‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 91 sur 148 · AFFAIRES DB POLOGNE ET DE DANEMARK · texte numérisé non relu

AFFAIRES DB POLOGNE ET DE DANEMARK

SoHNAiRE. — Affairra <le Pologne. — l* grand duc CansUnlin est nommé timroi de Pologne. — AltenUU tor Ii penonne du marqaii Wielopoltki et dn gnnd-duc. — Napoléon III et l'insurreclion. — L'embamt qu'elle lui canM. — Le racniteDwat eu Pologne. — La commencement de l'iniurrectian. — Répnsrion de Hourawiew, — Les cabineti des Tuileriei, de Londres et de Tienne, dans la question polonaiie. — Négocialioui avec la Russie. — Le prince riOritebekolTir iogI fin cavalièremetit. — La journée de< princes à Francfort. — Son influence sur la question polonaise et sur celle des ducliéi. — Situation du Danemark en 1862. — Dép6^e de CoUu. — lUgocialiona diplomatiquet. — Un nouveau prélendaut. — Concessions de Christian VIII. — La Prusse et l'Au- Uicbe les repoussent. — Causes de ce refus. — Imprudence de certains paissges du discours d'ouierture du Sénat et du Corps légistalif. — Le Coufrès est rendu impossible par l'opposition de l'Anglelen*. — M. de Bismarck et l'Anglelerre. — Les petits EtaU reconnaissant le préleadaat. — L'Europe et te Danemark. — Démembrement de la monarchie danoise. — Traité de Vienne.

M*' Felinski, archevêque de Varsovie, rouvrit en personne les églises le 15 février 1862 ; il exhorta les Mêles à ne point chanter les hymnes prohibées et à respecter l'ordre. Ses exhortations restèrent sans effet; la police, assaillie à coups de pierres, appela les soldats à son aide. La terreur r^na de nouveau dans Varsovie.

Le marquis Wieiopolski, appelé k la direction du gouvernement civil, et à la vice- présidence du Conseil d'Ëtat, s'était rallié à la Russie à l'époque des massacres de la Gallicle pour se venger de l'Aulricbe. Représentant le parti de la soumission prot^ée par un r^ime légal, suspect par cela même et incapable d'exercer une influence utile, it conseilla bientôt au gouvernement russe de nommer le grand-duc Constantin vice-roi de Pologne; mais le frère de l'Empereur, revêtu de cette dignité par un ukase du S6 mai, ne panint pas plus que ses prédécesseurs à calmer l'irritation des esprits. Un Polonais nommé Jaroszinski lira

ISOLEMENT DE LA POLOGNE. â37

sur lui un coup de pistolet sans l'atteindre, au moment où il sortait du théâtre. Un autre, ouvrier lithographe, uommé Jean Rzontsa, âgé de dix-neuf ans, tira sans succès sur AVielopolski. Les deux meurtriers furent exécutés dans la citadelle de Varsovie.

1^ Parlement anglais s'occupa cependant, le & avril, de la Pol<^ne. Les orateurs qui prirent la parole à la Chambre des communes firent entendre les plus chaleureuses protestations en faveur de cette nation. Le comte Russell en vint jusqu'à déclarer que r.\ngleterro se sentait atteinte et blessée par la violation des traités à l'égard de la Pologne. Le gouvernement impérial des Tuileries, en coquetterie réglée avec la Russie, n'avait pas pu cependant s'empêcher de lui adresser quelques conseils. La continuation des troubles lui causait une mauvaise bumeur très-visibte dans la note du Moniteur du 23 avril 1861, publiée à la demande pressante de M. de KiseleiT, ambassadeur de Russie à Paris, et destinée à mettre la presse et l'opinion publique en garde contre

u Li supposition que le gouTeraerncnt de l'Empereur encouragerail des espérances qu'il ne pourrait satisfaire. Les idées généreuseï du uar sont un gage certain de son désir de réaliser les améliorations que comporte l'état actuel de la Pologne, et il faut faire des vœux pour qu'il n'en soit pas empêché par des manifestations irritantes. ii

Le consul de France à Varsovie avait, de son côté, reçu l'ordre de décourager les Polonais. Ils n'avaient rien non plus à espérer du gouvernement anglais; les discours des membres de la Chambre des communes n'étaient suivis d'aucun effet, et lord Napier. ambassadeur britannique à Saint-Pétersbourg, disait ouvertement que les affaires polonaises \' ennuyaient (1).

(t) Éludet de diplomalU Urangire, par Julian Klidiko.

&28 L'EHPIKE.

La Prusse n'avait cessé, dès le début du mouvement polonais, de donner à la Russie des conseils de rigueur et de répression. L'entrée de M. de Bismarck aux affaires eut lieu le 2û septembre i862, quelques mois avant l'exécution de la terrible mesure du recrutement à laquelle ses conseils ne furent pas étrangers. La Pologne n'y avait pas été soumise depuis plusieurs années; les autorités de Varsovie Grent tout à coup procéder, dans la nuit du Ik au 15 janvier 1863, à l'enlèvement des jeunes gens par les soldats et par les agents de la police, et le lendemain le Journal de Varsovie déclara que le recrutement s'était opéré « dans un ordre parfait ; les conscrits montraient n même de la satisfaction et de la gaieté d'aller se former à » l'école que teur fournil le service militaire » .

Le Comité national polonais lança quinze jours après le recrutement son premier appel aux armes : la Russie et la Prusse conclurent presque en même temps la fameuse convention en vertu de laquelle, sous prétexte dé protéger le commerce et les recettes des douanes, les troupes des deux puissances pouvaient pénétrer dans l'intérieur des deux pays. Les libéraux, en Prusse, s'indignèrent à Vidée que la royauté prussienne allait se cliarger de faire la police pour la Russie, mais les libéraux avaient peu d'influence. L'Autriche repoussa la proposition d'accéder à la convention. L'Angleterre et la France n'ayant pas pu s'entendre pour faire des représentations collectives à .ron sujet, en firent d'isolées, auxquelles la Russie et la Prusse répondirent de façon à leur permettre de considérer la convention presque comme une lettre morte.

La lutte engagée le 6 février entre les troupes russes et les insurgés polonais fut inaugurée par des succès remportés par ces derniers. La division ne tarda pas, mal-

UNCli.WlCZ UCTiTEUIl. 52»

heureuscoient, à se mettre dans leurs rangs. Langiewicz, qui avait dirigé avec bonheur les premières opérations mitilaires, fui bientôt en lutte avec Mîerolawski. Convaincu que H la Pologne ressent douloureusement l'absence d'un » pouvoir central non occulte, capable de donner une » direction aux forces engagées^ et d'en appeler de iiou- ■ veau à la lulte (1) » , LAngiewicz prit la dictature, après s'être concerté avec le gouvernement provisoire, entre les mains de qui il devait remettre le pouvoir aussitôt que la nation aurait secoué le joug moscovite. Il rendit, en même temps, un décret par lequel il.instiluait un gouvernement civil, composé de quatre directeurs pour la guerre, l'intérieur, l'extérieur, les finances. Tous les pouvoirs occultes étaient dissous. Mierolawski publia contre ces actes une protestation dans laquelle, après avoir rappelé que le gouvernement national avait remis la dictature entre ses mains, il repou!%ait la dictalur*^ de I^angiewicz comme un odieux défi à la guerre civile.

M*' Felinski, pendant que ces compétitions menaçaient de compromettre le succès de la cause nationale, adressa une lettre à l'empereur Alexandre II. h Le sang, dit-il, » coule à grands flots, la répression ue Tait qu'aug- » menterTexaspéralion des esprits; que l'Empereur prenne m d'une maiu forte l'initiative dans la question polonaise, » et qu'il constitue une nation indépendante, unie seu- B lement à la Russie par le lien dynastique. C'est la seule » solution qui soîl capable d'arrêter l'effusion du sang, et n de poser une base solide h la paciQcation déBnitive. » L'archevêque de Varsovie se trompait : la Pologne, à ces conditions, ne se serait pas tenue pour satisfaite. C'est

(I) ProcbuniiioR dn 10 mai.

TAitiE HLOU. m ~- 3i

pour un résultat plus complet que les Polonais, commandéspar Langiewicz, livraient, cinq jours après l'envoi de cette lettre, une bataille i la suite de laquelle, accablés par des forces supérieures, ils se trouvèrent dans la nécessité de se disperser. Langiewicz, arrêté sur le territoire autrlcfaieD,. fut interné et laissé libre sur parole.

Le czar Alexandre II avait promis une amnistie à tous les insurgés polonais qui, du 12 avril au 1" mai, auraient déposé les armes. Il s'était engagé en même temps à maintenir les institutions accordées au royaume de Pologne^ et « à les développer selon les besoins du temps et du » pays » . Le Comité secret national de Varsovie lui répondit: «Nous avons engagé la lutte, non pour des instiiu- » tiens libres qui, sous le gouvernement russe ne sont que » des mensonges, mais pour nous affranchir d'un joug » odieux, pour reconquérir une indépendance et une libMlé B complètes. Qu'on sache enfin, et qu'on ne l'oublie jamais^ » que nous préférons la Sibérie, le gibet, à l'insulte d'un& u aministie. »

Les hostilités recommencent avec plus de vivacité que jamais. Le Comité nalional prend un arrêté par lequel il est défendu aux citoyens de quitter le royaume ; les personnes résidant à l'étranger sont, en outre, invitées à rentrer dans leur pays pour concourir à sa délivrance. Le l-î mai, il constate que le délai fixé par le Czar pour déposer les armes est expiré, et que pas un homme ne s'est soumis aux autorités moscovites.

Un comité spécial, à Paris, était chargé de correspondre avec les sociétés formées sur divers points de l'Europe potir venir en aide aux insultés. Le clei^é catholique dans tous les pays secondait ses efforts; en Pologne même, il se mêlait à l'insurrection; Mourawiew, nommé gouverneur

imitiutE d£ u Répression. 531

général de la LUbuanle, signale soo entrée en Foncfions en disant fusiller deux prêtres; le 8 juin, il met la Lilhuanie en état de siège et prononce la confiscation des biens de tous ceux qui viendraient en aide aux insurgés. Le comte Léon Plater, grand propriétaire du gouvernement de Witezk, accusé d'avoir commandé les Polonais à l'attaque d'uD convoi d' armas, est fusillé le même jour sur les glacis de la forteresse de Dynaburg. L^abbé Agrypin Konarski est pendu le 19 juin devant la citadelle de Varsovie. Mourawiew interdit, le 13, de porter des vêtements de deuil. M*'Fclins)ii est enlevé, le 16, et conduit à Saint-Pétersbourg.

Le gouvernement national polonais, en dénonçant à l'Europe les actes iniques el barbares des autorités moscovites, déclarait que les réformes partielles ne sufGsaient pas à la Polc^ne ; « ce qu'elle réclame au piix de son sang, «c'est l'indépendance complète; elle n'y renoncera ja- » mais ».

L'insurreétlon,en effet, durait encore au mois d'octobre. Une dépêche du gouvernement national de Lithuanie au prince Ladislaâ Czartoriski, son représentant à l'étranger, constatait que toutes les classes de la population, y compris les paysans, lui fournissaient des recrues.

Le grand-duc Constantin ne pouvait rester à la têle d'une adminisl ration décidée k pousser la répression jusqu'aux dernières rigueurs. Il fut relevé de ses fonctions de vice-rôi de Pologne, le 31 octobre.

Que faisaient pendant ce temps-là les cabinets européens? Napoléon 111 conlinuaîl à prodiguer à la Russie ses conseils d'indulgence et de douceur; mais, ne se souciant pas trop de s'appuyer sur les traités de Vienne, il laissait le comte Russell agir seul, sous prétexte de ne pas enlever à la Russie le mérite de la spontanéité. N'obtenant cepen-

daiit aucune concession du Czar, it essaya de se copcerler avec l'Anglelerre el avec l'Autriche.

M. Biilanlt, on s'en souvient, après avoir dit « que le . » gouvernement impérial était trop sensé et trop jaloux de . D sa dignité, et de celle de la France, pour laisser répéter » pendant quinze ans, dans une adresse, des paroles iqu- » tiles et des protestations vaines » , n'avait pas craint plus tard de présenter au Cocps l^islatif le .mouvement polonais comme « l'œi^/re des passions révolutionnaires » . La Pologne n'avait donc \y»& grand chose à espérer, au Tond, de la bonne volonté de Napoléon IJI.

La Prusse en signant la convention avec la Russie, espérait bien que l'Autriche s'y rallierait et que l'alliance des trois puissances, rompue par la guei're de Crimée, pourrait se rétablir. L'union entre la Prnsse el la Russie restait, en attendant, une tradition de famille qui n'emp^hait point Vi.. de Bismarck de trouver que les frontières de la Pnisse étaient mal tracées, bt de chercher si par hasard l'insurrection polonaise ne lui fournirait pas l'occasion de les rectifier^ Le Czar était las du royaume, disait-on autour de M.- de Bismarck ; rien, par conséquent, de plus facile que de s'entendre avec lui el de l'occuper. Quelques années suffihiient pour le germaniser. La grande Allemagne ne doil^ elle pas aller jusqu'à la Vistule? M. de Bismarck, jusqu'au dernier moment de la lutte, 6t des efforts secrets pour rallier les Polonais à la Prusse, et, à la 6d de l'insurreclion, ses agents à Varsovie engagèrent tes insurgés à s'adresser à elle pour obtenir de meilleures conditions de la Russie (1).

L'Autriche, qui avait incorporé Cracovie à son empire, contrairement aux traités de 1815, paraissait vouloir rester

(I) Ètudts de diplomatie ilraitgère, par Jalwn KlMbkB.

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