CHRISTIAN \\ ET LA PRUSSE
discours prononcé par Napoléon III le 5 novembre à l'ouverture des Chambres sonnaient à son oreille comme une menace. La Vénélie semblait prise d'un redoublement •t'^tation; une expédition de Garibaldi sur Venise devait, assurait-on, coïncider très-prochainement avec une insurrection en Hongrie; l'Autriche n'était pas tranquille quoiqueson ambassadeur à Paris lui assurât que le gouvernemeotimpérialnedemanderaitancongrèsque ta consécration dustaùi qvo en Italie. Le roi de Prusse, qui avait en apparence accueilli assez favorablement l'idée de venir à Paris, « sâr d'y trouver l'accueil cordial qui lui rendait si » cher le souvenir de son séjou r à Compiègne» , y répugnait fort en réalité. Le Congrès fut décidément écarté vers le milieu de décembre, et le Daoemarck perdit l'appui qu'il espérait en tirer.
Frédéric Vil avait fait le mariage de la allé de rbéritier (le son trône avec le prince de Galles; docile aux avis de l'Angleterre, il s'était prêté à toutes les combinaisons suggérées par elle pour résoudre la question des duchés. Sa mort parut au comte Russell une bonne occasion de redoubler ses offres de médiation. Il pensait que la Confédéralion donnenut au nouveau souverain, Christian IX, qui venait de sanctionner laconstitulion votée par leRigsraad, le tempsde s'asseoir sur le trône. L'Autriche aurait peut-être consenti il un répit, mais la Prusse montrait la plus vive impatience de voir supprimer, comme contraires aux engagements du Danemark, cette constitution contre laquelle M. de Bismarck s'était montré beaucoup moins hostile à l'époque où il s'agissait d'empêcher l'union entre les trois puissances.
La Prusse et l'Autriche, en maintenant le traité de Londres, maintenaient aussi ta souveraineté légitime de Christian IX sur les duchés de l'Elbe, l'intégrité de la monarcbie
danoise et les droits et les obligations réciproques de la CoofédératioQ et du roi de Danwiark coocomant les àwhés de HotettfÏD et de Laueaiboui^. Le traité de Londres couvrait égalemeDt le Sleswig contre la Diète qui o'avut pas osé le faire occuper lailitairMBeot ; c'était la pn»e cnsToitée surtout par H. de Bismarck. Le duc d'Augustenbourg D*ét«t qu'une marionaette de prétendant doDt il tenait \e& fila. Ce duc après avoir publié la réptuiGe que N^xdéon ni avait faite à sa lettre, le 10 décwibre, s'empressa d'adresser aux po|)ulalious du Sleswig-Hcrfstein une procltunatioB : « Le roi 'de DanemarL, discût-îl, ne fonde sa prétention
* que sur un traité incapable d'annuler un ikoit anàen,
* d'en créer un nouveau. Dans ma personne, le droit de H tégilÎBiité et les anciens pactes du pays s'unissent mx » aspirations nationales et aux commandements de l'huma- » nité. » Le prince engageait ensuite les babituits des dncbés à bien accueillir les troupes allemandes en attendant qu'il eût or^^isé une armée. Bientôt pourtant utw nouvelle proctamaiioD da prince annonça qu'il pr^iait enpersonne l'administration des duebéH et que « l'exécalio» fédérale était devenue maintenant sans iAqet » .
Les Ëtats secondaires de l'ÂUeioagne avaieat jusqu'alurspoussé à la guerre avec ardeur; leurs hommes d'Ëlat trouvaient «ifîu daos la question des diiebés l'ocoasiea de jouer UD rôle important sur la scène politique. Jugeant qu'il Y avaiteotre l'Àtlemagne et la Prusse une place à prendre, ils formèrent le parti de la triade, c'est-à-dire de l'AllemagDe divisée en trois parties : Autriche, Prusse et Bavière avec les petits Ktats; Munich davast Mrela capitale de cette troisième AlWmagoe. La grande patrie ûasi< constituée, rien ne serait plus Eaoile que de lui ouvrir un» route vers la mer. Le duc d'Augustenbourg était l'honme
LE DINEHARK Kl LES PUISSANCES. 5U
de ia triade. Le roi de Bavière te reçut avec les bonneurs princiers ; les troupes hanovriennes et saxoooes l'accueillileul à son arrivée àKiel, le 30 décembre, avec enthousiasme et laissërentpartoutsedéptoyerses couleurs. LeconteBQSsett protesta.M. de BeuslIoiréponditaTecim dédain qui s'explique par la phrase d'une dépêche de sir Alexandre Malet au comte Russell, en dote du 5 janvier 186i : & Il y a ici une 7> indifférence miraculeuse pour nos re[»'ésentalioos, et la » conviction étant absoloe que l'Aogleterre n'interviendra » pas matériellement, nos avis ne sont d'aucun poids. ^
La troisième Âllemagae n'eut pas le temps de n'applaudir de ta Bère attitude de ses représentants. La Prusse et l'Autridie déclarèrent qne « leur position spéciale et l'impérîeusa urgence de la question ne leur permettaient . pas de se soudraire à l'obligation de prendre eo main propre tes droits de ta Confédération dans te SIeswig, et de procéder aux mesures réclamées par cette dérense » . Les deux ptûssaaces désol>éissaient à la Cmifédéralion pour mieux punir le Danemark de sa désobéissaDce à cette Confédération elle-même. Les troupes de la Confëdà^ion occufiant Kiel ne s'of^wseraient-elles pas an passage des troupes austro-pmssieDoes? Telle était ta question qui se posait dans tes premiers joors de 1 86&.
Le cabinet britamuque essayait de calmer l'appétit de la Prusse ; mais ceHe-«i, lotA en acœptant la conférence et te maintien du traité de Londres, tenait à occuper pacifiquement le Sleswig, quitte, s'il résistait, k lui faire une guerre acharnée. L'Autric^ parlait comme ta Prusse, la Russie insistait à C(^ienhague pour qne le Danentaric ne s'oppoaftt pas à l'occupation du Slesw^, servant de garantie à la population allemande de ce duché. L'Aogleterre passait d'une résolution à l'autre, tantM laissant entrevoir qu'elle
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pourrait bien prêter son concours au Danemarii, tanldt lui donnant quinze jours et même dix jours seulement pour retirer saconstilution. La Prusse et l'Autriche avaient déjà fait sommer le Danemark de l'abroger dans le délai de deux jours. Ce délai expirait le 18 janvier. Le comte Russell mettant enûn de cdlé les idées de ntédiatioD qu'il avait nourries jusqu'alors, fit demander à Napoléon 111 s'il pouvait compter « sur son concours et sa coopératioD pour le maÎDlien de l'Intégrité du DaiiemaiiD. Napoléon m se rappelait que l'Angleterre avait été le principal obslade de son entente avec l'Autriclie au sujet de la Polt^ne, et que lord Glarendon pendant son séjour à Francfort, à l'époque de la yourn^«(/i?s Princes, avait nonseulement prêché la paix sur l'Eider et sur la Vistule, mais encore cherché à etîrayer TAIlemagne des projets mystérieux des Tuileries. Il répondit à la proposition de médiation du comte Russell qu'il n'avait pas assez lieu d'être satisfait de la marche suivie dans la question pokuiaise pour recommencer dans la question de duchés.
M. de Bismarck, au moment où il concluait sa fameuse convention militaire avec la Russie, avait besoin de l'Ai^jleterre ; il s'efforça donc de rassurer le comte Russell. « La Prusse, lui Gt-îl dire par son ambassadeur, n'a pas d'intérêt spécial dans l'affaire des duchés, et moi-même je ne partage nullement l'effervescence allemande dans cette question. 11 La ;'«wr/i^e rfea jpn'nces passée, le terme de l'exécution fédérale arrivé, la proposition de proclamer la déchéance de la Russie de tout droit sur la Po!<^e firent changer le langage de M. de Bismarck ; le roi de Danemark n'ayant pas accompli les. conditions du traité de Londres devenait, à ses yeux, paâible de la déchéance. M. de Bismarck pressait l'exécution fédérale; le comte Russ^l s'ef-