GARDE IMPÉRIALE
f Première division d'infanterie : génénd Mellinet. -^ Deuxième division d'infanterie : général Gamou. — Division de cavalerie : général Morris.
» Première division : général Forey. -* Deuxième division : général de Ladmirault> — Troisième division : général Baiaine. — Divàsion de cavalerie : général Desvaux.
> Première division : général de la Motte-Rouge. "^ Deuxième diviiian: général Espinasse.
1 Première division : général Renault. — Deuxième division : général îrochu. — Troisième division : général Bonrbaki. -— Division de cavale ; général Partouneaux.
» Première di?isioiid*iiifaDterie : génénd Vinoy. — Deuxième division d*infaiiterie : général de Failly. — Troisième division d'infanterie: général de Luzy de Pélissac. *
» Première division d'infanterie : général d*Autemarre. -• Deuxième division d'infanterie : général Ulric. »
L'Empereur, le 3 mai, adressa la proclamatioD suiyaDte au peuple français :
(( Français !
D L'Autriche, en faisant entrer son armée sur le territoire du roi de Sardaigne, notre allié, nous déclare la guerre. Elle viole ainsi les traités, la justice, et menace nos frontières. Toutes les grandes puissances ont protesté contre cette agression. Le Piémont ayant accepté les conditions qui devaient assurer la paix, ou se demande quelle peut être la raison de cette invasion soudaine : c'est que rÂulriche a amené les choses à cette extrémité^ qu'il faut qu'elle domine jusqu'aux Alpes, ou que Tltalie soit libre jusqu*à l'Adriatique; car, dans ce pays, tout coin de terre demeuré indépendant est un danger pour son pouvoir.
D Jusqu'ici la modération a été la règle de ma conduite; maioleDasl l'énergie devient mon premier devoir.
D Que la France s'arme et dise résolument à l'Europe : Je ne vetit pas de conquête^ mais je veux maintenir sans faiblesse ma politique nationale et traditionnelle ; j'observe les traités à condition qu'on ne les violera pas contre moi; je respecte le territoire et les droits des puissances neutres, mais j'avoue hautement ma sympathie pour un people dont l'histoire se confond avec la nôtre, et qui gémit sous l'oppression étrangère.
» La France a montré sa haine contre l'anarchie ; elle a voulo me donner un pouvoir assez fort pour réduire à l'impuissance les fauteors de désordre et les hommes incorrigibles de ces anciens partis qu'on voit saqs cesse pactiser avec nos ennemis; mais elle n'a pas pour cela abdiqué son rôle civilisateur. Ses alliés naturels ont toujours été ceoi qui veulent l'amélioration de l'humanité, et quand elle tire l'épée, ce n'est point pour dominer, mais pour affranchir.
» Le but de cette guerre est dont de rendre l'Italie à elle4nême, non de la faire changer de maître, et nous aurons à nos frontières un peuple ami qui nous devra son indépendance.
» Nous n'allons pas en Italie fomenter le désordre, ni ébranler le pouvoir du Saint-Père, que nous avons replacé sur le trône, mû le soustraire à cette pres:ion étrangère qui s'appesantît sur toute.li
DÉPART DE L'EMPBREOR. 457
Péomsule, contribuer i y fonder Tordre sur des intérêts légitimes satisfidts.
> Noos allons enfin sur cette terre classique, illustrée par tant de victoires, retrouver les traces de nos pères ; Dieu fasse que nous soyons dignes d'eux !
> le yais bientôt me mettre à la tète de Tarmée. Je laisse en France ' rimpératrice et mon iils. Secondée par Texpérience et les lumières du
dernier frère de l'Empereur, elle saura se montrer à la hauteur de sa mission.
> Je les confie h la valeur de l'armée qui reste en France pour veiller sur nos frontières, comme pour proléger le foyer domestique ; je les confie au patriotisme de la garde nationale ; je les confie enfin au peuple entier, qui les entourera de cet amour et de ce dévouement dont je reçois chaque jour tant de preuves.
> Courage donc, et union ! Notre pays va encore montrer au monde qu'il n'a pas dégénéré. La Providence bénira nos efforts ; car elle est sainte aux yeux de Dieu la cause qui s*appuie sur la justice, Thumanité, Tamour de la patrie et de l'indépendance.
» Napoléon.
9 Paliis des Tuileries, S mai i859. »
L'Empereur quitta les Tuileries eu calèche découverte le 10 mai à cinq heures. La cérémonie reh'gieuse qui devait avoir lieu dans la vieille cathédrale de Paris fut contremandée ; la foule immense qui se pressait dès le matin sur le parvis en fut pour ses frais de déplacement. La famille impériale entendit la messe à midi dans la chapelle des Tuileries.
Les ministres se réunirent à cinq heures dans les salons du palais, ainsi que les membres du conseil privé. L'Empereur, en petite tenue de général de division, coiffé d'un képi, vint leur faire ses adieux. A cinq heures et demie, il monta dans une calèche découverte où l'Impératrice prit place auprès de lui. Les Parisiens étaient dans une très-grande émotion. Cette guerre, qui avait pour but l'affranchissement de l'Italie, provoquait dans toutes les classes un grand enthousiasme. On applaudissait les régiments qui traversaient Paris, et lorsque l'Empereur
hM L'EMPIRE.
s'achemina vers la gare de Lyon, on acclama celui qui allait prendre le commandement de notre armée et la mener sur le champ de bataille pour une noble cause. La rue de Rivoli, la rue Saint- Antoine, la place de la Bastille el la rue de Lyon étaient encombrées d'une population compacte, à travers laquelle le cortège avait peine à se frayer un passage. Il y avait du monde à toutes les fenêtres et jusque sur les toits.
Un grand nombre de maisons étaient pavoiséesaux couleurs de France et de Sardaîgne. Dans la cour du débarcadère, des mâts plantés de distance en distance portaient des trophées et des écussons. La haie était faite par les \!i* et 15'' bataillons de la garde nationale, un bataillon de la gendarmerie de la garde et un bataillon du 80° de ligne. Ces troupes étaient sous les ordres du général Soumain, commandant la place de Paris.
 Tune des extrémités de la grande salle d'attente du chemin de fer de Lyon était ménagée une salle de réception tendue de velours vert que bordaient des crépines d'or, et sur lesquelles se détachaient des écussons ou des panoplies. Dans cette salle se trouvaient le prince Jérôme, le prince Napoléon, la princesse Clotilde, le préfet de la Seine et le préfet de police, le maréchal Magnan, le général Lawoosline, plusieurs sénateurs, députés, conseillers d'État, les membres du conseil d'administration du chemin de fer. Peu d'instants avant l'Empereur, arrivèrent à la gare les personnes qui devaient partir avec lui. C'étaient le maréchal Vaillant, major général; les généraux Roguet, de Montebello, de Béville, Fleury, de la Moskowa; le colonel de Waubert de Genlis, chef d'état-major de la 2* division de
PROCLAM ATIOII M L'EMPEREUR. 459
la garde impériale; ReiUe, lieutenant-^cokmel , chef d'état-majcr de la i'* division de la garde impériale ; M. GoDDeau, médedn ; le baron Larrey, chirurgien ; Tabbé Laine, aumônier de Tétat-major général; les officiers d'ordonnance et les écuyers de l'Empereur.
Le convoi se composait de dix vagons : quatre vagons salons, un vagon terrasse, trois vagons de 1'* classe et deax vagons de charge. Après avoir embrassé les princes de sa famille et serré la main des principaux dignitaires, I Empereur partit à six heures dix minutes. L'Impératrice ne le quitta qu'à Montereau; elle était de retour à Paris à dix heures et demie.
L'Empereur, en touchant le sol italien, lança son premier ordre du jour à l'armée dltalie :
tt Soldats !
» Je viens me mettre à votre tète pour vous conduire au combat. Nous allons seconder la lutte d*uD peuple revendiquant son indépendance et le soustraire à l'oppression étrangère. C'est une cause sainte qui a les sympathies du monde civilisé.
> Je n*ai pas besoin de stimuler votre ardeur : chaque étape vous rappellera une victoire. Dans la voie sacrée de l'ancienne Rome les inscriptions se pressaient sur le marbre pour rappeler au peuple ses hauts faits ; de même aujourd'hui^ en passant par Mondovi, Marengo, Lodi, Casliglione, Arcole« Rivoli, vous marcherez dans une autre voie sacrée, au roiliea de ces glorieux souvenirs.
i Conservez cette discipline sévère qui est Thonneur de l'armée. Ici, ne l'oubliez pas, il n'y a d'ennemis que ceux qui se battent contre vous. Dans la bataille, demeurez compactes et n'abandonnez pas vos rangs pour counr en avant. Déûez-vous d'un trop grand élan, c'est la seule chose que je redoute.
1 Les nouvelles armes de précision ne sont dangereuses que de loin. Elles n'empêcheront pas la baïonnette d'être, comme autrefois, l'arme terrible de l'infanterie française.
» Soldats 1 faisons tous notre devoir, et œettoa^ en Dieu notre confiance. La patrie attend beaucoup devons. Déjà d'un bout de la France à l'antre retentissent ces paroles d'un heureux augure : ti La nouvelle > armée d'Italie sera digne de sa sœur aînée. »
» Napoléon.
Les grands corps de VÊtat, avant de se séparer, le 37 mai, voulurent donner une nouvelle preuve de dévouement à l'Empereur en manifestant le désir de voir le Prince impérial. L'Impératrice les reçut et leur adressa une petite allocution de remerctment.
L'Autriche, prête à la guerre depuis le commencement de 1859, aurait dû passer immédiatement la frontière, mais son armée ne franchit le Tessin à Gravellone que le 29 mars. Le général Giulay envahit le Piémont par les deux rives du Pô et adressa la proclamation suivante à son armée :
« Soldats,
)> S. M. l'Empereur vous appelle sous les drapeaux pour rabaisser une troisième fois la vanité du Piémont et \ider le repaire des fanatiques et des destructeurs de la paix générale de l'Europe. Soldats de fous grades, marchez contre ufi ennemi que vous avez constamment mis en fuite; rappelez-vous seulement Volta, Sommacompagna, Curlatone, Monfanara, Rivoli, Santa Lucia, et une année plus tard, à la Gava, k Vigegano, à Mortara et enfm à Novare, où vous l'avez dispersé et anéanti. Il est inutile de vous recommander la discipline et le courage : pour la première, vous êtes uniques en Europe, et pour le second, vous ne le cédez à aucune armée. Que votre mot d'ordre soit : Vive f Empereur et vivent nos droits !
» GlUlAY. »
Deux divisions du corps d'armée reçurent l'ordre de traverser le Tessin, d'occuper les provinces de la Novarèse et de lia Lomellina, en poussant une pointe sur la Sésia pour occuper la ville de Yerceil pendant qu'un autre corps d'armée traverserait le Pô et s'emparerait de la province de la Voghera.
Victor-Emmanuel appela l'Italie aux armes le 2 mai :
c Soldats,
> L'Autriche, qui, sur nos frontières, grossit ses armées et measce d'envahir notre territoire, parce qu ici la liberté règne avec Tordre»
L'AEHÊft SARDË. A6i
parce que non la force, mais la concorde et raffection entre le peuple elle souverain régissent ici TÉtat, parce que les cris de douleur de ritalie opprimée trouvent de Téclio, TAutricbe ose nous enjoindre, à nous armés seulement pour la défense, de déposer les armes et de nous meUre à sa merci !
» Cette outrageante injonction devait recevoir la réponse qu'elle méritait: je Tai dédaigneusement repoussée. Soldats, je vous en fais part, certain que vous prendrez pour faite h vous l'insulte faite à votre roi, à la nation. L'annonce que je vous donne est une annonce de guerre.
> Aux armes, soldais I
> Vous trouvères en face de vous un ennemi qui n*est pas nouveau pour vous. Mais, s'il est brave et discipliné, vous ne craignez pas la comparaison, et vous pouvez vous vanter des journées de Goïto, de Pastreogo, de Santa Luda, de Soromacampagna, de Custozza même, où quatre brigades seulement ont lutté pendant trois jours contre cinq corps d'armée. Je serai votre chef. Déjà, à diverses reprises, nous nous sommes connus ; une grande partie d*entre vous et moi combattions aux celés de mon magnanime père, dans l'ardente môlée où j'ai admiré avec orgueil votre bravoure.
9 Sur le champ de l'honneur et de la gloire, vous saurez, j'en suis certain, conserver, même accroître, votre renom de bravoure. Vous aurez pour compagnons ces intrépides soldats de la France, vainqueurs en taot de batailles signalées, dont vous fûtes les frères d'armes à la Tchemala, et que Napoléon III, que Ton trouve toujours là où il y a une juste cause à défendre et la civilisation à faire prévaloir, envoie généreusement à notre aide en nombreux bataillons. Marches donc, con* fiants dans la victoire, et ornez de lauriers fraîchement cueillis votre drapeau, ce drapeau qui, avec ses trois couleurs et avec la jeunesse d'élite accourue de toutes les parties de Tltalie et groupée sous ses plis, vous indique que vous avez pour tâche l'indépendance de Tltalie, celle œuvre juste et sainte qui sera votre cri de guerre.
n ViGTOR-EllllAMUBL. >
L'armée régulière de Sardaigne comprenait cinq divisioDs d'inranterie de i& 000 hommes : deux bataillons de bt^rsagliers, un régiment de cavalerie, trois batteries d'artillerie de 6 canons, et une compagnie de sapeurs étaient joints à chaque division.
La cavalerie» sous les ordres du général Sambuy, formait 16 escadrons, plus deux batteries d'artillerie représentant une force de 2200 chevaux et de 12 pièces d'artillerie, lies généraux Mollard, Cialdini, Cucchiari, Fanti et Du-
rando étaient à la tète des cinq divisions d'infanterie; le Roi, ayant le général Morozzo della Roca comme chef d'état- major, et le général la Marmora pour lieutenant, commandait en chef Tàrmée échelonnée depuis Casale jusqu'à Alexandrie et depuis cette forteresse jusqu'à Tortone et Novi. La division de cavalerie se repliait lentement du Tessin sur la Sésia, tandis que la division de Cialdini occupait la ligne de Dora Baltea fortifiée par le général Menabrea.
Giulay pendant ce temps-là montrait une grande incertitude dans ses plans de campagne. Tournerait-il ses forces principales vers le pays qui s'étend entre Casale et Alexandrie? Il courait risque de se heurter à plusieurs forteresses, sans parler des corps de Canrobert et de NieL Persisterait-il dans un mouvement menaçant contre Turin? Il s'exposait à être assailli sur son aile gauche et à voir ses communications avec l'armée principale interceptées. Au lieu de se livrer à ces tâtonnements perpétuels, il eôt pu, en marchant au début sur Turin ou sur Alexandrie, et en prenant possession du chemin de fer, battre les Français débouchant par le défilé de Novi et les Sardes séparés du reste de Tarmée alliée. Le temps perdu par Giulay en inutiles démonstrations, en révélant ses hésitations, permit de prévoir l'issue de la campagne.
Le d* et le A' corps de Tarmée française, descendant du mont Cenis et du mont Genèvre, marchaient sur Turin par la Vallée de Dora-Riparia ; le premier et le second corps, la garde impériale et le matériel de l'armée, débarqués à Gènes, traversaient les Apennins et occupaient la Vallée de la Scrivia,
Le quartier général français était à Alexandrie. Napo-
ftÀTAiLLE DE MdNTEfiELLO. 463
léoQ lU, en y arrivant le ik^ trouva dans la maison où il reçut l'hospitalité la carte sur laquelle le premier consul Bonaparte dressa le plan de la bataille de Marengo. Le quartier général sarde, à Occimiano, couvrait le passage du Pô à Casai et celui de la Sesia à Verceil . Les alliés formaient un croissant dont le 1 '' et le 2*" corps de Tariuée fraoçaise occupaient Textrème point.
L armée française s'était concentrée à Alexandrie ; les Autrichiens poussaient leurs patrouilles jusqu'aux villages de Montebello et de Casteggio. Le général Forey, à la tète de deux bataillons d'infanterie et de deux escadrons piémontais, quitta le 17 Casteggio pour explorer le terrain ; les routes qui conduisent à Stradella et Casatica furent barricadées par ses ordres, et Montebello ainsi que Casteggio mis en état de défense.
Les rapports reçus par Giulay lui faisaient croire que les Français avaient l'intention de se porter avec des forces considérables sur Plaisance. Il se décida enfin à tàter son adversaire» et poussa une forte reconnaissance sur la rive droite du Pô. C'est à Montebello qu'il devait rencontrer l'ennemi.
Le champ de bataille de Montebello est compris entre les hauteurs de Casteggio, un des contre-forts des Apennins, et la plaine du Pô. Les barbares avaient pénétré plus d'une fois en Italie par cette vallée; une grande mute, l'ancienne voie Ëmilienne, et un chemin de fer la traversent; la route, en quittant Genestrello, laisse les montagnes sur sa gauche et traverse un coursd'eaUi C'est laque le combat allait s'engager. Giulay avait dirigé le 20 mai sur Casteggio le 9"" corps d'armée commandé par le général StadioUf fort de 22 000 hommes^ avec 7 batteries,
kQà L'ÈMPltlE.
6 escadrons de cavalerie. La division Urban, s'avançant sur la route de Stradella et Yoghera, flanquée à gauche jusqu'à Gasatica par deux brigades, formait le centre de la ligne d'attaque ; une autre brigade, sous le commandement du prince de Hesse, s'étendait à droite. Deux bataillons et demi avec Tartrllerie composaient la réserve.
Les Autrichiens, à onze heures du matin, tombent à rimproviste sur les avant-postes piémontais établis entre Montebello et Casteggio, les repoussent et s'emparent de Casteggio, que les alliés n'ont pas occupé : Tavant-garde d'Urban pousse, sans trouver de résistance, une pointe sur Montebello ; 1% cavalerie s'avance jusqu'à Genestrello, d'où les Autrichiens essayent de déloger les Français. Le général Forey, averti de leur approche, part de Voghera à la tète de deux bataillons du Ik''; le reste de sa division le rejoint rapidement. Il place ses bataillons à droite et à gauche de la route de Voghera à Montebello, à la hauteur du ruisseau de Fossagazzo, l'un couvrant la chaussée à la Cascina-Nuova, l'autre appuyant le Sk^ régiment; deux pièces sur le pont du ruisseau prennent la route en enfilade. Une vive fusillade s'engage aussitôt sur toute la ligne entre les tirailleurs des deux troupes.
L'avantage semble d'abord du côté des Autrichiens qui emportent Genestrello : leurs colonnes débouchent déjà de ce hameau ; le feu des deux pièces françaises les arrête; l'artillerie autrichienne riposte, les combattants maintiennent leurs positions, les forces sont à peu près égales, mais vers une heure et demie, le reste de la division Foi^ débouche par la route de Voghera. Les Français, formés sur deux colonnes, se jettent sur l'ennemi qui résiste
MANCeUVRE FEINTE SDR PLAISANCE. A65
énergiquement aux forces supérieures qui Tattaqueut ; menacé sur sa droite et tourné sur sa gauche, il se retire en combattant sur Montebello. Les Français, maîtres de Genestrello, tournent vers quatre heures et demie leurs efforts contre ce village où les Autrichiens se sont retranchés : un combat corps à corps s'engage dans les rues que les Français enlèvent maison par maison ; le général Beuret est tué par un coup de feu. Les Autrichiens, après une résistance opiniâtre, se fortifient dans le cimetière; ils sont enfin forcés de l'abandonner ; les Français reprennent leurs positions de la veille, abandonnant Montebello comme un point trop avancé et trop rapproché des forces ennemies.
Les Autrichiens avaient combattu avec la plus grande bravoure, mais leur but, qui avait été de reconnaître les forces et la position de l'ennemi, était manqué. La cavalerie piémon taise soutint bravement la belle réputation acquise par elle dans la campagne de 18/i8, soit en chargeant l'ennemi, soit en restant sous le feu de son artillerie et de sa mousqueterie. Giulay, en voyant l'opiniâtreté des alliés à défendre leurs positions en avant de Yoghera, crut qu'ils voulaient pousser leurs attaques vers Plaisance ; il fit rapprocher du Pô une division du y corps d'armée pour empêcher Tennemi de franchir ce fleuve au--dessus de l'embouchure du Tessin.
La campagne était commencée depuis vingt jours. Bonaparte, .dans la campagne de 1790, avait en moins de temps enlevé les trente lieues de montagnes presque inaccessibles qui ferment la rivière de Gènes à l'occident, forcé les défilés des Apennins, battu les Piémontais et les Autrichiens, et ouvert les plaines du Piémont et de la
â06 L'EMPIRE.
Lombardie à son armëe« La campagne, commencée le 29 avril 1859, avait été conduite des deux côtés avec une bien grande lenteur. L'indécision régnait dans les mouvements des belligérants : les plans et les ordres de bataille variaient à chaque instant. Vingt-trois jours s'écoulèrent sans attaque de part et d'autre ; vingt-trois jours dMnaction entre deux armées qui se touchaient presque. Celte lenteur, qui paralysait Télan national italien et qui contrastait tant avec l'activité des soldats français, était duc à l'absence d'un plan de campagne toujours très-difficile à concerter entre deux alliés, surtout quand ces alliés gardent entre eux certaines réticences politiques.
Cependant l'abandon de Verceil par les Autrichiens indiquait clairement que leur intention n'était pas de disputer à l'ennemi le passage du Pô, mais de l'arrêter au passage de la Sesia, et au besoin de couvrir la route de Milan, en se repliant derrière le Tessin et en occupant le fort triangle formé par le Gravelone, la Polesine et le Pô» Giulay, en portant sa ligne de bataille sur la rive gauche du Tessin, surprit Télat-major français qui essaya de lui taire prendre le change par une feinte attaque du défilé de Stradella, clef de la route de Plaisance ; mais toutes les feintes manœuvres ne pouvaient guère l'alarmer depuis son changement de ligne.
Le premier corps d'armée française, après lecombatbril* lant mais sans grand résultat stratégique de Montebello, occupe ce village ainsi que Casleggio et les hauteurs qui le dominent ; le 2« corps se porte sur Vogliera ; le i* corps, abandonnant Xortone, conserve son quartier général à Ponte Curone et occupe Castelmoro. Les l* et 2* corps tiennent la route de Pavie et les crôtes qui bordent ao