‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 81 sur 148 · CANDIDATURE DE H. BANCEL. Ï · texte numérisé non relu

CANDIDATURE DE H. BANCEL. Ï

les parlis monarchiques, qui so disputaient son héritage, afhiblie par ses divisions, luttait contre une coalition aveugle qui, en la combattant, préparait sa propre défaite. L'approche d'un dénouement inévitable communiquait aux discussions parlementaires une énergie qui rappelait tes luttes de la première Révolution. Le jeune Bancel, appelé plusieurs fois à la tribune, s'y montra plein d'ardeur à la fois et d'empire sur lui-même ; l'élévation et la fermeté de sa parole lui donnaient chaque jour plus d'autorité. La majorité, ordinairement si intolérante, l'écoutail. H. Bancel serait devenu avec l'aide du temps un véritable orateur ; mais un matin, en revenant de l'Assemblée nationale, où il avait vu la tribune brisée, il trouva en rentrant chez lui des sergents de ville qui l'attendaient pour le conduire en exil.

La Belgique lui offrit un asile; il y fît, comme plusieurs autres réfugiés, des conférences littéraires où son éloquence se montra sous un jour nouveau. Tel était le candidat que le Siècle opposait à M. Gamier-Pagès, non dans une pensée hostile à M. Garnier-Pagès lui-même, mais pour honorer l'exil noblement supporté, la résignation en face d'une carrière brisée, et pour rendre à ta tribune un talent qui promettait de l'illustrer. M. Bancel comptait malheureusement parmi ses amis des abstentionistes très-résoltis ; partagé enire la crainte de leur déplaire et le désir de reparatlre sur la scène de ses anciens succès, il avait laissé passer les délais légaux pour envoyer son serment; c'était du moins l'avis de la préfecture de la Seine qui ne te porta point sur la liste des candidats. Il quitta Bruxelles et vint à Paris pour assigner M. Haussmann ; mais te tribunal civil donna gain de cause à l'administration, malgré la plaidoirie de M' laurier.

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M. Garnier-Pagès se trouva débarrassé ainsi d'un rivât redoulable. M. Jules Ferry, de son côlé, après avoir con- Eutlé M. Jules Fdvre, se désista le 12 mars. M. Frédéric Morin en fit autant quelques jours plus lard. Le Sièc/f porta donc M. Carnot et M. Pages dans la 1" et dans la 5' circonscription ; M. Carnot comme « le fils de Tboinme qui sauva la France de l'invasion étrangère; sa candidature dans les circonstances présentes a un caractère qui n'échappera k personne». Le Siècle ajoutait : l'éieclion des deux candidats de la démocratie aura cette signîôcation ; « Liberté, amélioration du sort des travailleurs et solidarité des peuples. » Telle était la phraséol(^e du moment.

Le droit de réunion élait soumis à de telles restrictions qu'il n'existait pas à proprement parler. C'est à peine si les candidats de l'opposition parvenaient de temps en temps à réunir quelques électeurs, tantôt dans la cbambre d'un employé de chemin de fer, à côlé du berceau d'un enfant malade, tantôl dans une remise ou dans un hangar, laDtât dans un atelier; il était rare que la police ne parvint pas à se mettre sur la trace de ces réunions; elle essayait de les empêcher, et, quand elle n'y réussissait pas, elle y envoyait ses agents. Les orateurs-candidats qui prenaient la parole étaient trop habiles et trop expérimentés pour se compromeitro ou pour comprometlre leur auditoire par un langage imprudent. L'auditoire lui-même ne demandait pas qu'on fit appel à ses pas.<:ions; mais il se montrait surpris et niécoutenl quand l'orateur ne s'adressait qu'à ses ioiérêls. C'est ainsi que M. Pelletan ayant voulu mettre sur le tapis une question d'économie politique, un de ses auditeurs lui dit aux applaudissements de tous les membres de la réunion : « Laissez cela de

MM. CABKOT ET CARKEtR-PâCÈS SONT ELUS. 477

cùlé; parlez-nous politique, parlez-nous de la Pologne. » 1a populalion de Paris dans cetle élection complémentaire avait voulu faire une manifestation en l'honneur de laRépubliquedel8ù8.'Elle fui complète. M. Carnot obtint plus de 13000 voix ; M. Pinard, candidat agréable à l'administration, près de 5000, et M. Laboulaye, 7/i5. M. Garnier-Pagès eut près de 15 000 voix; M. Lévy, candidat officiel, CÛ80; M. Théodore Bac, 263; M. Tolain, 235; M. Htigelmann, 129; M. Jules Allix, 8.

Pendant que les électeurs de Paris rappelaient leb hommes de 1848 sur la scène politique, l'archiduc Maximilieo trouvait à Londres un banquier qui lut avançait deux cent millions avec lesquels il remboursait au gouvernement impérial une partie de sa dette. L'occasion était bonne pour jeter un peu de popularité sur cetle expédition du Mexique si impopulaire. L'Empereur écrivit donc le 15 avril au ministre des Bnances : a L'heureuse solution de l'alfaire du Mexique fait naître en moi le désir de voir le pays proliler du premier remboursement des frais de la guerre en diminuant un des impôts qui pèsent le plus sur la propriété foncière. » Il invitait M. Fould, en conséquence, à rechercher s'il ne serait pas possible d'opérer la suppression immédiate du second décime de l'enregistrement.

L'Empereur avait ouvert, le 5 novembre 1863, la session législative de 186'!i. Après avoir constaté dans son discours l'heureux effet des traités de commerce, l'accroissement des exportations, les progrès de la marine marchande, le développement du réseau des voies ferrées, l'excellente situation des Gnances de l'Algérie, et les bons résultats de la liberté coloniale, il arrêta sa pensée sur les expéditions d'outre-mer et sur la Pologne. Les expéditions lointaines, tant critiquées, étaient à ses yeux le produit de

ta force des choses. L'occupation de la Cocbinchiue remédiait pour ta France au danger de rester sans possessions dans tes mers d'Asie en présence des vastes territoires occupés par les Anglais, les Espagnols et les Hollandais. Quant au Mexique, dont les populalious nous accueillent en libérateurs, ce pays dont les destinées allaient ôtre remises à un jeune prince digne d'une aussi grande mission (levait bientôt nous récompenser de ce que nous avions fait pour le régénérer. «Ayons donc foi dans nos entreprises 1) d'oHtre-mer ; commencées pour venger noire honneur, » elles se termineront par le triomphe de nos intérAls, et » si les esprits prévenus ne devinent pas ce que contieflueot B de fécond les germes déposés pour l'avenir, né laissons » pas dénigrer la gloire acquise aux deux extrémités du » monde, à l*é-king et à Mexico. »

Le paragraphe relatif à la Pologne insistait avec complaisance sur l'intimité dans laquelle les deux gouvernements impériaux de Paris et de Saint-Pétersbourg avaient vécu depuis la gtierre de Crimée ; la popularité de la cause polonaise avait seule pu décider l'Empereur, il te déclarait hautement, à risquer de comprometti-e une des alliances les plus belles du continent en élevant la voix en faveur d'une nation rebelle aux yeux de la Russie, mais héritière aux yeux de la France d'un droit inscrit dans l'histoire et dans tes traités; mais la question polonaise ne pouvait être résolue par l'empire français seul; le concours des puissances était nécessaire. La Russie avait pris malheureusement ses démarches et ses vœux, ceux de l'Angleterre et de l'Autriche pour des menaces; la lutte ne pouvait donc que s'envenimer. Les puissances en seraient-elies réduites à la guerre ou au silence? Non, un moyen restait, celui de soumettre Ja cause polo-

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