‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 9 sur 148 · GABIBILDI S'EMBARQUE POUR U SICILE. H · texte numérisé non relu

GABIBILDI S'EMBARQUE POUR U SICILE. H

Naples. Le maintien des Bourbons sur le trône des Deux- Siciies devenait de jour en jour plus difficile au milieu des cbangemeats amenés par le triomphe de l'esprit libéral en Italie. La situation de ce royaume était réeltemenl affreuse. 180000 suspects [attendibiK) inscrits sur les registres de la police, soumis à la surreillance, étaient internés dans leur province ou dans leur commune et exclus des proressions libérales. L'autocratie bourbonnienne , brouillée avec presque toutes les puissances, voyait ses périls sans pouvoir et même sans vouloir les conjurer. François II, Gis et successeur de Ferdinand, aurait -il la main assez babile et asser forte pour réparer le trône vermoulu de son père sans que la vieille machine tombât en ruines?

L'état de trouble et d'anarchie dans lequel se débattait l'Italie depuis la paix de Vîllafranca ue pouvait se prolonger sans amener l'intervention de la révolution. La note suivante publiée par la Gazette de Milan du 26 avril 1S60 donna le signal de son entrée en scène :

n Les volontaires désireux de se rendre en Sicile doivent s'adresser pour les Instructions au bureau du journal. »

Là Sicile, à peine remise des blessures reçues pendant sou ÎDSurreclion et la répression qui en avait été la suite, étaitelle prête à s'insurger de nouveau 7 1^ chefs du parti révolutionnaire n'en doutaient pas. Garibaldi seul n'avait qu'une médiocre conBance dans le succès de la tentative à la tête de laquelle ses amis lui proposaient de se mettre, et dont ils activaient les préparatifs sans que le gouvernement, qui ne pouvait les ignorer cependant, y mit obstacle. Garibaldi opposa une longue résistance au projet d'une expédition en Sicile. Il ne s'y prêta qu'après avoir décliné d'avance la responsabilité de l'insuccès qu'il redoutait, et dans la nuit du 5 au 6 mai un corps de 1000 volontaires

parlait de Gènes sur le Lambardo et le Piemonie, navires à vapeur enlevés à la compagnie Rubattino. Garibaldi avant de s'embarquer écrivit au roi Victor-Emmanuel :

» Sire,

» Le cri de délresse de la Sicile qui parrient à mes oreilles a ému mon cœar et celui de quelques ceDlaiaei de roei vieux compagnons d'armes. Je n'ai pas conseillé le mouTemenl insurrecliounel de mes frères de 1» Sicile, mais du moment qu'ils se sonl soulevés au nom de l'unité ilalieone dont Votre Majesté est la persounificalion, contre la plus înfSme tyrannie de noire époque, je n'ai pas dA hèsiler ï me mettre i la tSte de l'expédition. Je sais que je m'embarque dans une entreprise dangereuse ; mais je mets ma confiance en Dieu et dans le conrage de mes compagnons.

> Notre cri de guerre &era toujours : Vive l'unité de l'Italie I Vire Victor- Emmanuel, son premier et son ptusbraTc soldat I Si nons éefaouons, j'espère qne l'Italie et l'Europe libérale n'oublieront pas que celte entreprise décidée par des moiirs purs de tout égoTsmë est entièrement patriotique. Si nous réussissons, je serai Ber d'orner la couronne de Votre Majesté d'un nouveau et peut-être plus brillant fleuron, ï la conditioD louterois que Votre Majesté s'opposera i ce que ses conseillers cèdent cette province è l'étranger, ainsi qu'on l'a fait pour ma ville natale.

n Je n'ai pas communiqué mon projet è Voire Majesté; je craignais en effet que par suite de mon dévouement è sa personne. Votre Majesté ne réussit & me persuader de l'abandonner.

» De Votre Majesté, Sire, le plus dévoué s^jel,

» Gahiraudi. n

L'Italie accueillit avec enthousiasme la nouvelle du départ de l'expédition. L'armée entière aurait voulu en faire partie. Le gouverneur de Gdues fut obligé de consigner la garnison. Le général Fantt, ministre de la guerre, prit des mesures sévères pour empêcher les désertions, la brigade qui portait le nom de la ville de Gènes fut dissoute. Les corps constitués votaient, malgré le gouvernement, des fonds pour subvenir aux frais de la campagne; les souscriptions destinées à payer les navires de la compagnie Rubattino affluaient de toutes parts; les vœux et les espérances de la nation suivaient les hardis soldats de Vunité italienne.

Garibaldi, au lieu de se diriger directement sur la Sicile,

DÉPART DE GARIBALDI. iï

fil escale k Talamone, petit port sur la côte Toscane, aux environs d'Orbitella. H y laissa environ iOO hommes chargés d'opérer une diversion dans les États romains. C'est de ce port qu'il data une proclamation aux sujets du pape. Le gouvernement intercepta la proclamation et Ht désarmer tous les volontaires sur la frontière:

Garibaldi repartit le 8 mai se dirigeant sur Marsala, son port de débarquement. La mer, peu profonde, empêche les navires de guen-e d'en approcher, et les accidents de terrain de Marsala à Palerme sont très-favorables à une guerre de partisans comme celle qu'il allait entreprendre.

Le Piemonte et le Lombardo, aperçus par les frégates napolitaines StromboH et Caprî, prirent chasse devant elles. Les paquebots garibaldiens avaient quatre heures d'avance sur les frégates, mais celles-ci gagnaient une lieue toutes les heures, elles n'étaient plus qu'à une demilieue du port lorsque le Piemonte et le Lombardo y entrèrent et se rangèrent derrière deux navires anglais X Argus et l'Indépendance. Les commandants des frégates sommèrent les capitaines des navires de se retirer ; ils répondirent qu'ils ne pouvaient s'y refuser, mais qu'ils étaient obligés auparavant de rallier leurs marins descendus à terre; deux heures s'écoulèrent dans cette attente. Les volontaires purent débarquer en laissant leurs canons à bord.

Garibaldi se rendit sans retard de Marsala à Salemi. Les recrues lui arrivaient en foule de l'intérieur. H avait au bout de trois jours plus de ÙOOO hommes sous ses ordres. Celle petite armée se mit en marche le 1 5 mai sur Palerme. L'anxiété et le trouble pendant ce temps-là redoublaient à Naples. M. Carafa, ministre des affaires étrangères, con- Toqua le corps diplomatique pour lui offrir des concessions de la part de son maître en échange de garanties données

par l'Europe, comme si les ambassadeurs des puissances étrangères étaient munis d'avance des pouvoirs indispensables pour prendre de tels arrangements. H. Carafa se rabattit à demander l'intervention des consuls étrangers pour conclure un armistice pendant lequel l'armée royale* effectuerait sa retraite. Garibaldi, à la suite de plusieurs combats sanglants, étant entré à Palerme le 27 mai, François H se décida, dans les premiers jours de juin 1860, à invoquer la médiation de Napoléon III.

Le gouvernement impérial n'avait point cessé, depuis le départ de Garibaldi, d'adresser aucabineldeTurin des notes menaçantes au sujet de l'expédition de Sicile, et M. de Cavour ne se lassait pas de son c6té de la désavouer, mais le ministre de Victor-Emmanuel l'avait dit au baron de Talleyrand en signant le traité de cession de la Savoie et de Nice : << Maintenant nous sommes complices » (l) . Aussi s'inquiétait-il peu des représeu talions du cabinet des Tuileries. Sa situation n'en devenait pas moins de jour en jour plus difficile par suite du brusque changement survenu dans la politique du roi de Naples. François U accordait une constitution à ses sujets et offrait une alliance au Piémont. Les deux royaumes de l'Italie du Nord et de l'Italie du Sud auraient résolu la question romaine en se partageant le fidéicommis pontifical par un double vicariat. Le gouvernement français appuyait ces offres et le gouvernement anglais, quoiqu'il eût refusé de se joindre à lui pour interdire à Garibaldi de franchir le détroit, ne dissimulait pas l'importance qu'il attachait à la conservation du royaume de Naples.

L'inaction du gouvernement italien, enchataé parladi-

(1) Journal d'un diphmatt en Italit, par Henri d'IderiDe.

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EMTREVDE DE CHAlIBfitT. j5

plomatie; formait un dangereux contraste avec ractivité déployée par la Révolution. Le roi n'avait d'autre alternative que d'abdiquer en sa faveur ou de se mettre à sa tète. Victor- Emmanuel opta pource'deroier parti; M. Farini et le général Cialdini portèrent à Napoléon III, alors à Cbambéry, une lettre autographe du roi délibérée eu conseil dans laquelle il lui exprimait les nécessités auxquelles il était forcé d'obéir. Les deux envoyés insistèrent sur les raisons qui forçaient le gouvernement d'agir. Napoléon 111 se contenta de leur répondre : « Faites, mais faites vite. »

Jamais iostruclions ne furent plus vite comprises ni plus rapidement exécutées : concentration de l'armée depuis le lac de Garde jusqu'à Arezzo; mobilisation de la garde nationale ; réunion d'un corps de troupes à Gènes prêt à être transporté par mer à Naples ou sur tout autre point ; transfert du quartier général de Cialdini de Bologne à Forli où se forma un corps de SOOOO hommes; appel de 15 000 volontaires à la frontière des Marches; toutes ces mesures furent prises en quelques jours. M. de Cavour adressa le 8 septembre au cardinal AntoneUi une note demandant la dissoluliou immédiate des corps étrangers au service du Saint-Siège, et quatre jours après les troupes piémontaises passaient la frontière pontificale pour «rétablir l'ordre dans les villes désolées, et pour donner » aux peuples la liberté d'exposer leurs vœux, non pour D combattre des armées puissantes, mais pour délivrer les » malheureuses provinces italiennes de bandes d'aventu- 1 riers étrangers » .

I^ déclaration de guerre du Piémont fut lancée le 10 septembre. Le général Lamoricière faisant halte le IG tt Monte-Santo, entre Macerata et Spolète, reçut du

miDÏstre de la guerre à Rome communication deladépé-; cbe suivante, adressée précédemment par le duc de Gramont au consul de France à Ancône :

K L'Empereur a écrit de Marseille au roi de Sarda^ae que ai les troupss piérooDlaiKS pénèlreot sur le territoire ponttûcal, il sera forcé de s'y opposer ; des ordres sont déjji donnés pour embarquer des troupes ïi Toolea, et ces renforts doivent arriver sans retard. Le gouvernement de l'Empereur ne tolérera pas ta coupable agression du gouvernement sarde. Comme vicc-consul de France, vous devei régler votre conduite en coa~ séquence.

H Signé Gramont.»

Le général Lamoricière comptant sur ces assurances, et se sentant appuyé, n'hésita plus à se porter en avant. Le «onsul de France lui confirma le jour môme de sou entrée àAncône, le 18 septembre, la teneur de cette dépèche. Il la transmit en môme temps au général Cialdini, en tnarehe de Sînigaglia sur Anéône. Cialdini en accusa réception et contiDua sa marche (1).

M. de Gramont, obligé de donner plus tard des explications sur cette dépêche, a répondu en se plaignant de la falsification qu'elle avait subie (2) de la main du proministre des armes M. de Mérode, qui, à ces mots : « l'Em- » pereur a écrit au roi de Piémont pour lui déclarer quo, » s'il attaquait les États du pape, it s'y opposerait » , aurait ajouté a par la force ». M. de Mérode, il faut en convenir cependant, s'il n'a pas respecté la lettre, est resté fidèle à l'esprit de cette dépêche, car il est difficile de s'imt^iner que dans les circonstances où l'on était alors le gouvernement impérial pût songer à s'opposer à l'invasion des États pontificaux par d'autres moyens que par la force.

Les ennemis cependant allaient se trouver en présence ;

(1) Note du général Um)nâiniaxi»\e Journal A RoTne ixt 3Aoctotiral860.

(2) Réponse de H. de Gramont adreiiée au cardinal AniooeUi.

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BiTÂILLE DE CiSTBLFlDARDO. A7

le général Lamoricière descendit le 18 septembre, vers . dix heures du matin, des hauteurs de Lorette suivi des Franco-Belges, des Allemands, des Suisses et enfin des Romains; arrivé au rivage, il marcha parallèlement à la rencontre de l'ennemi. Les Piémontais, faibles sur ce point, se r^ièrent sur la colline de Castelûdardo. Les volontaires franco-belges transformant en forteresses les fermes et les maisons de campagne voisines, y luttèrent vaillamment contre les Piémontais revenus k la charge avec des renforts et de rarlillerie : les Italiens de l'armée pontificale commençaient i se débander lorsque le général de Pimodan tomba percé de trois balles. Le général Lamoricière ne pouvant tenir en rase campagne se retira suivi d'une faible colonne sur Ano6ne où il espérait prolonger sa résistance. L'armée pontificale était détruite ou errait dans la campagne sans espoir de se joindre à la garnison de cette ville. Cialdini, laissant devant cette place les forces nécessaires pour en commencer le siège, rejoignit, te surlendemain de la bataille, Fanti qui, de Lorette, se préparait à diriger les . opérations contre Ancôoe. Le bombardemeut de cette ville commença le 19 ; le blocus fut déclaré le 22 ; le général Lamoricière demanda le 28 six jours d'armistice qui lui furent refusés, et le 29 il se rendit à l'amiral Persano.

Le gouvernement impérial, obligé de prendre une résolution en présence de ces événements, renforça lé corps d'occupation de Rome et publia cette note dans le Moniteur: « n ne saurait appartenir qu'aux grandes puissances réunies en congrès de prononcer un jour sur les questions posées en Italie par les événements, mais jusque-là le gouvernement de l'Empereur continuera à remplir, conformément à la mission qu'il s'est donnée, les devoirs que lui imposent ses sympathies pour le Saint-Père et la présence

n L'EUPIRE.

de Dotre drapeau dans la capitale de ta catholicité. > L'Empereur revenait à son idée Favorite d'un congrès, mais ses correspondances diplomatiques et ses journaux officieux s'efforçaient en vain d'en démontrer l'efficacité. On y croyait d'autant moins, que l'empereur de Russie, l'empereur d'Autriche et le prince-régent de Prusse étaient sur le point de se réunir à Varsovie, où ils tinrent, le 22 octobre, une conférence qui semblait exclure toute idée de congrès.

La dynastie de Naples ne pouvait être sauvée que par une alliance sincère avec le Piémont, alliance conseillée par toutes les cours d'Europe, excepté par l'Autriche; mais le gouvernement italien n'était plus maître de ta situation ; M. La Farina, chargé par M. de Cavour de prendre la direction du gouvernement à Palerme, en avait été en quelque sorte chassé. Garibiddi, homme de sentiment plus que de raison, poussé par son patriotisme vers M. de Cavour, éloigné de lui par ses amis, sujet loyal et rebelle à la fois, résistait aux demandes réitérées du roi d'évacuer la Sicile. « Sire, lui écrivit-il, Votre Majesté sait de quel respect et de quel attachement je suis pénétré pour sa personne et combien je désire lui obéir; mais Votre Majesté doit bien comprendre dans quel embarras me placerait aujourd'hui une attitude passive en face de la population du continent napolitain que je suis obligé de contenir depuis si longtemps et à qui j'ai promis mon appui. L'Italie me demanderait compte de mon iiiacliou et il en résulterait un mal immense. Au terme de ma mission jo déposerai aux pieds de Votre Majesté l'autorité que les circonstances m'ont conférée, et je serai bien heureux do lui obéir. »

L'anarchie, pendant ce temps-là, faisait chaque jour de

DÉSORDRES A RAPLKS. U

DOUTeaux progrès dans le royaume de Naples. Les Saafedisfes s'étaient emportés jusqu'à frapper ie mioistre de France dans sa voiture. Le 15 juillet, une émeute militaire avait eu lieu aux cris de : Vive le roilAbas la constituHon I et le roi refusant au ministère la dissolution du régiment des grenadiers de la garde, piincipal acteur dans ces troubles, le cabinet en masse s'était retiré. Les désordres recommencèrent le 20; le renvoi des troupes mercenaires ayant été vainement demandé par le peuple et par la garde nationale, le général Nunziante, un des sei'viteurs les plus dévoués de la monarchie, envoya sa démission à François 11* et, dans un ordre du jour adressé aux troupes sous ses ordres, il les exhorta à ne se battre que pour la patrie. tmé^

La division régnait même parmi les membres de la famille royale; le comte d'Aquila, oncle du roi, qui ne signait plus que f Louis-Harie Bourbon ■» , accusait les nouveaux ministres de trahison; les minisires l'accusaient à leur tour de viser à la royauté ; son neveu l'exila : les journaux furent suspendus, la ville subit de nouveau l'état de siège. Le gouvernement, aveuglé par le péril et cherchant tous les moyens de le détourner, imagina de proposer à Garibaldi de lui livrer passage par les Pouilles et les Abruzzes pour attaquer les Marches et rOmbrie, et de lui fournir des transports, des vivres, des munitions. La flotte napolitaine et un corps de 50 000 hommes seraient ensuite mis à sa disposition pour délivrer Venise (4). Rien n'indique mieux qu'un pareil projet le

(1) H. La CeeilU, qui avait obtenu des niniitrei Vauloritation Je Taira cm proptMÏlia 01 i Garibaldi, leiaréviliei daiu une lettre reproduite le 10 aeptembre par le Journal otfidel de Hapleg. KM. de Hartlno et Liboria RonuDO répoadireDt i cette lettre pour décager leur responiabilité perionnetle. H, Romino reGoanall CD u&ne tempï la vériti de* aHerlian» de H, La C«cilia.

TIKUX DELORD. IH — A

SO L'EHPinE.

désarroi moral do gouTemeineat napotîtain, ot rimminence de sa chute. (ïaribaldi, en effet, n'attendait plus, pour passer sur te continent, que d'avoir réuni les barques nécessaires au transport des troupes.

Une année comme la sienne, composée de soldats de toutes les nationalités. Italiens du Nord et du Midi, Français, Anglais, Polonais, Hongrois, brave mais indisciplinée, ne pouvait ^Ivre qu'en agissant ; il Fallait marcher, aller à Naples, puis à Rome, puis à Venise. Garibaldi, en attendant qu'il pût réaliser ces rêves, pénéliait ta nuit dans le port même de Casteltamare et essayait d'enlever à l'abordage le Monarca, vaisseau de la marine royale. Les Napolitains vivaient dans les transes d'un bombardement semblable à celui que la flotte royale avait dirigé sur Palerme. Les légations, les consulats étaient assiégés par des gens qui venaient y chercher asile à la première nouvelle d'un débarquement des garibaldiens dans les Calabres pendant la nuit du 8 au 9 août. L' exreprésentant du peuple de Flotte, ancien ofilcier de marine, trouva la mort du soldat dans cette descente. Garibaldi traversa le détroit, le 18, sur le Franklin et descendit àMileto.

Un autre oncle du roi de Naples, le comte de Syracuse, l'engagea , dans une lettre rendue publique, à suivre l'exemple de laduchesse de Parme et à préférer l'abdicatioD au sang versé. François II ne songea plus qu'à rassembler les troupes fidèles, surtout les régiments étrangers, et à transporter la défense entre le Vultume et l&Garigliano. Il partit le 26, n'ayant à ses c6tés que M. de Martino et le président du conseil Spinelli, que son père avait tenu deux ans en prison et douze ans en surveillance. Le corps diplomatique, moins les ministres de France et d'Angle-

CARlBALOr A NAPLES. 51

lerre, vînt le rejoindre le lendemain à Gaële, 0(1 il s'éiait réfugié.

Garibaldi fit son entrée à Naples, le 7 septembre vers le soir, dans une voiture de louage, accompagné de quelques cfBciçrsde son état-major. Le gouvernement révolulionnaire qui s'était formé fut dissous et remplacé par une dictature confiée au chef de l'armée victorieuse ; l'amiral Persano prit le commandement de la flotte napolitaine; les fonds montèrent de 88 à 93 francs.

Cette situation brillante ne pouvait pas être de longue durée : le dictateuri le ministère, les gouverneurs des provinces constituaienl trois gouvernements, sans compter le

-gouvernement occulte de Mazziiii, accouru à Naples en même tempsque Garibaldi. L'armée improvisée en Sicilese

• trouvait en présence d 'une arnoée réduite à ses plus sérieux éléments, enfermée dans des lignes stratégiques et appuyée sur la forteresse de Gaëte. Lesannexionistes, divisés en deux partis, demandaient, les uns l'annexioa immédiate, les autres l'anoexion après la conquête de Rome et de Venise ; partisans de l'autonomie napolitaine, mazziniens, absolutistes attendant leur revanche de l'anarchie, trois ou quatre partis ouvertement ou secrètement hostiles s'agitaient autour du dictateur, ardents à lui soufQer leurs haines, leurs passions et leurs chimères. Garibaldi, assez fin pour démêler leurs projets, trop faible pour se soustraire à leur influence, lassant de l'un k l'autre à chaque instant, dirigeait un de ces gouvernements d'incertitude et d'expédients qui fatiguent un peuple autant que la tyrannie elle-même et qui la lui font quelquefois regretter. L'armée garibaldienne s'épuisait en faits d'armes brillants mais inutiles devant Capoue. Les troupes de François U tenaient ferme ; les volontaires diminuaient tous les jours ; l'armée napolitaine

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ft3 t'EMPIRE.

ne s'organisait pas; l'importante position de Cajasso avait été reprise, après un combat meurtrier, par les troupes royales. François II, avec de l'audace, aurait pu marcher sur Naples, mais ses généraux ne se battaient que pour l'honneur militaire ; les Piémontais d'ailleurs étaient à Ascoli, sur la frontière. La bataille livrée le 1" octobre sur le Vultume avec tant de bravoure et d'acharnement par les garibaldiens, qui tinrent en échec l'armée de Françoisll, prouva néaumoinsTimpossibrlité de prendre Capoue avec leurs seules forces. 8000 Piémontais arrivèrent, le 9 octobre, à Naples par mer ; 4000 allèrent renforcer les

Les Piémontais coupèrent prompteoient les communications entre Gaëte et Capoue, qui se rendit le 1" novembre; matlres alors de trois passages sur le Garigliano, ils obligèrent les forces de François II à se replier sur Gaëte en suivant les bords de la mer : l'amiral I^e Barbier de Tinan protégea leur retraite, mais un' corps napolilaio considérable n'en fut pas moins forcé de se réfugier sur le territoire pontiBcal. Victor-Emmanuel n'avait plus qu'à venir à Naples ; il y entra le 7 novembre en voiture, ayant Garibaldi à son cdté.

L'entente paraissait cordiale entre le roi et le conquérant des Deux-Siciles, mais au fond elle était rompue. Garibaldi croyait que sa présence à Naples avec le litre de lieutenant général et des pouvoirs illimités était nécessaire pendant un an encore pour consolider la conquête. Les conseillers de Victor-Emmanuel étaient convaincus, au contraire, que la présence de GaribalJi ne servait qu'à perpétuer l'anarchie à Naples. Victor-Emmanuel offrit à Garibaldi, en échange de sa retraite volontaire, l'ordre de l'Annonciade, un des châteaux de la liste civile, le grade de

GARlBiLDl SE RBTIRE BE CAPRERA. G3

géuérat d'armée, une dotation priacière pour son &ls aîné et pour sa fîlle, le grade d'officier d'ordounaace du roi pour sDD fils cadet. C'était mal comprendre l'hoinme qui venait de conquérir la Sicile. Garibaltji, n'était pas un grand général, quoiqu'il eût de sérieuses qualités miUtairea et qu'il eût mieux fait la guerre que bien des capitaines célèbres, s'il est vrai que l'art de la guerre coD»ste h obteuir de grands résultats avec de petits moyens; il ne pouvait pas non plus passer pour un grand orateur, quoique personne ne remuât plus profondément les masses par sa parole; ni pour un grand homme d'Ëtat, quoiqu'aucun politique n'eût montré un plus sûr instinct pour choisir l'heure et le moment d'agir; mais intrépide, généreux, patriote jusqu'au fanatisme, capable de communiquer ce fanatisme à un peuple et à une armée, Garibaldi, pour employer un mot qui trouvera de plus en plus rarem«;t désormais son applicatiou, était un héros. L'aident et les honneurs le touchaient peu ; il repoussa les oflres du roi, et partit pour Caprera avec 50 francs dans sa bourse.

L'artichaut italien n'avait plus que deux feuilles à détacher, les plus difficiles il est vrai, Rome et Venise. Victor- Emmanuel ne pouvait y porter la main sans l'autorisation de son fidèle allié Napoléon III ; celui-ci, après avoir rappelé son ambassadeur au moment de l'invasion des Ëtats romains, refusait de reconnaître le blocus de Gaete déclaré par l'amiral Persane, et maintenait la flotte française devant les murs de cette ville. Cependant, comme il devenait chaque jour plus évident qu'il ne s'agissait plus seulement pour François H de sauver l'honneur militaire, mais encore d'attendre les évéoenients, sa résistance prenait un caractère tout politique. Le gouvernement impérial comprit qu'il

Si L'EMPIRE.

D'en pouvait partager plus lougtemps la responsabilité. Ije. Moniteur &Duoa^ donc que l'Empereur, placé eDlre le désir de donner un témoignage d'intérêt à un prince malheureux et d'observer le principe de non interveatioo, était obligé de retirer sa flotte. François U comprit enfin qu'il fallait capituler. Les conditions les plus honorables lui Turent accordées; il s'embarqua, le 13 février, sur le navire français la Mouette, qui le conduisit à Givita-Vecchia, d'oîi il se rendit à Rome.

Le gouvernement impérial, entouré de gouvernements constitutionnels, jouant en quelque sorte son existence pour assurer l'indépendance de l'Italie constitutionnelle, et restant confiné lui-même dans son organisation quasi despotique, il y avait dans ce contraste quelque chose qui blessait trop profondément le bon sens el la logique pour être durable. La France et l'Europe le sentaient, l'Europe peut-être plus vivement encore que la France. Napoléon III, pressentant cet état général de l'opinion, s'appliquait à détourner autant que possible les esprits des réflexions que leur suggérait la contradiction flagrante existant entre sa politique intérieure et sa politique extérieure. Il y était parvenu jusqu'ici par toutes sortes de petits moyens, mais la pensée des résultats désastreux que pouvait avoir la guerre d'Italie, la réunion récente des empereurs de Russie, d'Autriche et du régent de Prusse à Varsovie, faisaient naître dans les esprits des inquiétudes et des préoccupations dont l'Empereur ne pouvait plus se flatter de triompher par les procédés ordinaires. M. de Morny lui Bt entrevoir qu'un retour apparent aux formes des gouvernements libres, mais ne changeant rien au fond même du gouvernement personnel, ferait facilement prendre le change àt'opinion en la rassurant; il se rendit à ce conseil,

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