ENCORE H. ROUHER ET LE MEXIQUE
(^aimera eocore celte fois. Il veut, dit-on, prendre le Mexique. S'il avait ce projet, pourquoi ne l'aurtul-il pas exécuté en 1847? Les Américains parlent beaucoup de la doclriue de Monroe ; mais, pour la mettre en pratique, il faudrait n'être pas en proie à la guerre civile. La doctrine de Monroe se résume ainsi : Chacun chez soi. Le Mexique est chez lui. De quel droit pourrait-on l'attaquer? De quoi se compose d'ailleurs l'armée du Nord? De malheureux ouvriers et agriculteurs arrachés par la conscription à leurs foyers; ils demandent à y rentrer et non à envahir le Mexique. Les dernières dépêches reçues de Washington démontrent que le président des Êlals-Unis est décidé à laisser le Mexique libre de choisir son gouvernement. Le Sénat vient, il est vrai, de prouver par un vole récent qu'il n'est pas de cet avis; mais le vole du Sénat n'engage pas le président ; les hommes d'État américains parlent quelquefois de guerre pour se populariser quand ils sont candidats à la présidence, mais ils y renoncent après, parce la guerre est contraire aux institutions des Etats-Unis.. M. Rouher n'avait pas, on le voit, besoin de se mettre en peine pour trouver des ai^iiments sérieux. Le Corps législatif se contentait des première venus.
La discussion du budget des affaires étrangères remit te Mexique sur le tapis. M. Rouher opposa au tableau de la situation de ce pays présenté par M. Jules Favre une dépêche de M. de Montholon qui se termine ainsi : « I* Mexique » ne peut manquer d'entrer prompteinent dans une voie » de prospérité matérielle dont l'Europe profitera. » Le ministre d'État crut devoir ajouter : « Voilà la situation bien autre que celle esquissée par M. Jules Favre éprouvant sans doute le regret de se voir enlever la clientèle de Juarez qu'il a si bien défendu. »
— Voire clienlèle, répondit M. Jules Favre, c'est la fortune.
— Oui, reprit M. Houhcr triomphant, notre clionlète c'est la fortune ; la Providence la protège, la raison la dirige.
M. Adolphe Guéroull, dans la séance du lendennain, consacrée au budget de l'intérieur, s'éleva contre la concurrence déloyale que le gouvernement ne craignait pas de faire aux autres journaux par l'adjonction au Monitevr officiel, paraissant le malin, d'un Moniteur du soir exempt du droit de timbi'e et de poste, ce qui le plaçait, continuat-il spirituellement, sur la pente de raboniiement gratuit et obligatoire.
Le gouvernement répondit qu'il n'avait créé le Moniteur du soir que pour publier plus rapidement tes nouvelles. — Pourquoi alors ne pas les envoyer à tous les journaux, demande M. Picard, en ajoutant que, puis(]u'il en était sur ce chapitre, il demandait la permission de citer un passage d'un journal financier, qui se plaignait que la lettre de l'Empereur sur la suppression du décime de guerre, portant la date du 15, n'eût paru que le i8 au Moniieur, après un intervalle de trois jours, pendant lequel un mouvement de hausse s'était produit et avait donné lieu à. des inductions lâcheuses sur lesquelles l'aulour de l'article ne croyait pas devoir insister. « î* gouvernement, dit M. Pî- » card, quand il a de ces nouvelles qui brûlent les mains, B doit les livrer immédiatement. Celles qu'à l'avenir il reco- » vra ne s'égareront plus, il faut l'espérer, pendaiit trois » jours dans les mains de ceux qui sont chargés de les traos- » mettre. »
M. Ernest Picard exprima également l'espoir que le Moniieur des Communes cesserait de jouir du privilège d'apprécier librement les débats du Corps l^islatifet de violer la loi qui oblige tous les journaux à faire suivre