‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 93 sur 148 · ENTREVUE »E GASTEIN · texte numérisé non relu

ENTREVUE »E GASTEIN

laveur de la Pologne. Le cardinal de Reisach remit, vers le milieu de juillet 1863, une lettre autographe de Pie IX à François-Joseph, dont il parut fort touché. Mais des soins non moins importants le préoccupaient alors. L'^npereur d'Autriche avait adressé le 31 juillet à tous les souverains allemands une lettre pour tes convier à se rendre à Francfort où ils aviseraient ensemble aux moyens d'accomplir la réforme fédérale. L'adhésion de la Prusse à cette réunion était capitale. Guillaume I" prenait justement les eaux à Gastein dans le Tyrol. François-Joseph s'y rendit; les deox souverains eurent, le 1" août, une entrevue dans laquelle il fut question de la Polc^e. M. de Bismarck, qui avait rejoint son maître, rappela les engagements pris par les trois souverains, en 1860, à Varsovie. François-Joseph, dont toutes les vues se portaient sur l'Allemagne, sacrifia la Pol(^e.

La presse allemande s'occupa beaucoup de la convocation des princes à Francfort; la presse autrichienne voyait déjà l'unité militaire, douanière et judiciaire de l'Allemagne, sortir de ce congrès. Le défaut d'accord préalable «utre le cabinet de Vienne et le cabinet de Berlin ne lui semblait pas une raison suffisante de douter de l'importance des résultats de la réunion du Rœmer. Qu'importe que tel ou tel prince refuse d'y assister, pourvu que l'Autriche propose une réforme qui réponde au sentiment national et libéral de rAllemagne? La question tout entière était là. La grande patrie allemande va enfin surgir à la voix du César germanique remplissant sa mission historique et reformant la vieille constitution avec l'appui des souverains. N'a-t-ïl pas, d'ailleurs, fait de l'Autriche le foyer du libéralisme allemand ? L'Autriche n'a-t-elle pas un vrai parlement, et ne montre-t-elle pas sa sympathie

iUt L'KHPffîE.

à Iq Pol(^ue, tacdia que la Prusse, gouvernée par les hobereaux, renonce à guider l'Allemagne dans la voie de l'unilé et de la liberté? C'est au milieu de ce concert d'emtbousiasmes que l'Empereur arriva le 15 août à Francrort : il fut reçu à la gare par les autorités civiles et militaire et par le Sénat m corpore. Il put bientôt voir autour de lui le roi de Bavière, le roi de Saxe, le roi de Hanovre, le prince royal de Wurtemberg, le grand-duc de Baden, le grand-duc de Hesse, le duc de Brunsvrick, le duc de Mecklembourg- Scbwenn, sans compter dt'x-huit grands^ilucs , ducs, princes et bourgmestres. Ces hauts personnages chargèrent > le roi de Saxe de porter au roi de Prusse, à Baden, l'invitation pressante de se joindre à eux. Guillaume I" persista dans un isolement partagé par Aobalt-Bernbourg, Saxe- Altenbourg, Hesse-Hombourg, Lippe, Lïppe-Schauenbourg, Reuss branche atnée.

Napoléon lU, quoiqu'il eût promis son aide aux tentatives de l'Autriche pour prendre l'b^émonie de l'Allemagne, s'étonna du mystère et de la promptitude d'exécution déployés dans cette circonstance, par une cour ordinaire- . ment très-lente, et surtout de l'appui que l'Angleterre, unie par de si intimes liens à la Prusse, semblait donner à l'Aulricbe. Lord Clarendon se trouvait en effet à Francfort au moment de la journée des Princes, et il était bien difBcile de croire que le hasard l'y eût amené. Le langage tenu par lui à François-Joseph était des plus encourageants. Une Allemagne forte, avait-il dit à François Joseph , est une garantie coutre l'ambition de la France. Napoléon UI se résignerait-ilà sanctionner l'unité del'Altemf^e, sans recevoir, en échange, une compensation quelconque sur le Rbin ou sur la Vistule? Personne ne le croyait, et M. de Bismarck lui-même voyait dans l'attitude de l'An-

U REFOKHE DE L'ALLEMAGNE. . 5dl

ti'iche une menace pour l'Empire français et pour l'Europe. Heureusement l'Autriche, malgré son désir de se rajeunir. était toujours la vieille Autriche. U lui aurait fallu plus de jeunesse, plus de décision, pour pouvoir fonder l'unité allemande, sans parler de la ferme volonté de pousser -jusqu'à- la guerre avec la Prusse.*

Le premier résultat de la journée des Princes fut donc de donner des soupçons à Napoléon 111 ; il se demanda si l'Autriche eu sonf^ant à l'Allemagne n'aurait point, par hasard la Vénétie en xpe, et si lui-même ne ferait pas hien de se rejeter du côté de la Russie ; H. de Bismarck saisit l'occasion de kii faire quelques avances, gages certains de celles de la Russsie. Napoléon III crut qu'il n'avait désormais qu'à choisir entre les alliances. Ses journaux gagés, couvrant leur abandon du prétexte de prétendues concession libérales du Czar à la Pol(^e, juste au moment oii Monrawiew commettait ses plus atroces violences, trouvaient tout simple que le gouvernement impérial enterr&t la question polonaise, et lâchât, pour employer une expression vulgaire, ses alliés de ta veille. L'Autriche, effrayée parleur langage, devint plus froide et plus méfiante à l'endroit des n^^iations avec le cabinet des Tuileries au sujet delà Pologne.

Le projet de réforme fédérale, présenté par François- Joseph aux princes allemands, portait que le pcTuvoir exécutif de la Confédération se composerait désormais de cinq membres, dont trois nommés par l'Autriche, la Pnisse et la Bavière, les deux autres par les Étais allemands. Un Conseil fédéral serait adjoint au Directoire, et on constituerait une assemblée de trois cents délégués choisis : r deux tiers par les Chambres électives; 2* un tiers par les Chambres hautes, et investis d'un mandat l^islatif

pour trois ans ainsi que du droit de fixer le budget fédéral. La présidence du Conseil fédéral et de l'Àssetublée des délégués appartiendrait à l'Autriche. Le projet comprenait aussi l'établissement d'un tribunal fédéral suprême.

Si les hommes d'Ëtat de 4815 étaient revenus à la vie, que diraient-ils en voyant les successeurs de M. île Hetternich porter une main sacrilège sur son œuvre et branler dan» ses fondements la vieille constitalion germanique? La machine politique construite avec tant de difficulté après les guerres du piemier Empire avait fait sou temps, il fallait pourtant bien en changer les rouages. On l'avait lentédéjà, en I8/18; mais le Fiflement de Francfort, la Prasse, le paiii national, avaient tour à tour échoué dans leur tentative de réforme. L'Autriche reprenait leur œuvre sans le concours de ce maître ouvrier qui a'app^e' l'esprit libéral. Ce qu'on voyait de j^us clair dans sa réforme, c'est (ju'elte maintenait la vieiHe suprématie du Kaiser autrichien, et que la nouvelle constitution ne serait pas moins compliquée que l'ancienne : I^rectoire, Conseil fédéral, Chambre des députés. Chambre des princes, que de complications ! l'Assemblée populaire n'était là simplement que pour la forme, puisque ses délibérations n'avaient force de loi qu'après l'approbation formelle de la Chambre des seigneurs.

Le roi de Prusse, en répondant à l'invitation collective des souverains par im reftis catégorique, s'était réservé d'examiner toute communication que ses confédérés pourraient lui adresser, « avec la sollicitude empressée qu'il avait vouée aux intérêts communs de la patrie ». M. de Bismarck ne tarda pas à expliquer très-sommairement les motifs qui avaient déterminé le roi de Prusse à ne pas se rendre au congrès de Francfort ; «Pour le moment, je me

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