tenu son rang à côté des célébrités du régime parlementaire. Il connaissait le langage dans lequel on doit traiterlesquestions politiques; il lesavait même apprisesdaus letemps. M. Rouherne savailrien, mais croyait suppléer à tout parsa faconde provinciale. On n'avait qu'à lui remettre les dossiers de son prédécesseur, il était prêt ii les plaider.

Aurait-il la flexibilité, la souplesse nécessaires pour suivre, comme sou prédécesseur, les méandres et les fauxfuyants de la pensée impériale, pour la montrer eu la cachant? Napoléon IIl en était réduit à l'essayer; car ce gouvernement qui se vantail d'avoir mis 6n au régne des . rhéteurs n'avait pas même de rhéteur pour le défendre ; il était obligé de se contenter d'un avocat. M. Rouher fui nommé ministre d'État le 18 octobre.

IWiLt. BKLOIID. m — 30

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Un décrel du. même jour fixait à quatre le nombre des vice-présidents du Conseil d'État. Ils devaient exercer auprès du Sénat et du Corps législatif les attributions déterminées par l'article 51 de la constitution relatif à la discussion des projets de loi présentés par le gouvernement. M. Forcade de la Roquette, ancien ministre des finances^ et M. Cbaix d'Est-Âuge, procureur général à la Cour impériale de Paris, étaient nommés vice-présidents du Conseil d'État.

L'impératrice Eugénie avait voulu revoir son pays dans tout l'éclat de son rang et de sa fortune; elle rentra le 30 octobre à Saint-Goud de retour de sou voyage en Espagne pour assister à l'ouverture des Chambres fixée au 5 novembre. Deux jours avant cette inauguration eut lieu une cérémonie d'un autre genre. La statue de Napoléon I" en petit chapeau et en redingote fut descendue de la colonne Vendôme et remplacée le 3 novembre par une statue eu costume d'empereur romain. Napoléon III, adressait le lendemain même aux souverains de l'Europe nue lettre pour leur proposer de régler le présent et d'assurer l'avenir dans un congrès. « Si l'on considère attentivement » la situation des divers pays, il est impossible de ne pas » reconnaître que presque sur tous les points les traités a de Vienne sont détruits, modifiés ou menacés. De là des » devoirs sans règle, des droits sans titres et des préten- » tiens s»ns frein. » Le congrès chaîné de mettre un terme à celle anarchie morale devait naturellement se tenir à Paris, el'l'Empereur ajoutait : « Dans le cas où tes princes alliés et amis de la France jugeraient convenable de rehausser par leur présence l'autorité des délibérations, je serais fier de leur offrir une cordiale hospitalité. » Napoléon III résuma sa lettre le lendemain dans cette phrase

L'EHPRUNT DE 300 MILLIONS. 167

du discours d'ouverture de la session de 186& : « Les traités de 1815 ont cessé d'exister. »

La carte de l'Europe allait donc subir une nouvelle transformation. Les anciens dynastes napoléoniens se crurent à la veille de remonter sur leur trône. Le prince Lucien Mural écrivit à ses amis de Naples « de rester en paix, qu'il cooiple sur la justice du monarque français, pour faire valoir ses droits au congés ». L'agilation qu'avail fait nattre le discours de l'Empereur dans les esprits, s'accrut encore par la publication d'un rapport en date du 1" décembre dans lequel le ministre des finances, Fould, annonçait que les déficits des années 1851 à 1863 seraient de 75 millions, a Ces déficits ajoutés à nos anciens dé- » couverts en porte l'ensemble à 972 millions. Ce chiffre » excède la limite que la prudence impose, et il est néces- » saire de le ramener par la consolidation d'une partie de » la dette fiottante à des proportions normales. » M. Fould proposait l'émission d'un emprunt de 300 millions.

Nap(4éon III avait reçu les réponses des puissances à sa lettre du & novembre. Elias lui enlevaient toute illusion sur la possibilité de réunir un congrès.

L'ANMÉE ISea ET L* SESSION

h^jUiiAiRC. — G«mmencemeiil de l'année 1861. — Réceptions aux Tuileries. — ArreiUUon de quatre Italiens. — tlectiaiu partielle! à ParU. ~ Comité de la rélarniG électorale. — Canilidalurej de MH. André l'a squ et. Carnol, Laboulajre, . Pinard, dan» U i" clrconBcriplion. — Candidature* de UM. Gami«r-PngÈ», Bsncel, Théodore Bac, Renan, Vaulrain, Hugehnann, Frédéric Marin, Julei Alix, Jules Ferry dans la 5" circonscriplian. — M. TolHin, candidat-«uvrier. — MM. Carnol et Çarnier-Pjfès sont étui.

Setiion deISSt. — SénaL — Discussion de l'adresse. — Elle ne dure qu'une séance. — Pétition contre les progrès de la démoralisation.

Corps législalif — L'emprunt de 300 nûUions. — DiBcussion de l'adresse. — H. Ihiers. — - Les libertés nécestairea. — L'abolilion do la loi sur lescoalîtioni.

— L'amendement fur la presse. — Diicoura de H, Iules Simon. — Le Mexique.

— Présenlaiion de l'adresse à l'Empereur. — Sa réponse. — tieciion de M. Bravay. — Discours de M. Eugène Pellelsn. — M. E. Olliticr est nommé rapporteur de la loi des coalitions. — Sa déruction, — Scéue entre M. Jules Favre et lui. — Discussion du budget. — Le Mexique. — 1j presse. — Discours do H. K. Picard. — Vive discuEsion entre lui et U. de Murny. — La liberté fleclorate. ^ Discours de H. Garoier-Pagès. — Clélure de la

Suite etUn del'année 1861. — Interdiclion de lectures publiques au bénéHce des Polonais. — Inlfrdiclion du banquet en l'honneur do Shakespeare. — Réception de M. Duraure à l'Académie française. — Procès des Treiie. — Fondation de la Société inlernaliunale des tratailleurs. — Convenlioa du 15teplenibre. — H. Vuitry ett nommé ministre présidant le Conseil d'Etat. — Lettre de M. de Persigny ii U. de CirarJin. — Le gniivernement le bit lancer par le ConstHutionnrl.

La fameuse phrase du discours impérial prononcé le 6 novembre à l'ouverture de la session de I86ft n les Iraités de 1815 ont cessé d'exister », l'incertitude sur la réunion du congrès, l'agonie de la Pologne abandonnée, la lutte entre le Danemark el rAllemngne, la siluation difficile dans laquelle l'expédition du Mexique pouvait mettre le gouvernement impérial, donnaient à la réception officielle, dont les Tuileries étaient le théâtre à chaque renouvellement d'année, une importance particulière. I^ public espérait trouver dans les paroles échangées à cette occasion

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LES CONFERENCES DE U SALLE BARTHELEMY EKTERDfTES. 169

entre l'Empereur et le corps diplomatique quelques indices de uature à conBrmer ses craintes ou ses espérances. Le nonce porta la parole au nom de ses collègues, et borna sou discours à des vœux pour le bonheur de l'Empereur et pour la prospérité de la France. L'Empereur lui répondit ; «Malgré les inquiétudes entretenues par les questions en . » suspens, j'ai la confiance que l'esprit de conciliation qui » anime les souverains aplanira les difficultés et maintiendra » la paix. B Ix public n'était guère encouragé à partager ces espérances qui reposaient entièrement sur l'acceptation problématique du congrès par les puissances étrangères.

L'acceptation du trône du Mexique par l'arcbiduc Maitmllien était, elle aussi, l'objet de doutes si généralement répandus, que le prince Napoléon-Charles Bonaparte, petit-fils de Lucien Bonaparte, récemment nommé capitaine dans la légion étrangère, s'élant embarqué pour rejoindre son corps au Mexique, le bruit courut que, si Maximilien persistait dans son refus, le prince Bonaparte prendrait sa place.

L'opinion publique se montrant de plus en plus touchée du sort de la Pologne, le ministre de l'intérieur se décida enfin à autoriser Iles conférences publiques au profit des blessés polonais. La première de ces conférences eut lieu le 15 février dans la salle Barthélémy. Plus de deux mille personnes, appartenant en grande partie k la classe ouvrière, y assistèrent. Cet auditoire peu académique, mais neuf encore, parut éprouver aux discours de MM. S:iint- Marc-Girardin et Legouvé, membres de l'Académie française, de si vives émotions, que le gouvernement crut bientôt devoir interdire ces conférences.

La police fit grand bruit de l'arrestation de quatre Italiens envoyés de Londres, disait-elle, par Mazzini, pour attenter à la vie de l'Empereur, et munis de huit bombes

eo fer battu, de quatre revolvers à six coups, de poignards, de poudre, tle balles, etc. (l). Le leDdemaîn de cette arrestation, ud décret impérial rendu sur la proposition du maréchal Vaillant, ministre de la maison de l'Empereur, proclama << la liberté industrielle, [littéraire et artistique des théâtres, uniquement soumis désormais , aux règlements qui concernent l'ordre, la sécurité, la salubriffi el la police ».

Un autre décret impérial, en date du 12, porte qu'en vertu de la loi du 30 décembre 1863, il sera procédé par souscription publique à l'aliénation de ta somme de rentes 3 pour 100 nécessaire pour produire un capital de 300 millions de francs et un capital supplémentaire qui ne pourra excéder 15 mitlioDs. M. Fould, ministre des finances, décida que l'euipruDt serait émis par voie de souscription publique, du 18 au 25 janvier, en rentes 3 pour 100, au taux de 66 fr. 30, avec jouissance à compter du 1" janvier 186/l. Il n'était point admis de souscription inférieure à 6 francs de rente.

La remise de la barrette à un cardinal était une des occasions où le cérémonial aulique âe l'ancien régime aimait à se déployer. Le premier et le second empire restèrent fidèles à cette tradition. Ce fut donc en grande pompe que M" de Bonnechose, archevêque de Rouen, promu à la pourpre romaine sur la présentation de Napoléon m, reçut le Ifi janvier, de ses mains, la barrette, dans la chapelle dus Tuileries. Le nouveau cardinal adressa un discours à l'Empereur et à l'impératrice. M" de Bonnechose , après avoir remercié Napoléon III de la nouvelle preuve d'estime qu'il venait de lui donner, se préoccupait

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RËPOnSE DE L'EMPEREUR A L'AltCBEVÉQUE DE ROUEN. 171

de ses nouveaux devoirs comme prince de l'Église et comme sénateur de l'Empire. Il parla ensuite de la mission providentielle de Napoléon III. « Le suffrage d'un » peuple entier vous n acclamé et porté sur te pavois. Les » pontifes de la tribu sainte, comme tous les ordres de » citoyens, ont salué en vous l'élu de Dieu et de la nation. » Puissiez-vous vivre longtem|)S, Sire, pour la prospérité » de la France et pour sa gloire ! » L'Empereur répondit mélancoliquement : <- Vous avez roison de dire que les » honneurs de ce monde sont de lourds fardeaux que la ji Providence nous impose... Je me demande souvent si la n bonne fortune n'a pas autant de tribulations que la mau- » vaise. Mais, dans les deux cas, notre guide et notre sou- » lien, c'est la foi : la foi religieuse et la foi politique, c'est- >> à-dire laconfiance en Dieu, et la conscience d'une mission » à remplir. Cette mission, vous l'avez appréciée avec l'at^ » tacbemeni que vous m'avez toujours témoigné. Aussi, i> devez-vous être étonné, comme moi, de voir, à un si » court intervalle, les hommes à peine échappés du nau- ■o fnige, appeler encore à leur aide les vents et les lem- » pétes. o Ces derniers mots étaient une allusion aux débats très-vifs auxquels donnait lieu en ce moment la discussion de l'adresse.

La mort de la duchesse de Parme devait, disait-on, fournir aux l^itimistes l'occasion de se livrer le 7 février à une grande manifestation. M" Darboy, archevêque de Paris, refusa l'autorisation de célébrer le service funèbre solennel à Noire-Dame ; les fidèles de la maison de Bourbon 4^taient libres d'ailleurs de faire dire en mémoire de la duchesse de Parme autant de messes basses et de services ordinaires qu'ils le jugeraient convenable. Le gouvernement crut aussi devoir interdire aux gens de lettres de se

172 L'EHPIltE.

réunir dans un banquet qui n'avait pouilant rien d'antidyoaslique, car il s'agissait uniquement de fêter le 300° anniversaire de Shakespeare. Les actionnaires de la compagnie de Suez plus heureux obtinrent ta permission de donner à son fondateur, M. de I^sseps,un banquet dans le palais de l'Industrie, sous la présidence du prince Napoléon, qui prononça un long discours à celte occ^ion. Un décret du 21 février avait convoqué les collèges de la 1 " et de ta 5' circonscription de la Seine pour les 20 et , 21 mars, à l'effet d'élire chacune un député à la place de M. Havin et de M. Jules Favre, qui avaient opté l'un pour la Manche, l'autre pour le Rhône. Les élections auraientelles lieu sur les nouvelles cartes électorales, comme le demandaient les journaux démocratiques, ou sur les anciennes? Le gouvernement.se prononça dans ce dernier sens.

L'annonce de [a formation d'un comité de l'opposition fournit aux journaux officieux l'occasion d'émettre cette singulière théorie que rien n'était plus contraire à la liberté des électeurs que l'existence d'un comité électoral. Il était donc interdit aux citoyens de mettre leurs efforts en commun pour faire triompher une idée, soit religieuse, soit politique, soit économique, et le principe de l'association devenait une violation de la liberté.

La lutte électorale promettait d'être 1res- vive. Le nombre des candidats croissait tous les jours. Un comité formé dans la 1" circonscription, et qui s'intitulait Comité de la réforme électorale, avait choisi pour candidat M. André Pasquel; MM. Carnot, Laboulaye, Pinard, directeur du Comptoir d'escompte, se présentaient dans la même circonscription.

Les compétiteurs étaient encore plus nombreux dans la

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