LE ROYAUME M NAPLES
Le Napolitain a un heureux naturel, mais son ignorance rend quelquefois très-^ngereux ce bohème, ce lazza rone traditionnel, partageant son temps entre TÉglise et Polichinelle, dînant d'une pastèque, soupant d'une tarei» telle et dormant à la belle étoile. La férocité qu'il déploya ooDtre les partisans et les défenseurs de la République ParUiénopéenne. est connue. Depuis cinquante ans, qu avait-on fait pour ce peuple, pour secouer son igno* rance et ses haillons? Rien. Le lazzarone, enfoncé dans la paresse et dans le vice, n'avait pas cessé d'être une espèce de sauvage prêt à se ruer, au signal des prêtres et des sbires, contre ceux qui osent penser, et qui ne courbent pas la tête sous le bâton.
Un édiflce enfumé, sale, sombre, à la fois tribunal, prison et bazar, s'élève près de la Porta Capuana^ au centre d'uD des quartiers les plus pauvres et les plus populeux ûit Naples ; les hommes d'affaires, les plaideurs, les mar* chauds de cornes en corail, de tabatières en laves, étourdissent le passant de leurs offres bruyantes ; ici les mendiants crient, là les sbires poussent un prisonnier qui se lamente. C'est la prison de la Vicaria. Cimarosa expia dans un des cachots de cette prison le crime d'avoir écrit la musique d'un hymne à la Uberté. Le savant Dolomieu, en noircissant un peu d'eau avec les résidus de sa lampe, y écrivit sur les marges d'un hvre de chasse, le seul qu'on voulut lui laisser, son Traité de minéralogie. Les arrêts de mort des victimes de toutes les réactions : 1789, 1815, 1820, 18&8, ont retenti sous les voûtes sombres de la Vicaria. Là siégeait la commission des bastonnades^ là un tribunal secret prononçait la sentence et la faisait exécuter sous ses yeux.
Le lazzaronisme et la bastonnade, voilà les ressorts du gouvernement napolitain. M. Gladstone avait révolté la conscience de l'Europe en publiant sa brochure sur les prisons de Naples. I^es défenseurs de Ferdinand II auront beau contester telle ou telle assertion, tel ou tel détail contenu dans cette brochure ; la vérité est que les hommes de cœur ont le droit d'accuser le roi de Naples d'avoir forfait à sa mission en abrutissant des milliers d'âmes, en tenant dans Tignorance un peuple dont l'éducation lui était confiée, en profanant la morale chrétienne et la dignité humaine par l'emploi de ch&timents qui sont un attentat à toutes les deux.
La bourgeoisie napolitaine, menacée dans sa vie et dans ses biens par la convoitise et le fanatisme de la populace, comprimée par la plus ombrageuse des tyrannies, était cependant libérale et voulait une constitution, ou, à défaut de constitution, un despotisme éclairé qui la protégeât dans sa personne et dans ses biens contre les persécutions de la police et les coups de main du lazzaronisme. La république de 1799, si généreuse et si pure, vivait encore dans quelques souvenirs ; les républicains, sans être en mesure de dominer la situation, pouvaient influer sur elle; la promptitude avec laquelle s'est développé plus tard le parti démocratique à Naples a prouvé sa vitalité latente : ce parti acceptait d'ailleurs alors la monarchie de Savoie.
Le muratisme comptait fort peu de partisans à Naples malgré les elForls de ses agents. Les libéraux, sans méconnaître les services matériels (routes, canaux, monuments) rendus au pays par la royauté de Joachim l"*, savaient par expérience que le despotisme bourbounien avait
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troavé ses plus habiles et ses plus impitoyables auxiliaires chez les muratistes. Le fils de Joacbim P' ne désespérait pas cependant de reconquérir la couronne de son père; il répandait dans Naples des brochures en sa faveur. L'une de ses brochures (t) coptient la lettre suivante de Lucien Murât à son neveu :
«Puisqu'il me semble comme à toi que je suis la seule solution possible, je me suis interdit toute initiative.
9 Bien fou celui qui croirait que pour être né seulement sur les marches du trône, la couronne lui appartient, et considère l'héritage de tout un peuple comme sa propriété de la même manière qu'un simple parlieuiier hériterait d'un troupeau .
> Que ritalie m'appelle, et je serai fier de la servir. J'ajouterai même qu'elle n'en trouvera pas d'autres qui la serviront mieux que moi.
1 Ses ennemis .sont les miens, et il y a un compte bien terrible i régler entre nous. Mais si Tltalie faisait un autre choix, je ne ferais pas moios de vœux pour elle, et pour l'aider à réussir, je donnerais jusqu'à la dernière gouUe de mon sang.
• Bienheureux celui qui sera l'élu de T Italie : la mission est bien facile. Contiens- toi et sou viens -toi de cette vérité qui pour être ancienne n'en est pas moins bonne : Noblesse oblige.
» Lucien Morat. »
Les puissances avaient plusieurs fois demandé au roi de Naples d'adoucir les rigueurs d'une administration plus propre à enflammer les passions révolutionnaires qu a les calmer. Il répondit à ces exhortations avec une verdeur que l'Autriche dut calmer, car il ne lui convenait pas qu'on mtt le feu aux poudres. Ferdinand II, malgré les conseils de ses amis, se faisait souvent de mauvaises affaires avec les puissances. L'emprisonnement des mécaniciens du Cagliarij sujets britanniques, l'avait mis dans la nécessité de payer une indemnité de &000 livres
(1) Quation italienne^ Murai et les Bourbons.
sterling. Le mariage de son fils n'adoucit point le cha** grin que lui causa cet échec. Ce mariage eut lieu à Bari, sur la côte de l'Adriatique ; le roi avait été obligé de marcher quatre heures à pied dans la neige, il tomba malade le 9 janvier 1859. La reine, pour le décider à quitter Bari où il ne pouvait trouver aucun secours, fut obligée de recourir à un moine renommé par sa fervente piété. Ferdinand II, débarqué à Portici, se renferma dans son palais de Caserte avec ses médecins, mais il était atteint d'une maladie mortelle. Les nouvelles de la haute Italie lui donnèrent le coup de grâce. Il ordonna de signifier sa neutralité aux puissances et de destituer un employé dont le fils était allé comme volontaire rejoindre Garibaldi. Ce fut le dernier acte de sa volonté. Il mourut le 22 mai i859 au milieu des intrigues de ses courtisans pour assurer la couronne au comte de Trani, son fils atné du second lit. L'héritier légitime fut cependant reconnu et monta sur le trône «
L'ultimatum lancé par l'Autriche à la Sardaigne n'était pas acceptable et rendait inutile la proposition de congrès faite par la Russie. La guerre' était décidée et le gouvernement français était parvenu à éviter qu'elle devînt générale.
Le baron Kellesberg, porteur de l'ultimatum du gouvernement autrichien, fut renvoyé à Milan avec le refus du gouvernement sarde d'y accéder. A l'expiration du troisième jour, le général Giulay reçut Tordre d'envahir la Sardaigne.
La France avait disposé ses forces militaires de façon à pouvoir intervenir dans les affaires de Sardaigne dès que son intervention serait nécessaire* Les troupes furent
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cooceDtrées sur divers points des frontières; elles étaient réparties de la façon suivante :
c Le maréchal Magnan, commandant de l'armée de Paris, quartier général à Paris.
D Le maréchal Pélissier, duc de Malakoff, commandant Tarmée d'obseryalion^ quartier général à Nancy.
> Le maréchal de Gastellane, commandant de l'armée de Lyon, qnartier général à Lyon.
> Le maréchal Baraguay-d'Hilliers. commandant du premier corps d'armée des Alpes.
» Le général de division de Mac-Mahon, commandant du 2* corps.
> Le maréchal Canrobert, commandant du 3*^ corps.
> Le général de division Niel, aide de camp de TËmpereur, commandant du 4^ corps.
> S. A. 1. le prince Napoléon, commandant un corps séparé. 1 Le général Randon, major général de l'armée des Alpes. »
Les 1" et 2' corps s'embarquèrent de Marseille, de Toulon et d'Alger, les S* et 4* franchirent le mont CeDÎs et le col de Genève. La garde impériale partit de Toulon.
Voici quelle était la composition de Tarmée par divisions ;