‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 94 sur 148 · H. DE BISMARCK U TROUVE TROP PEU LIBERALE · texte numérisé non relu

H. DE BISMARCK U TROUVE TROP PEU LIBERALE

» contenterai de déclarer que les projeta de réforme ne » répondent, à notre avis, ni à la poàtion légitime de la f> monarchie prussienne, ni aux intérêts légitimes du » peuple allemand (1). »

H. de Bismarck, dans un rapport solennel adressé plus lard au roi, trouvait la rérorme de rAulriche trop peu libérale. H voulait, au lieu de l'assemblée de délégués des diverses Chambres que François-Joseph parlait d'instituer à Francfcvt, une représentation véritable, éhie par le suffrage universel. L'Allemagne, au lieu de s'unir, se divisait chaque jour davantage, malgré les efforts tentés par les ministres desdiversËtals réunis en conférence àNuremberg, lorsqu'une nonvelle cause d'agitation ât oublier celle de la journée des Princes. Le discours de Ni^ioléon III le 5 novembre 1863, à l'ouverture de la session législative, contrait un programme qui changeait complètement la situation: L'entente la {^us cordiale existait, à l'enteodro, entre son gouvernement et celui de la Russie, depuis la guerre de 1856. Jamaisilo'aurait compromis cette entente, si les droits de ta Polt^e ne lui avaient paru inscrits ji la fois dans les traités et dans l'histoire. Les consnls désintéressés donnés par lui au Czar araient été, malheuresement, pris pour des menaces de sa part, et de celle dé l'Angleterre et de l'Autriche. Ces trois puissances en sontelles réduites à la guerre ou au silence ? Non, répondait Napoléon III, il leur reste un moyen ; c'est de soumettre la cause polonaise à un tribunal européen : a La Russie l'a » déjà déclaré : des conférences où toutes les autres quesj> tiens qui agitent l'Europe seraient débattues, ne blesse- » raienten rien sa dignité. Prenons acte de cette décla-

(1) Ddpidiedelt. deSitmarck à l'cnvdjé priutisa prèi la DIMe fermanlque.

» ratioii; qu'elle dous serve à éteindre les fermeots de » discorde préls à éclater de tous les cdfés, et que du malaise » même de l'Europe Datsse une ère nouvelle d'ordre et » d'apaisement. ^ Napoléon III ajoutait malheureusement : «i Les traités de 1815 ont cessé d'exister», déclaration qui ne pouvait 6tre du goût Qt de l'Angleterre, ni de l'Autriche, d'aulantplus que la proposition du congrès était d'origine russe'; elle avait en effet été faite au comte Pepoli, ambassadeur d'Italie en Russie, par te prince Gortschakoff.

Le discours du 5 novembre, sous sa phraséologie pompeuse, cachait l'arrêt de mort de la Pologne, personne ne s'y trompa, st ce n'est la Pologne elle-même. En lui signifiant la sentence, on lui eAt épai^é les inutiles efforts de ce terrible hiver de 1863-186à qui causa sa rtiino sociale.

L'Autriche, en effet, avait flotté dans des alternatives où rinslinct religieux et TinsUoct politique, le désir de s'agrandir et la crainte d'être diminuée, la hatne de la Russie et la méÛance de la France se livraient des combats perpétuels. Voyant cependant que le gouvernement impérial de France se bornait à déclarer que la question polonaise était d'intérêt européen, que l'Angleterre lui refusait la garantie, et comprenant d'avance que le comte Russell reculerait dans son projet de déchéance, l'Autriche fit savoir à la Russie, vers le milieu d'octobre, que son intention n'avait jamais été d'annuler les traités de 1815 et de reconnaître aux insurgés polohais la qualité de belligérants. M. de Rechber^, non content de féliciter l'armée russe o de ses succès passés, gage de ses succès futurs « , prit en Galicie des mesures rigoureuses contre l'insurrection.

Le discours du 5 novembre ne devait pas exercer une

DÉPÊCHE DE LORD JOHM RDSSELL. 515

ioflueoce moins fàcbeuse sur la question des duchés. Le moment est venu d'en décrire les phases à partir de l'année 1862.

L'émotion à cette époque grandissait dans le Nord Scandinave; les étudiants suédois et norwégiens, mêlés aux étudiants danois, entrèrent dans Copenhague, le 11 juin, aux acclamations de ta foule. Cette visite avait pour but de cimenter l'alliance entre lajeunesse des pays Scandinaves. Le roi de Suède, Charles XV, voulut donner lui-même un gage à cette alliance ; il fit une visite au roi de Danemark, et son débarquement le 17 juillet à Elseneur donna lieu à une explosion d'enthousiasme et de patriotisme de la part des populations.

La Diète du royaume de Danemark proprement dit s'ouvrit deux mois et demi après. H. de Bismarck venait d'être placé à la tète du cabinet de Berlin. H avait autrefois traité de « querelle d'Allemand » la guerre suscitée au roi de Danemark. On connaissait ses tendances alKolutistes qui l'éloignaient du sleswig-holsteinisme, on croyait donc que le roi de Prusse, en le plaçant à la tète de son conseil, rompait avec le parti démocratique, et que la question des dwhés allait entrer dans une phase d'apaisement ; mais on ignorait ta transformation qui s'était opérée chez l'ancien membre de la Diète de Francfort, et l'on se berçait de bien trompeuses espérances, lorsque, le 2/i septembre 1862, le jour même de l'avènement de M. de Bismarck, lord John Busselt, qui avait jusqu'alors conseillé au Danemark la patience et la prudence, sans cependant dissimukjr aux cours allemandes son opinion sur leurs prétentions et sur leurs empiétements, fit parvenir au cabinet de Copenhague une dépêche en date du 'ih septembre, qui proposait en réalité un partage de la monarchie danoise en quatre provinces

TUIL£ MU-OBh III —* 3S

adraÎDistratires, combinaison qui ■ livrait eatièremant le Daoemulèl'iiifluinice allemande. Le roi Frédéric Mien la repoussant déclara néanmoins le 30 septembre 1863, au Btgsnuu]dab(HS,qu'ilneT(Milait pas rennnoerà l'espoir d'un ftirangement : «Mais si mon attente ne se réalisait pas, il » serait évident à tous que ce n'est point le droit fédéral de B DOS territoires fédéraux allemands qui est en jeu, mais » bien l'indépendance de nos Ëtats danois ; or, cette indéj» pendence, nous scMomes fermement résoin k la main- * tenir contre tonte attaque, et nous sommes convaincu » que DUOS ne serons pas seul dans cette défense. »

Le comte Russell accompagnait la reine en Allemagne lorsqu'il écrivit cette dépèche pour ain^ dire sous la dictée d'une femme presque allemande par ses habitudes, par ses relations de fomille, par le souvenir toujours vivant de MHi mari. La Diète de Francfort, encouragée par l'attitude nouvelle de l'Angleterre, décida, le 1" octobre 1863, que le gouvernement danois n'ayant pas rempli ses obligations iiédérales relatives aux aftires constitutionnelles du Holstoin et du Latienboui^, le mandat d'exécution ferait donné aux gouvernements d'Autriche, de Prusse, de Saxe et du Hanovre. Aucune mesure militaire cependant n'avait été prise lorsque le roi de Danemark mourut. Frédéric VII . n'ayant pas d'enfaut et songeant au cas probable oii la maison d'Oldenbourg s'éteindrait sans héritier raàle, avait réglé, en moniant sur le trône, ta question de succession. La princesse Louise, femme du prince de Glucksboui^, appelé plus tard à régner sous le nom de Christian IX, reporta sur son mari ses droits de plus proche héritière. L'empweurde Russie renonça aux siens comme chef de la maison de Holstein-Gottorp, et le 8 mai 1853, les plénipotentiaires d'Autriche, de France, d'Angleterre et de

LE PRIUCE FRËDBRIG B'ÀWQSTEN BOURG PRÉTENDART. 917

PruswsuietHHiDèreat ces arrangements. Le duc Christian, attté lie la maison d'Augustenbourg, signa de son tfM, fodqoes mois afu^, l'acte de renonciation tuivant : * Nous cédons et bitnsmetlons fa S. M. le roi de Danemark et à SK héritiers, ytoar nous et pour nos héritiers et desœada&ts, tous les droits qui nous reviennent sur les terres et propriétés ducales des Augustenbour^, avec leurs dépendances, «TBO les palais, châteaux et édifices qui se trouvent sur c« terra, avec tout ce qeï, sur ces terres, tient au sol, aux murs, i fer et à clou, notamment aussi avec le total de rinveottire du bétail et matériel de labour «t d'exploitation, ainsi qu'avec toutes les immunités et privilèges coDceruaot ces terres ou les gens qni en font partie, que ces droits et privilèges soient fondés sur les contrats ou sur la tradition. » I<e duc, en échange dé cette renonciatioo, recevait un milliou cinq cent mille rixdales (5 millions de fruics).

Frédéric Vil mourut le 15 novembre 1863, sans laisser d'héritier direct. La conférence de Londres avait désigné, «iosi qu'où vient de le voir, Christian de Sleswig-Holstein- Sonderbourg-Gluksbourg coraoïe son successeur. Un préteadaut à la couronne de Danemark surgit, cependant, dans la personne de Frédéric d'Augustenbourg, duc de Sleswig- Hobteio, le même que Napoléon ni, dans une lettre datée deCwBapiàgne le 10 décembre 1863, appelle «mon cousin ». Le prétendant, dans sa f»remière proclamation, rappelait « à ceux qui ont la foi dynastique et qui croient v fermement que la Providence confère des droits aux » maisons r^oantes », qu'il représentait les droits de la seconde branche du Sleswig-Holstein-Sonderboui^-Augusfteabourg. Ces droits avaieut été échangés, à la vérité, en 1853, par l'atné de la maison d'Augustenbourg contre cinq

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iiiillioDS de francs; mais le prince Frédéric prétendait n'être pas lié par cet arran^ment. On vit alors un étrange spectacle : le gnuid-duc d'CNdenbourg, l'empereur de Russie, ressuscitèrent leurs droits, et le roi de Prusse consulta les jurisconsultes de la couronne pour savoir s'il n'aurait pas aussi des titres à faire valoir pmir occuper le trAne danois. Les droits du prince de -Sleswig-Hcristein- Sonderboui^-<}lucksbourg, finirent pourtant par être reconnus, et il devint roi le 16 novembre, sous le nom de Cbriatiau IX. Croyant ainsi donner satisfaction à la Diët€, il sépara en montant sur le trAne le H<^tein et tes Laueubourg de la monarcbie danoise. Le Slesw^ gardait son autonomie. Ces concessions si lai^s n'étaient pasau niveau des exigences de la Prusse. L'Autriche, déjà en froid avec elle à cause 'de lu réforme fédérale du Zollverein et des traités couclusavec la France, suivrait-elle sa rivale dans sa croisade contre le Danemark 7 Le comte de Rechberg s'était borné à dédarer, le h décembre , au Reicbauth , que l'Autricbei d'accord avec la Prusse, ferait respecter les droits des populations allemandes dans les limites tracées par le traité de Londres; mais les petits États montraient un si grand acharnement contre le Danemark, que l'Autriche craignant de s'aliéner des alliés sur lesquels elle avait toujours compte, se Joignit à la Prusse pour demander que la Diète exécuiât sa menace du l" octobre. La Diète vota donc, le 7 décembre, à une faible majorité, l'exécution fédérale dans le Holstein.

Le Danemark comptait sur le congrès dont Nap<rié(m 111 avait pris l'initiative; mais le comte Russell combattait l'idée de cette réunion auprès des cours de Vienne, de Berlin et de Saint-Pétersboui^. La Russie n'éprouvai tnuUemeiit le besoin d'un coi^s. L'Autriche le redoutait. Certaines phrases du

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