‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 82 sur 148 · VOTE DE L'ADRESSE AU SËNAT. A · texte numérisé non relu

VOTE DE L'ADRESSE AU SËNAT. A

naise à uu tribunal européen. L'Empereur ajoutait : « Le » momenlD'est-ilpasveDu de recoustruire sur de nou- ■ vrfles bases l'édifice miné par le temps et détruit pièce

• à pièce par les révoluliousT... Les traités de 1815 V ont cessé d'exister ; la force des choses tend à les ren- » verser; on les a renversés presque partout. Ils ont été 0 brisés en Grèce, en Belgique, en France; en Italie » comme sur le Danube, l'Allemagne s'agite pour les » changer ; l'Angleterre les a généreusement modifiés par

• la cession des lies Ioniennes, et la Russie les a foulés aiii » pieds à Varsovie. »

La discussion de l'adresse au Sénat ne dura que deux jours. Elle n'aurait été qu'une suite non interrompue d'actions de grâces en l'honneur de la politique impériale , si M. de Boissy n'avait cru devoir reprocher au principe de la souveraineté personnelle du souverain de rendre l'expression de la vérité presque impossible. M. Arthur de la Guéponnière demanda quelques jours après que le gouvernement fit uu pas de plus dans la voie de la liberté. Mais M. Rouher avait lu dernièrement une brochure de M. Eugèûe Pelletan intitulée le Termite. Cet insecte invisible, qui s'introduit dans une ville et qui peut la réduire en poussière, c'était la révcdution ; le Sénat devait donc bien se garder du termite. M. de ta Guéronnière n'insista pas. L'adresse du Sénat ne disait pas un mot du Mexique, ni des finances pour ne pas créer des embarras au gouvernement; quelques phrases d'apitoyement sur la Pologne amenaient cette conclusion que la France ne devait être sacrifiée à aucune nationalité. M. Dupiri se chargea ensuite de prouver qu'il y aurait folie à s'engager dans l'aventure de la secourir L'adresse fut adoptée à l'unanimité moins une T(Hx, celle du prince Napoléon.

Le Sénat conliuua ses séances par la discussion de la pétition de M. Billot d'Arles, demandant la publicité des séances des conseils municipaux, et la Domination par eux des maires. Le rapporteur proposa l'ordre du jour sur la première partie, et sur la seconde, la question préalable attendu qu'elle « porte atteinte à la base même de nos Institutions». M. de Boissy combattit la question préalable : « Voudrait-on, par hasard, regarder toute pensée d'à- H mélioration comme une atteinte à la constitution? B Ijorsque la constitution a été déclarée perreclible par s son auteur, vous ne roulez pas qu'on cherche à la per- » feclionner?»

M. Hmssmann : Avec ce système on bombardera la constitution à coups de pétitions.

M. Leverrier nppuie la quesUon préalable qui est adoptée à l'unanimité.

Le Sénat dans sa séance du 1 8 mars avait entendu le rapport de M. de Roycr sur une pétition signalant les progrès de ta démoralisation el demandant des lois plus sévères contre la publication des doctrines anti-religieu.ses. Le Sénat n'avait pas le texte de la pétition sous les yeux, car on n'avait pas jugé à propos de la Taire imprimer, attendu, dit M. Dupin, qu'elle est pleine de foi, mais elle manque de charité. M. de la Guéronnière, après une sortie contre les livres frivoles et déréglés, signala les dangers non moins grands qui naissent « des livres plus sérieux où nia science dépassant sa portée légitime vi^e bien haut, » car elle cherche à atteindre Dieu lui-même ». La liberté de conscience, selon M. de la Guéronnière, n'est applicable qu'à la façon de croire en Dieu. Quant à l'athéisme a c'est la liberté sans conscience, la conscience sans foi » . L'orateur, après avoir mis son orthodoxie à couvert, fii-

LE S£HAT et h. RESAH. ASt'

poussa néaDDioins la demande de nouvelles lois de répression et Tola l'ordre du jour.

M*' de Bonnechose, archevêque de Rouen, après avoir posé en principe qu'en attaquant le pape et Dieu on vise l'ordre social, proflta de l'occasion pour demander une surveillance plus active sur les épiciers libraires et sur les cabinets de lecture, il 6t entendre ensuite de vives plaintes sur la liberté de circulation laissée au livre de M. Renan qui dit au Christ : « Vous prétendez être le fils de Dieu, vous en avez menli. » Il couclut en demandant le rentoi de la pétition au ministre.

M. Delangle lui répondit que la justice s'était émue à l'apparition du livre de M. Renan, et qu'après l'avoir examiné attentivement elle avait reconnu qu'en vertu d'aucune loi il ne pouvait être arrêté.

M. Mimerel de Roubmx : « Il faut changer la loi ! » La pétition sur laquelle on discutait n'avait pas encore été lue; il fallait pourtant bien que le Sénat en prit complètement connaissance. H. de Royer dut en faire la lecture. C'était un acte d'accusation en règle contre la société :

a Une ivrognerie générale, le vol, l'adultère, l'inceste, B la débauche, tout cela se voit aujourd'hui. Le nombre » des filles-mères est près d'égaler celui des ôpouses- B mères..... * Le Sénat n'en voulut pas entendre davantage, et l'ordre du jour fut voté.

Un décret impérial du 30 avril avait modiBé les arlides 32 et 30 du déeret du 5 février 1861, relatifs aux pétitions adressées au Sénat, portant règlement des rapports du Sénat et du Corps législatif avec l'Empereur et le Conseil d'État, et établissant les conditions organiques de leurs travaux. Le Sénat reçut dans sa séance du 7 mat

■max tsLon. III — SI

communication de ce décret qui simplifiait Ift procédure relative aux déclarations d'inconstituiionnallté.

M. de Boissy avait prononcé, dans la séance du 39 avril, quelques paroles coucernant l'Angleterre , le prince de Galles et Garîbaldi, dont M. Troplong ne crut pas devoir autoriser l'insertion dans le compte rendu ot&ciel. Le fougueux sénateur écrivit à Y Indépendance belge pour rétablir dans leur intégrité les passages retranchés; sa réclamation eut du moins l'utilité de démontrer le peu de fonds que pouvait faire l'histoire sur ce compte rendu dont l'inipartiatité était si vantée.

La première séance du Corps législatif eut lieu le 6 novembre. H. de Morny souhaita la bienvenue aux membres de la nouvelle Assemblée, dans un discours aussi courtois que conciliant; mais au lieu d'étendre cet esprit de douceur aux journalistes, il sembla vouloir, au contraire, déployer contre eux une sévérité inaccoutumée ; car, dans la séance du 13, après avoir lu à ses collègues plusieurs passages d'un article assez anodin cependant puUié dans le Journal des Débats du 15, il ajouta d'un ton menaçant : « Il est bon que l'on sache que la loi qui donne à un corps ■> délibérant le droit de s'ériger en Uibunal, d'appeler un » écrivain à la barre et de lui appliquer une peine pro- » portionnée à l'outrage, n'est pas abrogée. Je ne propose » pas d'y recourir; mais j'engage les écrivains à profiter B de l'avertissement. » La presse n'était pas décidément en bonne odeur dans les hantes sphères du pouvoir. Lo Mordieur officiel, en tête de sa partie ofGcielle, ne tarda pas en effet à publier cette déclaration : « Plusieurs journaux ont » cru devoir donner des détails plus ou moins exacts sur les B séances des bureaux du Corps législatif; ilya, daltsce fait, » une contravention formelle à la loi qui, dans aucun cas.

VSRIFICATIOII KS POUVOIRS. 183

D D'autorisé la publication de semMabtes comptes rendus. • La Cfaambre consacra ses premières séances à la vérification des pouvoirs. Ce fut comme uue vaste euquéle sur les mœurs électorales de l'Emptre. Les nomlDations de M. Peltetan, député de l'opposition, et de MM. Bourcïer -deVitlersetde Bulach, chambellans de l'Empereur, et celles de MM. Isaac Pereire, Bravay et Boillelle, fureut cassées pour des causes diverses.

Les protestations électorales signées, soit par des candidats libéraux, soit par d'anciens députés bonapartistes ■éviucés de la liste officielle, s'élevaient au nombre de quarante. Les protestations de M. Casimir Périer et de M. La- Tertujon, battus à une très-faible minorité l'un dans l'Isère, l'autre dans la Gironde, firent surtout une vive impression sur fopbion publique. M. Larrabure, député de la majorité, prit en main la cause de H. Casimir Périer dans un discours qui rallia trente-six voix en faveur dé l'annulation de l'élection. M. Tbuillier, ancien républicain de 18A8^ rattaché à l'Empire et bientôt un de ses préfets les plus audacieux, se chaîne» de lui répondre ; il recourut à un système qui ne pouvait manquer de réussir auprès de -cette ÂssemUée, et qui consiste à renvoyer à son adver- -sure, en les exagérant, les accusations qu'il fait peser sur iiDUE. QucH ! l'opposition se plaint de l'administration I c'est elle an contraire qui terrorise les fonctionnaires et les électeurs indépendants. La majorité poussa des cris de surprise et de:.joie devant cette audacieuse réplique. Jamais <nation pareille à celle que reçut H. ThuilKer. Le Siècie, tout en oom battant les théories de Torateur officiel, se crut -obligé de féiicitear le gouvernement ;. un orateur lui était né. Le Si^ était, du reste, dans un dé ses jours d'optimisme; car il eut la boafé de voir, dans la présence de

H. Thuillier à la tribune pour défendre les préfets qu'il a dirigés, un comoieocemeot de responsabilité Minisl^elle.

M. Lavertujon, rédacteur en chef de la Gironde, n'avait eu, à Bordeaux, que liO voix de moins que son concurrent, H. Curé. La liste électorale contenait dix-huit électeurs, parmi lesquels H. Piétri, le préfet lui-même, inscrits après le délai légal, et vingt-trois frappés d'incapacité. M. Jutes Simon, chaîné de soutenir ta protestation de M. Lavertujon, se sentant probablement md à son aise devant un auditoire nouveau pour lui, exagéra sa modération habituelle jusqu'à permettre de supposer qu'il ne repoussait pas )e principe de la candidature officielle.

M. Cbaix d'Est-Ange, dans ta séance du 27 novembre, avait partagé les partisans de l'Empire en amis du premier ift du second degré. MM. Gareau, Keller, Ancel de Fla- Ttgny, de Grouchy, de Jouvenet, pouvaient certainement se croire des droits au premier d^ré; H. de Persigny avait déclaré cependant une guerre acharnée à leur candidature. La lutte de l'administration du déparlement de Seine-el- Blarne contre M. Gareau, dont le siège était ardemment convoité par M. de Jaucerert, chef du cabiuet du ministre de t'int^eur, restera célèbre dans les annales électorales du second Empire. Le candidat ofBciel en sortit vainqueur, mais peu glorieux. Six élections en tout furent cassées; le gouvernement triompbait, mais au mépris des règles les plus élémentaires de la justice et des prescriptions tes plus formelles de la loi. La jurisprudence de la majorité se résumait en effet dans une question de nombre; elle arrivait à cette conclusion que les irr^Iarités les plus flagrantes ne vicient pas une élection, quand le candidat au profit de qui elles ont été commises l'emporte d'un nombre considérable de voix sur son adversaire.

M. THUILLIER ET LES tLECTlONS DE l'IStRE. AS5

Ce qui aurait dû décider l'annulation serrait précisément à la consacrer.

Le gouvernement fit répandre le discours de M. Thuillier sur les élections de l'fsère à des milliers d'exemplaires; il circula exempt de timbre daus la France entière. Un député de l'oppositioa n'aurait pas pu cependant publier son discours sans l'autorisation de la Chambre, et il est Tort douteux qu'elle la lui eût accordée ; quant à l'impôt du timbre, il est certain qu'il aurait été obligé de l'acquitter dans toute sa rigueur.

1a gravité de la situation des finances n'échappait pas aux esprits atleoUrs et clairvoyants. La présentation de deux projets de loi vint la révéler au public. Le premier était relatif à un emprunt de .300 millions consacré à l'abaissement du cbiffre énorme de la dette flottante; le second à la demande de 93 millions de crédits supplémentaires.

L'exigibilité du capital à courte échéance rendait en effet une dette flottante de 972 miflions très-menaçante ; il fallait donc rouvrir le grand livre de la dette publique et renoncer aux espérances que l'entrée de M. Fould au ministère avait fait concevoir. Aussi son rapport n'était-il pas exempt d'oue certaine mélancolie partagée du reste par H. Larrabure, rapporteur de la commission : « Si l'on •> a diminué », disait-il, h certains impôts, ou en a créé » d'autres; la balance a produit une aggravation, et la B dette publique s'est accrue. Nous empruntons sans » cesse et nous n'amortissons jamais... l'équilibre est de- » puis longtemps rompu entre les recettes et les dépenses » annuelles, a M. Larrabure, envisageant ensuite la question au point de vue de l'application du système financier inauguré par le sénatus-consutte du 31 décembre 1861,

U» L'SHPIRE.

constatait, de Taveu même des commissaires du gouver- Dément entendus dans la commission, que des crédits BouTeaax avaient été ouverts sans l'approbation de la Chambre.

Quelle cause obli^^eait donc le gouvernemeut à recourir à l'emprunt ea^eine paix? M. Larrabure répondit : les frais des expéditions lointaines. « Comment étabUr un » meilleur ordre dans nos finances, si tout d'un coup des » expéditions viennent renverser les prévisions les mieux o combinées? Exprimez, Messieurs, les vœux de la paix B dans toutes les occasions qui s'offriront à vous. L'expres- » sion d'un tel vœu est sans danger pour un pays comme > la France... Voulons-nous rendre notre l^slature mé- » morableetlégitimement populaire^ plantons résolumeotle » drapeau des économies ; nous ôterons ainsi aux opposi- M lions leur véritable force ; mais] si nous nous laissons aller » h de molles complaisances, la France et le souverain au- » font le droit de nous le reprocher. »

L'orateur dont la voix puissante avait fait rej^r sous le r^e précédent l'indemnité aux Étals-Unis reparut à la tribune qu'il avait si longtemps illustrée et dont le coupd'Ëlat du 3 décembre l'avait chassé. M. Berryer, à l'impitoyable clarté de son arithmétique, montra les découverts s'aocroissaot de 520 millions depuis 1852, et les déficits galant, dans ces douze dernières années, les déficits laissés par les gouvernements antérieurs pendant les cinquante dernières années du siècle : 3 milliards ihk millions, auxquels il fallait ajouter 200 millions versés par les compagnies de chemins de fer, les annuités de la Chine, 60 millions prêtés par la Banque, 25 millions reçus de l'Espagne, étaient pourtant entrés au Trésor. Que restait-il de tout cela? Rien. Le gouvernement était réduit à emprunter pour

DISCUSSION fiE L'ADRESSE. 187

diminuer la dette flotteale, et à recourir aux crédits &upplémoilaires pour couvrir les dépenses faites.

M. Vuitry, vice-président du Conseil d'Ëtat, répondit à H. Berryer avec une dextérité qui ne servit qu'à prouver combien l'art de grouper les chiffres s'élmgne parfois de rarithmétique. Un argument plus fort que tous ceux de M, Vuitry, la nécessité, obligeait le Corps législatif à repousser ramendemeatdeMH. Tbiers et Lanjuinais teudant à limiter à tOO millions les bons du Trésor pour 186â, et à voler le projet de loi.

La question des candidatures officielles et de la liberté électorale, qui aurait dû trouver sa place dans la discussion soulevée par la vérification des pouvoirs, avait été ajournée à la discussion de l'adresse. Le premier pa^^prapl>^ *Ju projet de la commissioD donnait le résultat des élections comme une preuve du dévouement des populations à l'Empire. La gaucbe et ta gauche modérée proposèrent deux amendements. La gauche faisait ressortir le contraste entre les villes volant presque toutes contife les candidats officiels, et les campagnes qui, plus arriérées et plus^exposées à la pression administrative, recevaient leurs députés de la main des préfets. « Sans la pression administrative a , disaient les auteurs de l'amendement, « la Franc6 entière se serait associée au vote des villes. » La majorité furieuse proposa , dans un accès de colère , la question préalable sur cet amendement ; mais elle finit par se calmer, et M. Jules Favre put s'écrier : n Paris nous a élus dans sa liberté, et il veut l'application immédiate de la liberté politique. 9

L'amendement de l'opposition modérée, qui se bornait à demander l'amélioration de la loi électorale, amena pourtant une discussion non moins vive entre M. Thiers et

vtês L-upiai.

.M. Rouher. «C'est dans les pays libres », dit H. Thiers, » qu'il faut cbercber les règles pour les électious... La pre- » mière convenance est de ne pas faire figurer dans la lutte n le nom du souverain... Que devient la liberté de l'électeur » quand, après lui avoir demandé un candidat au nom du » souverain, on le force à chobir entre les faveurs et les » rigueurs de la centralisation adminisiralive. » H. Thiers concédait cependant au pouvoir les candidatures offiçiellesà deux conditions, le respect de la loi et le respect des convenancesi mais il lui refusait le droit de dir^r le suffrage universel. «< Je ne sais pas ce que pourra devenir le suffrage » universel, je vois ce qu'il est aujourd'hui ; je suis con- » vaincu que, si l'on cherchait moins à l'éclairer, oo aurait » peut-^re plus de moyens de contrôle dans les grands corps » de l'Ëlat, et qu'au lieu de perdre le gouvernement auquel n vous êtes attaché il le sauverait peut-être. » La majorité montra une très-vive irritation de ces paroles qui répoudaiedt cependant à ses inquiétudes et aux inquiétudes générales.

M. Rouber, répondant à la fois à M. Thiers et à M. Iules ■ Favre, leur adressa les mêmes reproches, de relever le drapeau de la révolution, et de représenter l'opposition systématique des partis qui sapent l'ordre sans s'inquiéter du lendemain. Le gouvernement ne pouvait pas rester désarmé devant cette opposition. Intervenir dans les élections était pour lui un devoir. M. Rouher voulut bien reconnaître que les élections de 186S avaient une signification politique : « Sans doute le résultat des élections ^gnale des pensées libérales, et pourquoi pas ? ces pensées sont celles du gouvernement... ■ M. Rouber atténua singuhèrement cette déclaration en citant le passage complet du discours adressé par l'Empereur à l'archevêque de Rouen :

M. THIERS ET LES tWCRTÉS DËCESSAIRES. A«9

«ËmineDce,Tous devez être étoonée, comme moi, de voir » à OQ si court JDlervsJle des hommes à peioe échappés au » naufrage appeler encore à leur aide les vents et les tem- » pètes. Dieu protège trop visiblement la France pour per- D mettre que le génie du mal vienne eucore l'agitw. Le V cercle de notre constitution a été lai^ment tracé : tout » homme honnête peut s'y mouvoir à l'aise, puisque chacun » a ta faculté d'exprimer sa pensée, de contrôler les actes B du gouvernement et de prendre une juste part dans les » afiaires publiques. » Il ne fallait donc s'attendre à aucune concession importante.

M . Thiers, dans la séance du H janvier, avait développé sa théorie de la liberté générale comprenant les cinq libertés partielles de la presse, des élections, de la représentation nationale de l'individu, et de l'opinion publique. H. Thiers réclamait cette liberté au nom des droits et des devoirs réciproques de l'opposition et du gouvernement; le pays, sans l'obliger à renoncer à son titre de représentant des anciens partis, mais sans le forcer non plus à parler en leur nom, lui avait confié la mission de discuter avec impartialité les afiaires, et non d'introduire une nouvelle forme de gouvernement ou une nouvelle dynastie; il se croyait en droit de demander sans arrogance et avec respect les libertés n nécessaires ■» qu'il venait d'éuumérer : K Qu'on ne l'oublie pas toutefois, ce pays chez qui l'exa- » gératioD du désir est si près du réveil, s'il permet au- X jourd'hui qu'on demande d'une manière déférente et ■ respectueuse, on jour peut-être, il exigera, n

M. Routier s'empressa d'accuser M. Thiers de sonner le tocsin des révolutions; il peignit tout de suite l'efifrayant tableau des résultais du régime parleuientaire et des dangers de la lil)erlé, qui faisait le tond de son éloquence; il

no L'^piRK.

prit dccasioD de là pour rappeler à M. Thiers qu'il avait ussiste à la chute d'un trône et pour engagor les amis de la liberté à prendre patience : « Soyez patients comme » l'est le pays lui-même» le pays qui sait que, sous ce » goutememeot fécond, pas une idée grande, pas une »■ réforme utile, pas une amélioratioD n'est restée stérile B dans la pensée du souverain, et que, le moment venu, n il sera appelé à jouir de ces libertés que tous demandez * pour loi. »

M. Rouber céda la parole à M. Jules Farre. L'orateur de l'opposition essaya d'établir un rapprochement entre le discours de M. Thiers et celui de M. Rouher, qui, d'accord l'un et l'autre sur ta nécessité des perfectionoe- Dieuts à donner à la constitution, ne différaient que sur l'opportunité, M. Thiers déclarant ces perfectiounements nécessaires aujourd'hui, et M. Rouher les fUtendant de l'avenir et du souverain . M . Jules Favre, refusant de suivre l'orateur officiel dans sou histoire des gouvernements passés, rec<Hinut néanmoins que le gouveruement actuel « est » de son époque et de son pays. Sorti des entrailles de la u uation, c'est là qu'il puise sa force ; mais il est entré àaxi& Il la voie des réformes, et il faut qu'il y persévère; le pays » le veut, c'est un souverain aussi qui parle. >

M. Jules Favre s'éleva en passant contre la loi de sûrelé générale, déclarée par M. Rouher compatible avec la liberté, et, après avoir protesté contre l'attentat des quatre Italiens dont nous connaissons l'arrestation, il déclara que les paroles qui terminaient le discours de M. Thiers n'étaient pas une menace. Ce discours, peu signiQcatif et pleiu de concessions, semble n'avoir été prononcé que pour constater la préseiice de l'ancienue opposition sur lechamp de bataille.

M. DE IIOBNÏ ET. H. GUIS-BIZOl». iM

te résultat des élections laissait eab^voir dans un aveoir plus ou inotiu loÎDlaÎQ la possibilité d'un conflit outre le pooToîr et le stiffrage UDiverseK M. Taillefer signala le péril dao» la séance suivante, en posant cette question : Si le suffrage universel, consulté pendant une guerre ou une disette, répond par une majorité hostile^ que fera le g(Mi- Temement? M. Taiilefer demandait le renouvellement pai* tm&f tous les trots ans, du Corps légi^atif. M. de Momy empôcba l'orateur de se hasarder davantage sur un terrain anti-constitutionDel, puis, s'il est permis de se^ervir de ce terme peu parlemenlaire, il rembarra H. Glais-Bizoiu, qui, non content d'attaquer te compte rendu ofiBciel, se moquait des croix et des titres; il continua sa mercuriale par ces mois : « Maintenant, continuez, tâchez que je TOUS enteade, et faites attention à ce que vous direz. » M. dflifr-fiizoin répondit à cette invitatiou iusolenle qu'il avait appris le langage pariementaire à l'école de Benjamin, de Manuel, de Lafayelte, et qu'il ne parierait jamais celai du courtisan.

L'opposition faisait remarquer que deux millions de voix données aux candidats libéraux et la majorité obtenue par eux dans [Masque toutes les grandes villes n'étaient point le résultat de dissidences locales, mais une revendication réÛé(^ie de la liberté. « La France a conSaoce en elle- » même; elle se trouve digne d'exercer tous les droits dont » jouissent les autres nations. Les libertés administratives » qu'on lui promet n'auront de prix que si elles serveul » à assurer les libertés politiques. Elles ne peuvent ni les » suppléer ni les faire oublier. La liberté électorale, méo connue et violée par les candidatures officielles, est la » première des libertés politiques. »

M. Segris prit la parole, et, à propos de cet amende-

403 L'ENPIDE.

meot, il s'éleva contre ta prédominance qu'affedait Paris et contre la séparation de la Fruice en deux parties : les villes et les campagnes. M. Segris ajouta que les députés étnieut nommés par la France et que les députés des départements araient sur ceux de Paris l'avantage de savoir qui les oomnie. « Nous pouvons fort bien, ajouta-t-il, être n indépendants sans faire de l'opposition; de prétendus » indépendants ont derrière eux des maîtres auxquels il faut B obéir, et plus d'un député de Paris est peut-être effrayé, » à l'heure qu'il est, du courant qui l'a porté, u

L'amendement de l'oppostlion de gauche n'avait pas de chance d'être adopté; les membres du parti iotermédiaire en proposèrent un autre sur le même sujet- M. Thiers le défendit. M. Rouher, dans sa réponse, parla des intrigues des candidats sous la République, intr^;ues peu prouvées et qui, en aucun cas d'ailleurs, ne pouvaient justifier les manœuvres du gouvernement. Le résultat des élections de Paris le louchait peu ; Paris est la ville des « situations » désagr^ées et déclassées; il aura d'ailleurs sa réaction » en faveur de l'Empereur. Les élections de 1863, selon » vous, signifient liberté. Eh bien, qui a donné le làgual » de la liberté en 1860? N'est-ce pas l'Empereur qui a le M premier arboré ce drapeau, non pour le laisser ensuite » tomber dans la misère et dans la boue, mais pour en fixer » la hampe dans les lois » . Tel était le style de M. Rouher dans tes grands jours.

Le ministre d'État, rappelant la réunion électorale tenue chez le duc de Broglie, parla « d'une famille exilée qui n'a pas donné sa démission » . M. Thiers l'interrompit : « H vaudrait mieux ne pas parler de ceux qu'on a dépouillés. »

La séance du lendemain, quoique moins orageuse, fut très-vive. Il s'agissait des traités de commerce et de la

1, .. A,OOglC

U LOI SUR LES COALITIONS. d93

protection. Une question non moins importante occupa la Chambre le 30 janvier. MM. Dartmon, Lanjuinais, Hagnln, Marie, Malézieux, d'Andelarre, Jules Favre, Eugène Pelletan, Ernest Ftcard, Havin, Jules Simon, Dorian, Glais- Kzoin, Émite OltiTier, proposaient l'amendement suivant:

« L'abolilion de la loi sur les coililions que nous avons réclamée l'année dernière sera un bienfait. Les ourriers, convaincus que la liberté est i la fois la seule garantie de l'ordre et du Iranîl, et la source la plus Céconde' du bien-SIre moral et matériel, ne demandent plus i l'Ëtat que le droit d'améliorer leur condition par leur propre énergie ; l'inâlmcllon et une lalitade plus grande accordée au droit d'association leur en donneront les moyens, v

MH. Darimon, Emile Ollivier, Jutes Simon plaidèrent la cause des ouvriers au nom du droit et en invoquant te grand changement opéré dans leur esprit désabusé des doctrines autoritaires : sociétés coopératives pour se procurer les outils et les objets de consommation, banques de crédit populaire dans le genre de celles qui florissaienl eu Allemagne; les ouvriers bornuent là leurs vœux qu'il serait injuste de ne pas chercher à réaliser. M. N(^at Saint- Lanrens fit remarquer que le discours de la couronne promettait de modiGer, sinon d'abroger la loi sur les coalitions, etqoel'amendement était inutile. Les signataires te maintinrent néanmoins en remplaçant le mot abrogation par celui de modification; l'amendement obtint 53 voix. M. Jules Simon s'était écrié en te défendant : « Tout ce qui est ilans mon cœur est dans te vôtre, a M. de Momy s'empressa de faire remarquer que cela sans doute voulait dire que, sur les questions de bien-être, d'instruction, de liberté de travail [mur tesouvriei^, la Chambre était unanime. Oui, oui I répondit-on de toutes paris. La majorité et l'opposition se donnaient une espèce de baiser Lamourette sur la joue du socialisme.

iU ■ t'EMFUtE.

M. d'Andelarre, duis cetle séance, appuya l'amendeinent relatifà l'uxlensÛHi des attributions des^eonseils généraux et municipaux. M. Eugène Pellelan, qui demandait le retour au droit coBimun pour le r^me rauni<»pal de Paris et de Lyon, défendit avec beauooup^ d'^xpence Paris contre les souvenirs de la Commune de 93, toujours évoqués pour lui refuser les droits municipaux. Le leudemain^ M. Eroest Picard, en qui s'était identifiée lo cause de Paris, l'appela « le cerveau delà France ». — «Cerveau malade » , riposta une voix partie des bancs de la majorité. M. de Morny dit à son leur : « Si Paris est la tète, la pro- » vince est le cœur; la France a d(Hic bon cœur et ibeu- » vaise tète. »

Le gouvernement déclarait n'avoir nul bestùn de la loi de sûreté générale, et il refusait m môme temps de l'abroger. M. Picard signala eette oontradiction et, liaisant^lusion au passé du parti qui était au pouvoir, il lui reprocha sa sévérité pour les autres partis. M. de Aloray aussitCkt de se récrier : « Vous ne pouvez pas donner le nom de parti à » un ^uveroement issu du suffrage uoiveifiel qui a la i> France avec lui. »

MM. Plicbon, Ancel, Kolb-£enHird^ duc 4e Marmier, marquis d'^delarre, de Grouchy, Martel, Pinart, Lau)bredit, de Ghambrun, Lanjuinais, dé Gnuamont, MaléEieux, proposaient un amendement ainsi conçu : «Le a sufih^e universel est la base de notre suffi*^ -politique. » Assurer la sincérité et la régularité de sea application, n c'est aocrotfre la force des^poavoirspublicS'; rex{>érience« R démontré que la' loi élcotiwftle laisse à désirer des garanti ties {dus complètes et dee dispositions qiieux: définies. ■ M; Houber en cûnibattant l'amendement ayantcitéd'ua ton méprisant le chiffre des membres de l'extrême gaucbe.

Page 1